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Jean-Luc Matte
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Chroniques CD
(16/16
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De temps à autre, l'un ou l'autre d'entre vous me fait parvenir son CD (y compris des démos) afin que j'en parle plus en détail dans mes infos, voici les chroniques ainsi rédigées depuis début 2004 (Tout ceci est indépendant des chroniques que je rédige pour Trad. Magazine).... 


Les Souffleurs de Rêves

" Es sus la talvera qu'es la libertat"

 

Revoici, pour un second album, ce quatuor méditerranéen qui, n'en déplaise à Epistémologix, s'est doté de l'un des plus jolis noms de groupe actuel : contrepétrie poétique, une fois n'est pas coutume, et qui prend encore davantage de sens avec cet album mettant en musique un véritable poète occitan à la plume presque expressioniste. Remercions d'ailleurs les auteurs du livret de nous avoir livré tous les textes dans leur version originale accompagnée d'une traduction française, par nature imparfaite mais qui restitue déjà une belle part de la beauté de ces textes. Le livret nous apprend d'ailleurs que cet auteur, Joan Bodon (Jean Boudou 1920 -1975, voir sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Boudou ) était un ami du père d'Alain Charrié qui l'a donc côtoyé durant son enfance, avant de le découvrir réellement comme écrivain dans les années 70. Je connaissais surtout Alain Charrié comme joueur de hautbois languedocien (notamment dans " Une anche passe ") : certainement l'un des meilleurs joueur de hautbois populaire, sachant marier sonorité traditionnelle, expression et justesse exemplaire. Je le connaissais également comme cabrettaire, doté d'un style de jeu un peu en marge du jeu parisien habituel, moins orné mais précis et également d'une grande justesse. Si ces deux instruments sont bien présents sur cet album, pour notre plus grand plaisir, il se révèle ici surtout chanteur (1), avec les mêmes qualités que sur ses instruments et également compositeur d'une moitié des musiques qui soutiennent les textes de J. Bodon, les autres étant soit traditionnelles, soit des autres membres du groupe ou de l'inséparable Laurent Audemard qui n'en fait apparemment plus partie (2) mais n'est jamais très loin… Parlons d'ailleurs de ces trois autres souffleurs de rêves : Bernard Toty à l'accordéon chromatique, à la sonorité un peu ancien musette (au bon sens du terme), Brigitte Mouchel à l'euphonium qui offre un solide soutien harmonique et une belle coloration sonore et Denis Fournier enfin aux percussions, qui se lâche parfois jusqu'au solo mais qui, paradoxalement, ne se montre jamais envahissant. Ces deux derniers musiciens étant également membres d'Une anche passe.

 

Rappels

Les Souffleurs de rêves " Somi Vertadier " Modal-Plein Jeu dist H. Mundi 2000

Alain Charrié et Brigitte Mouchel (et Denis Fournier sur les trois deux derniers) : Une anche passe

" Pendant que tu attends le soleil " Dist CML Musidisc 1991

" Entre Tarentelle et Sardane " Silex-Auvidis 1993

" Port d'attache " Buda 1996

" Serpent d'étoiles " Buda 1997

" Nigriz " Buda 2000

Suite Paschendaele " Le grand Troupeau "

etc…

On retrouve Les Souffleurs de rêve, Une Anche passe et bien d'autre dans l'album compilation "Autboi le bel inconnu" 2016

Denis Fournier : " La Voix des tambours " L'Empreinte Digitale Abeille musique 1999, a participé aux albums Paris Musette et voir également sur son site http://www.denisfournier.fr/

Laurent Audemard et Denis Fournier : Max Rouquette "Rasims de Luna" Lire la présentation :

Bernard Toty a joué dans "Musette's Wing", duo musette et swing avec Julien Heurtebise et assure la musique du conte Garoloup de Jocelyne Caumont mais je n'ai pas trouvé de discographie correspondante

(1) en réalité, ce n'est pas véritablement une découverte, puisqu'il interprétait déjà plusieurs chansons dont deux textes de Jean Boudou (" La Maria Magdelena " et " Alba sens alba " que l'on retrouve ici également) sur le précédent album des Souffleurs de Rêves, mais il apparaissait encore d'abord comme hautboïste.

(2) Il était présent sur le premier album, mais, à l'époque, le groupe était présenté comme le duo d'Alain Charrié et Bernard Toty et Laurent Audémart, Brigitte Mouchel et Denis Fournier y figuraient comme invités

 


Du Bartas

" Fraternitat ! "

Il est des voix que l'on retrouve avec davantage de plaisir à chaque nouveau CD, parce qu'elles nous sont devenues familières, et certainement également parce qu'elles nous rappellent les bons souvenirs vécus avec les enregistrements précédents. Ainsi en va-t-il de celle de Laurent Cavalié, au phrasé si particulier lorsqu'il chante en séparant bien les syllabes. Les deux premières plages, chantées sur fond de tambourin nous rappelleraient presque l'ambiance de Gacha Empehna, même si les réponses du " chœur " (les deux percussionistes chanteurs Jocelyn Papon et Pascoal " Calou " Tenza ") sont un peu moins polyphoniquement travaillées, on y retrouve cette énergie communicative. Puis Laurent Cavalié reprend son chromatique (belle sonorité d'ailleurs) pour nous décliner d'autres textes en occitan et même parfois en français, ce qui relance l'intérêt pour les non-occitanophones. Un ou deux très petits intermèdes viennent malicieusement s'intercaler entre des chansons. Et vous n'en ressortirez pas indemne : la Nanette risque de tourner dans votre tête une bonne partie de la journée.

Ed Sirventes http://www.sirventes.com Dist L'Autre Distribution

Rappel : Du Bartas "Turbo baleti" en 2007

puis "Es contra ta pèl" en 2012
et voir la discographie de L. Cavalié jointe à la chronique que je vous avais rédigé du CD du Comité " Comment Faire "


Hasan Yarimdünia

" Gargona "

J'ai écouté le CD avant même d'avoir jeté un oeil à la pochette, mais pas de problème pour localiser l'origine de ces musiciens : une sonorité de clarinette qui nous place pas très loin de la mer Noire, un son d'ensemble un peu trop oriental pour être des Balkans, mais pas encore franchement arabisant : ils nous viennent forcément de Turquie. Et si l'album met en avant le nom du clarinettiste, c'est bien d'un ensemble qu'il s'agit, relativement équilibré et où chaque musicien s'exprime et non d'un clarinettiste soliste simplement accompagné. Autour de la clarinette d'Hasan Yarimdünia, Ibrahim Sira tient les parties de kanun (cette grande cithare à cordes pincées) et Bekir Toksöv le violon. Tous deux s'offrent de beaux chorus. Tamer Girnataci et Taner Girnataci (homonymes à une lettre près…) assurent, de leur côté les percussions, au davul, daf et derbuka. Ca c'est ce qu'annonce le dos de la pochette, mais les deux percussionnistes nous offrent également, avec Hasan, un trio de clarinettes en plage 9 (qui tient alors les percussions ?…) et quelques plages font également intervenir les voix.

Innacor nous avaient habitué à la présence d'une petite vidéo reportage-interview sur chacun de leurs CDs, on s'y était vite habitué et elle nous manque ici (1) d'autant que si le livret nous donne l'origine et quelques commentaires sur chaque morceau, il ne nous renseigne pas sur l'origine et le parcours de ces musiciens, sans doute parce qu'il s'agit du second CD d'Hasan et que le premier, que je n'ai pas eu l'occasion d'écouter, avait du le faire. Une carte met en évidence la position géographique de Gelibolu, dont on supposera donc qu'ils sont originaires (d'autant qu'il s'agit du titre de leur précédent album), cette ville en bordure du détroit des Dardanelles est plus connue sous le nom de Gallipoli. La présentation d'un morceau nous apprend également qu'Hasan a joué et a été révélé par le percussionniste Okay Temiz. Leur répertoire, enfin, illustre bien la circulation des mélodies dans cette zone, airs grecs, bulgares ou de différentes régions de Turquie se jouant des frontières.

Innacor qui, je vous le rappelle est le label d'Erik Marchand, Jacky Molard et al. est décidément un label qui produit peu mais toujours à bon escient.

Innacor 2009 http://www.innacor.com Dist L'Autre Distribution

Rappel : " Gelibolu " Innacor Dist L'Autre Distribution

(1) on pourra toutefois consulter sur le site de l'éditeur, à la page http://www.innacor.com/gargona.html des extraits de concert s'ouvrant par une belle partie de percussions


Jean-Christophe Renault - Didier Laloy

" Hors piste "

J'ai déjà eu l'occasion de souligner que Didier Laloy est un musicien qui enregistre beaucoup, au risque parfois, d'épuiser un peu son inspiration. Et c'est donc avec profit, qu'il collabore avec des compositeurs comme le pianiste Jean-Christophe Renault dont l'écriture apporte une ambiance un peu différente de celles issues de nos musiques traditionnelles. Certes, certaines de pièces proposées ici reprennent des structures cycliques proches de celles de nos danses, avec des variations mélodiques et/ou harmoniques à chaque reprise, mais d'autres utilisent des schémas plus libres ou différents qui ne déstabiliseront toutefois pas l'auditeur habitué aux musiques trads.

Mais l'essentiel tient surtout à l'ambiance générale de cet album, duo de deux claviers, l'un à vent (diato) et l'autre à cordes percutées (piano) mais dont les sonorités pourtant très distinctes finissent par se fondre au point que l'ensemble s'écoute finalement comme un seul instrument. Visiblement, Didier Laloy et J.C. Renault disposent de forts atomes crochus musicaux. J'ai longtemps été un peu allergique au piano, mais ce type de jeu fluide me réconcilie avec l'instrument. Quant à Didier Laloy, son jeu est toujours aussi expressif, tout en finesse et cela se perçoit d'autant plus lorsqu'il se glisse, par petites touches, au sein des phrases du piano. Ma seule réserve ira à la sonorité de son diato qui pourrait être plus feutrée, plus ronde, dans les graves. Les ambiances sont relativement calmes dans l'ensemble mais elles savent vous prendre au tripes. La plage 9 qui débute dans une ambiance à la Satie avant de virer à la petite valse façon Tiersen (1) résume d'ailleurs bien l'esprit général de cet album. Si la photo de pochette représente des bouleaux sous le neige, à l'écoute vous vous imaginerez davantage au chaud, regardant la neige tomber au travers de la fenêtre que les pieds au froid et le nez rougi…

Un album produit par le label Homerecords avant que je ne commence à vous chroniquer les productions de celui-ci (il date de 2005 d'après la pochette) et qui arrive seulement dans les bacs français aujourd'hui mais comme il n'a pas pris une ride, vous pourrez vraiment le déguster comme une nouveauté (2) et on ne peut que remercier l'Autre Distribution de prendre le risque de cette diffusion tardive mais bien justifiée…

http://www.homerecords.be

 

(1) je ne pense pas que ce soit Y. Tiersen qui ait vraiment inventé ce style mais la BO d'Amélie Poulain l'a indubitablement lié à celui-ci et, tant qu'à prendre des comparaisons, autant prendre celles connues de tous…

(2) je ne parle naturellement que pour mes lecteurs français et non pour les belges qui doivent connaître cet album de longue date.

Rappels :

Jean-Christophe Renault " Hudba " 1997, " Là est la question " 2004, Homerecords

Didier Laloy : voir mes chroniques précédentes de [Po]z

et Cryptonique avec Fabian Beghin

Voir également la discographie de Panta Rhei dont il faisait partie mais sa discographie est tellement fournie que je n'ai jamais eu le courage de vous la constituer….


McDonnel trio

" Songbook "

 

Michael McDonnel est loin d'être un inconnu par chez nous puisqu'il vit en France depuis 1978. Rappelons que c'est sa voix et son accent qui ont permis à des groupes comme Dirty Linnen ou Taxi Mauve (1) d'avoir cette couleur irlandaise inimitable par des non natifs. Le voici en famille, accompagné par les cordes de Simon, mais également, et ce n'est pas un détail, par la voix de celui-ci et celle de Kevin, le second fils (2), ce qui nous vaut quelques beaux trios vocaux et nous rappelle que les musiciens irlandais savent bien plus souvent user de leur organe vocal que leur confrères français… Ne connaissant pas suffisamment les trois membres du trio, je n'ai pu déterminer qui chante quoi, mais il me semble bien que, d'une plage à l'autre, ce n'est pas toujours le même qui assure le solo et, cependant, tous présentent la même qualité d'interprétation, dans des styles un peu différents. Encore un album où, lisant le livret après écoute, je me rend compte qu'interviennent, outre les membres du trio, pas moins de 9 invités. Certes, j'avais bien remarqué un petit passage d'uillean pipe (Paul Harrigan), mais les autres musiciens et chanteurs interviennent suffisamment à bon escient et sans rompre l'esprit du trio pour que leur présence ne se remarque pas forcément lors d'une écoute non détaillée. Naturellement, le livret nous donne l'intégralité des textes interprétés (sans traduction). En mettant l'album sur la platine, je m'attendais à tomber sur de la musique irlandaise avec la couleur habituelle de celle-ci et j'ai été surpris d'entendre surtout sur les premières plages, des ambiances sonnant parfois presque old time US, voire un peu blues. D'ailleurs, même sur les plages plus typées, ce type d'album nous rappelle que la musique vocale irlandaise possède une couleur finalement très différente de la musique instrumentale de ce pays, les deux ayant naturellement leur charme que cette diversité ne fait qu'accroître.

http://www.myspace.com/triomcdonnell

http://www.bemolvpc.com

 

Rappel : Dirty Linen " Avakatoo " 2004, avec, outre Michael McDonnell au sein du trio, Simon McDonnell et Paul Harrigan en invités. Michael doit être présent sur l'unique CD de Taxi Mauve de 1992 mais je n'ai pu vérifier.

Voir la présentation de Dirty Linen "Sovay, Sovay"

(1) s'il fait encore partie de Dirty Linen, il a quitté Taxi Mauve au milieu des années 90
(2) sur les photos il manie l'accordéon mais d'après le livret c'est Paul Harrigan qui intervient sur cet instrument


La jeunesse mandoliniste d'Hagondange

Il y a deux ans environ, le luthier vosgien P.Monneret me fit découvrir quelques numéros de la défunte revue " Plectre " consacrée aux mandolines et, comme son nom l'indique, aux autres instruments à plectres, qu'ils soient joués en solistes ou par des ensembles plus conséquents comme celui dont je vous entretiens aujourd'hui. Suite à la lecture de ces numéros, j'avais eu envie d'entendre un album d'un tel ensemble et j'avais eu l'occasion de tomber sur l'un de ceux-ci, d'un ensemble de ma région qu'il n'est pas utile de vous citer le nom et j'avais été assez déçu par le résultat, très amateur et pas toujours de bon goût. La " jeunesse mandoliniste d'Hagondange " est également un ensemble de ma région, également amateur, mais le niveau et le résultat n'ont rien à voir avec le précédent : le jeu est précis, les arrangements bien conçus (bon nombre sont de la plume du mandoliniste vénézuélien Ricardo Sandoval dont je vous ai déjà entretenu, qui ne fait pas partie de cet ensemble mais qui, visiblement, y collabore par son écriture.). Mais surtout, ces interprétations laissent percevoir un vrai travail de direction (par François Brochet) et d'interprétation des oeuvres. Même sur les tempos les plus retenus, ne transparaît jamais de tension entre les musiciens sur le respect de celui-ci mais bien au contraire, une belle unité dans l'expression à l'intérieur de chaque pupitre et, entre ceux-ci. Car, naturellement, l'orchestre ne fait pas intervenir que des mandolines (réparties en deux pupitres), mais également mandoles, mandolone (basse de mandoline) et contrebasse plus classique. Un percussioniste vient très discrètement ajouter sa touche ainsi qu'un bassiste sur deux plages et un accordéon sur deux autres, ce qui nous évite des parties trop en trémolos sur les mandolines… Comme souvent avec ce type d'orchestre s'adressant principalement à un public familial, le répertoire puise dans les standards : ils reprennent ici des pièces interprétées dans leurs deux dernier spectacles, l'un consacré aux musiques de film et comportant donc effectivement beaucoup de grand classiques (de l'Arnaque au D. Jivago en passant par deux thèmes de Nino Rota), et l'autre consacré aux musiques sud-américaines au sein duquel on relèvera également quelques pièces connues (Volver de C. Gardel par exemple) mais également d'autres pièces à découvrir. Dans tous les cas, la qualité de l'interprétation et des arrangements nous épargne l'impression d'une Nème reprise de trop…

La " jeunesse mandoliniste d'Hagondange " ne mérite plus vraiment son nom puisqu'elle fêtera l'an prochain ses 75 ans : elle est née en 1935, à une époque ou l'instrument connaissait une belle popularité et, surtout, où l'immigration italienne était forte dans les régions minières et sidérurgiques (Hagondange est en pleine zone sidérurgique et il me semble que les ensembles à plectres étaient surtout nombreux en Lorraine et dans le Nord (1)). Depuis lors les populations ont eu le temps de se mêler et les consonances des noms des musiciens témoignent d'origines italiennes naturellement, mais également polonaises, portuguaises, germaniques et française.

Voici le type même d'ensemble sur lequel les " historio-ethnomusicologues " se pencheraient avec intérêt s'ils avaient disparu. Ce n'est heureusement pas le cas alors profitons-en pour les écouter en direct ou, à défaut, au travers de tels CDs, plutôt que de se contenter d'en compulser des traces dans les archives et les vieux albums photos (2) !

Autoproduction : http://www.jeunessemandoliniste.com

(1) ainsi que sur la Côte d'Azur, mais pour d'autres raisons… et je n'oublie pas l'influence également espagnole et portugaise qui se traduit encore par la dénomination " estudiantina " donnée en France également à certains de ces ensembles.
(2) il n'empêche qu'il est dommage que leur site ne comporte pas une partie historique avec des documents sur les débuts de cet ensemble…


François Lazarevitch et les musiciens de Saint-Julien

"Le berger poète - Suite et sonates pour flûte et musette"

Musicien issu de la formation conservatoire, François Lazarevitch est un cas à part, qui, en une année à peine, s'est fait reconnaître au sein de notre milieu comme une référence tant à la cabrette qu'à la musette du Centre (unique lauréat du trophée Fleuret à St-Chartier) ou encore à la musette baroque, ce qui est un peu moins étonnant de la part d'un flûtiste de formation. Et je ne doute pas qu'il ait encore quelques autres cordes à son arc (1)… Il était donc tout à fait légitime à s'attaquer à un projet de collection discographique intitulé 2000 ans de cornemuse et dont voici le troisième opus. Le premier nous a mené en Auvergne, le second nous a fait reculer un peu plus loin dans le temps autour du répertoire des brunettes et contredanses, à la charnières des XVII7me et XVIIIème siècles, jouées à la musette baroque et on aurait pu s'attendre à un autre saut dans le temps, mais nous voici toujours à la musette baroque et dans la première moitié du XVIIIème siècle (après la disparition de Louis XIV), pour un répertoire instrumental qui correspond davantage à ce que les enregistrements antérieurs de musette (ceux de J.C. Maillard notamment) nous avaient permis d'entendre avec des oeuvres de D. Philidor, N. Chédeville, J. Hotteterre, J. Bodin de Boismortier etc... Certaines pièces ne nous sont d'ailleurs pas inconnues. La surprise vient davantage du fait que François utilise davantage la flûte traversière baroque que la musette sur cet album. Mais pour en revenir à ce dernier instrument et aux pièces où il intervient, il est intéressant de comparer l'interprétation de François avec celle de ces prédécesseurs, interprétation qui m'apparaît un peu plus classique, plus intériorisée, un peu moins influencée par les musiques traditionnelles (qu'il connaît pourtant bien mais avec lesquelles il fait sans doute davantage la différence). On mesure d'ailleurs, sur un tel enregistrement, le chemin parcouru par les musiciens et les facteurs en quarante ans, tant sur la pratique que sur la connaissance de la musette baroque et de tout son contexte d'utilisation. C'est d'ailleurs Jean-Christophe Maillard, le spécialiste de la question qui signe le principal texte du livret, texte complété par une petite analyse iconographique du fameux portrait de Gaspard de Gueidan par Denis Grenier, qui passe un peu vite sur certains aspects organologiques mais qui nous rappelle à juste titre combien ce musicien aujourd'hui célèbre par cette représentation devait être en réalité quelqu'un de tout à fait infréquentable (2), contrairement à nos interprètes actuels… Un mot encore sur l'ensemble " Les musiciens de Saint-Julien " qui l'accompagne sur les enregistrements de cette collection et qui, à l'instar de l'ensemble Organum de Marcel Péres et de quelques autres " ensembles " du même type est davantage une appellation générique qu'un véritable orchestre fixe, sa composition étant éminemment variable d'un album à l'autre. On retrouve ici en particulier le vielleux autrichien Mathias Loibner et Philippe Alain Dupré à la flûte (l'un des trois musiciens présent sur le précédent).

 

(1) formule tout à fait inadéquate pour un instrumentiste à vent, j'en conviens….

(2) un documentaire TV lui a été consacré il y a quelques années (France 3 probablement) qui décrivait déjà la mythomanie du personnage rappelée par Denis Grenier mais également le caractère parfois très douteux de ses jugements de justice.

 http://www.alpha-prod.com

Rappel : lire ma chronique du précédent (avec discographie complète)


Quintet à claques

" La marque rouge - Musique à danser cadencée… "

 

Un jeune groupe qui débute en sortant un double CD, voici qui n'est pas courant et courageux ! Mais ils ont raison parce leur musique assure parfaitement alors autant marquer la différence sur ce premier point déjà. Mais en y regardant d'un peu plus près, même s'ils n'hésitent pas à faire des morceaux de plus de neuf minutes, il faut bien reconnaître que la durée cumulée des deux CDs aurait pu entrer sur un seul, il s'agit donc d'une petite astuce de présentation…Mais ce n'est pas leur seule originalité : le son de la trompette de Camille Passeri, le plus souvent au premier plan, créé une couleur peu habituelle dans la musique trad. et dans la musique à danser en particulier et je trouve cela très agréable. Il est secondé par les deux violons de Cécile Delzant et Valère Passeri, mixés un peu en arrière et dont le jeu mériterait parfois un peu plus d'accroche et de swing. Anthony Jambon et Colin Delzant assurent de leur côté l'accompagnement, le premier à la guitare, assurant une bonne dynamique et le second au violoncelle, souvent dans le rôle d'un bassiste, en pizzicati et il est dommage qu'on ne l'entende pas davantage en mélodique à l'archet car l'intro des rondeau nous met l'eau à la bouche…. Question répertoire de danses, ils font moins dans l'originalité et vous retrouverez très classiquement valse, scottisch, mazurka, rondeau, gavotte de l'Aven, plinn, Kost ar c'hoad, andro et les inévitables cercles circassiens et chapeloise (tiens, aucune bourrée…). Un Branle carré de Bresse tout de même, histoire de rappeler leur origine rhône-alpine et de nous donner à entendre un air connu, car tout le reste, hormis une scottisch finlandaise, est de la plume de Camille Passeri ou Colin Delzant… En résumé une musique à danser qui ne cherche visiblement pas à restituer les couleurs musicales des régions d'origines de ces danses, mais qui ne se prend pas trop la tête non plus et qui ne devrait pas déstabiliser les danseurs : à une exception près, même lorsque la trompette prend un petit chorus, les violons continuent d'assurer une ligne mélodique à l'arrière afin de conserver les repères (et vice-versa parfois également). Et si des variations et suites permettent de renouveler l'écoute et de supporter sans le moindre ennui les plages les plus longues, tout cela reste très lisible et déjà très pro…

http://www.sextetaclaques.fr

Voir mes photos de leur passage à Saint-Chartier l'an passé

Leur CD suivant : "La marque rose" (2010)

Camille et Anthony ont enregistré en trio avec Simone Bottasso en 214 sous le nom The Folk Messengers "All for one"


Ludovic Beier

"Paris - Accordéon chromatique"
Coll. Solistes Cinq Planètes

La fameuse collection solistes de chez Cinq Planètes, fait une petite infidélité au traditionnel pour donner dans le musette : quoi d'étonnant de la part de Philippe Krumm qui dirige ce label ? Et, au vu des titres des standards proposés ici, on se situe indéniablement dans une forme de tradition, celle du swing musette de Murena, D. Reinhardt et bien d'autre…Mais cela n'empêche pas une interprétation très actuelle de la part de cet accordéoniste bien connu et reconnu dans le milieu du chromatique. Si vous avez trouvé le swing de Laudat et Dubanton dont je vous ai parlé récemment, un peu trop classiquement musette, les interprétations de Ludovic Beier devraient vous satisfaire, à condition toutefois que vous acceptiez que ce surcroît d'accents jazz et de modernité se fasse au détriment de la fluidité des morceaux et que tout cela ne swingue finalement plus autant, le rythme devenant un peu haché par les accords parfois très percussifs. Les lignes mélodiques se transforment en effet très facilement en succession d'accords main droite. Fidèle à l'esprit de la collection, Ludovic Beier à enregistré cet album en grande partie en improvisation, en une journée et en se permettant seulement quelques ajouts d'accords en multipistes. Il est naturellement seul sur quasiment tout le CD, mais à l'instar de pas mal de ces collègues de la collection, il fait tout de même intervenir un ami (guitariste) sur une plage et on ne s'en plaindra pas, pas plus que du bonus qui nous offre un inédit issu de l'enregistrement d'un de ses album précédent, en trio avec Angelo Debarre à la guitare et A. Licusati à la contrebasse.

Dist L'Autre Distribution

Rappels

Je ne vais pas vous faire la discographie exhaustive de cet artiste assez prolifique et éclectique, discographie qui mêle " Le bal des Pompiers " à des CD swing en duo avec Angelo Debarre ou à son quartet plus jazz.

Je vous renvoie à son site http://pagesperso-orange.fr/beier/Discographie.htm

Je soulignerai toutefois l'album que Ludovic Beier a consacré à l'accordina en 2006 " Portrait of Accordina " chez Marianne Mélodie et que je n'ai d'ailleurs pas retrouvé sur sa page discographie…


Serge Desaunay

" Amour et printemps "

Ce n'est pas le premier album de Serge Desaunay à son nom, mais c'est le premier en pur solo de diato, sans autre "invitée" que sa compagne en seconde voix sur un titre (l'exception confirmant la règle…). Un album entièrement dédié au style musette : celui de la période qui s'étend des débuts de ce genre (enfin presque, nous n'avons pas droit à la cabrette…), à l'arrivée du swing (inclus).

Curieux choix que cette valse en tête d'album, composée par Serge, avec ses passages à deux temps qui heurtent un peu son déroulement et sa lisibilité : c'est loin d'être ma plage préférée (comme souvent avec les plages n°1…). Suivent trois grands classiques, des deux accordéonistes qui ont sans doute le plus marqué le genre musette : Emile Vacher, considéré comme le créateur du style et Gus Viseur, considéré lui, comme l'artisan du passage au swing. Serge interprète d'ailleurs trois pièces d'Emile Vacher sur ce CD, mais " Auteuil Longchamp " qui occupe la seconde plage, montre vraiment que l'on peut faire montre d'autant de vélocité sur un diato que sur un chromatique, même si Serge a du faire quelques petites adaptations pour cause de tessiture insuffisante de son diato. Entre Vacher et Viseur, Serge nous offre une valse du XIXème qui était pas mal jouée dans les années 70 (et parfois massacrée, ce qui n'est naturellement plus le cas ici…) : " Amour et printemps " d'Emile Waldteufel, popularisée à l'époque par son usage en guise de générique pour le Cinéclub, sur la troisième chaîne comme on disait alors, si ma mémoire est bonne…

Serge Desaunay a toujours été un accordéoniste un peu à part, notamment par son goût pour les ambiances très mélancoliques et cette ambiance est bien illustrée par la quatrième plage : " Canapé des pyramides ". D'ailleurs, même dans les mélodies dansantes et bien enlevées, il demeure toujours une petite touche de cette nostalgie qui donne une dimension supplémentaire à l'interprétation.

Je passerai rapidement sur la reprise chantée de "La Tendresse" popularisée par Bourvil : disons pudiquement qu'il est meilleur au diato… et comme compositeur ainsi que vous pourrez le constater sur les 6 compositions de cet album.

Serge ayant déjà interprété la Polka chinoise de Joseph Colombo sur un album précédent (" Rue du canal "), il, a choisi, pour clore celui-ci, la " Valse hindoue " bien moins connue (1) que la Valse chinoise qu'il nous réserve certainement pour un prochain enregistrement…

Une mention enfin pour la très belle pochette, décidément toujours soignées chez Bémol…

 

(1) précédemment interprétée tout de même Yvette Horner, Marcel Azzola, Jo Privat, Les Primitif du futur ou encore ou le " Baguette Quartette ".

Pour ceux qui veulent en savoir plus sur l'histoire du musette, on ne peut que conseiller la lecture de l'indispensable ouvrage de Didier Roussin et pour ceux qui veulent du beaucoup plus résumé, lire l'interview imaginaire d'Emile Vacher par Philippe Krumm sur http://mondomix.com/blogs/accordeon.php/2009/01/23/emile-vacher

 

Rappels : lire la chronique de son album précédent " Rue du canal "
Serge Desaunay

Sinon, sans remonter aux 33t de La Chiffonie, citons les vinyls " Après la pluie ", " Le beau temps " des " frères Desaunay ", car ils ont été compilés sur un CD " Après la pluie le beau temps " (Keltia Musique KMCD 20, 1991)

" La Passagère " (1991) - Keltia Musique KMCD 25 1991 avec Michel Esbelin à la cabrette

Avec Christian Vesvre: " Matins Gris " (Ocora C 559 081)

Dans le registre irlandais : Valerio " The Humours Of Altan ", Dist : L'Autre Distribution

J'ai découvert qu'on peut le retrouver sur les compilations " The Rough Guide To Gypsy Swing " et " Le Son Du Musette ", qu'il apparaît également sur le volume " Ballades, Complaintes & Legendes " de l'Anthologie de La Chanson Traditionnelle de chez EPM etc…

Mais vous pouvez trouver une discographie plus complète et une biographie détaillée sur http://accordeon-bandoneon.com/fiche_musiciens.php?recordID=57 un site sur lequel il faut toutefois s'inscrire pour que la page ne disparaisse pas au bout de quelques secondes…


La musique d'Issa Sow

" Doumale "

 

Ne nous étonnons plus de rien de la part du label belge Homerecords, même pas de cet enregistrement dédié à un musicien africain, un continent qui ne me semblait pour l'instant absent dans leur discographie. Mais ce qui ne nous étonne guère de leur part, c'est que cet enregistrement ne soit pas seulement celui d'un musicien africain, accompagné de quelques compatriotes, mais celui de sa rencontre, entre autres, avec un ensemble conséquent de violons, altos et violoncelles. Et ce qui ne nous étonne pas du tout, c'est de retrouver parmi ses accompagnateurs, les noms de Tom Theuns, Wouter Vandenabele et Aurélie Dorzée… Naturellement, mêler instruments traditionnels d'autres contrées avec nos instruments classiques occidentaux n'a plus rien d'innovant en 2009 : en matière de métissages, fusions et collages (selon le degrés de réussite…) tout semble avoir été déjà été tenté aujourd'hui et il ne faut donc plus juger que du résultat, de la sincérité du projet et de l'émotion qui s'en dégage plutôt que d'un hypothétique intérêt sur le seul plan de l'innovation.

Tout ne semble pas gagné d'avance à l'écoute des premières secondes : l'album s'ouvre sur le son ample et rond de l'ensemble de cordes, auquel vient répondre, au bout de quelques instants, la sonorité bien plus étriquée du nianiooru, instrument à corde frottée unique et à faible caisse de résonance. Le pari est osé et il faut quelque peu s'accoutumer à ce contraste. Mais, l'album se fait ensuite plus africain, laissant la place à divers chanteurs d'Afrique de l'ouest, toujours accompagné naturellement par l'archet peuhl mais également par une kora et diverses percussions. L'ensemble de violon prend parfois des couleurs presque arabo-andalouses et sait se faire discret à bon escient, n'intervenant par exemple que par quelques discrètes ponctuations. D'ailleurs si les arrangements sont signés Wouter Vandenabeele, il ne faut pas rechercher dans cet album des couleurs musicales d'Ambrozijn et il ne fait aucun doute que les musiciens africains, s'ils n'ont pas, de leur côté, écrit d'arrangements, ont certainement apporté une grande part de ceux-ci sur le mode oral….

http://www.homerecords.be

 

On retrouve en 2014 Wouter Vandenabeele et Bao Cissokho sur l'album de Mamy Kanouté -"Mousso Lou "

et voir également à partir de "Chansons sans paroles"


Christophe Burg

" Cabrette - musique d'Aubrac "

Musicien aussi sympathique que discret, Christophe Burg est surtout connu dans le milieu auvergnat resté au pays. Ce cabrettaire de l'Aubrac nous avait déjà gratifié d'un premier CD en duo avec son compère accordéoniste (chromatique) Guy Chauzy il y a quelques années et il nous revient aujourd'hui avec un album en son nom, ce qui n'empêche pas son complice d'intervenir sur quelques plages. Pour le reste, il s'agit bien d'un CD solo de cabrette, qui permet d'apprécier toutes les finesses, tous les " coups de doigts " de son jeu très précis. Car Christophe fait partie de cette poignée de cabrettaires " qui ont un vrai son de cabrette ", expression consacrée qui désigne tout autant la sonorité que les bons cabrettaires savent tirer de leurs différents pieds (et Christrophe sait varier, sur cet enregistrement, tant les tonalités de ses pieds que l'usage ou non de la chanterelle…), que l'ornementation et les variations que le bon cabrettaire se doit d'ajouter sur les mélodies, en se gardant bien de se répéter et veillant à être toujours efficace par rapport à la danse. C'est d'ailleurs sur ce dernier point que j'émettrai deux réserves : si Christophe nous a déniché sur des enregistrements anciens des versions souvent originales de mélodies connues, certaines comportent des petits décalages mélodiques un peu perturbants (la plage 6 par exemple). Mais, surtout, cet enregistrement de studio ne donne qu'une idée très incomplète de la cadence de ce musicien en bal… Ceci étant dit, il faudrait aller chercher dans le détail de la dernière fraction de seconde de tel ou tel vibré ou repérer la petite variation répétée deux fois pour trouver d'autres réserves à émettre sur un tel enregistrement. Et si vous pensez que la cabrette n'est qu'un instrument à danser, prenez le temps d'écouter au calme tous les détails de son interprétation et vous changerez sans doute d'avis. Une mention encore pour la prise de son qui rend tout à fait justice à l'instrument et à son interprète (avec en bonus un petit traitement à l'ancienne sur la plage cachée…) et le livret qui détaille, comme toujours chez AEPEM, les sources des versions jouées…

Contact : gaelleburg suivi de orange.fr

Porduction AEPEM aepemasso suivi de gmail.com

Rappel : " Bal al masuc " Christophe Burg et Guy Chauzy, Musique traditionnelle rouergate AMTA coll " Les musiques du paysage " 1997 http://www.amta.com


Shillelagh

" Germaine "

 

J'étais passé à côté du premier opus de ce groupe du Nord, leur second album ne m'avait pas entièrement convaincu (un son un peu trop " bal folk " à mon goût), mais " Germaine " vient rattraper tout cela. Il s'agit toujours de musique à danser, des Flandres françaises et d'ailleurs, et le trio est le même que sur l'opus précédent : Gabriel Lenoir au violon, Benjamin Macke au diato et Aurélien Tanghe à la guitare, mais leur son s'est considérablement affiné ainsi que leur cadence. Ceci n'a d'ailleurs rien d'étonnant lorsque l'on a eu le plaisir d'écouter tout ce qu'ils ont pu enregistrer entre temps dans différentes formations comme j'ai eu le plaisir de vous le relater. Le violon a un beau swing, avec des techniques empruntant parfois à celles des violoneux du Massif central. Il s'entend parfaitement avec le diato qui, tour à tour prend la mélodie, la double avec le violon ou fait dans l'accompagnement. Tout cela épaulé par une guitare efficace… Je ne sais pas comment cela passe sur une scène de bal mais cela me semble tout à fait propre à vous mettre des fourmis dans les jambes et puisque je vous parle ici du CD, donc d'abord de musique à écouter (sauf pour ceux qui dansent dans leur salon ou leur cuisine en écoutant leur chaîne…), c'est un vrai plaisir à déguster du début à la fin. Comme le précédent, l'album a été enregistré en live, ce qui explique sans doute cette belle cadence, mais la prise de son est excellente et nul brouhaha ne trouble l'écoute : une qualité quasi studio, la pêche en plus… Le répertoire alterne traditionnels flamands et compositions mais, contrairement au précédent, celles-ci sont signées des membres du trio, à la seule exception de la valse de J. Colombo qui donne son titre à l'album (1). Notons enfin la présence de quelques invités (de marque…) sur la dernière plage dont une cornemuse qui intervient également sur une autre danse et une belle présentation graphique de l'ensemble, notamment les photos noir et blanc de José Kahan.

Bémol productions

http://www.bemolvpc.com

(1) désolé pour ceux qui s'attendaient à la chanson de Renaud…

Rappels : voir discographie à partir de ma chronique précédente "Danse sur l'eau"


Robert Matta et Pierre Rouch

"Hautbois et cornemuses"

Lorsqu'un musicien enregistre un CD, parallèlement à son désir d'expression personnelle, il doit forcément démontrer ses capacités de musicien. Lorsque, de plus, il est facteur et qu'il joue sur ses propres instruments, il se doit de démontrer également la qualité de ceux-ci, en particulier s'il est professionnel. Et lorsque deux facteurs pros se mettent en duo pour enregistrer, le défi est encore doublé. Et il est parfaitement relevé ici, d'un bout à l'autre, sur ce CD " entièrement fait à la main " comme se plait à le souligner Robert Matta, de la facture des instruments à la distribution, en passant naturellement par les arrangements, le jeu, l'enregistrement etc… Mais, bien entendu, tout cela en qualité professionnelle (seul le prix de vente ne l'est pas…), avec un accord des instruments irréprochable qui témoigne non seulement d'une facture et de réglages d'anches irréprochables, mais également d'une belle écoute mutuelle des deux souffleurs. Avec également une belle qualité d'enregistrement et de mixage plaçant un peu en arrière le troisième larron : le percussioniste Pierre Blanchu, discret mais efficace sur ses percussions d'origine orientales ou maghrébines mais qui ne dénotent en rien dans l'ambiance sonore entre Gascogne et Languedoc. Le répertoire est essentiellement traditionnel (et deux compositions de Robert et une de Pierre), de ces régions exclusivement, avec, naturellement, des mélodies déjà connues mais qui ne laissent jamais une impression de copier-coller de versions enregistrées antérieurement. Il faut dire que les arrangements du duo sont très bien conçus, sans complexité excessive. Je regrette juste que la belle pochette ne détaille pas davantage les sources des traditionnels interprétés (pas de livret). Bien entendu ce CD de luthier a un petit côté catalogue d'instruments et permet d'entendre divers hautbois (clari, hautbois du Couserans, graïle des Monts de Lacaune), et cornemuses (bohas et leurs variantes récentes, bodega, sac de gemecs, gaita de boto et la samponha (ré ?)inventée par J. Baudouin et dont Robert assure désormais la facture. Malgré ce déballage un peu hétéroclite quoique géographiquement délimité, l'album possède une couleur propre et le duo fait alterner anches simples et doubles sans que l'auditeur ne ressente de brusque changement de timbre. A l' écoute d'un tel enregistrement, on mesure le chemin parcouru en trente ans en matière de facture instrumentale, mais également de précision dans le jeu, et si certains n'apprécient que les accords qui frottent un peu, il est bon d'entendre que ces instruments à anches sont capables de jouer parfaitement juste et en duo sans le moindre frottement, voire sans même un battement.

Autoproduction non distribuée pour l'instant, à commander à l'un ou l'autre de ces luthiers-musiciens pour 10 euros et 2,5 de port

http://www.bouilleurdesons.com/

Rappels (sans doute incomplet)

Robert Matta fait partie de Freta Monilh : " Tres per una " 1992

Il a participé au CD Ocora sur la Cornemuse des Landes de Gascogne

et au CD piémontais sur les instruments occitans " Viva qui sona " vol.2

Pierre Rouch fait partie, entre autres, de Gadalzen " Chromatophonies (Dist L'Autre Distribution) et " Le tourment des lunes " 2004 (Dist L'Autre Distribution).

ainsi que sur Veziana (2009 FolkClub Ethnosunoni)

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Loulou Djine

" Zapad "

 

Troisième opus (à ma connaissance) pour le chanteur et violoniste Dragan Urlic, au sein d'un ensemble de six musiciens dont seuls l'accordéoniste et le bassiste ont changé par rapport au second album (aucun des musiciens du premier album n'était présent plus sur le second). Mais n'oublions pas la présence de 7 musiciens invités. La lecture des noms de tous ces artistes, aux terminaisons en " ic " ou " ski " ne laisse guère de doutes sur leurs origines du côté de l'ex-Yougoslavie, même si la plupart doivent vivre en France actuellement : à l'ouest où se situent tous les espoirs " quelqu'un me l'a dit, c'est là le paradis " comme l'évoque la chanson " Zapad " qui donne son titre à l'album.

Ca commence naturellement très fort, sur un tempo assez enlevé, mais, sur ce fond instrumental tout à la fois rapide et précis, la voix de Dragan Urlic apparaît presque posée. Plusieurs autres plages de l'album laissent la même impression : jamais la vélocité du jeu ne sacrifie la précision du jeu et l'expression du chanteur (dont la voix sent le vécu). Et lorsque le tempo se fait plus lent, comme sur l'instrumental " Nizam " par exemple, cela devient franchement poignant.

Le répertoire est essentiellement traditionnel avec trois compositions (textes et musique) de la plume de D. Urlic (en collaboration avec J-E Rousselon pour la musique de deux de celles-ci). Le livret donne les paroles de ces trois chansons, avec leur traduction pour les deux qui ne sont pas en français, puisqu'à l'écoute de " Zapad ", l'auditeur se rend compte, plus ou moins rapidement, que le serbo-croate a laissé la place à notre langue (1)… Un mot encore pour la belle pochette qui reprend la même charte graphique en noir et rouge que la précédente, le livret présentant d'ailleurs des photos un peu impressionnistes de fête foraine, à l'image de celle de la couverture du précédent : est-ce un diptyque ou bien les deux premiers éléments d'un triptyque à poursuivre, voire davantage ?

Dist L'Autre Distribution

http://www.louloudjine.net ou http://dragan.urlic.free.fr/ (voir en particulier les extraits du film qui lui est consacré)

Rappels :
Loulou Djine " Aldranidjo " Exxos publishing 2002

Loulou Djine " Fragments " (lire la chronique)

(1) j'espère que les occitans, bretons, alsaciens, flamands et autres qui me lisent ne m'en voudront pas de cette formule destinée à éviter une répétition ;-)


Pennoù Skoulm

" Trinkan "

 

Retour en CD d'un groupe breton mythique fondé en 1982 et qui comptait, à ses débuts, Patrick Molard, aujourd'hui remplacé par Ronan Le Bars au uillean pipe (1). Autour de lui, on retrouve deux des fondateurs du groupe initial et quelques nouveaux venus : Jean-Michel Veillon naturellement à la flûte traversière en bois, Christian Lemaitre et Jacky Molard aux violons, et Nicolas Quémener à la guitare : tous des musiciens bien connus et dont il serait fastidieux de retracer les itinéraires… Rappelons le concept : interpréter la musique à danser du répertoire breton sur une instrumentation typiquement irlandaise actuelle. Des instruments inconnus dans la tradition bretonne ou, pour ceux qui ont pu y être utilisés (violons notamment), dans un style ne dissimulant pas des influences irlandaises. Ce concept est naturellement moins original aujourd'hui qu'il y a 27 ans, mais cela fonctionne toujours aussi bien, sans aucun doute parce que ces musiciens connaissent fort bien les codes de la musique bretonne et ceux, relativement différents, de la musique irlandaise et savent, en conséquence, faire la part des deux et ne pas noyer tout cela en une soupe insipide. Nous avons donc droit à une pulsation parfaitement adaptée à la danse bretonne et un jeu d'ensemble qui doit davantage à l'Irlande, avec un petit côté session mis en avant (nombreuses parties à l'unisson de plusieurs des musiciens) mais qui dissimule, en réalité, des arrangements bien plus sophistiqués qu'il n'y paraît au premier abord avec harmonies et, mine de rien, de petits passages en chorus de ci de là, permettant à chacun de s'exprimer. Et, bien entendu, la précision du jeu n'a pas grand chose à voir avec celle d'une session improvisée… Le répertoire mêle traditionnels et compositions (ce qui est courant dans le monde du trad. mais un peu moins en Bretagne, ou alors pas toujours avoué…) et le livret cite les sources de chaque mélodie. Fidèle à son habitude, le label Innacor nous gratifie d'un petit documentaire (une dizaine de minutes) lisible sur ordinateur.

 

(1) mais le site de JM Veillon nous apprend que Patrick Molard est toujours présent à titre de conseiller musical…

Innacor : http://www.innacor.com Dist L'Autre Distribution

http://www.jmveillon.net/fr-pennou-skoulm.html

sur http://www.myspace.com/pennouskoulm

Rappels : Pennou Skoulm avait produit un premier CD en 1994 (Excalibur) reprenant les enregistrements d'une cassette de 1989, complété de quelques inédits.

Quant à la discographie de chacun des membres, je n'aurai pas la prétention de m'y attaquer... je vous rappelle juste la chronique que j'ai rédigée sur "Acoustic Quartet" de Patrick Molard
Jacky Molard


Denis Frossard - Joan Francés Tisner

" Vrenhadas "

Le premier est guitariste (guitare à cordes nylon) et il ne doit pas être besoin de présenter le second, chanteur occitan bien connu, au timbre et au style immédiatement identifiable. Le nom du guitariste apparaît en premier et en plus gros sur la pochette, et c'est lui qui est en photo. Mais il est difficile de ne pas écouter en premier lieu le chanteur plutôt que le guitariste, même si les intros, les accompagnements et les petits intermèdes de ce dernier méritent l'attention. C'est d'ailleurs bon signe : Denis Frossard sait trousser tout cela sans en faire trop, sans que l'accompagnement ne devienne trop encombrant, en conservant un classicisme de bon goût et qui se marie parfaitement à la voix de J.F. Tisner. Ce dernier se montre égal à lui même, peut être un peu moins novateur que sur certains autres enregistrements, sur un répertoire essentiellement traditionnel (deux chants doivent être dus à des chansonniers occitans), au sein duquel on retrouvera avec plaisir certains classiques dont on ne saurait se lasser (" Sarramilhocà par exemple). L'auditeur profite d'ailleurs pleinement de la voix de Joan Francés puisque le CD ne comporte que trois instrumentaux dont un seul pur solo de D. Frossard, en final, et un autre pur solo de guitare, assuré par Valérie Chabanel. Pour être complet, citons la présence sur quelques plages de deux autres musiciens gascons bien connus : Marc Castanet à la boha et à l'accordéon et Crestian Josuer à la flûte. Et enfin, relevons au dos de la pochette que le CD est soutenu par " La route des vins du Jurançon "…. Sans commentaire…

Production Menestrers Gascons

http://www.menestrersgascons.com

Rappels : voir la chronique que j'avais rédigée à propos des "12 recèptas de J.A. Lespatlut" et la discographie de J .F. Tisner qui y figurait
12 rceptas de J.A. Lespatlut

Voir également celle de Verd e Blu (J.F. Tisner, M. Castanet et C. Josuer)
Ver e Blu, baladas e dancas

Et celle de C. Josuer, à propos de " Pirineos Magicos "


Roland Brou, Mathieu Hamon, Charles Quimbert

"La nuit comme le jour - chant de Haute-Bretagne."

Je commencerai par dire que, comme pour chacun des enregistrements de l'un de ces trois chanteurs, je commence toujours par être déçu : impossible de ne pas l'être lorsqu'on les a entendu, ne serait-ce qu'une fois, en concert ou, mieux, chanter en petit comité, en acoustique : lorsqu'on a pu apprécier autant la puissance de leurs voix que le charisme qu'ils dégagent. Lorsqu'on a pu apprécier également, lors de joutes chantées, qu'elles soient organisées ou improvisées au pied levé, leur esprit de réplique et leur grande connaissance de tout ce répertoire traditionnel. Comment ne pas être déçu donc, face à l'incapacité d'un CD à nous restituer tout cela ?

Mais ceci étant posé, comment ne pas apprécier chaque nouvel enregistrement de ces trois pointures, surtout lorsqu'ils sont, comme ici, entièrement seuls avec leurs voix qui se succèdent, qui se répondent, qui se soutiennent et qui s'entremêlent même désormais. Si vous avez lu leur interview dans le dernier numéro de Trad. magazine, vous savez déjà qu'ils se sont frottés avec quelques tentatives de polyphonies, aidés en cela par le marseillais Manu Théron. Mais attention, ne les imaginez tout de même pas la main sur l'oreille entremêlant de complexes mélismes : les passages en harmonie restent très discrets et ne remettent nullement en cause le caractère profond du chant à répondre de Haute-Bretagne. Ils sont un peu plus perceptibles sur les complaintes et c'est surtout les nuances dans l'interprétation qui se remarquent davantage, de la part de chanteurs plus habitués à chanter à pleine voix ou, tout du moins, en projetant bien celle-ci. Il est patent qu'ils ont veillé à ne pas diluer la personnalité de ces types de chants traditionnels dans des polyphonies esthétisantes voire envahissantes et nous leur sauront gré d'y avoir réussi, de ne pas s'être laissé trop prendre à ce miroir aux alouettes. Saluons également un enregistrement qui semble se dérouler sans coupure, qui fait oublier la logique du découpage en plages, bien que les chants soient souvent très variés d'une plage à l'autre justement, passant d'un chant à répondre à une complainte, d'un traditionnel à une composition de Gérard Delahaye ou M. Favennec (ce qui m'a permis de découvrir l'auteur du " Plus bel âge ").

Vous l'aurez compris, ma déception de départ est largement compensée par la suite, mais elle devrait m'inciter à trouver le moyen d'assister au spectacle dont ce CD est le reflet…

Phare-Ouest Dist : l'Autre Distribution.

Rappels très partiels :

Le Trio

" Trois garçons du Lion d'or - Chants et complaintes de Haute-Bretagne " TVB production dist : Keltia Musique : CD attribué à Roland Brou sur la pochette mais où interviennent également Roland Guillou, Mathieu Hamon et Charles Quimbert (non daté)

" Trois p'tits oiseaux il y a - Chants de Haute-Bretagne " Coop Breizh 1999

" Garçons sans souci " Coop Breizh (2002)

Mais également des CDs où il n'interviennent pas forcément ensemble :

Grandes Complaintes De Haute Bretagne Dist Coop Breizh - 2000

"Ur Wezh'Oa Bopred" "Veillées en Bretagne Chants, musique et contes traditionnels" Tradition vivante de Bretagne 2 ed.Dastum Dastum Dist Coop Breizh

"Quand les bretons passent à table" "Kanomp ouzh taol" Tradition vivante de Bretagne 2 ed.Dastum

 

Roland Brou

Roquio (avec Patrick Couton, Hervé Lorre et Alain Pennec) " Quai du Roi Baco " 2003 ed. Alain Pennec dist L'Autre Distribution

 

Mathieu Hamon

" Tourmenté d'amour " (Mathieu Hamon, Christophe Caron et Ronan Robert) Modal Plein Jeu Dist L'Autre Distribution 2002

Hamon Martin Quintet " L'habit de plume " Coop Breizh 2004

" Gwerziou et chants de la haute voix " Nolwen Le Buhé, Mathieu Hamon, Patrick Marie, Marthe Vassallo


Maubuissons

" Bréhattitude "

Oserais-je vous avouer que si le nom de ce groupe m'est, naturellement, connu de longue date, et que si j'ai eu l'occasion de les entendre en Fest-Noz lors d'une des toutes premières éditions de Rencontres de cornemuse d'Emerainville, je n'ai pas du avoir l'occasion d'écouter leurs opus précédents et je n'ai pas suivi l'évolution de la composition du groupe au fil du temps. J'ai donc du faire un peu de recherche (1) pour établir que, Bruno Le Tron et le percussionniste et flûtiste Olivier le Gallo sont présents au sein du groupe depuis sa création, Serge Liorziou a cédé sa place de saxophoniste à Franck Fagon depuis 2002, ce dernier apportant également ses clarinettes mais le groupe perdant les parties de bombarde. Rappelons que le sympathique Franck Fagon officie également dans le trio Yao (2) et que Bruno et lui font partie du dernier groupe d'Eric Montbel " Vertigo "(3). Quant à Régis Raynaud, autre ancien du groupe, il est remplacé à la guitare depuis 2007 par Ali Otman. Pour être complet quant aux anciens membres de Maubuissons, il faut citer le morvandiau Eric Raillard qui y a fait escale à la basse de 96 à 2002. Si le répertoire à danser breton est le fond de commerce de Maubuissons, leur répertoire aborde à d'autres côtes (valse suédoise) et l'île de Brehat sait inspirer à Bruno Le Tron aussi bien des bourrées et des valses à cinq temps. Et tout n'est pas à danser sur cet album : deux plages sont simplement à écouter : une mélodie traditionnelle d'une part, et une composition qui tire sur l'Europe de l'est d'autre part. Vous l'aurez donc compris, il ne s'agit donc pas d'un album de musique bretonne au plus près de la tradition, mais d'un groupe entre fest-noz actuel et bal folk, avec une influence jazz, notamment dans les parties de saxo ou clarinette de Franck Fagon et dans celles de diatos de Bruno Le Tron, lorsque celui-ci ne vient pas renforcer la solide assise rythmique assurée par les deux autres complices.

Bémol production

http://www.bemolvpc.com

Voir les photos de leur concert à Montigny-lès-Metz en avril 2010

(1) merci http://www.tamm-kreiz.com qui est le seul site où j'ai trouvé les infos en question… Site très pratique pour savoir qui joue dans quoi, dommage qu'il se limite au domaine breton et qu'il ne mentionne donc que les ensembles de musique bretonne dont fait partie Bruno Le Tron, ignorant ainsi Treff, Topanga etc…
(2) voir mes photos de ce groupe sur http://musette.free.fr/festivals/coua08_1.htm
(3) voir ci-dessous

Rappels :
* Maubuissons
- "Treon vel Transit" (1996, L'Autre Distribution)
- " Suites" (1999, L'Autre Distribution)

* Bruno Le Tron et Franck Fagon dans Vertigo

* Bruno Le Tron (entre autres...),
- avec Eric Montbel et Laurence Charrier : "Topanga !"

Topanga

- au sein de Tref " Accordéon diatonique " edit : ALEA 2001

CD n°1 de Tref

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Etwien

Si la présentation de cet album nous indique qu'il s'agit de " chants de la côte et de Flandre intérieure " et qu'il fait appel à des airs traditionnels collectés dans le Westoeck au XIXème (De Coussemaker naturellement…), précisons d'entrée de jeu que la couleur de l'album est bien davantage celui d'un album de chanson que celui d'un CD trad. Seules six des quatorze plages utilisent des mélodies traditionnelles et les textes traditionnels flamands correspondants sont généralement chantés dans leur langue d'origine puis dans une traduction française. Les autres plages sont des compositions, dont pas mal doivent leur texte ou leur musique à la chanteuse flamande Edmonde Vanhille, d'autre à Pierre Steen , voire à Maryse Collache plus connue sous le pseudo Marieke (de Marieke en Bart).

Mais revenons en à notre quatuor : deux voix féminines, celles de Christine Steen et de Michèle Lefebvre, l'une un peu dans l'esprit de celle d'Anne Vanderlove, ce qui nous ramène aux ambiances de la chanson des années 70, et l'autre qui vient la soutenir dans un registre plus grave, mixée en arrière plan. Tout cela sur l'accompagnement de guitare à cordes métalliques de Pascale Pynthe qui renforce le caractère chanson française de ces voix et les percussions de Jean-Charles Devos : des tablas dont la discrétion est de bon goût. Les couleurs un peu plus trad. nous viennent des invités dont Christophe Plovier à l'épinette (et également à la mandoline et à la flûte.). Un album agréable, dont le style général me ramène quelques décennies en arrière mais pourquoi ne pas profiter de la quiétude qui s'en dégage ?

Bémol production

http://www.bemolvpc.com


Rococo Rijsel Trio

" Snaar "

Derrière ce nom qui ne respire pas vraiment le trop sérieux et un titre d'album qui me rappelle un fameux groupe belge qui ne l'était pas davantage, se cachent trois personnages bien connus dans le Nord et au delà. William Schotte tout d'abord, sans doute le plus connu dans cette région mais pas forcément dans le registre traditionnel : ses albums précédents sont davantage ceux d'un chanteur, même s'il exploite la veine régionale dans ses textes. Plutôt que de s'accompagner à la guitare (ce qu'il a du faire à ses débuts), c'est le violoncelle qu'il a choisi comme compagnon de chant et qu'il utilise ici exclusivement puisque cet album est un pur instrumental. Gabriel Lenoir ensuite, au violon, le plus jeune de l'équipe mais celui dont je vous ai déjà le plus parlé, et encore tout dernièrement à propos de " La Maison de danse " et, pour ceux qui n'auraient pas tout suivi, précédemment au sein de Shillelagh ou La Généreuse. Gérald Ryckeboer enfin, à la mandole, l'un des pionniers de la musique trad. dans le Nord et toujours présent. On se souvient de son Cd en duo musette baroque et banjo avec Youra Marcus il y a quelques années. Tout cela sur un répertoire traditionnel local dont le livret ne nous indique toutefois pas le détail des sources. Violon et violoncelle donnent à ces interprétation un caractère musique de chambre très agréable. Mais les rythmes traditionnel viennent relancer régulièrement la machine et empêcher toute morosité. Impossible d'ailleurs de ne pas songer au Quatuor (celui de L. Vercambre) sur une plage où ils se laissent un peu aller à délirer. Et puis la mandole de Gérald, à la sonorité un peu plus acide, contribue à introduire un certain décalage. J'écoute toujours au moins trois fois les CDs avant de vous les chroniquer, mais pour celui-ci, cela était déjà fait le jour où je l'ai reçu (en boucle quoi…) mais j'ai encore récidivé depuis…

http://www.myspace.com/williamschotte

Bémol production

 

Rappels :

William Schotte et Cie
1994 "Geel en Swart",

1996 "Au roi du Potjevleesh"
1998 "Les echos du Westoek
2002 "Le grand Biscornu"
2005 "Le bal des Amours"
2013 "Zoetelboom - Musique traditionnelle flamande revisitée pour violoncelle seul ou presque"

Gérald Ryckeboer
R.M.I Ryckeboer Marcus Inc. Studio Tube non daté (2001 ?) au catalogue Bemol production http://www.bemolvpc.com.

Deux CDs de Katrien Delavier (1992 et 1995 chez Playasound) et Hempson (1995) chez Auvidis, toujours ré-édité chez Naïve. Etplusieurs participations avec Katrien Delavier également, plus ou moins importantes à des enregistrements de Jacques Yvart (entre 1985 et 1994).

2 CDs avec Blootland malheureusement épuisés (les stock sont parti au pilon sans que les musiciens en ait été prévenus !)

Dans un style plus technologique (avec séquences et synthés), "Cyan" (2002), au catalogue Bemol production

Dans le registre chanson française : "Pas froid aux yeux" de Kram'peutt (2006), - au catalogue Bemol production.

Participation au CD de Marieke "Douce Flandre - Chants et musiques traditionnels du Pays flamand de France" (2006) FVDB Dunkerque

Gabriel Lenoir
" La maison de danse " en duo avec Aurélien Tanghe, Bémol production 2009

" La Généreuse " avec Benoit Guerbigny et Aurélien Tanghe
Benoit Guerbigny en compagnie

Shillelagh avec Benjamin Macke et Aurélien Tanghe en 2006 sur "Danse sur l'eau"
CD Shillelagh
et Germaine en 2009 et, dans une formation antérieure un peu différente en 2004 pour " Musique à danser " (épuisé)

Distant shores (musique irlandaise) " Sunny School Street " 2005

Voir, enfin, la présentation du CD solo de Gabriel Lenoir (2012)


Göze

"Quand on est bien amoureux "

Second album pour le duo de Wim Claeys et Maarten Decombel (1) et, contrairement au premier qui permettait d'entendre, par exemple, Wim à la cornemuse, chacun s'est recentré ici sur un seul instrument, le diato pour Wim Claeys et la guitare pour Maarten Decombel. Mais la surprise nous est offerte par une invitée à laquelle nous connaissions bien des talents et qui se révèle excellente chanteuse ici : Olle Geris qui a laissé son tour à bois le temps de deux titres où elle nous prouve, s'il en était besoin, la musicalité de la langue flamande. Ceci avec un style de voix qui rappelle celui de certaines chanteuses irlandaises, notamment sur " Wets Dich ". L'avant dernière plage voit intervenir d'autres complices de Wim : Toon van Mielro au sax, Sam Van Ingelgem à la basse et Jo Zanders aux percussions. L'album s'ouvre sur une mazurka de Maarten, toute en sensibilité et qui met bien en valeur le jeu à fleur de peau des deux complices. Et il se referme également sur une autre belle mazurka de Maarten (qui signe près de la moitié des titres de l'album, le reste étant trad. ou d'autres auteurs), dans le même esprit. Mais si c'est dans ce registre tout en finesse qu'ils excellent le plus à mon goût, le CD est, heureusement, plus contrasté, comme en témoigne la seconde plage avec un diato plus énergique et une guitare battante. Un mot encore pour la belle pochette, d'une esthétique sobre et non dénuée d'une pointe d'humour (plus discret que sur le premier opus). Pochette peu bavarde qui renvoie tout simplement à leur site pour les infos complémentaires…

http://www.goze.be

Wild Boar Music

Dist France : L'Autre Distribution

(1) auquel il faut naturellement rajouter celui en quartet avec Gilles Chabenat et Frédéric Paris " En Flandre "

Rappel : Göze "Gezellig onderuit zonder elektriek" (Kloef Music 2003)

Maarten Decombel : voir à partir de :


 

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