Moteur de Recherche :

 

.Jean-Luc Matte
Infos mumuses

Présentations CD et DVD 8

Voici quelques CD dont j'ai continué à signaler la parution après la fin de mes infosmumuses en juin 2009, généralement parce qu'ils m'avaient été envoyés à cet effet...

Sommaire de toutes les chroniques, chroniques à venir


Mai 2017

Ialma
"Camino - de Bruxelles à Santiago"

Depuis que j'ai cessé mes chroniques dans Trad. Magazine pour lesquelles j'avais à coeur de mettre en avant les musiques du nord de l'Espagne, j'ai beaucoup moins l'occasion d'en écouter (1) et qu'est ce que cela fait du bien d'écouter ces chants féminin galicien interprété avec le talent qu'on leur connait par ce quartet bruxellois de filles d'émigrés. Il s'agit de leur cinquième album en 17 ans (2) et à cette occasion elles ont fait appel à nombre de leurs amis musiciens, belges également pour la majorité et l'on retrouvera donc au diato deux de leurs compagnons de route : Didier Laloy et Jonathan de Neck. De même aux percussions, les deux incontournables Fred Malempré et Stephan Pougin, Rémi Decker pour une intro à la cornemuse et beaucoup d'autres, à commencer par Quentin Dujardin (chanteur auteur-compositeur) qui s'est chargé de la production, des arrangements , de l'enregistrement et de pas mal de parties instrumentales. Même si certains de ces musiciens n'interviennent que sur une ou deux pièces, l'album dégage une impression très orchestrale (avec même des choeurs), d'autant que nos trois chanteuses ne sont pas mixées vraiment en avant et sont un peu déservies par la prise de son lorsqu'elles chantent ensemble. La prise de son des instruments et des solos chantés est par contre très bonne. Le répertoire reprend un certain nombre de classiques du répertoire traditionel galicien mais également des compositions de Véronica Codesal ou des mélodies traditionnelles sur lesquelles B. Fernandes a posé ses textes (en galicien naturellement), mais je n'ai pas réussi à trouver qui est cet auteur... Au rythme ou ces quatre filles enregistrent, nous avons un peu de temps d'ici le prochain opus mais, personnellement, après cet album foisonnant, j'aimerai un retrour à un projet plus sobre mettant plus en avant leurs voix....

(1) et d'autant plus que je ne capte plus les télés régionales espagnoles sur le satellite...

(2) mince j'ai raté le quatrième ! Mais comme elles changent d'éditeur à chaque fois, pas facile de suivre... Ce quatrième, enregistré en Belgique était édité en Espagne par le très bon label Do Fol. (encore de bons souvenirs de l'époque de mes chroniques dans Trad. Magazine...)

Homerecords : http://www.homerecords.be

Rappels : Ialma : voir à partir de "Palabras darei"

Didier Laloy : voir à partir de [Pô-Z]s
 

Jonathan de Neck : voir à partir de Dazibao "E40"

Remy Decker : voir à partir de à partir de Griff

Fred Malempré : voir à partir de Tref : "Loop of the Moon"

CD Tref

Stephan Pougin : voir à partir de Tricycle "King Size"
Tricycle CD jazz musique du monde

Boris Schmidt et Stephan Pougin Jacques Pirotton "Stringly 612"

 

 

The Britches
"From here to Eire"

The Britches est un trio de musique irlandaise formé de musiciens du Nord et mêlant violon, cordes pincées et flute traversière en bois. C'est ce que j'avais cru comprendre en regardant rapidement la pochette (qui n'est d'ailleurs guère plus bavarde même si ce digipack trois volets sans livret est plutôt joli) et j'ai donc démarré l'écoute sur la foi de ces éléments. J'attendais donc le démarrage de la flûte sur la première plage ou s'afférait déjà violon et bouzouki en accompagnement rythmique lorsque je finis par me rendre compte que je n'avais pas remarqué qu'une mandoline s'imiscait entre les deux, doublant la mélodie du violon et y apportant donc davantage de mordant mais avec des sonorités de cordes pincées qui se fondent bien à celles du bouzouki. Il faudra donc attendre quelques plages pour que Michel Vermeulen, le joueur de bouzouki, quitte son rôle d'accompagnateur pour passer sans difficultés à la mélodie sur sa flûte tandis qu'inversement, Aurélien Dewaele passe de la mélodie à la mandoline à l'accompagnement sur sa guitare. Notons d'ailleurs que le début d'une plage en duo guitare violon nous fait regretter de ne pas l'entendre davantage en guitare mélodique... Pour Adrien Coquelet les choses sont plus simples puisqu'il ne quitte pas l'archet de son violon, instrument qu'il pratique avec une technique et une sensibilité sans défaut et il ne lui manque plus qu'un peu plus de liberté dans les variations (mélodiques ou ornementales) pour cotoyer les grands de l'archet..

J'ai déjà du vous dire que je n'écoute plus très souvent de musique irlandaise mais jouée comme par ce trio, cela me réconcilie avec ce répertoire : ils ont parfaitement compris que le swing doit primer sur le tempo et jamais celui-ci ne vient empêcher le parfait équilibre entre la durée des notes afin de nous offrir ces suspensions, ces subtilités rythmiques qui font tout l'intérêt de cette musique...

Leur site : http://www.thebritches.fr

Bemol : http://www.bemolvpc.com


Yves Teicher
"Monade"

Voici un album de violon solo mais autant vous prévenir de suite il n'a rien de trad. Si la première plage a des allures plutôt classiques et démontre la parfaite technique de l'instrumentiste, la suite sera bien plus contemporaine, voire expérimentales mais sans sortir toutefois du jeu à l'archet. Yves Teicher est le compositeur de toutes (?1) ces pièces et lorsqu'il emprunte un thème connu, c'est naturellement pour le déformer. Un album qui ne manque pas d'intérêt même s'il est assez ardu et, comme une tablette de chocolat très fort, je vous conseille d'ailleurs de l'écouter plage par plage plutôt qu'en une seule séance.

(1) je n'ai pas la pochette pour vérifier...

Homerecords : http://www.homerecords.be


Osman Martins et Quatuor MP4
"Vontade Saudade"

Osmans Martins (ou Santos-Martins) et un auteur compositeur, guitariste et percussioniste brésilien que nous avons déjà pu entendre sur l'album de Osvaldo Hernandez "Quilombo". Ce dernier lui rend d'ailleurs la politesse en assurant l'accompagnement percussif sur cet album, secondé par Fred Malempré, bien connu en Belgique, sur deux plages et par "Junior Martins"; Le duo d'Osmans et Osvaldo aurait déjà pu s'avérer suffisant pour nous offrir un bel album mais la production de cet album a eu la bonne idée d'y adjoindre un quatuor à cordes, non pas pour des ajouts sirupeux comme on peut parfois le craindre mais pour un accompagnement par touches, par ponctuations, par soulignements, qui font d'ailleurs souvent entendre davantage tel ou tel membre du quatuor que le son d'ensemble de celui-ci. Citons donc Pierre Slinckx, auteur de ces arrangements pour cordes.

Maintenant que le cadre est brossé, reste à parler du principal protagoniste de ce bel album, compositeur de toutes les musiques et auteur de la plupart des textes, brésilien exilé en Belgique et dont la musique recèle à la fois la joie de vivre des rythmes brésiliens, l'inimittable musique de cette langue portugaise prononcée à la brésilienne, mais également cette "vontade saudade", ce sentiment nostalgique qui n'est pas propre au Cap-Vert, probablement renforcé ici par l'éloignement du pays natal et qui donne toute sa profondeur à cette musique. Pas besoin de lunettes 3D pour apprécier cette musique en trois dimensions, une bonne paire d'oreilles et un coeur vous suffiront... La Bossa était déjà "nova" il y a bien des années, elle se renouvelle encore sous la plume et les doigts d'Osman Martins.

Une seule plage est un pur instrumental (presque dommage, elle donne envie de profiter davantage de ces phrasés instrumentaux) et une autre comprte des paroles en français, ce qui nous donne encore une fois l'occasion de constater à quel point les mélodies d'une tradition donnée peuvent être adaptées à leur langue, mais heureusement, l'appui de la belle voix de Maria de Fatima Martins (on reste visiblement en famille) fait fort bien passer ce beau texte optimiste qui vous restera d'ailleurs dans l'oreille.

Homerecords ne nous a pas toujours habitué à des pochettes léchées, alors saluons celle-ci, aux belles photos sépia (1) et je vous conseille d'aller la visualiser la très belle vidéo dans le même esprit sur le site de l'éditeur...

Homerecords : http://www.homerecords.be

(1) on regrettera juste que le report des paroles de la plage 5 ait été oublié et de ne pas avoir de traduction des textes en portugais...

Rappel : comme indiqué ci-dessus, on retrouvera Osman et Osvaldo sur l'album de ce dernier "Quilombo" chez le même éditeur

 

Samson Schmitt, Joachim Iannello et Johan Dupont
"Rire avec Charlie"

Dans le monde de la musique manouche, avoir un nom de famille déjà célèbre c'est souvent bien davantage qu'être un "fils de" bénéficiant de la curiosité du public et de la sympathie des programmateurs et Samson Schmitt, fils du célèbre Dorado Schmitt nous le prouve une fois encore : par sa maîtrise de la guitare, et, davantage que la virtuosité dont il fait preuve sur l'une ou l'autre plage, c'est le traitement de la note qui impressionne le plus. Mais il nous le prouve également en tant que compositeur avec des mélodies qui tombent de suite dans l'oreille, sans pour autant paraître donner dans le cliché ou l'imitation. D'ailleurs si l'album est inspiré par Charlie Chaplin, il se garde également d'imiter directement les musiques de ce dernier.

Un album de musique manouche en plus serez-vous tenté de vous dire si vous n'êtes pas officionados de ce type de musique, mais c'est là que l'on appréciera la touche toujours particulière que sait donner Homerecords à ses productions car ils ont eu l'excellente idée de demander à Samson de se passer des ses accompagnateurs habituels pour s'entourer d'un violon et d'un piano et comme les deux musiciens en question, bien que non spécialistes de cettte musique, ne sont pas nés de la dernière pluie et sont diablement inspirés, le trio fonctionne à merveille, à nous faire croire qu'ils frayent ensemble depuis des années. Le violon a d'ailleurs parfois des accents de violon traditionnel, quant au piano il a la bon goût de ne jamais se montrer envahissant, ce qui ne l'empêche pas d'assurer quelques chorus... Et puis Johan Dupont, le pianiste en question, fait partie de ces gens énervants capable de laisser leur clavier pour emboucher une trompette avec autant de facilité...

Comme pour l'album d'Osmans Martins ci-dessus, une mention pour la pochette (joli travail notamment d'Erno Le Mentholé qui n'est pas que pianiste....). Je ne fais pas partie des nostalgiques du vinyl (je n'ai jamais aimé les craquements...) mais je suis de la génération qui se trouve frustrée par la musique en téléchargement sans support physique et cette très belle pochette, qui hésite entre le sépia et la couleur et au rendu mat très classe ne peut que me renforcer dans ce sentiment... Et ici aussi, je vous conseille d'aller voir la vidéo sur le site de l'éditeur.

Homerecords : http://www.homerecords.be

Rappels :

On retrouve Samson et Joachim dans l'accompagnement de l'album d'Alain Frey juste ci-dessous

Quant au pianiste Johan Dupont, il intervenait sur l'album de Klezmic Circus "Vitamine K"

 

Alain Frey
"Qui c'est qui ?"

Si j'ai souvent à vous parler des productions d'Homerecords, c'est rarement dans le domaine de la chanson francophone, alors une fois n'est pas coutume et avec d'autant plus de plaisir que ce chanteur est pour moi une belle découverte, pleine de bonne humeur à l'image de la photo de couverture.

Imaginez un chanteur quelquepart entre Bobby Lapointe pour l'espièglerie, Ricet Barrier pour certains accents et, surtout, Henri Salvador, sans doute quelques autres également, mais ce petit jeu a ses limites et Alain Frey est avant tout Alain Frey, chanteur au style un peu swing vintage (lorsque l'on pose avec chaussures comme cela...) mais qu'est-ce que cela fait du bien d'entendre une diction comme la sienne qui pourrait vous faire croire que le jazz à des racines francophones...

La réussite de cet album doit d'ailleurs fortement à trois autres personnes :

- le saxophoniste Laurent Meunier qui assure en premier lieu les accompagnements (je suppose qu'ils tournent en formule duo...) et les belles sonorités du sax baryton qu'il utiliser préférentiellement, équilibrent parfaitement le timbre de voix du chanteur. Et on ne s'en lasse pas tout au long de l'album.

- Lena Mariel qui signe la plupart des textes espiègles et toujours parfaitement posés sur les musiques (ces dernières pour l'essentiel de la plume d'Alain Frey.). Qui penserait à entendre "Le temps de pommes" que c'est une femme qui l'a écrite ?...

- la guitare de Samson Schmitt (voir chronique de son album juste ci-dessus) qui fait swinguer six des 14 plages (chorus compris), son complice Joachim Iannello le rejoignant au violon sur deux de ces six plages et étant également présent sur une autre. Quelques autres invités interviennent sur l'une ou l'autre chanson et je ne vous ai pas encore précisé qu'Alain Frey joue lui même guitare, contrebasse et accordéon (sympathique duo avec le sax soprano...)

En ces temps ou l'optimiste n'est pas forcément de mise sur nos médias, voici un chanteur que la sécurité sociale devrait subventionner pour qu'on l'y entende plus souvent... (et pas que sur la RTBF, en France également....)

Homerecords : http://www.homerecords.be

Rappels :

Samson Schmitt, Joachim Iannello sur "Rire avec Charlie"

 

Marco Foxo
"Ganador Solistas 2009"
"Musicas do Gaiteros de Ventosela - Xan Miguez Gonzalez (1847-1912)"

Voici deux albums pas vraiment récents (2009 et 2012), mais il me semble que Marco Foxo n'en a pas réalisé d'autre sous nom depuis lors. Marco Foxo est un gaitero qui a toujours baigné dans la musique de gaita puisque son père n'est autre que Xose Lois Foxo, fondateur de l'Escola Provincial de Gaita de Orense et de sa Real Banda et dès sa prime enfance, il eu les oreilles bercées par gaitas et percussions et il voyageait déjà avec ses parents et la Banda. Je ne doute pas que son père ait été encore plus exigeant avec cet élève particulier qu'avec les autres et cela porta ses fruits puisque Marco est aujourd'hui le "penn-gaitero" (1) de la Real Banda.

Voici donc deux albums dont il est le soliste, accompagné toutefois, dans le second album dans la formation traditionnelle gaita-clarinette-tambour-grosse caisse, une formation créée par Xan Miguel Gonzalez, connu sous le nom de Gaitero de Ventosela (du nom de son village proche d'Ourense) et auquel cet album rend hommage. Si ce gaitero mythique de la finXIXème début XXème, vainqueur de nombre de concours, fut également compositeur, parmi les titres interprétés ici, seuls quelques-uns lui sont attribués, mais les autres ont été interprétés par ce musicien et notamment au sein de son ensemble Os Trinta de Trives. Marco Foxo fait preuve sur cet enregistrement d'une technique irréprochable, de même que ses complices, mais l'interprétation reste assez didactique et manque un peu de vie, d'autant que les percussions sont mixées légèrement en retrait. C'est donc un album qui ravira surtout les gaiteros (et surtout les ensembles de ce type) en recherche de répertoire, d'arrangements et d'interprétations de référence.

L'album de 2009, antérieur donc à celui dont je viens de vous parler, échappe en grande partie à ce défaut (tout en ayant déjà le même haut niveau technique) et s'avère beaucoup plus vivant, même si cela demeure un album de studio et si la formation dispensée à l'école de gaita d'Ourense semble instiller à ses élèves une rigueur pas forcément favorable à un jeu qui se lâche facilement. On y retrouve Marco accompagné par les trois mêmes musiciens (X.L. Tielas à la clarinette, J. Ferreira à la caisse claire et I Alonso à la grosse caisse) mais également par d'autres musiciens et chanteurs parmi lesquels je n'omettrai pas de citer Oscar Ibanez à la gaita et, surtout la chanteuse Maria do Ceu dont le type de voix et le style de chant n'existent qu'en Espagne... Les titres alternent des compositions de Marco et des traditionnels ou compositions anciennes parmi lesquelles se remarquent immédiatement celles de Ricardo Courtier (début XXème), mis à l'honneur sur trois plages.

Un DVD complète le CD, compilation de quelques petits extraits témoignant de moments marquants du parcours de Marco, mais il faut plutôt le considérer comme une illustration supplémentaire du beau livret que comme un réel DVD musical : le présent album demeure avant tout un CD.

 

(1) vous voudrez bien m'excuser ce barbarisme galego-breton... ;-)

"Musicas do Gaitero de Ventosela" Edité par Sons Galiza Musica

"Ganador Solistas 2009" Edité par la Real Banda de Gaitas da Deputacion de Orense

Tous deux disponibles sur http://www.realbanda.es

Rappels :

Real banda d'Orense : voir à partir de

dont en particulier avec Maria do Ceo "Concerto de Nadal" (CD + DVD)

Marco a, me semble-t-il, également enregistré sur un CD un certain nombre de mélodies de la méthode de gaita de son père (mais CD non inclu dans la méthode), méthode dont une édition française devrait bientôt voir le jour.

(désolé je n'ai pas la pochette du CD en question)

Oscar Ibanez : voir l'album "Alen do mar" :

 


Avril 2017

Merline
"Comme une plume"

Voici deux musiciens professionnels encore jeunes et qui mènent bien leur chemin à force de travail tant pour leur formation que pour monter divers ensembles dans des registres différents, une diversification qui devient aujourd'hui de plus en plus indispensable à nos musiciens pour pouvoir décrocher un nombre suffisant de prestations. Prenons l'exemple de Jenny qui, après avoir débuté violoniste dans un groupe folk comme il y en a tant, est partie se former au nickelharpa un an en Suède et qui achève maintenant son DEM au CNR à Limoges (1). Si vous consultez son site internet, vous constaterez qu'elle joue en solo, dans plusieurs duos dont le Duo Värsagod dont je vous ai déjà entretenu, dans un quatuor et dans d'autres formations. Et si elle passe ainsi des polskas suédoises aux bourrées limousines ce n'est certainement pas en dilettante mais en ayant creusé et approfondi chacune de ces traditions. Il en est de même pour Jérôme Salomon, percussioniste attiré comme tant d'autres par les percussions du Moyen-orient et qui a suffisamment approfondi sa pratique pour se produire notamment avec Isabelle Courroy (duo Izzé) ou avec le joueur de setar iranien Hooshang Farahani.

Tout cela n'est naturellement possible, et j'aurai du commencer par là, que parce qu'il s'agit à la base de musiciens doués et en particuliers dotés d'un jeu tout en sensibilité que mettent notamment en évidence les morceaux les plus lents de cet album consacré au répertoire traditionnel suédois (ou proche) ainsi qu'à celui de la musique ancienne, avec tout de même une plage syrienne et une composition de Jenny (1). Si quelques morceaux ne sont pas inconnus, ce répertoire comporte de belles perles que le duo sait parfaitement mettre en valeur, s'appuyant également sur la voix de Katerina Karagianni pour une chanson du XIIIème. Il n'y a rien d'étonnant à ce que celle-ci s'intègre parfaitement au duo, puisque les trois tournent également sous cette formation sous le nom de "Trio Artemisia"... Et si ce sont les mélodies lentes qui ont eu ma préférence sur cet album, Merline sait également, lorsqu'il le faut, donner de l'énergie à une polska.

S'il est de coutume de différencier les albums studio des albums enregistrés sur scène, celui-ci se situe entre les deux puisque réalisé sur la scène du Centre Culturel A. Malraux de Vandoeuvre (voir la belle photo au centre du livret), mais sans spectateurs. Le résultats met parfaitement en valeur les différents instruments.

J'ai commencé en évoquant les conditions actuelles du métier de musicien. Les contraintes financières favorisent naturellement les formations en duo de ce type comme en témoignent les différents CDs chroniqués ci-dessous. Mais, laissant de côté ces aspects conjoncturels, sur le plan artistique cet album prouve, comme ceux ci-dessous, que la charge émotionnelle ne doit rien au nombre d'instrumentistes et qu'un duo bien équilibré n'a souvent rien à envier à une formation plus imposante.

Autoproduction : http://www.merline.fr

(1) elle vient de m'apprendre qu'elle achève un mémoire sur le violoncelle en musique traditionnelle, un sujet qui me tient à coeur. Elle utilise d'ailleurs l'instrument, très discrètement, sur deux plage du présent album.

(2) pour le répertoire auvergnat ou limousin il faudra attendre un prochain enregistrement...

Rappels :

Duo Varsagod "Battements d'air"

 

Duo Bauweraerts Van Hees
"Fly in"

En dehors de ses enregistrements de musique baroque à la musette, ce n'est pas si fréquemment que Jean-Pierre Van Hees nous offre un enregistrement aussi c'est avec un grand plaisir que nous voyons paraître cet album en duo avec l'accordéoniste flamande Hilke Bauweraerts et ce d'autant plus que la prestation que j'avais pu entendre de ce duo en 2015 à Balingen (photos ici et ici ) m'avait donné l'eau à la bouche.

Ce qui saute tout d'abord à l'oreille dans les premières secondes, ce sont les basses à la sonorité unique du "diato" de Jean-Pierre Gaillard (1). Puis l'auditeur s'attache au jeu de Hilke qui précède l'entrée sur scène de Jean-Pierre. Si le répertoire est traditionnel ou composé dans le même esprit par nos deux comparses, Jean-Pierre utilise aussi bien la cornemuse dite flamande que la musette qui, comme l'ont encore récemment démontré Brigit Bornauw et Benjamin Macke, se marie très bien avec le son du diato malgré l'anachronisme.

Le jeu de Jean-Pierre est très clair et précis, technique sans surcharge, n'hésitant pas à faire usage de quelques ornements d'outre-Manche lorsque le contexte le permet. Deux des plages au style un peu latin nous ramènent d'ailleurs bien des années en arrière à l'époque d'un fameux calypso tropical qu'il interprétait au sein du groupe Rum... Le jeu de Hilke ne lui cède pas grand chose en technicité et efficacité, notamment dans les nombreuses parties où elle assure très efficacement l'accompagnement, mais également sur de beaux unissons. Quelques passages plus solistes nous permette de constater que son jeu sait également être sensible.

Tous deux donnent de la voix et cela fort bien, Hilke en français sur deux plages, avec un accent tout à fait charmant de même que Jean-Pierre, en wallon de son côté, sur un cramignon liégeois.

Une mention spéciale pour les très belles pochette et livret : un artiste photographe et infographiste qu'il serait injuste de ne pas citer mais qui se cache derrière le nom de sa société : Kameleon Klips

Bemol production : http://www.bemolvpc.com

(1) parfaitement rendues par la belle prise de son de J. Lanfranchi.

Rappel : Jean-Pierre Van Hees, voir à partir de son ouvrage de référence :"Cornemuses - Un infini sonore"

 Voir également ma page de discographie de la musette baroque


Mars 2017

Green Moon
"Tyto Alba"

A l'écoute des premières minutes de l'album on s'étonne presque d'entendre des sonorités trad. irlandaises sur une production de chez Homerecords, ce label liégeois qui, comme je vous le fais comprendre bien souvent, par son goût pour les musiques acoustiques n'est jamais loin de l'esprit des musiques traditionnelles, mais rarement vraiment dedans tout de même. Et de fait, la suite nous offrira des passages davantage jazz acoustique, mélodique, avec de belles parties de trompette et même une de guitare électrique (sans distorsion, naturellement, façon jazz). Et puis un petit quelquechose laisse entrevoir que ces mélodies au gout irish ne sont pas traditionnelles, ce que la pochette nous confirme bien vite et qui n'est pas pour me déplaire car elles ne manquent pas d'inspiration et collent bien avec l'esprit du trio.

Commençons donc d'abord par ces plages qui sonnent irlandais : non pas irlandais comme on l'entend trop souvent de nos jours, avalant du reel au km à une vitesse qui ne laisse plus le temps de regarder par la fenêtre, non, ici un violon un peu fantasque, autour duquel tourne une guitare espiègle, tous deux bientôt rejoints par une mandoline qui vient discrètement doubler le violon, trottent tranquillement sur un chemin de terre, comme des enfants en vadrouille, tantôt sautillant puis ralentissant sans prévenir pour observer un papillon ou une fleur puis repartant de plus belle. Difficile parfois de démêler qui fait quoi entre le violon de Lorcan Fahy, la guitare de Teo Crommen (qui doit être de la famille de l'harmoniciste Thierry Crommen puisque ce dernier est présent en invité sur une belle plage) et la contrebasse de Lucas Deru (une famille bien connue également...) car les deux premiers manient également la mandoline et à toutes ces cordes se rajoute parfois le violoncelle de Thomas Engelen.

Je vous ai déjà cité la trompette d'Antoine Davans, à la belle sonorité intimiste (un peu dans le style de celle de Camille Passeri au sein du Sextet à claques), ne reste plus qu'à nommer le dernier invité : Antoine Rotthier à la batterie.

Les parties façon trad. alternent bien avec les passages plus jazzy dans un bel équilibre qui relance sans cesse l'attention. Les musiciens se mettent mutuellement en valeur (1) et ne s'étouffent jamais les uns les autres... De la belle ouvrage...

(1) servis par une belle prise de son...

Homerecords : http://www.homerecords.be

Rappel : leur album précédent sur le même label : "Allo la Terre"


Fred Miossec et Jean-Sébastien Hellard
"Cats and Dogs"

Voici quelques mois que j'ai reçu cet album, je l'ai écouté plusieurs fois depuis mais je n'arrivais pas à trouver l'angle sous lequel l'aborder pour le comprendre et l'apprécier. Entre temps j'ai bien vu qu'il avait reçu les Bravos de Trad. magazine, ce qui m'a confirmé qu'il n'était pas à négliger et j'ai donc considéré qu'il valait mieux laisser le temps faire un peu son oeuvre.

C'est en le réécoutant la semaine dernière après avoir chroniqué celui de Jean-Michel Veillon et Yvon Riou que j'ai réalisé que je faisais l'erreur de l'aborder avec l'image préconçue que l'on peut avoir d'un clarinettiste breton et d'un accordéoniste swing, voire Europe de l'est échangeant leurs répertoires et donc en m'attendant à une musique pêchue du style de celle qui vous enflamme une salle de bistrot. Peut-être en sont-ils capables d'ailleurs, dans un autre contexte, mais ce n'est pas l'optique qu'ils ont choisie ici avec une démarche bien plus concert, un enregistrement davantage studio qui met en avant la rondeur et même la similitude de sonorité des deux instruments. Un album au travers duquel se perçoit non seulement l'écoute réciproque des eux musiciens, mais également une volonté de fondre les deux sonorités. N'oublions pas que même le swing manouche peut avoir un caractère presque intime parfois. Un album qu'il vaut donc mieux prendre le temps d'écouter bien au calme... pour mieux se laisser emporter.

Une carte d'Europe situant les morceaux (belle idée, est-ce elle qui a inspiré le même type de carte sur le récent album de Lisa Wolf ?) nous montre d'ailleurs qu'il ne s'agit pas d'une simple juxtaposition de deux répertoires régionaux mais que les 14 plages nous conduisent dans un voyage bien plus conséquent tant en latitude qu'en longitude... Quelques standards y voisinent avec des trads moins connus et deux compositions seulement de Fred. Miossec.

Bemol production : http://www.bemolvpc.com


Jean-Michel Veillon et Yvon Riou
"Deus an Aod d'ar Menez"

Si vous saturez des groupes de fest-noz avec bombarde en avant, diato, basse-batterie et leurs acolytes, voici un album pour vous réconcilier avec la musique bretonne dans sa pratique actuelle (ou du moins une des multiples formes de celle-ci).

Voici donc un de ces beaux albums de musiciens qui n'ont plus rien à prouver et qui s'attachent donc uniquement à chercher l'essentiel, l'essence de la musique, à générer l'émotion. Michel Veillon fait visiblement partie de ceux-ci désormais, n'ayant plus non plus à démontrer une quelconque légitimité à l'utilisation de la flûte traversière en bois sur ce type de répertoire.

Il a trouvé en la personne du guitaristeYvon Riou le complice idéal d'une telle démarche. Ce dernier, en effet, réussit le paradoxe d'être tout à fait efficace tout en occupant le mimimum d'espace sonore, voire même en répétant un simple accord ou une suite de quelques accords en ostinato. Même sur ses quelques passages seul, il opte pour cette sobriétéde bon aloi. A l'écoute du duo sur CD, grace à une très belle prise de son, l'auditeur finit par ne plus entendre que le souffle dans la flûte et les cinq doigts de la main droite du guitariste et à imaginer un musicien unique réduit à une tête et une main...

Le répertoire est quasi exclusivement breton (trad et compos), mêlant airs et danses, ces dernières ne respectant pas forcément l'ordre intangible des suites et c'est tant mieux car cette liberté prise avec la tradition profite bien à l'agencement des mélodies, des ambiances, ce qui n'empêche nullement quelques passages bien enlevés. Sur ces derniers, force est de constater à nouveau qu'en soulignant simplement le temps qu'il faut, la guitare peut donner une vraie force rythmique à la mélodie, celle-ci étant naturellement déjà bien envoyée par une flûte qui swingue bien.

Remarquons également quelques belles sonorités de flûte grave, quelques très discrets usages du multipistes, mais retenons surtout au final, un album qui nous ramène au sens profond de ces mélodies, de ces rythmes et à l'essence même du souffle.

Bemol production : http://www.bemolvpc.com

Rappels : je ne me lancerai pas dans une discographie exhaustive de ces deux musiciens mais rappelons qu'Yvon intervenait déjà sur l'album de Jean-Michel "E Koad Nizan" en 1993 avant que le duo n'enregistre "Pont Gwenn ha Pont Stang " en 1995 et "Beo !" en 2000 et que l'un et l'autre ont pratiqué ce type du duo avec d'autres complices, Jean-Michel Veillon avec Jamie Mc Menemy, (pas d'album hormis ceux de Kornog) et Yvon Riou avec Jean-Luc Thomas ("Arri eo ar momant" en 2009)


 

.

retour aux infosmumuses

Chroniques DVD, démos, livres

Sommaire de toutes les chroniques

  Menu-->