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.Jean-Luc Matte
Infos mumuses

Présentations CD et DVD 8

Voici quelques CD dont j'ai continué à signaler la parution après la fin de mes infosmumuses en juin 2009, généralement parce qu'ils m'avaient été envoyés à cet effet...

Sommaire de toutes les chroniques, chroniques à venir


Marco Foxo
"Ganador Solistas 2009"
"Musicas do Gaiteros de Ventosela - Xan Miguez Gonzalez (1847-1912)"

Voici deux albums pas vraiment récents (2009 et 2012), mais il me semble que Marco Foxo n'en a pas réalisé d'autre sous nom depuis lors. Marco Foxo est un gaitero qui a toujours baigné dans la musique de gaita puisque son père n'est autre que Xose Lois Foxo, fondateur de l'Escola Provincial de Gaita de Orense et de sa Real Banda et dès sa prime enfance, il eu les oreilles bercées par gaitas et percussions et il voyageait déjà avec ses parents et la Banda. Je ne doute pas que son père ait été encore plus exigeant avec cet élève particulier qu'avec les autres et cela porta ses fruits puisque Marco est aujourd'hui le "penn-gaitero" (1) de la Real Banda.

Voici donc deux albums dont il est le soliste, accompagné toutefois, dans le second album dans la formation traditionnelle gaita-clarinette-tambour-grosse caisse, une formation créée par Xan Miguel Gonzalez, connu sous le nom de Gaitero de Ventosela (du nom de son village proche d'Ourense) et auquel cet album rend hommage. Si ce gaitero mythique de la finXIXème début XXème, vainqueur de nombre de concours, fut également compositeur, parmi les titres interprétés ici, seuls quelques-uns lui sont attribués, mais les autres ont été interprétés par ce musicien et notamment au sein de son ensemble Os Trinta de Trives. Marco Foxo fait preuve sur cet enregistrement d'une technique irréprochable, de même que ses complices, mais l'interprétation reste assez didactique et manque un peu de vie, d'autant que les percussions sont mixées légèrement en retrait. C'est donc un album qui ravira surtout les gaiteros (et surtout les ensembles de ce type) en recherche de répertoire, d'arrangements et d'interprétations de référence.

L'album de 2009, antérieur donc à celui dont je viens de vous parler, échappe en grande partie à ce défaut (tout en ayant déjà le même haut niveau technique) et s'avère beaucoup plus vivant, même si cela demeure un album de studio et si la formation dispensée à l'école de gaita d'Ourense semble instiller à ses élèves une rigueur pas forcément favorable à un jeu qui se lâche facilement. On y retrouve Marco accompagné par les trois mêmes musiciens (X.L. Tielas à la clarinette, J. Ferreira à la caisse claire et I Alonso à la grosse caisse) mais également par d'autres musiciens et chanteurs parmi lesquels je n'omettrai pas de citer Oscar Ibanez à la gaita et, surtout la chanteuse Maria do Ceu dont le type de voix et le style de chant n'existent qu'en Espagne... Les titres alternent des compositions de Marco et des traditionnels ou compositions anciennes parmi lesquelles se remarquent immédiatement celles de Ricardo Courtier (début XXème), mis à l'honneur sur trois plages.

Un DVD complète le CD, compilation de quelques petits extraits témoignant de moments marquants du parcours de Marco, mais il faut plutôt le considérer comme une illustration supplémentaire du beau livret que comme un réel DVD musical : le présent album demeure avant tout un CD.

 

(1) vous voudrez bien m'excuser ce barbarisme galego-breton... ;-)

"Musicas do Gaitero de Ventosela" Edité par Sons Galiza Musica

"Ganador Solistas 2009" Edité par la Real Banda de Gaitas da Deputacion de Orense

Tous deux disponibles sur http://www.realbanda.es

Rappels :

Real banda d'Orense : voir à partir de

dont en particulier avec Maria do Ceo "Concerto de Nadal" (CD + DVD)

Marco a, me semble-t-il, également enregistré sur un CD un certain nombre de mélodies de la méthode de gaita de son père (mais CD non inclu dans la méthode), méthode dont une édition française devrait bientôt voir le jour.

(désolé je n'ai pas la pochette du CD en question)

Oscar Ibanez : voir l'album "Alen do mar" :

 

Avril 2017

Merline
"Comme une plume"

Voici deux musiciens professionnels encore jeunes et qui mènent bien leur chemin à force de travail tant pour leur formation que pour monter divers ensembles dans des registres différents, une diversification qui devient aujourd'hui de plus en plus indispensable à nos musiciens pour pouvoir décrocher un nombre suffisant de prestations. Prenons l'exemple de Jenny qui, après avoir débuté violoniste dans un groupe folk comme il y en a tant, est partie se former au nickelharpa un an en Suède et qui achève maintenant son DEM au CNR à Limoges (1). Si vous consultez son site internet, vous constaterez qu'elle joue en solo, dans plusieurs duos dont le Duo Värsagod dont je vous ai déjà entretenu, dans un quatuor et dans d'autres formations. Et si elle passe ainsi des polskas suédoises aux bourrées limousines ce n'est certainement pas en dilettante mais en ayant creusé et approfondi chacune de ces traditions. Il en est de même pour Jérôme Salomon, percussioniste attiré comme tant d'autres par les percussions du Moyen-orient et qui a suffisamment approfondi sa pratique pour se produire notamment avec Isabelle Courroy (duo Izzé) ou avec le joueur de setar iranien Hooshang Farahani.

Tout cela n'est naturellement possible, et j'aurai du commencer par là, que parce qu'il s'agit à la base de musiciens doués et en particuliers dotés d'un jeu tout en sensibilité que mettent notamment en évidence les morceaux les plus lents de cet album consacré au répertoire traditionnel suédois (ou proche) ainsi qu'à celui de la musique ancienne, avec tout de même une plage syrienne et une composition de Jenny (1). Si quelques morceaux ne sont pas inconnus, ce répertoire comporte de belles perles que le duo sait parfaitement mettre en valeur, s'appuyant également sur la voix de Katerina Karagianni pour une chanson du XIIIème. Il n'y a rien d'étonnant à ce que celle-ci s'intègre parfaitement au duo, puisque les trois tournent également sous cette formation sous le nom de "Trio Artemisia"... Et si ce sont les mélodies lentes qui ont eu ma préférence sur cet album, Merline sait également, lorsqu'il le faut, donner de l'énergie à une polska.

S'il est de coutume de différencier les albums studio des albums enregistrés sur scène, celui-ci se situe entre les deux puisque réalisé sur la scène du Centre Culturel A. Malraux de Vandoeuvre (voir la belle photo au centre du livret), mais sans spectateurs. Le résultats met parfaitement en valeur les différents instruments.

J'ai commencé en évoquant les conditions actuelles du métier de musicien. Les contraintes financières favorisent naturellement les formations en duo de ce type comme en témoignent les différents CDs chroniqués ci-dessous. Mais, laissant de côté ces aspects conjoncturels, sur le plan artistique cet album prouve, comme ceux ci-dessous, que la charge émotionnelle ne doit rien au nombre d'instrumentistes et qu'un duo bien équilibré n'a souvent rien à envier à une formation plus imposante.

Autoproduction : http://www.merline.fr

(1) elle vient de m'apprendre qu'elle achève un mémoire sur le violoncelle en musique traditionnelle, un sujet qui me tient à coeur. Elle utilise d'ailleurs l'instrument, très discrètement, sur deux plage du présent album.

(2) pour le répertoire auvergnat ou limousin il faudra attendre un prochain enregistrement...

Rappels :

Duo Varsagod "Battements d'air"

 

Duo Bauweraerts Van Hees
"Fly in"

En dehors de ses enregistrements de musique baroque à la musette, ce n'est pas si fréquemment que Jean-Pierre Van Hees nous offre un enregistrement aussi c'est avec un grand plaisir que nous voyons paraître cet album en duo avec l'accordéoniste flamande Hilke Bauweraerts et ce d'autant plus que la prestation que j'avais pu entendre de ce duo en 2015 à Balingen (photos ici et ici ) m'avait donné l'eau à la bouche.

Ce qui saute tout d'abord à l'oreille dans les premières secondes, ce sont les basses à la sonorité unique du "diato" de Jean-Pierre Gaillard (1). Puis l'auditeur s'attache au jeu de Hilke qui précède l'entrée sur scène de Jean-Pierre. Si le répertoire est traditionnel ou composé dans le même esprit par nos deux comparses, Jean-Pierre utilise aussi bien la cornemuse dite flamande que la musette qui, comme l'ont encore récemment démontré Brigit Bornauw et Benjamin Macke, se marie très bien avec le son du diato malgré l'anachronisme.

Le jeu de Jean-Pierre est très clair et précis, technique sans surcharge, n'hésitant pas à faire usage de quelques ornements d'outre-Manche lorsque le contexte le permet. Deux des plages au style un peu latin nous ramènent d'ailleurs bien des années en arrière à l'époque d'un fameux calypso tropical qu'il interprétait au sein du groupe Rum... Le jeu de Hilke ne lui cède pas grand chose en technicité et efficacité, notamment dans les nombreuses parties où elle assure très efficacement l'accompagnement, mais également sur de beaux unissons. Quelques passages plus solistes nous permette de constater que son jeu sait également être sensible.

Tous deux donnent de la voix et cela fort bien, Hilke en français sur deux plages, avec un accent tout à fait charmant de même que Jean-Pierre, en wallon de son côté, sur un cramignon liégeois.

Une mention spéciale pour les très belles pochette et livret : un artiste photographe et infographiste qu'il serait injuste de ne pas citer mais qui se cache derrière le nom de sa société : Kameleon Klips

Bemol production : http://www.bemolvpc.com

(1) parfaitement rendues par la belle prise de son de J. Lanfranchi.

Rappel : Jean-Pierre Van Hees, voir à partir de son ouvrage de référence :"Cornemuses - Un infini sonore"

 Voir également ma page de discographie de la musette baroque


Mars 2017

Green Moon
"Tyto Alba"

A l'écoute des premières minutes de l'album on s'étonne presque d'entendre des sonorités trad. irlandaises sur une production de chez Homerecords, ce label liégeois qui, comme je vous le fais comprendre bien souvent, par son goût pour les musiques acoustiques n'est jamais loin de l'esprit des musiques traditionnelles, mais rarement vraiment dedans tout de même. Et de fait, la suite nous offrira des passages davantage jazz acoustique, mélodique, avec de belles parties de trompette et même une de guitare électrique (sans distorsion, naturellement, façon jazz). Et puis un petit quelquechose laisse entrevoir que ces mélodies au gout irish ne sont pas traditionnelles, ce que la pochette nous confirme bien vite et qui n'est pas pour me déplaire car elles ne manquent pas d'inspiration et collent bien avec l'esprit du trio.

Commençons donc d'abord par ces plages qui sonnent irlandais : non pas irlandais comme on l'entend trop souvent de nos jours, avalant du reel au km à une vitesse qui ne laisse plus le temps de regarder par la fenêtre, non, ici un violon un peu fantasque, autour duquel tourne une guitare espiègle, tous deux bientôt rejoints par une mandoline qui vient discrètement doubler le violon, trottent tranquillement sur un chemin de terre, comme des enfants en vadrouille, tantôt sautillant puis ralentissant sans prévenir pour observer un papillon ou une fleur puis repartant de plus belle. Difficile parfois de démêler qui fait quoi entre le violon de Lorcan Fahy, la guitare de Teo Crommen (qui doit être de la famille de l'harmoniciste Thierry Crommen puisque ce dernier est présent en invité sur une belle plage) et la contrebasse de Lucas Deru (une famille bien connue également...) car les deux premiers manient également la mandoline et à toutes ces cordes se rajoute parfois le violoncelle de Thomas Engelen.

Je vous ai déjà cité la trompette d'Antoine Davans, à la belle sonorité intimiste (un peu dans le style de celle de Camille Passeri au sein du Sextet à claques), ne reste plus qu'à nommer le dernier invité : Antoine Rotthier à la batterie.

Les parties façon trad. alternent bien avec les passages plus jazzy dans un bel équilibre qui relance sans cesse l'attention. Les musiciens se mettent mutuellement en valeur (1) et ne s'étouffent jamais les uns les autres... De la belle ouvrage...

(1) servis par une belle prise de son...

Homerecords : http://www.homerecords.be

Rappel : leur album précédent sur le même label : "Allo la Terre"


Fred Miossec et Jean-Sébastien Hellard
"Cats and Dogs"

Voici quelques mois que j'ai reçu cet album, je l'ai écouté plusieurs fois depuis mais je n'arrivais pas à trouver l'angle sous lequel l'aborder pour le comprendre et l'apprécier. Entre temps j'ai bien vu qu'il avait reçu les Bravos de Trad. magazine, ce qui m'a confirmé qu'il n'était pas à négliger et j'ai donc considéré qu'il valait mieux laisser le temps faire un peu son oeuvre.

C'est en le réécoutant la semaine dernière après avoir chroniqué celui de Jean-Michel Veillon et Yvon Riou que j'ai réalisé que je faisais l'erreur de l'aborder avec l'image préconçue que l'on peut avoir d'un clarinettiste breton et d'un accordéoniste swing, voire Europe de l'est échangeant leurs répertoires et donc en m'attendant à une musique pêchue du style de celle qui vous enflamme une salle de bistrot. Peut-être en sont-ils capables d'ailleurs, dans un autre contexte, mais ce n'est pas l'optique qu'ils ont choisie ici avec une démarche bien plus concert, un enregistrement davantage studio qui met en avant la rondeur et même la similitude de sonorité des deux instruments. Un album au travers duquel se perçoit non seulement l'écoute réciproque des eux musiciens, mais également une volonté de fondre les deux sonorités. N'oublions pas que même le swing manouche peut avoir un caractère presque intime parfois. Un album qu'il vaut donc mieux prendre le temps d'écouter bien au calme... pour mieux se laisser emporter.

Une carte d'Europe situant les morceaux (belle idée, est-ce elle qui a inspiré le même type de carte sur le récent album de Lisa Wolf ?) nous montre d'ailleurs qu'il ne s'agit pas d'une simple juxtaposition de deux répertoires régionaux mais que les 14 plages nous conduisent dans un voyage bien plus conséquent tant en latitude qu'en longitude... Quelques standards y voisinent avec des trads moins connus et deux compositions seulement de Fred. Miossec.

Bemol production : http://www.bemolvpc.com


Jean-Michel Veillon et Yvon Riou
"Deus an Aod d'ar Menez"

Si vous saturez des groupes de fest-noz avec bombarde en avant, diato, basse-batterie et leurs acolytes, voici un album pour vous réconcilier avec la musique bretonne dans sa pratique actuelle (ou du moins une des multiples formes de celle-ci).

Voici donc un de ces beaux albums de musiciens qui n'ont plus rien à prouver et qui s'attachent donc uniquement à chercher l'essentiel, l'essence de la musique, à générer l'émotion. Michel Veillon fait visiblement partie de ceux-ci désormais, n'ayant plus non plus à démontrer une quelconque légitimité à l'utilisation de la flûte traversière en bois sur ce type de répertoire.

Il a trouvé en la personne du guitaristeYvon Riou le complice idéal d'une telle démarche. Ce dernier, en effet, réussit le paradoxe d'être tout à fait efficace tout en occupant le mimimum d'espace sonore, voire même en répétant un simple accord ou une suite de quelques accords en ostinato. Même sur ses quelques passages seul, il opte pour cette sobriétéde bon aloi. A l'écoute du duo sur CD, grace à une très belle prise de son, l'auditeur finit par ne plus entendre que le souffle dans la flûte et les cinq doigts de la main droite du guitariste et à imaginer un musicien unique réduit à une tête et une main...

Le répertoire est quasi exclusivement breton (trad et compos), mêlant airs et danses, ces dernières ne respectant pas forcément l'ordre intangible des suites et c'est tant mieux car cette liberté prise avec la tradition profite bien à l'agencement des mélodies, des ambiances, ce qui n'empêche nullement quelques passages bien enlevés. Sur ces derniers, force est de constater à nouveau qu'en soulignant simplement le temps qu'il faut, la guitare peut donner une vraie force rythmique à la mélodie, celle-ci étant naturellement déjà bien envoyée par une flûte qui swingue bien.

Remarquons également quelques belles sonorités de flûte grave, quelques très discrets usages du multipistes, mais retenons surtout au final, un album qui nous ramène au sens profond de ces mélodies, de ces rythmes et à l'essence même du souffle.

Bemol production : http://www.bemolvpc.com

Rappels : je ne me lancerai pas dans une discographie exhaustive de ces deux musiciens mais rappelons qu'Yvon intervenait déjà sur l'album de Jean-Michel "E Koad Nizan" en 1993 avant que le duo n'enregistre "Pont Gwenn ha Pont Stang " en 1995 et "Beo !" en 2000 et que l'un et l'autre ont pratiqué ce type du duo avec d'autres complices, Jean-Michel Veillon avec Jamie Mc Menemy, (pas d'album hormis ceux de Kornog) et Yvon Riou avec Jean-Luc Thomas ("Arri eo ar momant" en 2009)


 

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