Bougnat
Sound
"Poum
Poum !"
Troisième
album pour ce trio dédié au bal auvergnat, mais enregistré
en bal cette fois-ci et si certains enregistrements en
public actuels pourraient presque passer pour des
enregistrements studio, ici l'ambiance de la salle est
bien présente (sans être jamais gênante pour l'écoute,
la prise de son des instruments est très bonne (1))
et le bal se déroule avec les annonces des danses, les
applaudissements, les musiciens qui flattent les
danseurs... Cet album "sur le vif" (ce "live")
n'est pas pour autant une compilation des deux précédents
et vous n'y retrouverez que deux titres déjà gravés par ce
trio : La suite de montagnarde qui vient ici clore le bal
en beauté et "La butte rouge", chanson certes
pacifiste mais narrant un épisode sanglant de la grande
guerre et qui semble encore plus décalée dans l'ambiance
de ce bal, d'autant que la version instrumentale du CD "Bon
Esprit" cède ici la place à une interprétation sur
laquelle vient s'ajouter la voix de Lucie Dessiaumes qui,
en sus de rendre le texte explicite, tire un peu la valse
vers la java. Elle intervient sur deux titres successifs
et sa voix cadre bien avec le style musette auvergnat des
années trente de ce trio cabrette (Julien Barbances
lorsqu'il n'est pas au violon ou au chant),
accordéon (Loïc Etienne dont le diato a souvent des
accents de chromatique) et banjo (celui d'Olivier
Sulpice naturellement, qui renforce ce style avant
guerre...). Tout cela pour replonger les danseurs
dans la grande époque où la cabrette n'avait pas encore
été reléguée par l'accordéon, où les bourrées avaient
encore la part belle entre deux danses de couple (à
noter la présence d'une suite de sautières). Cela
pourrait presque être un disque "Le Soleil" mais c'est une
coproduction"Le Grand Barbichon Prod." et AEPEM.
Connaissant les exigences de ces derniers,
l'absence de livret en est d'autant plus étonnante :
aucune mention de source des morceaux interprétés, même
dans la liste au verso de la pochette
(3)... un
album qui considère que les danseurs n'en ont rien à faire
? Une petite mention sur la pochette nous apprend
néanmoins que le bal a été enregistré en Périgord à
Copeaux Cabana et le web nous explique que ce calembour
cache un lieu de vie alternatif consacré au travail de
charpentiers : de quoi mieux comprendre la photo de
couverture
(2)
(1) Prise de son et traitements ultérieurs par Aurélien
Claranbaux qui en sus d'être l'accordéoniste que l'on
connaît, aime tripatouiller professionnellement d'autres
boutons liés à la musique et affiche dans ce domaine (sa
Claranbox) une belle liste de références...
(2) de Marie-Hélard Garcia comme les trois autres : on
ne cite jamais assez (et de moins en moins) les
photographes...
(3) Renseignement pris, "un très fâcheux incident a fait
sauter le livret, que l'on peut retrouver en ligne sur
la page du CD sur le site AEPEM (https://www.aepem.com/produit/bougnat-sound-poum-poum/).
Benjamin Melia
"Galoubet Tambourin -
Musique traditionnelle de Provence et du
Pays Niçois"

Combien
d'entre vous ont un album de galoubet-tambourin dans leur
discothèque ? Combien d'entre vous sont capable de citer
plus de trois instrumentistes jouant ou ayant joué de ce
duo pour musicien seul ? Et je suis prêt à
parier que des quatre albums de cette collection
instrumentale AEPEM sortis l'été 2025, celui-ci n'a
pas du être le plus vendu au Son Continu....
Y avait-il d'ailleurs des galoubets traditionnels sur les
stands des luthiers à ce festival ? Il est légitime de se
poser la question de la trop discrète présence de cet
instrument, ou plutôt de ce couple d'instrument, dans le
courant revivaliste, alors que d'autres flûtes à trois
trous et leurs tambourins à cordes y ont bien mieux forgé
leur place. Est-ce le statut d'instrument régional
emblématique (1) qui a desservi le galoubet-tambourin ?
Mais dans ce cas pourquoi le biniou kozh ou la cabrette
n'en ont pas souffert de la même manière ? Et même au sein
des musiques baroques, pourquoi musette et vielle sont-ils
actuellement bien plus rejouées que ce couple qui eu droit
pourtant lui aussi à sa place à Versailles.... N'oublions
pas non plus que
comme son cousin à cordes, le tambourin de Provence est,
grâce à son timbre qui prolonge la résonnance et peut lui
donner une quasi continuité, tout autant un véritable
bourdon qu'une percussion rythmique. Il a donc toute sa
place dans nos musiques à bourdons
Tout ceci pour vous
signifier que cette publication est vraiment une belle
initiative et que le résultat en fait l'un des albums
les plus intéressants de cette collection. Si Benjamin
Mélia respecte la charte de celle-ci (jeu purement
solo, répertoire quasi entièrement traditionnel du ou
des régions citées), il se singularise par un jeu très
novateur dont certaines particularités sautent
rapidement à l'oreille et dont le livret détaille fort
utilement l'usage en citant les plages concernées :
polyphonie voix-galoubet, jeu à deux galoubets; son
multiphonique, mesures asymétriques, utilisation du
registre le plus bas, habituellement non utilisé
etc... Il oublie juste de citer l'utilisation du
tambourin qui, elle non plus, n'est pas toujours
académique, voire absente ou remplacée par d'autres
percussions. Et tout cela avec un jeu très ornementé
au galoubet, parfois virtuose mais par ajout de notes,
sans pour autant déroger au tempo et en conservant une
cadence parfaite : un exemple en la matière. Bref,
comme souvent dans cette collection, si le côté solo
et instrument unique peut faire craindre une certaine
monotonie (d'autant avec un instrument réputé
strident), l'écoute de l'album convainc rapidement que
cette crainte n'était pas fondée.
Les amateurs
de noëls provencaux reconnaîtront au moins deux
mélodies, dont celle qui ouvre l'album, ce qui
leur permettra d'apprécier l'originalité de
l'interprétation. Les autres mélodies me sont pour
la plupart moins connues et c'est toujours bien
agréable d'élargir ainsi son horizon.
Outre
l'habituelle liste documentée (sources) des morceaux
interprétés et de leurs sources, le livret comporte
deux véritables articles, le premier de Luc
Charles-Dominique sur la symbolique des flûtes dans
l'histoire culturelle occidentale et française qui ne
surprendra pas ceux qui sont familiers de ses écrits
(je ne rappellerai pas ici mes désaccords sur certains
points...), le second de Sylvain Brétéché,
musicologue, qui à partir du cas particulier de cet
instrument en Provence, rédige une véritable
dissertation philosophique sur la tradition (un
article à lire soit lentement soit trois fois...)
Voici donc une belle surprise que cet album. Espérons
qu'il contribuera à faire davantage émerger ce couple
instrumental hors du Sud-Est, et on ne saurait que
remercier AEPEM d'avoir ainsi laissé plus de place que
d'habitude à certaines expérimentations...
(1) et le cliché de la farandole....
http://www.aepem.com
Farem Tot Petar
"Sauta Treuia !"
C'est avec deux ans de retard que je
vous chronique cet album mais il n'est jamais trop tard
et en particulier lorsqu'un album est paru plutôt
discrètement alors qu'il mérite d'être bien plus connu.
Farem Tot Petar est un trio qui se consacre aux musiques
traditionnelles de la Creuse et comme ils ne sont pas
vraiment nombreux à le faire (et d'ailleurs pas
nombreux à y habiter non plus... (1)), c'est un
premier point d'intérêt puisque les traditions musicales
de ce département ont tout autant d'intérêt que leurs
voisines et parentes d'Auvergne et du reste du
Limousin....
Le second motif pour s'intéresser à cet album est la
composition de ce trio puisque s'y retrouvent
l'accordéoniste (et violoniste) Jean-Jacques Le Creurer
et sa fille Louise Le Creurer (chant et violon) dont
cela semble le premier album mais qui affirme une solide
maturité musicale et dont on sent bien qu'elle a été
élevée au son et, surtout, au rythme de ces musiques et
qu'elle a hérité des talents de ses deux parents (2). Le
troisième pilier du trio, un peu plus discret mais
néanmoins efficace, vient de bien plus au nord puisqu'il
s'agit du mandoliniste et chanteur Vincent Brusel dont
je vous ai déjà entretenu à propos de ses deux albums de
chants de marins boulonnais...
Le répertoire est traditionnel et local, à l'exception
d'une scottich de Jean-Jacques (montée en suite avec une
traditionnelle), d'une chanson de Marcelle Delpastre (3)
et d'une chanson de 1845, qui se situe entre tradition
et composition de chansonnier, écrite sur "timbre de".
Le trio se produisant en bal, il comporte naturellement
de nombreuses mélodies à danser (bourrées dites Giates
et autres, sautières, danses de couple
diverses...) mais également quelques chansons à
écouter et comme les vidéos du net ne semblent présenter
que les danses, c'est une raison à elle seule de
découvrir l'album car s'y trouvent quelques perles, où
la voix de Louise sobrement portée par l'un ou l'autre
instrument, fait montre de toute l'émotion qu'elle sait
transmettre (4). J'aime également beaucoup un extrait de
plage sur laquelle les violons me font retrouver le son
du Grand Rouge du début des années 80.
Et, bien entendu, sur les airs à danser, le trio
démontre sa parfaite connaissance de cette tradition et
rappelle que Jean-Jacques n'est pas que musicien mais
également danseur.
Naturellement le livret donne les paroles, les crédits
et les sources (noms des collectés et des
collecteurs...).
Comme dit l'expression populaire : "Dans le cochon tout
est bon !"
(1) densité de population la plus
faible après celle de la Guyane et de la Lozère...
(2) sans oublier une solide formation pour
compléter cela
(3) écrivaine (entre autres) creusoise bien
connue dans le milieu
(4 je n'avais pas ressenti cela depuis le premier
album de Tres
Rappel :
J.J. Le Creurer : voir ci-dessous à partir de son
album solo de 2025

Vincent Brusel : voir à partir d
u premier album de La Bricole
Jean-Jacques Le Creurer
"Accordéon diatonique - Musique
traditionnelle et la Marche et du Limousin"
Un musicien dont
les enregistrements sont rares, mais dont certains
ont marqué leur époque par leur originalité (Rue
de la Mauvendière sur le répertoire urbain
limougeaud de la fin du XIXème, Alamont sur
le répertoire creusois)
Un personnage tout à fait sympathique comme j'avais pu
le constater fin 1980, jeune étudiant ignare des
traditions limousines mais chaleureusement accueilli au
folk club de la ZUP de Limoges par Françoise Etay,
Philippe Destrem, Jean-Jacques et quelques autres...
Dès les premières minutes de cet album solo, son style
apparaît très personnel : un jeu très lié (croisé),
proche parfois du chromatique mais non dénué de
dynamique pour autant (n'oublions pas que
Jean-Jacques est également un excellent danseur),
puisant celle-ci non pas dans une cadence frontale mais
plutôt dans une certaine souplesse, à l'image de nombre
de bons danseurs de bourrées. Et sur des tempis
naturellement bien contrôlés.
Le répertoire est traditionnel à l'exception d'une
composition et d'une chanson (peu connue) de... Georges
Moustaki, adaptée en occitan par Jan de Melhau. Les
traditionnels sont connus pour certains mais
Jean-Jacques en offre des versions (ou des relectures
personnelles) des plus intéressantes, même sur des
titres un peu éculés comme Les lézards... Et presque
tout ceci se danse, en bourrées naturellement mais
également en sautières et danses de couples. Mais cela
s'écoute également les pieds au calme et il s'agit
d'ailleurs d'un de ces disques qui sait se rappeler à
vous lorsque vous l'avez mis sur la platine et que vous
êtes parti à faire autre chose : il sait vous faire
dresser l'oreille et quitter votre occupation pour aller
consulter le livret (2) pour savoir ce qui se
cache derrière cette curieuse plage "à la manière de
l'harmonica", d'où sort cette mélodie inconnue ou cette
version si originale d'un classique.
Si la pochette rappelle que la collection s'intitule "1
musicien, 1 instrument, 1 répertoire" et met en
avant "Accordéon diatonique", Jean-Jacques
ne se prive pas de chanter sur 3 des 14 plages (1) et
sa diction de l'occitan me semble avoir encore une
pointe d'accent français, il sait donner du caractère à
cette voix et même un caractère particulier pour chacune
des ces trois plages de registres différents.
A l'heure où de nombreux jeunes diatonistes se font
entendre, voici un album qui vient rappeler qu'au sein
de la génération déjà présente dans les années 70, outre
les noms les plus connus, figurent aussi des
accordéonistes toujours présents et qui méritent d'être
redécouverts. Un CD qui vient également rappeler que
musicalement non plus, la Creuse n'est pas un désert....
(1) ce qu'il ne faisait ni sur
Alamont ni dans Farem Tot Petar.
(2) inutile de rappeler que le livret détaille comme
d'habitude les sources de chaque plage... et avec
quelques photos des musiciens traditionnels
collectés...
Guillaume
Lopez - Clément Rousse
"Thouxazhun
et Convits"
Voici donc Guillaume Lopez dans
un duo qui pourra sembler nouveau à certains
mais qui date en réalité de plus de 7 ans déjà, duo
avec Clément Rousse, un accordéoniste qui trace bien
son chemin en ce moment et dont on a pu apprécier en
détail le toucher l'an passé sur son album solo.
Mais si l'ajout de "et Convits" au nom du duo
"Thouxazhun" pour donner son titre à
l'album permettra aux occitanophones même débutants,
de comprendre qu'il y figure des invités, l'identité
de ceux-ci n'est dévoilée ni sur la couverture ni au
dos (donc nulle part lorsque l'album est scellé)
et ceux-ci ne sont pas moins de onze et non des
moindres : je commencerai par citer Pierre Corbefin
récemment disparu et que l'on entendra avec un
gros pincement au coeur
chanter ici, sur une plage. Mais également pour
rester parmi les piliers du revival gascon, Alain
Cadeillan à la boha, chant et autres... Je découvre
ici la chanteuse pyrénéenne Emilie Manescau,
sur trois plages ce qui est une bonne chose, mais
sur deux d'entre elles en renfort de la voix de
Guillaume et cela donne l'envie de l'entendre en
solo. Côté Massif central, Anne-Lise Foy au chant (en
français mais aussi en occitan), Camille
Stimbre au violon et Noé Bazoge au violoncelle (tous
deux de Bargainatt, et ici également un court
passage solite du violoncelle donne envie d'en
entendre davantage dans ce registre...), Simon
Portefaix à la batterie. Et puis encore le vieux complice
de Guillaume : Thierry Roques, dont l'accordéon
chromatique vient remplacer le diato sur une valse aux
accents un peu musette, Sébastien Gisbert aux percussions,
Jocelyn Papon au chant (une voix qui colle bien à
celle de Guillaume) et sax baryton et enfin,
membre de Du Bartas comme le précédent : Abdel Bouzbiba
pour de petites interventions chantées sur la première
plage qui nous font bien voyager. Cela fait pas mal du
monde et je me devais de les citer tous (comme le fait
d'ailleurs le duo dans les paroles de la dernière valse).
Il n'interviennent chacun que sur une à trois plages et le
duo ne se retrouve finalement vraiment seul que sur deux
titres, mais sur les autres un bel équilibre a été trouvé
entre des parties où le duo se retrouve le duo et les
moments durant lesquels il passe en vrai son de groupe.
Le répertoire est entièrement à danser mais mérite
naturellement d'être écouté dans le détail les pieds au
calme. Les basses de l'accordéon sonnent notamment fort
bien (doit-on remercier le luthier, le preneur de son,
le mixeur ou tous ensemble ?) et on se surprend à
les suivre parfois en oubliant le reste...Est-il encore
besoin de s'étendre sur la voix de Guillaume Lopez, dont
le timbre semble vraiment taillé pour l'occitan mais qui
sait tout à fait s'adapter (plus rarement) au
français sans que cela paraisse fade en comparaison ? Une
voix qui pourrait presque faire oublier l'instrumentiste
qu'il est également mais dès la première plage, le son de
sa flûte remet les pendules à l'heure.... Un seul titre
est traditionnel (le rondeau chanté avec Pierre
Corbefin qui l'avait collecté en 78) et un texte
nous vient du poète occitan Pèire Godolin
(1580-1649) mis en musique plus récemment par Pèire
Boissière (une de mes plages préférées). Tout le reste de
l'album est signé de Guillaume pour les textes (qui
semblent avoir été ciselés pour renforcer la dansabilité)
et de l'un, l'autre ou les deux membres du duo pour les
musiques (même remarque).
Le nom du duo pourra paraître hermétique à certains,
sachez qu'il fait référence aux lieux d'habitation des
deux compères, des villages qui doivent bien les inspirer
puisqu'on en retrouve des référence dans deux des noms de
morceaux.
Distribué par IRFAN Le Label
Contact scène :
lecamon suivi de
@gmail.com
Rappels : Le duo, sous le nom "Thouxhazun" avait
déjà produit un CD 6 titres en Août 2018 : "Canard-Isard"
(c'est d'ailleurs un des deux titres de celui-ci repris
dans le présent album).
Guillaume Lopez : voir à partir de
Duo Brotto Lopez"HDQ"
Clément Rousse : voir à partir de son album solo "
Accordéon diatonique -
Musique traditionnelle de Gascogne"