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Jean-Luc Matte
Infos mumuses

Chroniques CD
(9/16)

De temps à autre, l'un ou l'autre d'entre vous me fait parvenir son CD (y compris des démos) afin que j'en parle plus en détail dans mes infos, voici les chroniques ainsi rédigées depuis début 2004 (Tout ceci est indépendant des chroniques que je rédige pour Trad. Magazine).... 


François Lazarevitch et Les Musiciens de Saint-Julien

" A l'ombre d'un ormeau - brunettes et contredanses ",

coll. " 1000 ans de cornemuse en France "

Avec un premier CD paru il y a deux ans et sur lequel il jouait cabrette, chabrette etc…, François Lazarevitch nous annonçait le début d'une série consacrée à 1000 ans de cornemuse en France : tout un programme dont on le sait capable de venir à bout… Pour preuve ce second volume consacré au XVIIIème siècle et à trois aspects de la musique de ce siècle qui permirent à la musette de s'exprimer : les brunettes, les contredanses et, bien que le titre ne le mentionne pas, une suite de menuets. Ceci ne représente donc pas tout le répertoire de la musette puisque celle-ci fut usitée également dans certains opéras mais donne à entendre le répertoire dans lequel l'instrument est, sans doute, le plus à son aise. Et je ne résiste pas à reprendre l'une des citations, de Bénigne de Bacilly, à propos des brunettes, mentionnée par Naïk Raviart dans le texte qu'elle signe au sein du livret : " Ces sortes d'airs, qui paraissent communs sur le papier, ou qui le sont en effet, sont bien relevez de ce défaut par les ornements que l'on y adjouste comme par la manière de les exécuter ". Comment ne pas faire le parallèle avec l'interprétation du répertoire traditionnel ?

Le CD débute d'ailleurs par la suite bien connue des Branles de villages de la méthode de Borjon de Scellery , ce qui permet d'entendre immédiatement, pour peu qu'on ait gardé dans l'oreille une version précédemment enregistrée, la part d'interprétation laissée au musicien. Si le début de cette première plage est bien connu, le reste du CD l'est beaucoup moins à l'enregistrement, même si l'auditeur reconnaîtra par ci-par là, généralement brièvement, quelques thème encore populaire.

Si, comme sur le précédent CD, François Lazarevitch est accompagné des Musiciens de Saint-Julien, la compositiion de cet ensemble a été totalement adaptée au répertoire et il s'agit ici d'un véritable ensemble de musique baroque avec violons, flûte, théorbe, basse de viole, clavecin, Tobie Miller à la vielle à roue et Dominique Paris (le seul présent dans la formation précédente) à la musette également, notamment pour un superbe duo d'une justesse impressionnante et d'une bien belle cadence et dans lequel on reconnaîtra au passage le thème de Malbrouck....

Je vous ai beaucoup parlé de musette baroque mais n'allez pas croire que l'instrument est omniprésent. Dans certaines parties d'ensemble il est même mixé un peu trop en arrière à mon goût. François joue également des flûtes traversières et de la flûte à bec à alto, cette dernière nous valant un morceau de vraie virtuosité à la plage 6… Et même lui n'est pas omniprésent, tout ceci concourt à donner de la diversité à cette galette, sans compter l'alternance des pièces instrumentales et de celles chantées par Annie Dufresne dont le nom aurait mérité de figurer sur la pochette tant elle apporte elle aussi à notre plaisir…

Je vous ai déjà, trop brièvement, cité la participation de Naïk Raviart au livret de ce CD, le tableau de Boucher qui illustre le digipack (il faut l'ouvrir pour découvrir la cornemuse), est commenté par l'historien Denis Grenier. Une initiative intéressante, mais il est dommage qu'il commette des erreurs à propos de l'instrument (confusion entre hautbois et tuyau mélodique d'une part et, d'autre part, l'instrument représenté, d'inspiration plutôt flamande, n'est ni une musette, ni une cornemuse de Poitou…)

Je laisserai le mot de la fin à celui d'entre-vous qui l'a commandé vendredi dernier sur internet suite à ma première info, il l'avait déjà reçu samedi et m'a écrit : " Il est vraiment MAGNIFIQUE. Je ne peux que le recommander à

tous les amateurs de cette si belle musique du XVIII. "

http://www.alpha-prod.com

 

Rappels

François Lazarevitch et Les musiciens de Saint-Julien
" Danse des bergers, danse des loups musiques traditionnelles au cœur de la France "
coll. " 1000 ans de cornemuse en France "
Alpha

Lire la chronique du suivant dans la même collection : "A l'ombre d'un Ormeau - brunette et contredanses"

"Le berger poète - Suites & sonates pour flûte et musette"

2010 : "La Veillée imaginaire" toujours dans la même collection (concert présenté au Château d'Ars)

2011 : "Et la fleur vole - Airs à danser et airs de cour autour de 1600" (dans la même collection Alpha)

2012 : "For Ever Fortune - musique écossaise du XVIIIème siècle" (chez Alpha toujours mais hors de la collection)

François Lazarevich solo
Musique française baroque pour flûtes et musette
CNSM Paris Fondation Meyer - Collection jeunes solistes - hors commerce

Plusieurs plages solo sur le double CD consacré au Pipasso

François Lazarevitch et Dominique Paris jouent également un duo de musettes et un duo de cabrette sur le CD " Paris Centre - Cornemuses en Ile de France " d'AEPEM

Autres groupes

Fin 2009 : NOCES-BAYNA (Victorie musique – Universal)

avec Fawzy Al Aiedy – Evelyne Girardon – François Lazarevitch (cornemuses, flûte et chant) – Adel Shams El Din : chansons traditionnelles de France et miroir d’Arabie : enregistrement réalisé d'après le spectacle musical créé au Festi’Val de Marne en 2006 (à chercher au rayon musiques pour enfants), avec la participation également d'Anne-Lise Foy à la vielle sur tous les titres et au chant sur deux.

Voir la discographie de la musette baroque en CD que j'avais réalisée pour la revue Trad. magazine n°69 de janvier-février 2000


Arbadétorne

"Rimajures"

 

Pour tout vous expliquer, j'écoute certains des CD que je vous chronique, dans le bus ou en voiture (écoute que je complète quasiment toujours par une audition au moins sur une vraie chaîne car la perception est généralement différente) et j'utilise maintenant parfois pour cela un lecteur mp3 sur lequel je charge plusieurs albums lorsque je les reçois. Lorsque mon lecteur est arrivé aux premières plages de ce CD, j'ai eu un moment d'absence, me demandant quel pouvait bien être ce groupe québécois chantant sans accent.. C'est lorsque la veuze s'est mise en route que - " Bon sang mais c'est bien sûr ! " - je me suis souvenu que j'avais reçu le dernier CD de ce fameux groupe vendéen. Comment n'avais-je pas reconnu la voix d'Emmanuel Vrignaud ! Mais en sus des similitudes de style avec les cousins d'outre-Atlantique, on notera pas mal de répertoire commun entre ces chansons, collectées principalement dans le marais breton vendéen et de l'île de Noirmoutier qui lui fait face (1), et ce que nous interprètent certains groupes québécois ; "La brouette à satan", "L'horloge". Quelques thèmes de chansons m'ont également renvoyé à l'époque d'Aristide Padygros. Mais tout cela est interprété avec goût et recherche : il y a d'abord la voix au timbre plutôt doux d'Emmanuel Vrignaud, une voix qui sait se faire énergique s'il le faut. Derrière elle, le violon de Maxime Chevrier et le diato de Michael Augier brodent des parties originales qui ne doublent jamais le thème chanté, qui ne se contentent pas de contrepoints mais partent le plus souvent en mélodies complémentaires. S'ils reprennent parfois le thème lorsque le chanteur se tait, cela ne dure jamais longtemps et il repartent vite sur d'autres pistes mélodiques. Et pour soutenir le tout, les guitares ou percussions de Jean-François Rambaud, efficaces sans jamais être envahissantes. La composition du quartet n'a pas changé au fil de ses quatre CD.

Je simplifie un peu car tous quatre manient d'autres également d'autres instruments et il y a pas mal d'invités venant apporter leur petite touche par ci par là, on relèvera par exemple la présence de Thierry Bertrand au hautbois (mais qui a également fourni une partie du répertoire traditionnel interprété). Mais la plus remarquable doit être celle d'Attila Turi à la clarinette, donnant un petit côté klezmer à l'une des plages…

Le seul problème va être de le trouver dans les bacs car le boîtier digipack est curieusement plus court de plus d'un centimètre par rapport à la norme… Mais en contrepartie, il comporte un petit clip vidéo à lire sur son ordi… (quelques images de l'enregistrement montées sur la musique de la première plage).

http://www.arbadetorne.com

Souvenance production (Tradition en Vendée) Dist l'Autre Distribution

J'en ai profité pour vous mettre en ligne les photos de leur apéro-concert de présentation du CD à St-Chartier 2007 sur http://musette.free.fr/stchart/ch07arbad.htm

Rappels :

Arbadétorne : Djhess
Souvenance et Saravah Dist Night and Day

Arbadétorne : Varderies 2004
Souvenance, Dist l'Autre Distribution

Arbadétorne : Adjusse
Souvenance, Dist l'Autre Distribution

Arbadétorne "Détours" sorti en août 2009 (L'Autre Distribution)

Pour mémoire, Maxime Chevrier et Jean-François Rambaud oeuvraient précédemment au sein du groupe Yole (nombreuse discographie, le second ci-dessous doit exister avec une autre pochette)

 .


Forro Acustico Vol.1

Accordéon du Nordeste du Brésil

Voici un CD qui pourrait bien susciter des vocations chez les manieurs de soufflets en mal de nouvelles sensations… Si la musique trad. brésilienne commence à être connue chez nous par delà la sempiternelle samba (je ne parle pas de la bossa nova qui ressort davantage du monde du jazz), si quelques groupes français commencent à populariser le Forro (je pense par exemple aux " Bombes 2 bal "), la version originale de cette musique du Sertao (la fameuse région du Nordeste aussi pauvre que culturellement riche) ne me semble pas avoir encore été vraiment diffusée. Imaginez un jeu d'accordéon qui ferait parfois songer à celui du mélodéon cajun, surtout lorsqu'un triangle (1) vient marquer le rythme : même vivacité, même pulsation et, cela avec un peu de soleil et d'esprit latin en plus…. Et pourtant, si, comme en témoignent ici deux plages, le forro était naguère joué au diato, ce sont essentiellement des chromatiques à touches piano qui mènent le jeu aujourd'hui et il est intéressant d'entendre ici comment certains interprètes conservent la dynamique du jeu du diato en remplaçant les coups de soufflet par un " martèlement " de la main droite tandis que d'autres se sont davantage laissé tenter par la virtuosité permise par le chromatique avec un jeu beaucoup plus dans le bout des doigts. Mais le forro que l'on peut entendre ici ne se limite pas à l'accordéon, voire à l'harmonica, il est également chanté sur plusieurs plages et lorsque le chant est accompagné par deux accordéonistes qui n'ont peur de rien et rivalisent d'invention (plage 21) c'est un grand moment…

N'ayez pas peur de vous lasser car, outre les différences de style, voire d'instruments entre interprètes (il y a même des plages à l'harmonica), le terme forro recouvre différents rythmes bien différents. De plus, s'il s'agit bien d'enregistrements de terrain, l'écoute n'est vraiment jamais laborieuse car ces accordéonistes sont des musiciens accomplis comme en témoigne leur jeu à la main gauche.

Un mot encore sur le remarquable livret (44 pages en français), au texte très clair et concis, qui présente très bien les différents courants du forro (bien que le présent CD ne nous donne à écouter que la forme la plus traditionnelle), puis brosse le portrait des différents interprètes, le tout illustré par de très belles photos de ceux-ci. Et tout cela est l'oeuvre d'une seule et meme personne : Damien Chemin dont je ne connaissais même pas le nom mais dont ineternet m'apprend qu'il est cinéaste et en comparant les noms, je vois qu'il a embauché ses ingénieurs du son pour réaliser les enregistrements de ce Cd ce qui en explique la qualité technique. Et puis, bonne nouvelle, il nous annonce déjà un volume 2....

Ed Cinq Planètes

Dist l'Autre Distribution

(1) la formation traditionnelle comporte un accordéon, un triangle et une grosse caisse jouée avec une mailloche d'un coté et une baguette de l'autre.

Lire la chronique du volume 2


Haïdouti Orkestar

Fanfare balkano-tzigane

Balkan Heroes

Une fanfare des Balkans de plus direz-vous, dont le nom ne fait pas vraiment dans l'originalité… mais une bonne de plus ajouterais-je, en précisant toutefois que celle-ci en est déjà à son troisième CD et qu'ils ne sont donc pas tombés de la dernière pluie…. Mais malgré les similitudes, chacune des formations de ce type a son style propre. Celle-ci joue sur des tempos relativement modérés : on est loin du stress des fanfares des films de Bregovic et ce doit d'ailleurs être une caractéristique des fanfares installées en France, mêlant musiciens originaires de divers pays des Balkans et musiciens français. Si la majorité des plages est instrumentale, quelques-unes sont chantée par le turc Zeki Ayad Chölash, dans un style déjà bien arabisant, tant au niveau du timbre de voix que des ornements. Un bon point pour la prise de son, très analytique, qui met souvent curieusement les voix d'accompagnement (tubas et sousaphone) un peu en avant par rapport aux solistes (accordéon, clarinette, trompette, saxo), ce qui n'est pas forcément désagréable…Et un bon point également pour la photo de la pochette (1) qui n'est pas sans évoquer l'esprit des films sus-cités…

(1) j'avais cru à un montage, mais le distributeur m'a précisé qu'elle a été prise dans un camp Rom en Bosnie et le photographe, Arsenijevic Dobrivoje, à simplement fait poser les parents et leur enfant. Un autre enfant voyant le bébé s’ennuyer pendant ces photos et simplement venu lui apporter un pistolet en plastique (il ne s’agit pas d’un vrai) et l’instant à été saisi.

Dist l'Autre Distribution

Rappels :

Haïdouti Orkestar, 2003.

Les Balkans Réunis, 2005.


Cinq Planetes

"Solistes
10 ans
Rien n'est beau sans la diversité

10 ans déjà que cette belle collection de CD dédié à des solistes à vu le jour, sous la houlette de Philippe Krumm. Une collection qui n'est pas sans rappeler les fameux " Spécial instrumental " du Chant du Monde et " L'art de … " chez Arion. Avez-vous une petite idée du nombre de CDs produits ? Trente huit ! Il a donc fallu trois CD pour nous offrir cette compilation présentant une plage (prafois longue) de chacun de ces 38 portraits.

38 portraits musicaux d'individualités fortes et, naturellement, de techniciens hors pairs sur les instruments, mais également 38 portraits d'instruments (j'y inclus le chant…), parfois peu communs ou rares à l'enregistrement, mais, surtout inscrits chacun dans leur culture, ce qui n'exclu pas certaines démarches novatrices, notamment chez les deux vielleux. 38 portraits enfin au sens propre également, grâce aux belles photos noir et blanc de Christian Lebon (à quelques exception près), toutes reprises ici.

Je doute que vous ayez sur vos étagères l'intégralité de cette collection, cette compilation vous permettra donc d'entendre ceux que vous n'avez pas, et sans doute parmi eux certains musiciens extraeuropéens car si les opus consacrés aux musiciens français (1) ont bien fait parler d'eux, il ne faudrait pas oublier les musiciens indiens, malgaches, iraniens, austaliens, africains etc… présents dans cette même série.

Comme en témoigne le récent CD de Peire Boissière, n'oublions pas non plus que cette collection n'est pas la seule du label Cinq Planetes, même si les autres sont moins développées

Dist : L'Autre Distribution

(1) tiens, les quatre cornemuseux sont français…

Rappels : ceux chroniqués dans ces infos :

Mathias Loibner "Vielle à roue"
chroniq7cd.htm#loibner

Wang Li "Guimbarde"

Spiridon "Guimbardes"

Ricardo Tesi (à venir sous peu)

Voir également, du même éditeur :

Cristina Delume "Ballades, poèmes et complaintes"

Pèire Boissière " Margarida "

et le DVD : "Dedans le Sud de la Louisiane" Un film de Jean-Pierre Bruneau (DVD)

J'ai également chroniqué les Cds de Willy Soulette et Yan Cozian dans Trad. Magazine


Compagnie Léon Larchet

"Muzikadansé" n°2

Une petite mention en biais au dos de la pochette résume une grande partie de l'esprit de ce CD : " … des origines de la musique Arabo-Cantalouse aux pratiques urbaines d'aujourd'hui… ". Si la pochette a pas mal de similitudes avec le volume 1 de Muzikadansé que je vous avais chroniqué à l'époque de sa sortie (voir sur http://musette.free.fr/chroniqucd.htm#muzikadanse ), l'évolution musicale est notable : l'opus 1 sonnait vraiment musique à danser d'Auvergne, mais certains passages de celui-ci vont davantage déranger les oreilles non ouvertes à des sonorités plus actuelles, à des harmonies parfois plus audacieuses. Ils ne sont plus que trois au générique : naturellement toujours Jac Lavergne et Virginie Basset en première ligne, accompagnés d'une nouvelle venue, Patricia Caumon à la cabrette, sur quelques plages, avec un jeu qui sonne très cabrette mais relativement sobre dans l'ornement (non ce n'est pas complètement antinomique !) et des passages parfois mélodiquement assez costauds, limite chorus (en cherchant un peu, j'ai trouvé qu'elle était 2ème prix en catégorie excellence du concours national de cabrette 2007). Si les deux premiers cités font désormais la majeure partie du boulot tous seul, ils font souvent davantage de bruit qu'avec les trois accompagnateurs du volume précédent. Jac Lavergne utilise en effet sur certaines plages des machines électroniques, des sons un peu saturés etc… Mais que cela n'occulte pas son jeu à l'oud et au diato et, naturellement, celui de Virginie Basset au violon et au violon ténor (ça je ne connaissais pas encore, avec une sonorité entre alto et violoncelle bien que l'instrument soit tout de même plus proche du premier de par la taille (1)….).

Si tout cela sonne nettement moins bal auvergnat, il n'empêche que toutes ces compositions de Jac Lavergne ont été écrites pour être dansables… et dansées. D'ailleurs Muzikadansé 2 est également la partie musicale du nouveau spectacle de la Compagnie Léon Larchet " Waïchi " avec le danseur Christian Frappa.

http://leonlarchet.com/

(1) un instrument utilisé également par Michel Favre du quartet dauphinois " Drailles "

Rappels : voir à partir de Muzikadansé 1


La Talvera

" Bramadis "

Au vu de la pochette (poing levé, visage en train de crier…), j'ai d'abord cru à un CD anthologie sur le thème des chants de lutte, un peu dans le même style que celui qui vient de paraître en Bretagne. La couverture du livret et encore plus explicite, avec, en rajout à ce même dessin, une banderole " Resistance ". Mais en feuilletant ce livret, il apparaît qu'à une exception près (un poème de Pierre Cardenal), tous les textes sont de Daniel Loddo, le plus souvent mis en musique par lui-même (dans les quelques autres cas par T. Rougier ou sur des thèmes trads, l'un portugais, l'autre brésilien, deux traditions pour lesquelles on connaît les affinités des membres de La Talvera).

En écoutant ces textes si vous êtes occitanophones ou en lisant leurs traductions dans le livret si vous ne l'êtes pas, vous entrerez donc dans l'univers de Daniel Loddo, révolte naturellement (La guèrra, La chanson des mensonges, Le monde devient réactionnaire, Partout où je vais) mais également célébration des charmes de l'Occitanie (où l'on constate que, dans ce registre, militants occitans, félibres ou néofolkloristes arrivent peu ou prou au même résultat…), des choses plus personnelles (Allez Danielou) et, à titre de récréation, une petite chanson à double sens…

Si tout cela pourrait paraître un peu intello, ce serait sans compter sur la musique de la Talvera, toujours festive et qui aide à faire passer tous ces messages. Bien malin qui pourrait deviner qu'il ne s'agit pas de traditionnels… Et toujours cette sonorité qui leur est propre, avec toutes ces petites percussions parfaitement en place derrière les instruments principaux (diato, bodega, clarinette, hautbois etc…à noter l'arrivée de Tony Canton au violon). Et puis, naturellement, omniprésente, la voix de Céline Ricard, qui, sans perdre son énergie et sa personnalité, gagne en maturité de CD en CD. Sans elle, La Talvera ne serait pas La Talvera.

http://www.talvera.org

Dist : L'Autre Distribution

Rappels : voir sur la chronique de leur précédent CD


avec discographie plus complète et lien vers mes pages de photos de ce groupe


Aurelia

" Festina Lente "

" Hypnogol "

.

Le premier est un CD que j'ai découvert avec un peu de retard par rapport à sa sortie (2005) et je vous l'avais alors signalé, mais il m'avait bien donné l'envie de vous en parler plus en détail. Je saisis donc l'occasion du second enregistrement de ce trio pour le faire.

Aurelia c'est tout d'abord Aurélie Dorzée, la violoniste qui a longtemps joué aux côtés de Luc Pilartz : de Panta Rhei à Trio Trad en passant par Musique à 9…. C'est elle également qui a magnifiquement dirigé les cordes sur le CD live " 10 " d'Ambrozijn. Une musicienne qui avait indéniablement la carrure pour voler des ses propres ailes et c'est chose faite depuis le premier album de de trio où elle rassemble autour d'elle le chanteur Tom Theuns (d'Ambrozijn notamment) et le percussionniste Stephan Pougin (membre de l'aventure Panta Rhei également). Si vous consultez les biographies de ces trois musiciens vous constaterez que la présentation que je viens de vous en faire est une vue très ciblée public trad. ouest-européen et qu'ils ont tous trois autant d'expériences dans d'autres genres musicaux (du baroque au contemporain en passant par le jazz, mais également que l'un ou l'autre a approfondi, à un moment de sa carrière les musiques de l'est, indienne, africaine, cubaine, blues…). En voyant jouer Aurélie Dorzée sur le répertoire trad., nombreux sont ceux qui pensent qu'elle " vient du classique ", mais en réalité, elle a poursuivi sa formation (solfège, violon, composition) en parallèle avec ses activités au sein de Panta Rhei et autres. Si je vous explique tout cela c'est que ces deux Cds, sont la résultante de ces parcours, la rencontre de trois musiciens mettant chacun dans le pot commun des expériences déjà multiples. Le jeu de violon de " Festina Lente " comporte, par exemple, des traits pas forcément courant dans les répertoires traditionnels et plus familiers dans les pièces classiques. La force de ces compositions est, en l'occurrence, de tirer parti des deux domaines, d'utiliser ces traits sur des structures mélodiques venues d'autres horizons, à bon escient, sans donner dans le technique ou dans l'effet gratuit. Sur ce premier CD, de valses lentes en rythmes plus balkaniques, le violon, à la belle sonorité, reste relativement sage et c'est surtout Tom Theuns qui apporte, par sa voix, sa guitare et divers autres instruments, une touche de modernisme qui dérangera parfois un peu certaines oreilles. " Hypnogol " par contre, à l'image de son titre, bien que toujours acoustique, est plus ouvertement novateur, le violon y apparaît davantage varié dans ses sonorités, les percussions plus présentes, parfois en véritable voix supplémentaire. Aurélie Dorzée s'y lance dans des parties chantées, soit sur une véritable chanson, soit en voix d'arrrière plan : un premier essai plutôt prometteur. Tom Theuns, de son côté, chante en anglais à la Léonoard Cohen… et en allemand. Malgré la variété de ces ingrédients, ils savent toutefois éviter l'effet " catalogue " et chacun des deux albums présente une belle unité malgré ces influences multiples et certains contrastes entre plages. Pour ceux qui ont besoin d'un point de départ pour se stimuler l'imagination, les différentes plages possèdent naturellement un titre mais également une petite phrase explicative et, sur le second CD, tout cela constitue une petite trame narrative… Une mention également à la qualité du rendu sonore (prise de son, mixage…)

Si, comme le dit Aurélie dans une interview, le second CD témoigne d'une plus grande maturité du groupe et d'une plus grande fusion entre les trois personnalités, je garde une préférence pour le premier, pour cette sonorité du violon qui semble vous parler directement et également pour la plage qui le conclut, la seule qui ne soit pas une composition d'un des membres du trio : une belle transcription de la plus prenante des gnossiennes de Satie…

http://www.aureliaferia.com/

Homerecords : http://www.homerecords.be

Rappels :

Aurelia le troisième fin 2010 : "The Hour of the Wolf"

Le quatrième en 2012 : "La création du monde"

Duo Aurélie Dorzée et Tom Theuns "L'art de voler"

Discographie Aurélie Dorzée : Panta Rhei (avec Stephan Pougin) : "Hopa" 1995, "European music today" , "Strides" 2002, "Passchendaele suite"1996, "Folklore wallon" avec Le Reveil Ardennais 1996

....

 

Musique à neuf "Traces" 2002

Luc Pilartz "Meslange" 2003

Trio Trad (avec Luc Pilartz et Didier Laloy), "Made in Belgium" Wild Boar Music, Aléa 2005

Trio Trad, "Musique d'Europe"

"10" d'Ambrozijn 2007

Voir les photos de leur bal en quartet à Socourt 2010

et son CD solo :Aurélie Dorzée " Horror vacui "

Tom Theuns :

Voir à partir de cette chronique d'Ambrozijn : "Krakalin"

 Krakalin


Pèire Boissière

" Margarida "

" Cantar en Pais d'Oc - Chanter en Pays d'Oc "

  Si ce CD est le premier, à ma connaissance, à son nom, Pèire Boissière n'est pas un inconnu puisqu'il était membre de Cap Negre avec Alain Cadeillan et le regretté Christian Lanau, un trio qui nous a laissé un excellent CD en 1999.

Le présent CD est produit par Cinq Planetes mais il n'a curieusement pas été intégré dans la fameuse collection grands solistes avec les belles photos noir et blanc de C. Lebon en couverture et au dos de livret: les chanteurs ne sont-ils pas considérés comme de grands solistes ? L'esprit est toutefois très proche et ce CD est un pur solo avec juste une discrète exception pour justifier la règle et glisser un coup de pub au duo de Pèire avec Joc Novèl, présent sur une plage à la flûte basse. Si Pèire Boissière est avant tout un chanteur, (à moins qu'il ne soit tout d'abord un collecteur comme il l'avait montré lors d'une émission nocturne de France Musique il y a quelques années….), il use d'un certain nombre d'instruments et accessoires sonores pour s'accompagner aussi sobrement qu'efficacement : du tambourin à cordes béarnais au claquoir en fourche de cardère en passant par la mâchoire d'âne, il sait créer ces petites rythmiques qui viennent soutenir son chant, loin de la percussion gadget et loin de vouloir suppléer un éventuel manque de pulsation dans le chant. Car il faut bien en venir au principal : sur ses chants à danser et même sur certains autres, il place tous les ingrédients de cette secrète alchimie musicale qui font que cela sonne merveilleusement : un timbre de voix, une langue, un accent, un répertoire et cette cadence, si évidente à l'écoute et pourtant pas si facile à produire lorsque l'on n'est pas baigné de cette culture (et cela est vrai pour de la plupart des cultures populaires, trads et autres…). On aurait pu s'attendre à ce qu'il puise dans ses nombreux collectages pour nous offrir un florilège de chants traditionnels du Haut-Agenais, mais Pèire Boissière est également auteur et compositeur et il signe une composition pour nous conter les conséquences du départ en vacances de la lune , il met en musique des textes d'auteurs occitans du XVIIème siècle ou des proverbes et il pioche dans les traditions voisines, de Gascogne,de l'Auvergne au Rouergue et jusqu'au Vivarais, voire en Catalogne, dans le répertoire sépharade ou chez un troubadour.

Contact : peire.boissiere suivi de @orange.fr

Contact scène : neuftribus suivi de @wanadoo.fr

Cinq Planetes

Dist. L'Autre Distribution

Rappel : Cap Negre "Passat Deman" ed. Modal 1999


"Mille métiers mille chansons

Mil micher mil kanaouenn

Les métiers dans le chant traditionnel "

Dastum coll " Société et tradition orale en Bretagne " n°1

 Une production Dastum est toujours un petit événement : bien davantage qu'un CD de plus dans sa discothèque, l'occasion d'approfondir ses connaissances sur un pays (coll. " La Bretagne des Pays " avec notamment un remarquable double CD sur le Pays Bigouden) ou, avec cette nouvelle collection, sur un thème plus transversal.

Je dois d'abord vous avouer que je n'ai pas encore pu prendre le temps d'écouter ces CD comme il est indispensable de le faire, c'est à dire livret en main (je devrais d'ailleurs parler de livre plutôt que de livret, compte tenu de son épaisseur et de sa couverture rigide), en suivant plage par plage les commentaires sur le métier en question, sur la chanson, les paroles et la traduction éventuelle de celle-ci, les interprètes, les conditions d'enregistrement etc.. (jusqu'aux références aux catalogues Coirault et Laforte). Mais il faudra bien compter 3 heures, voire un peu plus pour le faire, et j'attends pour cela le retour de l'hiver et les trajets en bus pour se rendre au boulot, baladeur sur les oreilles et livre en main.

Vaste thème que celui des métiers, surtout lorsque l'on prend en compte tout à la fois les chansons utilisées dans le cadre de ceux-ci (lire la très intéressante introduction de V. Morel qui relativise certains idées reçues tout en élargissant le sujet) et les chansons traitant des métiers. Vaste chantier également que de s'être attaqué tout à la fois au répertoire de Haute et de Basse Bretagne, c'est à dire au répertoire en breton, en gallo et en français.

Les enregistrements proviennent quasiment tous du fond Dastum (j'en ai relevé un du fond des ex ATP) et sont soit des collectages, soit des interprétations revivalistes (1) mais souvent en situation (veillée, concours…) ce qui leur donne un caractère plus vivant. Si l'oreille un tant soit peu habituées distingue bien ces deux types d'interprétation, toutes partagent un esprit commun, ne serait-ce que par l'interprétation a capella (seul ou avec réponse). Si on relève la présence d'un enregistrement provenant d'un rouleau de cire, les enregistrement sont, dans l'ensemble, de très bonne qualité et l'écoute en est très agréable. Quelques très courts passages parlés et quelques ambiances sonores (bruit d'un battage au fleau par exemple) viennent ponctuer l'enregistrement.

(1) on relèvera parmi les interprètes : Michel Colleu, Yann Bertrand, Gaël Rolland, Annie Ebrel, Erik Marchand et on ne s'étonnera pas de retrouver certains noms parmi les collecteurs d'autres plages…

Double CD et livret 164 pages

http://www.dastum.net dist Coop Breizh

Rappels :

Collection " La Bretagne des Pays "

N°1 : " Pays Pagan - Chants et dans round "

n°2 : " Pays Bigouden Sonneurs et chanteurs traditionnels "

Sans oublier la collection " Grands interprètes de Bretagne " ( vol.1 Jeannette Maquignon, vol. 2 Manu Kerjean ) et, naturellement toutes les productions antérieures à ces nouvelles collections et celles des antennes locales qu'il serait trop fastidieux de citer toutes ici. Je vous en met juste un exemple des deux principales d'entre elles parues en CD ainsi qu'un exemple de production d'une antenne. Voir le reste sur le site de Dastum.

Collection " Anthologie et musique de Bretagne" par exemple vol.6: " Sonneurs de couple biniou-bombarde "

Collection " Tradition vivante de Bretagne" par exemple : vol.3 " Chant et veuze en presqu'île guérandaise "

Editions des antennes de Dastum

Par exemple, Dastum 44 : " Chants à la marche - En Loire Atlantique " n°1


Zaragraf

" Ajde Dado "

Depuis quelques années, certains CDs, vendus comme tels (1) sont accompagnés d'un DVD. Le contenu et l'intérêt de ces DVD est très variable : simple clip du titre principal ou de deux ou trois titres dans le meilleur des cas, accompagnés de quelques bonus, c'est à dire, souvent, de vidéos dont la qualité ne permet pas de les considérer comme un contenu digne de ce nom ou de documentaires recyclés. De tels DVD existent en musique trad mais, heureusement, ce n'est pas la règle générale et le présent CD+DVD est là pour nous montrer que l'on ne se moque pas toujours du monde : en complément du Cd de 12 titres enregistré en studio, un DVD de 13 titres, tous différents de ceux du CD, enregistrés en concert avec une qualité de son et d'image irréprochables. Il aurait été d'ailleurs dommage de n'avoir que le son sans le visuel car le groupe soigne son image : maquillage de la chanteuse, costumes… S'il s'agit de leur quatrième opus, je ne connaissait pas encore ce groupe et je dois reconnaître que j'ai davantage accroché après avoir vu le DVD qu'à la seule écoute du CD et j'ai ensuite pris davantage de plaisir à réécouter celui-ci, les images dans la tête.

Mais parlons un peu musique. Si ces musiciens sont basés à Nimes, leur musique reflète des origines que l'on devine, non seulement au travers de leurs noms mais également au travers de leurs timbres de voix et de leur techniques vocales et instrumentales : du côté des Balkans pour la chanteuse Mira Mrak à la voix étrange oscillant entre celle d'une fillette et celles des chanteuses bulgare, du côté de l'Espagne et du flamenco pour Pepe Martinez et, indéniablement, pour le guitariste Bruno Manjarres. Reste Emmanuel Waffler dont le style est moins typé mais qui, assure parfaitement son rôle tant à la guitare acoustique qu'électrique, cette dernière se fondant tout à fait dans le son du groupe, même avec un peu de distorsion (pas trop souvent heureusement). L'ambiance tzigane oscille donc entre l'Europe de l'est et l'Espagne, sur des compositions du groupe tout à fait dans le ton, et une très belle reprise du standard " Erdelezi " : une de plus me direz vous, mais celle-ci, toute en émotion et en retenue, valait bien la peine d'être enregistrée.

Si Bruno Manjarres est un véritable guitariste et chanteur de flamenco, il est également à l'aise dans les plages plus de l'est. On ne s'étonne pas de le voir manier le cajon (très courant en flamenco) et frapper dans ses mains (palmas), mais on l'attend moins au tuba ou au bugle sur lesquels il se débrouille également fort bien. Quant à Pepe Martinez, il fait partie des musiciens qui semblent à l'aise sur tout ce qu'ils touchent, de l'accordéon aux cuivres en passant, naturellement par le chant et il ne dédaigne pas le jeu scénique. Tout comme la chanteuse d'ailleurs, qui, pour ne pas être en reste, manie le violon et assure quelques petites parties de percussion. Mais l'important demeure l'ensemble qui fonctionne parfaitement…

CD + DVD Dist l'Autre Distribution

http://www.zaragraf.org

(1). C'est à dire en emballage carré. Curieusement, l'inverse est plus rare, il serait pourtant souvent intéressant de joindre la bande son sur CD de certains spectacles musicaux vendus en tant que DVD.

Rappel :

"Via Europa" en 2010 (dist L'Autre Distribution)


Olivier Wely, Laurence Dupré

"Dzouga ! Fatcha peta lou peis. - Violons des Monts d'Auvergne"

 

Lors des dernières rencontres de St-Chartier y avait trois bonnes raisons de s'intéresser, avant même de l'écouter à ce CD tout frais tout neuf :

- J. Lanfranchi et J.M. Péru avec leur petit label associatif AEPEM, ne nous ont, pour le moment, produit que d'excellentes choses…

- Olivier Wely est un musicien aussi doué que sympathique, capable de jouer au violon des bourrées d'Auvergne comme s'il ne jouait que cela, puis d'enchaîner sur un rondeau chanté, de reprendre l'archet un avant-deux vendéen ou une polska en donnant toujours cette même impression de forte connaissance du répertoire et de son contexte et d'absence de l'a peu-près trop courant dans le milieu folkeux. Je suppose que Laurence Dupré, violoniste également, membre du groupe Auvergnatus mais que je ne connaissais pas encore, bénéficie également de ces deux qualités (pour ce qui est de la première, voir la suite et pour ce qui est de seconde certains me l'ont laissé entendre…)

- leur prestation en apéritif-concert dans le parc n'a pas déçu et malgré un terrain plutôt accidenté là où ils étaient placés, certains n'ont pas résisté à esquisser quelques pas de bourrée.

Ceux qui auront ainsi craqué pour cet album, se sont probablement empressé, comme je l'ai fait, de l'écouter dans la voiture sur la route du retour et ont pu, je pense, vérifier que les motifs ci-dessus n'étaient pas erronés. Voici un CD qui, bien qu'en simple duo dégage une vraie énergie du début à la fin : ce swing qui ressort, comme je l'aime, de l'interprétation même des mélodies et non d'ajouts de percussions, guitares ou autres. S'il est des CDs que l'on met dans sa platine et dont on oublie rapidement la présence sonore, celui-ci nous ravive régulièrement notre intérêt par ces rythmes de danse parfaitement en place, toujours au bon tempo. Mais il n'y a pas que le rythme, il y a tout ce travail sur le son, ne négligeant jamais la moindre note, jouant parfois avec le tempérament. Et puis, naturellement, l'entente des deux musiciens (difficile sur CD de savoir qui fait quoi…) passant de belles unissons à des formes un peu plus complexes de mélodies-accompagnement, au point de se demander parfois, doubles cordes aidant, s'ils ne sont pas plus de deux. Ajoutons enfin a ceux qui craindraient une certaine austérité du fait du duo sur un unique instrument, que l'un ou l'autre délaisse parfois l'archet pour une percussion aussi discrète qu'efficace, qu'Olivier donne de temps à autre de la voix et que certaines plages sont carrément solo.

Et je ne vous ai pas parlé pas du livret qui, comme d'habitude chez AEPEM, indique la source de chaque mélodie, ni de ce répertoire très bien choisi dans le grand fond d'Artense-Combrailles, voire au delà, entièrement trad. à une belle exception près, facilement repérable à l'oreille.

Bref, pour moi, ce CD est déjà un incontournable pour tout amateur de violon et/ou de musique du centre…

AEPEM, 24 rue Villiers de l'Isle d'Adam 75020 Paris aepem suivi de @laposte.fr

Lire une interview de Laurence Dupré en tant que , coordinatrice du département de musiques traditionnelles de l'École nationale de musique et d'art dramatique du Nord-Isère sur http://www.cmtra.org/spip.php?article110

Voir les photos aux Volcaniques 2008 et à St-Chartier 2007 et 2008

Rappel :

Dzouga ! : "Enfanchinaires"

Laurence Dupré, Jean-François Vrod et al. "Les airs de Jo - 117 mélodies du répertoire de Joseph Perrier - violoneux de l'Artense"


Sloï

"Musiques du monde d'ici"

Sloï

Comme il l'avait annoncé dans le numéro 114 de Trad. Magazine, Sloï a sorti un CD qu'il ne vend que directement (à l'issue des concerts) et au prix de 10 euros ce qui n'est pas forcément un mauvais calcul lorsque l'on sait qu'un groupe qui distribue ses CD en magasins ne récupère pas plus de 7 ou 8 euros par CD dans le meilleurs des cas….

Si la jolie pochette, tout en carton astucieusement plié, peu traduire un souci d'économie, le CD est d'une durée tout à fait habituelle (51mn) et d'une qualité naturellement pro, mais comment pourrait-il en être autrement avec ces six musiciens qui ont tous déjà largement fait leurs preuves ?

Rappelons pour ceux qui auraient raté des épisodes, que le départ de cette aventure est le duo de Thierry Bertrand à la veuze avec son neveu Sébastien au diato. Un duo qui a fait mouche dès son apparition : je me souviens de l'année de la sortie de leur premier CD, aux rencontres de St-Chartier, chaque morceau joué dans le stand de Thierry entraînait la vente d'au moins un CD ! Le duo a produit un second CD en 2000, avec trois invités (Thierry Moreau déjà, Anne Lise Foy et le percussionniste Antonin Volson) puis, pour l'édition 2001, ces mêmes rencontres de St-Chartier lui ont donné carte blanche pour monter un concert plus " enrobé ". Cette prestation avec neuf invités (1) a fait l'objet d'un CD live sorti en 2002 (tiens, j'ai un trou dans ma discothèque…) puis d'un CD studio " Couleurs racines ", et la formule sextet a tourné depuis en divers lieu (voir, par exemple, quelques photos de leur concert en Morvan en 2005 sur http://musette.free.fr/festivals/aut05bert.htm) sous le nom " Duo Bertrand en Compagnie " ou " Couleurs racines ".

L'année passée, Thierry Bertrand ayant du mal à concilier ses activités de facteurs avec celles de musicien a souhaité se retirer du groupe et c'est désormais Alain Pennec qui le remplace à la veuze. Ceux qui ne le connaissent que comme joueur de diatonique seront peut-être surpris, mais c'est oublier qu'Alain a débuté en couple biniou-bombarde ce dont témoigne encore le 33t des " Frères Pennec " de 1972 (celui-ci figure dans ma discothèque mais pas moyen de remettre la main dessus aujourd'hui…) ! Au sein de Sloï il joue également des flûtes et de la bombarde. A voir son niveau sur ses divers tuyaux, on se dit qu'il avait du entretenir cela dans l'intimité durant toute sa carrière d'accordéoniste…

Par contre, les talents de chanteurs de Sébastien Bertrand étaient, pour l'instant, restés confidentiels et c'était bien dommage : son interprétation du " Bouton de rose " a autant de mordant que son jeu de diato.

Autour d'eux Thierry Moreau en accompagnement au violoncelle le plus souvent (2) mais délaissant parfois celui-ci pour un solo de violon au style presque tzigane. Stéphane Atrous, venu du jazz, aux saxophones (du soprano au baryton), Youenn Landreau (le frère de Fanch et fils d'Henri Landreau, l'un des précurseurs de la renaissance de la veuze dans les années 50-60) dont le jeu au stick Chapman est discret sur scène mais assure une grande partie des accompagnements, le jeu à deux mains indépendantes (3) sur cet instrument électrique à la tessiture impressionnante le rapprochant des possibilités du piano. Sylvain Fabre alias " Tango " joue principalement de la batterie ici et je trouve cela un peu dommage car je le trouve beaucoup plus impressionnant et original sur des percussions plus simples style darbouka ou tambourin… Il manie également la vibraphone, ce dont certains spectateurs ne se sont pas rendu compte à St-Chartier car il jouait de cet instrument derrière un rideau…

Depuis les débuts de cette formation élargie en 2001, la mise en place musicale me semble s'être affinée et si le groupe pouvait parfois pêcher par excès de bons musiciens, cette impression a aujourd'hui disparu et l'on retrouve l'énergie dansante dont faisait preuve le duo initial. Le CD ménage quelques surprises dont ces extraits de collectages remixés ou plutôt remontés sur fond jazz cool ou cet air trad traité de manière très blues dont on se dit à l'écoute qu'il n'a pu être arrangée ainsi que par le saxophoniste et dont on découvre sur la pochette qu'il a été orchestrée… par Thierry Moreau.

Ceux qui étaient à Saint-Chartier cet été ont pu les entendre en un mémorable concert d'ouverture avec le conteur Yannick Jaulin (4), précisons que celui-ci n'est pas présent sur ce CD mais qu'il le sera très probablement sur le prochain puisque ce concert était le début d'une nouvelle aventure… En attendant, onze traditionnels vendéens (la plupart à danser) et une scottisch signée par Sébastien (5) vous attendent sur cet opus…

http://www.sloi.net

 

(1) dont Roland Brou, Anne-Lise Foy et… Alain Pennec au diato

(2) je vous rappelle ma discographie du violoncelle dans le trad. à l'adresse : http://musette.free.fr/violoncelle.htm

(3) l'instrument fonctionne par " tapping ", c'est-à-dire que les cordes sont suffisamment amplifiées pour que le simple contact d'un doigt sur la touche produise un son, contrairement au jeu traditionnel de la guitare pour lequel il faut l'action de la main droite sur la corde pour produire le son. Le tapping peut d'ailleurs se pratiquer sur une guitare ordinaire mais avec moins de cordes disponibles. Pour en savoir plus sur cet instrument, vous pouvez partir du site français http://www.afstg.com.

(4) le seul concert dont j'ai fait les photos cette année, à voir en septembre sur mon site…

(5) pour être exact il doit y avoir également une ridée et un maraichine de Sébastien cachés dans des suites…

 

Rappels

Duo Bertrand : Musique d'hier pour aujourd'hui 1993

Duo Bertrand : Fleur de sel 2000 dist L'Autre Distribution

Duo Bertrand : Carte Blanche 2002 dist L'Autre Distribution

Duo Bertrand en Compagnie : Couleurs racines 2005 dist L'Autre Distribution

Plusieurs plages solo de Thierry Bertrand sur le double CD consacré au Pipasso

Le même dans le registre musique ancienne avec la Compagnie Outre-Mesure

 

Signalons enfin, qu'Alain Pennec tourne actuellement également en duo de diatos avec Sébastien Bertrand et en duo également avec Youenn Landreau sans parler de ses autres formations et créations : voir sur http://www.alain-pennec.com

Quelques-uns parmis ses nombreux enregistrements :

A la bombarde dans les années 70 au sein de Kouerien aux côtés du regretté Jacques Michenaud au biniou koz

vinyl, réédition CD Discover Coop Breizh

"Bacchanales", avec Aurore Bréger, Youenn Landreau et Stéphane Barbier 2004 ed. Keltia Musique

Alain Pennec et Sébastien Bertrand : Réunion de chantier 2008 (lire la chronique en cliquant sur l'image :)


Frères de Sac

"Tout n'a qu'un temps"

Avec leur premier opus " Bag Brothers en 2002, nous avions quelque peu découvert une autre facette de C. Sacchetini, toujours flûtiste comme dans Dédale et autres formations grenobloises de la même mouvance mais également joueur de musette du centre et, surtout, ici, dans une formation un peu plus sobre. Lui et son frère Jean-Loup aux diatos récidivent ici sous cette superbe pochette, mais leur musique est tout de même moins zen que celle-ci. Comme pas mal de groupes de bal-folk actuel, ils n'ont pas le souci de préserver la couleur régionale propre à chaque danse, que celle-ci vienne d'Auvergne, de Bretagne ou d'ailleurs, qu'il s'agisse d'un traditionnel ou d'une composition. Mais, alors que nombre de groupes tombent ainsi dans une sonorité standard " bal folk ", les deux frères ont su développer une couleur propre. Et cette unité musicale se maintient paradoxalement d'un bout à l'autre, que Jean-Louis soit à la flûte ou à la cornemuse et que Jean-Loup assure les accompagnements ou déroule la mélodie. Bien entendu, tous les deux n'ont plus à faire preuve de leur maîtrise technique et de leurs talents pour assurer d'intéressantes variations.

Notons la courageuse reprise de " Music for a found Harmonium ", un thème du Penguin café orchestra déjà repris par pas mal de pointures, de Sharon Shannon à Patrick Street en passant par Nollaig Casey ou New Celeste (ce doit être la septième environ, toutes différentes, notamment du fait des instruments utilisés). Plutôt que de chercher à concurrencer les irlandais du côté de la virtuosité, les deux frères ont, au contraire, réduit le tempo : on n'y retrouve donc plus le dynamisme des autres interprétations mais cela ne manque pas d'intérêt, notamment par cette pulsation un peu ondulante.

L'un des morceaux (plage 3) commence à la flûte solo puis est rejointe par un simple bourdon assuré au diato et le développement de l'accompagnement interviendra progressivement. Une bonne idée mais il y a quelque chose qui me chagrine dans la réalisation de cela : question de sonorité, d'accord, de choix de bourdon ? Heureusement, partout ailleurs, le duo fonctionne parfaitement et Jean-Loup a vraiment un jeu varié et très intéressant sur ses diatos.

Dans un pays ou la flûte à bec subit une réputation assez déplorable, Christophe Sacchetini est l'un des rares musiciens trad. à s'affirmer comme flûtiste (à bec) avant tout. Et ce n'est pas par défaut de maîtrise à la cornemuse : écoutez en particulier la mazurka (plage 5) : il y développe un style vraiment très beau avec des couleurs presque à la Montbel parfois (le mixage y est un peu pour quelquechose aussi…), et cela sur des belles variations autour du thème de départ. Mon morceau préféré…

Mustradem http://www.mustradem.com

Dist L'Autre Distribution

Rappel : 2002 Bag Brothers

Lire l'interview de Christophe dans Trad. Mag. juillet août 2007


Potes Flor' (An diou Flo)

"Folk Noz"

Petit étonnement en entendant le démarrage de ce CD, à l'harmonica alors que je m'attendais au duo d'un accordéon chromatique et d'un diatonique... Cela me fait d'ailleurs, toutes proportions gardées, un peu le même effet que sur l'un des CDs de Kathryn Tickell " The Gathering " où la plage 7 démarre à l'harmonica bluesy sur fond de bourdons alors que l'on attend du Northumbrian-pipe : à chaque fois j'ai un coup de stress en croyant entendre une anche de small-pipe rendre l'âme..

Mais, pour en revenir au présent CD, cette "Polka de Paimpol" se prête fort bien à au duo accordéon-harmonica et la prise de son permet de bien entendre le jeu de basses du premier. J'avais tout d'abord écrit la phrase précédente en parlant d'un duo diato-harmonica, mais en voyant les photos du livret, je me suis rendu compte que ce doit être le chromatique qui joue sur cette plage et, effectivement, en écoutant la suite, j'ai du constater que si l'une des deux Florence joue sur un chromatique, c'est avec un style très très proche de celui d'un diato. En seconde plage vient une valse bien connue : "La Malaimable" de Lequerré, sur un arrangement tout d'abord classique puis qui part en belles diversions. Le CD alterne ainsi des mélodies connues et d'autres plus originales, le tout à danser, entre fond bas-breton le plus ancien, danses un peu plus XIXème (Passepied, Quadrille, Avant-quatre...) et danses de couples. Notons également la mise en valeur des danses méconnues de la région de Paimpol.

C'est quasiment toujours l'un des accordéons qui mène la danse, avec une cadence bien marquée, le second accordéon, l'harmonica, brodant dessus ou derrière. Et pour casser un peu la sonorité générale, une belle plage 11 à la flûte à bec alto, au jeu très cadencé, sur fond de percussions.

Puisque le livret (très peu bavard par ailleurs) insiste là-dessus, précisons que l'enregistrement est réalisé en prise directe (mais non en public), sans mixage ultérieur, ce qui conduit à se demander comment certains mixages peuvent prendre plus de 8 jours, puisque, ici, le son est très bon.

http://potesflor.info

Rappels : ce CD est leur troisième après "Dirak an dud !" en 2003 et "Roc'h Vran" en 2006. Mais comme je n'avais pas eu l'occasion d'écouter ces deux premiers je ne vous dirai pas s'il y a eu évolution.

A propos des duos accordéon diatonique et accordéon chromatique, voir ma note à propos du duo Beghin-Laloy


Jean Pons accordéoniste de l'Aubrac

La tradition lozérienne d'accordéon

Si Jean Pons (1923-1983) était un accordéoniste bien connu en Aubrac où il anima des bals durant sa vie entière, au diatonique d'abord, puis au chromatique, il n'est guère connu au delà de l'Auvergne et encore moins dans le milieu trad. (1). Joseph Ruols, le cabrettaire avec qui il joue en duo ici, et dont le nom ne figure curieusement pas sur la couverture, l'est davantage, mais sans doute plus en tant que facteur que cabrettaire. Ce doit être d'ailleurs quasiment son premier enregistrement commercialisé. Que les cabrettaires se rassurent, contrairement à certains disques folkloriques ou néofolkloriques où la cabrette assure l'appel puis est couverte au mixage par l'accordéon, les deux instruments sont ici parfaitement audibles, et même clairement séparés par la stéréo (et il n'y a, curieusement, pas l'appel classique de la bourrée). Seules les basses de l'accordéon sont très faibles (visiblement un seul micro pour l'accordéon côté mélodie) et c'est un peu dommage. Mais ne faisons pas la fine bouche, il est déjà beau de disposer de ce long enregistrement réalisé en 1980 dans l'atelier de Jospeh Ruols à Clermont (2). Il ne s'agit donc pas d'un enregistrement studio mais la qualité en est tout à fait correcte même si le son de la cabrette manque un peu de corps. De même, il s'agit visiblement de prises conservées en entier sans retouche, avec la vérité des petits accrocs par ci par là, la vérité également de ces interprétation par deux musiciens qui ont beaucoup joué en bal ensemble et qui font tourner valses, bourrées et autres polkas au feeling, très probablement sans schéma véritablement pré-établi des variations de chacun. Le jeu de Jean Pons est très efficace, très rythmique, jamais chromatico-virtuose à la mode musette et il est intéressant de constater que son petit-fils qui, à 13 ans (enregistrements actuels), assure seul les trois dernières plages du CD a conservé cette même esthétique (à noter une interprétation assez originale de " Mon lilas "). Le jeu de Josph Ruols m'a un peu dérouté à la première écoute (3), du fait sans doute de l'habitude d'entendre un style de cabrette plus " parisien ". Son jeu paraît, en effet, plus sobre au premier abord, avec des notes tenues moins visiblement travaillées. Il faut un écoute plus attentive pour mieux comprendre son style. Ajoutons qu'il faut également s'habituer un peu à l'association d'un accordéon tempéré avec une cabrette qui l'est beaucoup moins…

Un dernier mot sur le livret où André Ricros, après avoir dressé la biographie de chacun des deux musiciens et rappelé l'histoire du couple accordéon-cabrette, s'attache à décrire le phénomène du " néo-folklore " dans lequel s'inscrit en partie la carrière de Jean Pons et dont témoignent certains titres de cet album, signés Jean Vaissade ou R. Monédières, mais, rassurez vous, les deux protagonistes ont su choisir le meilleur de ce répertoire et y mêlent des " traditionnels " (que le livret qualifie plus prudemment de " domaine public "….)

(1) en témoigne le vinyl de lui que je dois apporter à la bourse aux échanges de St-Chartier depuis deux ans et qui n'a jamais attiré l'attention de personne…

(2) où je me souviens être allé chercher ma première cabrette en cette même année…

(3) je n'avais eu l'occasion de l'écouter en direct deux ou trois fois, toujours brièvement.

Atlas sonore en Languedoc Roussillon n°4

Réalisation : André Ricros

Produit par Réseau en scène, Languedoc-Roussillon http://www.reseauensecene.fr

Disponible auprès de l'AMTA http://www.amta.com


Tend'm

Une musique trad-urbaine en Centre-France

Bien entendu, j'avais été, comme tout le monde, au courant de la sortie de ce CD et je vous l'avais signalée à l'époque (deux ans déjà, presque jour pour jour, j'aurais cru que c'était l'an passé…). Bien entendu, je m'étais dit qu'il méritait certainement que je l'achète et, après le dilemme habituel devant les stands de St-Chartier et leurs multiples nouveautés discographiques, j'avais du revenir de ces rencontres avec une dizaine de CDs de cornemuse et pas celui-là. Vous allez penser " Normal, il n'y a que des cordes sur celui-ci et ça ne doit pas beaucoup l'attirer ! "Et bien non ! D'abord il y a un violoncelle et la sonorité de cet instrument m'a toujours fait craquer, dommage qu'elle soit relativement rare au sein des groupes trads (1) et encore un peu discrète ici (quoique bien présente sur certaines plages). Et puis il y a deux vielles qui tiennent le devant de la scène et pas n'importe quelles vielles. Bref, je n'avais donc finalement jamais eu l'occasion d'écouter ce CD et pas plus celle de voir le groupe en concert. Mais dès l'écoute de la première plage, la semaine dernière, j'ai sur que j'avais failli passer à côté de quelque chose. Non pas forcément une création absolument novatrice et originale mais plutôt une interprétation très vivante, bien enlevée, avec ce qu'il faut de pêche, de technique, de précision, d'expression pour vous saisir dès les premières notes et ce qu'il faut d'invention pour vous retenir ensuite, pour vous donner le même plaisir de la première bourrée à la dernière… bourrée. Bien entendu, entre ces deux plages, les deux vielles et leurs complices se seront baladées dans bien d'autres contrées, mais toujours avec cette sonorité, ce coup de poignet (poignée ?) très " bourbonnais ", toujours aussi efficace. De temps à autres, l'envie vous prend d'ailleurs d'aller vérifier sur le livret si P. Bouffard n'est pas venu prêter main forte tant le style est proche, mais non, Anne-Lise et Laurence ne sont pas d'anciennes lauréates du concours de Saint-Chartier pour rien. Et en plus de posséder ce superbe style de jeu, elles composent de bien belles mélodies, ce qui ne les empêche pas d'emprunter quelques airs à des amis, ce qui nous vaut de retrouver avec plaisir quelques airs connus comme cette bourrée de Thierry Moreau, une polka de Thierry Bertrand ou une scottisch de Wolfgang Meyeling (lui vous ne le connaissez peut-être pas, mais moi cela me rappelle de bons souvenirs…), une suite de polkas de Michel Nioulou dont la première se nomme " Avalanche " , un morceau d'Anouar Brahem, dans une version plus dépouillée que celle du Viellistic Orchestra (dont toutes deux ont fait partie) etc… On retrouve également avec plaisir " Indifférence " de Tony Murena dans la version habillée de texte par André Minvielle, un beau défi vocal relevé avec une apparente facilité plutôt déconcertante par Anne-Lise qui nous offre ainsi trois plages chantées.

Si ce CD a déjà deux ans, il mérite indéniablement d'être découvert par ceux qui, comme moi, étaient passés à côté et les autres seront certainement d'accord avec moi pour trouver que ce groupe mériterait de tourner davantage…

 

Disponible auprès de l'AMTA http://www.amta.com et de la FAMDT

Modal-Plein-Jeu AMTA dist l'Autre Distribution

(1) Du coup je vous ai concocté une petite discographie non exhaustive du violoncelle en musique traditionnelle

Rappel sur la discographie d'Anne-Lise Foy :

- 2009 : au sein du trio Toc Toc Toc "Bonsoir Clara !" voir présentation ici
suivi en 2016 par "De l'ombre à la lumière"
dont je n'ai pas eu l'occasion de vous parler mais qui est presque aussi beau que le premier (mais celui-ci avait mis la barre si haut....)

- Participation à deux CDs du Duo Bertrand en Compagnie (cf ci-dessus)

- Trio DCA avec Dominique Paris et Hervé Capel

- Viellistic Orchestra

le reste de la dicographie est à venir... je la prépare....

Rappel sur celle de Laurence Pinchemaille

Au sein du groupe "Le gré des vents" Musiques du Bourbonnais AMTA 2005

- Viellistic Orchestra


Glitch

"170 604"

Glitch, c'est le duo de Grégory Jolivet à la vielle et de Marc-Albéric Lestage à la guitare ou la flûte traversière. Un duo qui fait suite au quartet Claysheep dont tous deux faisaient partie et qui s'est séparé en 1999 (1). Mais le style du duo est différent puisqu'il s'agit ici de musique purement instrumentale, plutôt intimiste. On connaît le goût de Grégory pour le jeu sur les sonorités de la vielle (une Mousnier alto) et les subtilités rytmiques, c'est naturellement le cas ici, mais avec une certaine retenue, sans trop d'effets spectaculaires et sur un nombre de cordes qui semble souvent bien loin du plein jeu de la vielle. Le jeu de guitare de Marc-Albéric colle bien avec ces ambiances, j'aime moins son style à la flûte, dont je ne ressens pas vraiment l'expression. Le mixage préserve l'équilibre et se garde bien de mettre l'un des protagonistes plus en avant (il renforce d'ailleurs un peu la guitare afin que celle-ci ne soit pas masquée par la vielle). Il ne s'agit pas de musique traditionnelle ici puisque toutes les mélodies sont des compositions soit de Marc-Albéric soit du duo, sans références précises à des danses ou traditions particulières, d'ailleurs le CD se place résolument dans un style à écouter et non à danser…

(1) leur site existe encore, sur lequel on peut les écouter : http://www.claysheep.com

Autoproduction http://www.glitch.be et également sur Myspace à l'adresse suivante : http://www.myspace.com/170604

Lire la chronique de son CD solo et sa discographie :


Pere Romani, Marinette Bonnert

"21 Boutons"

Marinette Bonnert, diatoniste wallone, nous offre son second CD en duo. Le précédent (" Matoufèt "), avec le violoniste Raymond Honney était un vrai plaisir, celui-ci, avec le catalan Pere Romani respire à nouveau le bonheur de jouer, de partager à deux les mêmes vagues mélodiques, les mêmes impulsions rythmiques, de faire danser, de reprendre quelques standards d'amis accordéonistes (de Corgeron à B. Guerbigny en passant par Kepa Junkera ou un arrangement de Perrone sur " Le petit bal de la marine"), d'interpréter une compositions de Pere, de puiser à d'autres sources encore (même un morceau signé B. Blanc…), de glisser un ou deux trads aussi, de voyager par le chemin des écoliers entre Wallonie et Catalogne, et bien d'autres choses encore. Même la pochette est très gaie, aux sens français et wallon du terme…

Les deux complices s'entendent si bien qu'une écoute distraite pourrait souvent laisser penser qu'il n'y a qu'un accordéoniste, mais qui aurait une sacrée indépendance des mains… et du soufflet. Les polyphonies sont donc loin d'être la règle : la structure de base comprend plutôt un diato assurant la mélodie et l'autre construisant les accords (pas seulement à gauche naturellement), mais il y a tout de même des passages à deux voix… Je regrette juste une sonorité globale un rien métallique et une prise de son un poil distante qui nous fait percevoir l'acoustique de la salle d'enregistrement, mais, sur ce dernier point, ce sont sans doute certains autres enregistrements qui nous ont donné de mauvaises habitudes…Mais revenons plutôt à la musicalité de ce duo : qu'il est agréable d'écouter un CD ou chaque tempo, chaque durée de note, chaque impulsion tombe comme une évidence, correspondant à ce que l'on aurait aimé jouer soi-même….

http://www.21boutons.wordpress.com

Rappels

Leur second CD "Sur son 31" est paru en 2012

Pere Romani joue notamment dans le groupe Brifania dont j'ai chroniqué le dernier CD " Ir Ia " dans Trad. Mag n°111

Marinette Bonnert :

" Matoufèt " duo avec Raymond Honnay, 2002, enregistré et mixé par Benoit Guerbigny, autoproduit par Marinette

Matoufet

Marinette en quartet transrégional : Bon Matin "En avant quatre !"

Havelange avec Gabriel Lenoir et Julien Biget (Bemol production 2011)

Havelange "Cadences" (2014)


Steve Dugardin et Kirke String Quartet Live

"Import Export"

Les ballets C. de la B.

Autant vous le dire de suite, ce CD sort du thème de ces infos mais il est tellement inclassable que personne n'en fera état si chacun reste dans sa chapelle… La photo de pochette me fait penser à West-Side Story mais là je vous fais déjà faire fausse route… Le texte indique qu'il mêle musique baroque et sons électronique et ceci laisse craindre le pire style " Best-of Vivaldi remix ". Et bien (heureusement…) non : la base de cette musique de scène (danse contemporaine) est effectivement l'interprétation de compositeurs baroques par un quatuor à corde et un chanteur alto (Steve Dugardin), dans des versions un peu réarrangée semble-t-il d'après le livret, mais non dénaturées, avec un prédilection pour les tempos assez lents, les mélodies qui prennent leur temps et tout cela dans une interprétation bien sentie. Entre ces plages s'intercalent effectivement des parties électroniques plus brèves, parfois soutenues par les instruments du quatuor, mais qui ne font ni dans le contemporain-électroacoustique fin XXème, ni dans la techno (sauf, peut-être la dernière plage) mais plutôt dans ces ambiances qui sont actuellement assez utilisées pour les ballets contemporains où le son de synthèse n'est pas une fin en soi mais plutôt un moyen de générer des univers et où les références aux sons acoustiques ne sont pas absentes. Un CD qui se laisse écouter et qui fait regretter de ne pas avoir l'image ou, plutôt, de ne pas être dans la salle.

Homerecords : http://www.homerecords.be


Corne d'aur'oc

Brassens chanté en sétois (2003)

Brassens chanté en langue d'oc (vol.2 -2007)

 

  J'ai déjà eu l'occasion de vous dire ce que j'ai pensé par le passé et ce que je pense aujourd'hui des réinterprétations de Brassens, Brel et autres intouchables… à propos d'un CD d'Erik Marchand et je ne vais donc pas me répéter à ce sujet. Il était plus que tentant, pour des musiciens sétois, d'interpréter celui qui rêva d'être enterré sur la plage de cette ville. Et, ces musiciens ayant la fibre occitane, il était également tentant de se frotter à une interprétation dans la langue du pays. La démarche est, si on y réfléchit, un brin paradoxale : les défenseurs des langues régionales s'appuyant en effet souvent sur le fait que toute traduction (notamment de leur langue au français) est un trahison du texte original qui ne saurait en rendre tout le sens, notamment celui porté par le choix des mots, leurs nuances particulières dans la langue d'origine, la couleur des expressions etc…. Il était par ailleurs osé de s'attaquer à des textes dont chaque mot a été soigneusement choisi par son auteur (qui d'entre nous n'a pas enrichi son vocabulaire en écoutant les textes de Brassens ?). Mais même si je ne suis pas occitanophone, ce que j'ai pu entendre et lire sur les livrets (qui donnent toutes les paroles des versions occitanes) me rassure sur le sérieux avec lequel P. Caracassés a réalisés ces adapations et Brassens n'aurait sans doute pas renié " un bèl camèl mascarat en rosa "… Le premier CD est annoncé en sétois, le second en langue d'oc, mais tous les deux " dans la langue de l'étang de Thau " au verso, je n'ai pas l'explication de ces subtilités…

Quant au côté régionaliste, si la fameuse Supplique clos bien le volume 1, la présence de " La balada del mond nascuts dins un endrech " sur le même volume me rassure sur l'ouverture d'esprit de ce trio… Soulignons également le fait que les vingt neufs titres enregistrés ne piochent pas uniquement dans les tubes de l'oncle Georges, y figurent également des choses moins connues et c'est très bien ainsi..

Car je vous ai pas encore précisé que l'interprétation est assurée par un trio, ou plutôt deux trios puisqu'il y un changement de diatoniste entre 2003 et 2007, Marie Finking étant remplacée sur le CD de cette année par Jean Bertocci . Pour le reste Philippe Carcassès chante tout à la fois en respectant le style de Brassens mais, heureusement, sans jouer à l'imiter et Daniel Rey, à la guitare, assure un accompagnement très fidèle à l'original.

Quelques chansons de Brassens sont interprétées de manière instrumentale et nous quittons alors l'ambiance habituelle pour une couleur beaucoup plus locale aux sonorités de hautbois du Languedoc, voire de bodega en duo avec un graile (celui de Claude Bonnafous venu en invité sur un titre). Là je dois dire que je reste un peu sur ma faim car ces plages sont très bien jouées (interprétation très juste, y compris sur des passages qui ne doivent pas être évidents du tout à passer sur ces instruments) et les musiciens s'y lâchent davantage que sur les autres chansons. Mais il n'y en a malheureusement que trois par CD… Quelques intros sont également interprétées au hautbois mais le lien avec la chanson accompagnée à la guitare n'est pas toujours évident…

Occitania production http://www.madeinoccitania.com

Note : à la liste des interprètes de Brassens dans d'autres langues, j'ai découvert récemment un CD de Paco Ibanez

Rappel : Philippe Carcassès et Marie Friking au sein de Biscam Pas

Philippe Carcassès au sein des Mourres de Porc, "Chants de marins de Méditerranée 1 - Le Golfe du Lion"
Les Mourres de Porc

...mais également cheville ouvrière du livret CD collectif "Autboi le bel inconnu" 2016


 

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