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.Jean-Luc Matte
Infos mumuses

Présentations CD et DVD 8

Voici quelques CD dont j'ai continué à signaler la parution après la fin de mes infosmumuses en juin 2009, généralement parce qu'ils m'avaient été envoyés à cet effet...

Sommaire de toutes les chroniques, chroniques à venir


 

Octobre 2017

Bougnat Sound
"Le bon, la brute et le bougnat"

3ème album auvergnat de l'été pour le label AEPEM (1), dans un style encore différent des deux autres même si l'instrumentation de celui-ci est très proche de celle d'Auvergnatus : si l'on est ici en trio et non en quartet, Julien Barbances passe de la cabrette au violon et lorsque la présence des deux s'avère nécessaire ou, plus souvent, lorsqu'un duo de violon s'avère sympathique, Clémence Cognet vient prêter main forte (et l'archet dans celle-ci), accompagnée, tant qu'à faire, par sa complice des Poufs à cordes Noëllie Nioulou dont on regrettera toutefois la discrétion.

Mais lorsque Julien prend les parties chantées, impossible de confondre avec un autre groupe tant sa voix demeure singulière. Je pense qu'elle sonnerait d'ailleurs encore mieux en occitan dans ce registre auvergnat car si les paroles en français chantées ici résultent bien de collectages, sur certaines mélodies de bourrées on ne peut s'empêcher de penser que cela sonnerait mieux et plus dynamique en langue d'Oc.

Je ne vous ai pas encore parlé des deux autres complices : Loïc Etienne au diato, et Olivier Sulpice au banjo, ce dernier jouant souvent mélodique et réalisant davantage d'unissons et de contrechants que d'accompagnements et, l'instrument étant bien mis en valeur par le mixage cela se révèle aussi plaisant qu'efficace. C'est finalement Loïc le plus discret mais pas le moins efficace par son jeu en contretemps qui donne une belle cadence à l'ensemble.

L'album étant produit par AEPEM, la majorité des titres est naturellement traditionnelle mais il y a tout de même quelques compositions dont il aurait été dommage de se priver à l'image de cette Scottish du Lez par exemple qui me plait bien...

(1) pour quatre sorties... cf ci-dessous. Pour éviter de me mélanger les pinceaux, je me suis d'ailleurs garder d'écouter celui-ci avant d'avoir rédigé sur les deux autres... Pour faire face à ces publications, Flor de Zinc affûte paraît-il déjà ses anches...

AEPEM : http://www.aepem.com

Rappel : voir à partir de leur premier album "Bon esprit"

 

Septembre 2017

Ormuz
"Le bois franc"

 Il est tout de même curieux qu'il y ait en France infiniment plus de pratiquants de la musique irlandaise, voire même suédoise que de celle de nos cousins québecois qui partagent pourtant notre langue (1) et parmi ceux qui pratiquent cette dernière, on trouve essentiellement des instrumentistes. Est-ce la faute à ce maudit accent sans lequel les chansons perdent une partie de leur sel mais qu'il serait trop caricatural de vouloir imiter lorsque l'on n'est pas originaire ou que l'on ne vit pas au Quebec ? L'exception justifiant la règle il y eu l'aventure de Mes souliers sont rouges (MSSR pour le intimes), dont la notoriété dépassa d'ailleurs celle du monde du trad. Le groupe du Nord Ormuz mériterait assurément une audience sinon similaire, a minima bien moins confidentielle que celle qui est la sienne actuellement à ce stade du quatrième album.

Si le premier titre de ce programme de neuf chansons et 3 instrumentaux fait résolument dans le style québecois avec violon stylé, tapements de pieds, turlutte etc. certaines des chansons qui suivent pourraient très bien figurer dans un album de trad. français sans que leur interprétation ne déparre. Il y a d'ailleurs deux titres plus bretons (2) que canadiens et la voix du chanteur Mathieu Huygebaert y a d'ailleurs quelques accents à la Mathieu Hamont ce qui n'a naturellement rien d'un défaut. Il faut dire que cette voix dont le timbre n'a pourtant rien d'extraordinaire au premier abord, mène fort bien tout le groupe et sait faire passer des mélodies souvent légèrement différentes de celles que l'on connait bien pour certains standards (Le Roi Renaud par exemple (3)) : la première minute d'écoute s'avère très frustrante car, reconnaissant la chanson par ses paroles, on regrette sa mélodie fétiche et l'on trouve la nouvelle plutôt fade. Mais à la fin de la plage celle-ci a déjà fait son chemin jusqu'à votre coeur et à l'écoute suivante on la retrouve avec un grand plaisir.

Il n'y a pas moins de cinq instrumentistes derrière le chanteur (4) mais cela ne signifie pas pour autant que le son soit forcément dense : si certains instrumentaux sont en effet étoffés, les accompagnements de chansons semblent se faire plus sobre et les instrumentistes disposent d'espace d'expression dans les intros, les ponts et de longs finaux.

Ne reste plus qu'à dire que si vous voulez savoir pourquoi le titre de l'album est moins innocent qu'il n'y parait il vous faudra écouter celui-ci presque jusqu'à la fin ou tricher en lisant le livret qui donne naturellement toutes les paroles, mais il serait dommage de se priver de l'audition de ce bon groupe.

 

(1) on doit même trouver plus de musiciens cajuns que québecois, probablement du fait de l'étiquette US, de la proximité de Menphis...

(2) et un instrumental qui tire progressivement vers l'irlandais

(3) cela vaut également pour Florian Huygebaert qui ne chante que sur une plage mais nous offre une superbe version des Trois mineurs du chemin de fer" dans une interprétation qui semble respirer et je ne parle pas des Ecoliers de Pontoise dont la version interprétée ici est radicalement différente de celle que l'on connait bien.

(4) ainsi que Julien Biget en invité sur deux plages et qui cosigne un certain nombre d'arrangements.

http://www.ormuz.fr/

Rappel : voir à partir de "Le Bambocheur"

Julien Biget : voir à partir de la chronique de La Bergère "Etreintes"

 

Shillelagh
"Hemels Douwe"

Si elle a du varier durant les premières années (la préhistoire) du groupe, la composition de ce trio n'a plus varié depuis "Danse sur l'eau", l'album sur lequel on retrouvait déjà ce qui fait le charme de ce groupe original sans qu'il soit tout à fait évident d'expliquer pourquoi... Mais onze ans plus tard, nos trois musiciens, Benjamin Macke, Gabriel Lenoir et Aurélien Tanghe ont fait leur chemin et sont tous reconnus aujourd'hui par leurs autres expériences musicales (1) et cela se traduit par une maturité bien plus accrue ici (notamment le jeu de diato qui s'est notablement délié). Témoin de cette maturité, si les permiers albums étaient enregistrés en situation avec danseurs, ces derniers n'ont, cette fois-ci été conviés que pour la séance photo (fort jolies d'ailleurs) et pourtant l'album a autant de pêche et donne autant envie de se lever de sa chaise qu'un live en bal.

L'ambiance générale est plus typée "Nord-Belgique" ce qui est fort sympathique à mon goût (des musiques qui mettent de bonne humeur), avec de petites perles comme la scottisch-mazurka de la plage 6 (2). Et cela n'empêche toutefois pas la présence de Bourrées d'Auvergne composées par Benjamin et quelques autres mélodies actuelles de cet album essentiellement trad.

Et pour finir, le trio délaisse les instruments pour une belle chanson en flamand a capella...

 

(1) chacun est reconnu comme une référence sur son instrument comme en témoigne la présence de chacun dans la collection "Un instrument un artiste" chez Bémol accordéon diatonique, violon et guitare...

(2) un collectage d'Hubert Boone comme nous le rappelle le livret bien documenté.

Contact : http://www.shillelagh.fr/

Rappel : voir à partir de "Danse sur l'eau"
CD Shillelagh

 

Natasa Mirkovic, Michel Godard, Jarrod Cagwin
"En El Amor"

Issus de la diaspora juive chassée de la péninsule ibérique en 1492, les traditions sépharades et les chants en particulier constituent un véritable univers, riche des diversités issues de cette dispersion géographique conjugué à la préservation au travers des siècles d'un patrimoine originel. Un cas exacerbé de tradition orale.

Ceux qui nous sont proposés ici ont été collectés dans les Balkans, entre Sarajevo, Istamboul, Izmir, Sofia... Ils sont interprétés par Natasa Mirkovic, une chanteuse originaire de Bosnie Herzegovine, dont le livret nous indique qu'elle a fait son chemin dans les milieux de la musique baroque, de l'opéra et même de la musique de film. On notera sa collaboration en 2010 avec le vielleux autrichien Mathias Loibner sur un répertoire de Franz Schubert (1) bien différent de celui dont il est question ici. Mais après la vielle à roue, c'est à un instrument encore moins courant qu'elle mêle sa voix cette fois ci : le serpent, aux mains de son interprète actuellement le plus connu : Michel Godard. Mais il ne s'agit pas simplement d'un accompagnement : l'album débute d'ailleurs par une plage a capella qui démontre que la voix de Natasa peu fort bien se suffire à elle-même. La seconde plage fait intervenir le percussioniste Jarrod Cagwin qui y démontre certes une belle virtuosité mais surtout, une intelligence du phrasé qui le fait davantage dialoguer avec la chanteuse que simplement lui offrir un soutien rythmique sur cette pièce au rythmé assez enlevé.

Il faut donc attendre la troisième plage pour entendre de serpent de Michel Godard, tout d'abord par une belle introduction solo qui permet d'apprécier la chaude sonorité de ce "cuivre" en bois. Si Michel Godard est connu pour des musiques souvent expérimentales il sait se montrer également plus sobre, comme ici, même si une ou deux plages en duo avec le percussioniste leur permettent de se lâcher dans un style un peu plus contemporain (plus "improvisation"). Sur les autres plages, comme Jarrod Cagwin, il s'agit souvent bien plus d'un dialogue de l'instrument avec la voix que d'un simple appui rythmique ou harmonique, l'instrument s'exprimant largement entre les phrases chantées.

Mais revenons à la voix de Natasa, chaude et faussement naturelle : plaçant mélismes et autres ornements de manière si évidente que ceux-ci en passeraient presque inaperçus, ne perturbant jamais la clarté de la ligne mélodique, au seul service de l'émotion.

Et si à tout cela vous ajoutez un répertoire qui bien que quasi exclusivement traditionnel, varie les rythmes et ambiances, vous obtenez un album qui est un vrai plaisir à l'oreille et à l'esprit...

Le livret donne les textes de tous les chants, dans leur langue originale, accompagnés non de leur traduction mais de paraphraises poétiques d'Ernst Marianne Binder, en allemand avec traductions en anglais.

(1) Vous pouvez en écouter des extraits sur le net... vous pourrez d'ailleurs y constater qu'en concert il arrive à Mathias de se joindre au présent trio

Carpe Diem Records http://www.carpediem-records.com

 

Auvergnatus
"Auvergnatus"

Voici un CD que l'on attendait puisque le groupe Auvergnatus existe depuis pas mal d'années maintenant et que, comme le rappelle le livret, il a déjà connu des changements de personnel (1). D'ailleurs si on a pu les entendre régulièrement dans le Parc du Son-Continu ces dernières années, c'était rarement (et cette année encore), dans leur formation actuelle officielle, c'est-à-dire (schématiquement) avec Laurence Dupré au violon et Fabrice Lenormand se partageant la mélodie sur les accompagnements de Thomas R. au chromatique et de Jean Blanchard au banjo, ces deux derniers mixés un peu en arrière. Si je suis souvent très dubitatif à l'écoute de la première plage d'un album (souvent non représentative de la suite), ici, dès les premières secondes, assurées en solo par le violon de Laurence, j'étais déjà quasiment certain que l'album est une réussite (2) : le fait de démarrer ainsi par un mélodiste en solo, ce jeu très technique mais où ce savoir faire n'est jamais gratuit mais entièrement au service de l'efficacité rythmique (et c'est encore plus vrai pour le jeu de cabrette de Fabrice qui parvient à faire oublier l'utilisation de tous ces coups de doigts pour ne laisser transparaître que la dynamique qu'ils génèrent, ce qui n'a rien d'évident sur cette cornemuse…).

L'accordéon chromatique apporte une touche musette, tout comme le banjo dont on redécouvre actuellement que le jeu percussif (différent des jeux US) est parfaitement adapté à ce style de musique comme l'avaient d'ailleurs bien compris les orchestres des années 20 mais que la vague du banjo US des années 70 avait conduit à mépriser ce style bien plus simple (en apparence toujours).

Compte-tenu des deux instruments mélodiques, le répertoire se partage naturellement entre celui des violoneux et celui des cabrettaires mais emprunte aussi à un répertoire un peu moins traditionnel avec deux belles chansons de l'entre deux guerre.

Si le livret oublie de préciser qui chante (et fort bien) ces deux chansons (3), il indique non seulement les référence des collecteurs, mais également les interprétations revivalistes qui font également désormais partie de l'histoire des ces mélodies.

Excellente prise de son comme d'habitude, très proche des instruments : on sent l'anche de la cabrette, le contact de l'archet sur la corde. Le banjo et l'accordéon sont mixés un peu plus en retrait mais quelques solos permettent tout de même d'entendre distinctement le jeu de Jean Blanchard. Même le jeu de pied est très bien rendu et je sais que ce n'est pas le plus simple à bien capter et rendre...

(1) avec notamment la présence passée de Jean-Pierre Simonnet (à ne pas confondre avec Tiennet Simonnin qui aurait pu faire partie de cette aventure...) et de Bernard Blanc

(2) évidemment je ne me serai sans doute pas aussi avancé sans savoir qui interviendrait ensuite.

(3) Renseignement pris il s'agit de Fabrice, le livret ne précise pas non plus qui utilise ses pieds mais il s'agit forcément du cabrettaire et de la violoniste...

AEPEM : http://www.aepem.com

Rappels :

Jean Blanchard : voir à partir de "Cornemuses toutes nues"

Fabrice Lenormand : voir à partir de La Perdrix Rouge "Vendanges tardives"

Laurence Dupré : voir à partir de voir à partir de Dzouga ! "Fatcha peta lou Peis - Violons des Monts d’Auvergne"

 

Thomas R. voir à partir de Thomas R. - Johan Jacquemoud "Toseti"

 

Jean-Luc Gueneau, Gilles Poutoux
"Chemin de la Bergaudière"

Deux des compères de Fubu (un nom que les moins de vingt ans ne doivent pas connaître…) se retrouvent bien des années plus tard (les photos du livret sont éloquentes…) pour nous offrir un album de répertoire à danser nivernais (j'aurai dit morvandiau mais soit…), joué dans un style qui ravira tous les danseurs allergiques aux harmonies, fioritures rythmiques et autres fantaisies et attachés par contre à des tempos adaptés, une cadence marquée mais pas syncopée, un coup de poignée sur la mélodie etc. Les seules fantaisies consistent dans le style de jeu typé mélodéon de Gilles Poutoux (cette sorte de rebond permanent très agréable et qui fait oublier qu'il ne dispose que d'une rangée et qu'il ne peut donc tricher avec le poussé-tiré), quelques minimes adaptations mélodiques indispensable pour passer certaines des mélodies sur cet accordéon sans altération (1), la présence de quelques compositions (dont trois d'Yvon Guilcher, les danseurs absoudront donc sans peine les musiciens) et de deux mélodies trad. non morvandelles ou nivernaises (2). Le répertoire n'évite d'ailleurs pas certains standards (La montée de bois de Vaux par exemple parmi les traditionnels ou Le Canal en octobre (3) parmi les compositions ), mais alterne avec des choses un peu moins connues.

Un album résolument sans esbrouffe et que certains pourront trouver même un peu austère mais qui, comme je vous l'ai déjà écrit, devrait plaire aux danseurs et également aux musiciens en recherche de versions de référence autres que collectages.

 

(1) et le livret précise d'ailleurs les trois mélodies ainsi adaptées sans quoi elles seraient sans doute passées inaperçues de nombre d'entre nous

(2) dont les origines limousines et landaises seraient d'ailleurs également passées inaperçues n'eut-elles été spécifiées dans le livret…

(3) de Frédéric Paris, est-il besoin de le préciser... l'album renferme également deux compositions de Thierry Mirebeau, autre ancien de Fubu mais aucune des deux membres du duo.

AEPEM : http://www.aepem.com

Rappel : Gilles Poutoux voir à partir de "Comme par enchantement - Musique traditionnelle irlandaise"

 

Voir les photos de leur apéro de sortie de ce CD au Son Continu 2017

 

Los Cinc Jaus
"Vara Vau - Musique tradionnelle du Velay"

Arnaud Bibonne était connu comme un excellent bohaire (lauréat du concours de St-Chartier), mais c'est en cabrettaire que nous le retrouvons au sein de ce quartet. Si son jeu respecte bien les codes particuliers de cet instrument (1), un petit quelque chose, dans le son général du groupe (et de l'association avec la vielle en particulier), rappelle parfois la sonorité de la boha pourtant tout à fait différente. Ce qui m'amène à préciser que contrairement à d'autres albums actuels (du même label notamment) qui privilégient un mixage très différencié, celui-ci semble rechercher bien davantage le son de groupe, une cohésion forte de la cabrette, la vielle de Lucien Pillot (le vielleux de Face à Phsames), le diato de Florent Paulet et le violon d'Antonin Duval (le violoniste du duo Gargamas). Une affiche qui laisse attendre un bel album instrumental mais la surprise vient des parties chantées qui l'emportent à mon avis sur les instrumentaux. L'une des voix a plus de potentiel que les autres mais toutes sont capables d'assumer le premier plan, dans des registres un peu différents. D'ailleurs ces plages chantées le sont parfois entièrement a capella ou, sinon, juste sur une ligne mélodique, voire un bourdon, histoire de démontrer que la meilleure mise en valeur des voix réside souvent dans la simplicité (au moins apparente) de l'accompagnement.

Le répertoire est entièrement auvergnat et même plus précisémment du Velay et Vivarais (le livret en précise naturellement les sources) mais permet de constater à nouveau la grande diversité du corpus de cette région avec des plages très occitanes d'une part et des chansons francophones qui pourraient très bien avoir été collectées bien plus au nord d'autre part. Et l'interprétation du groupe renforce ce sentiment avec des plages qui ne dépareraient pas dans un album du sud-ouest et d'autres qui m'ont fait penser à l'énergie de certains chanteurs vendéens... Mais rassurez-vous il y a également des bourrées dont l'origine ne fait aucune doute !

 

(1) rappelons que la cabrette est la cornemuse française traditionnelle dont le style de jeu est le plus élaboré et le mieux défini, notamment dans sa version " parisienne "

AEPEM : http://www.aepem.com

Rappels :

Arnaud Bibonne, voir à partir de Arnaud Bibonne et Camille Raibaud "En Cadència"

Lucien Pillot voir à partir de Face à Phasmes "Musique traditionnelle du Centre"

Antonin Duval : voir à partir de Gargamas "Musique traditionnelle du Périgord et du Limousin"

Voir les photos de trois d'entre eux en atelier danse au Son Continu 2016

 

Août 2017

Trigorno
"Tout le long de la mer"

Claude Ribouillault est incontestablement un retraité actif puisqu'en un an il a publié un livre (1) et deux CDs, sans compter les articles, expos et autres représentations. Je vous ai déjà entretenu de l'un de ces deux albums : "Violon Bidon !" consacré à la musique populaire de la Grande guerre, voici le second, suite logique de son ouvrage de l'an passé sur les "Musiques d'à bord - Au gré des flot, au fil de l'eau" et donc consacré non pas aux chants de marins au sens strict du terme mais à la chanson traditionnelle autour des thèmes relatifs à la marine. Le panorama est d'ailleurs un peu moins vaste que celui balayé par le livre car on n'y trouve rien, par exemple, relatif à la navigation fluviale (il faudra un second CD car je ne doute pas que Claude ait déjà de la matière...). Il y est par contre question de naufrages, de bateaux conduisant les soldats combattre en orient (une des perles de l'album Violon Bidon, reprise ici dans un interprétation assez proche), de thèmes aquatiques plus symboliques pour ne pas dire à double sens… etc.

Le répertoire est essentiellement tiré de collectages réalisés dans l'ouest, du Poitou aux îles anglo-normandes et évite soigneusement les standards (ne vous fiez pas au titre de l'album...).

Autour de Claude, ses flûtes, accordéons, concertina, violon et autres instruments, nous retrouvons Paul Grollier (diato) déjà présent sur Violons Bidons ainsi que Pierre Robert à la guitare principalement et Séverin Valière à la guitare et la basse acoustique. Mais tous chantent également et il agréable d'entendre la voix principale passer de l'un à l'autre selon les plages ce qui donne de la variété à l'album, de même que le fait de faire suivre la plupart des chansons d'un instrumental (le plus souvent une mélodie à danser).

Le livret donne, naturellement, les sources des chants et des instrumentaux et l'intégralité des paroles.

Si cet album n'est pas paru à la même époque que le livre c'est qu'il n'a pas trouvé d'éditeur (2) et que le groupe a donc fini par l'autoproduire en un petit tirage, donc dépêchez-vous tant qu'il en reste…

 

(1) dont je ne vous parlerai pas puisqu'il ne traite pas de musique mais des nains et des géants

(2) il faut dire que si la plupart des groupe mettent en première plage le morceau qui en jette le plus, ici c'est le contraire avec une courte plage de flûte presque timide…

Rappels : "Musiques d'à bord - Au gré des flot, au fil de l'eau"

 

et pour le reste concernant Claude Ribouillault : voir à partir de " Le service militaire "

Paul Grollier et Claude Ribouillaut : Violon Bidon !

 

Juillet 2017

Brigada Menestrèrs
"Capsus"

Amateurs de bals gascons chaussez vos souliers de danse, poussez la table de la cuisine, empilez les chaises et invitez quelques voisins (selon la taille de votre cuisine...) et c'est parti pour rondeaux, congos, mazurka, branlo, valse, scottisch, saut et, tant qu'à faire, une bourrée. Mettez le CD dans le lecteur et vous vous retrouvez en bonne compagnie, en l'occurence Marc Castanet, pluri-instrumentiste bien connu, en particulier au diato et à la boha, mais on remarquera davantage ici la présence d'une musette du centre (même les Gascons n'y échappent pas...). A ses côtés le guitariste Denis Frossard dont je vous ai déjà entrenu, notamment pour un album en son nom, Marie Claude Hourdebaigt, peut-être plus connue comme pédagogue de la danse que comme chanteuse et percusionniste et, enfin Benoit Larradet, au diato. Les trois derniers cités faisaient déjà partie du groupe Brigada Menestrers sur l'album précédent avec quelques acolytes qui ne sont plus présents ici et Marc Castanet y figurait également mais au sein de Menesters Gascons. Le résultat est donc un groupe reserré de musiciens qui ont déjà l'habitude de jouer ensemble et cela s'entend. De jouer mais également de chanter et c'est certainement l'aspect qui me touche le plus dans cet album, avec cette langue gasconne portée par des voix bien timbrées à l'accent naturel. Comme la plupart des groupes actuels, le répertoire mêle traditionnels et compositions et s'achèvent sur deux plages plus atypiques mais dont le livret nous apprend que l'une est tout de même un traditionnel (de leurs voisins aragonais...).

Un groupe qui doit bien assurer en bal car on sent un petit "effet studio" sur quelques instrumentaux, les plages chantées étant plus enlevées (j'ai un petit faible pour le rondeau d'ouverture façon quelque peu Perlinpinpin, une mazurka aux belles harmonies...

Menestrers Gascons : http://www.menestrersgascons.com

Rappels : voir à partir de "Transumància"

 


Le Beau Milo
"Le bal musette du Beau Milo"

Voici le type de CD que j'ai eu immédiatement envie de mettre sur ma platine dès que l'ai eu en main.. mais j'ai du attendre le lendemain ce qui n'a fait qu'aiguiser mon envie. Et pour une fois je vais donc débuter par saluer la très belle pochette, rétro (on dit "vintage" maintenant...) mais pas kitsch et à laquelle on reprochera juste de ne pas mentionner l'identité du graphiste. D'ailleurs allez jeter un coup d'oeil sur le site du groupe, réalisé dans la même esthétique. Si le nom du groupe ne vous dit probablement rien, vous en saurez certainement davantage lorsque je vous aurai dit qu'on y trouve Etienne Boulanger au diato et, musette à l'ancienne oblige, à la cabrette pour deux bourrées dont une sympathique composition au titre presque anachronique. On lui doit deux autres compositions au répertoire de cet album qui, pour le reste, emprunte aux grands du musette (Vacher, Carrara), à quelques chanteurs de la même époque (Georgius, une valse du répertoire de Fréhel) et à des compositeurs un peu plus tardif (Vaissade, Gaby Verlor...). Tout cela joué dans un style qui nous rappelle immédiatement le Dénécheau Jâze musette, soit un musette à l'ancienne, ici au diato ou à l'accordéon mixte, jâze, banjo, violon, xylophone et quelques autres instruments que je vous laisse découvrir. A l'écoute du premier morceau je me suis dit qu'un solo de scie musicale y serait le bienvenu et, presque immédiatement, c'est un jazoflûte qui est venu assurer le même rôle. Mais le groupe n'est pas qu'instrumental puisque Clémentine "Pétronille" Godbille y assure également quelques parties chantées et qu'Alexis Froment ose courageusement s'attaquer à "Ma petite chanson", bien connue par l'interprétation de Bourvil et qu'il passe très honnêtement à condition de faire abstraction de la version originale et de la tendresse que savait y mettre avec sa fausse naïveté notre chanteur normand.... Pétronille s'en sort également bien, même si son style vocal n'a probablement pas grand chose à voir avec celui des chanteuses musettes de l'époque qui devait forcer la voix pour se faire entendre sans sono...

Mais voici un album qui donne surtout envie de les entendre sur scène, avec un beau parquet et si je ne doute pas qu'ils n'auront pas de mal à trouver des occasions de jeu dans le Nord, espérons qu'on pourra les entendre sur un rayon bien plus étendu...

C.E.M. Le Beau Milo : http://lebeaumilo.free.fr/

Rappels : voir à partir de La Piposa "Havlendans - La Piposa joue la Flandre"

 


Juin 2017

Tondo (Chabenat-Decombel-Pouget)
"L'adorable leurre"

Un nouvel album de Gilles Chabenat c'est toujours un petit événement dans le monde viellistique et c'est un hasard si, peu de temps après celui de Valentin Clastrier chez le même label belge, accompagné d'un clarinettiste, notre vielleux berrichon mêle également , en l'occurence Fréderic Pouget que l'on retrouve avec plaisir. La petite différence c'est la présence ici d'un troisième larron que l'on retrouve également toujours avec plaisir : Marteen Decombel à la guitare, à nouveau aux côtés de Gilles Chabenat comme du temps de l'album "En Flandres". Les premières secondes de l'album, où chanterelles de vielle et guitare ne semblent former qu'un seul et même instrument à la sonorité inconnue sont d'ailleurs de la meilleure augure... Marteen assure souvent l'accompagnement rythmique et harmonique et on regrette toujours de ne pas l'entendre davantage en mélodique. De par la nature même des instruments, mais également le caractère plutôt discret de Gilles, la clarinette tient souvent le devant mais elle sait laisser ne pas monopoliser cette position. Précisons qu'il ne s'agit pas d'un album qui vous saute aux oreilles à la première écoute : il fait plutôt partie de ceux que l'on commence à vraiment apprécier à la troisième ou quatrième écoute, lorsque les mélodies se sont fait un petit nid dans un coin de votre mémoire et que vous les retrouvez avec plaisir. Elles sont, pour la plupart, de Gilles et on reconnait d'ailleurs parfois des formules qui sentent le jeu de vielle sans pour autant verser dans les morceaux de concours. Toutes sont des compositions (1) et si la pochette n'affiche aucune référence de danse, l'auditeur reconnaitra parfois certaines rythmiques de mazurka ou autres...

Un album aux ambiances plutôt paisible, à tel point que lorsqu 'exceptionnellement l'ambiance se tend, nos trois compères semblent prendre un malin plaisir à la faire retomber aussi rapidement.

Homerecords : http://www.homerecords.be

(1) celles qui ne sont pas de Gilles Chabenat sont de Slimane Azem, Wannes van de Velde et Maurizio Martinotti. Et tant qu'à parler des collaborations, citons la présence de la flûte d'Erwan Hamon sur une plage

Rappels :

Gilles Chabenat et Marteen Decombel, voir à partir de

Fred. Pouget :

"S'en sont trois bons maçons - Chants et musiques de l'imaginaire creusois" ed. Modal 2000

L'occidentale de Fanfare "Version originale" 2010

 


Mai 2017

Sitardust
"Sitardust"

Voici un album à partir duquel on pourrait disserter à l'infini sur la légitimité ou l'intérêt des métissages musicaux, avancer toutes sortes d'arguments plaidant dans un sens ou l'autre, affronter des positions tranchées et puis il est également possible de simplement se laisser porter par ces musiciens qui font se cotoyer musique occidentale et musique indienne. Les officionados de la musique indienne (pour autant que l'on puisse utiliser le singulier...) trouveront certainement qu'il est préférable d'écouter les grands maîtres dans leur formule la plus traditionnelle mais si vous ne faites pas partie de ces spécialistes, vous pourrez apprécier cette musique dont l'esprit est bien ancré à l'occident, dans un style jazz mélodique comme le plus souvent chez ce label et qui s'ouvre aux sonorités et à certains rythmes indiens. Attention, à lire ce qui précède on pourrait craindre qu'instruments et autres emprunts à la culture indienne ne soient là que pour l'exotisme et, fort heureuusement, l'échange semble bien plus profond. D'une part parce que le leader du groupe, Joachim Lacrosse semble s'être réellement investi dans le jeu du sitar (en allant naturellement se former sur place), mais également parce que le groupe comporte un percussioniste indien, BC Manjunath, avec lequel on se garderait bien de chercher à rivaliser, notamment dans l'interprétation du konnakol, cette spectaculaire façon de chanter les rythmes que l'on peut entendre entre maître et élève pour l'apprentissage du jeu des tablas et qui se révèle ici un art à part entière. La chanteuse jazz Raphaëlle Brochet vient d'ailleurs parfois le rejoindre. Un second percussioniste, belgo sicilien, Carlo Strazzante apporte d'autres couleurs encore au groupe qui, pour le reste est composé de saxophonistes, violons et violoncelle.

N'ayant pas la pochette de l'album, je n'ai pas l'info sur la nature des mélodies, mais d'après ce que j'ai pu lire ici ou là, il doit s'agir de compositions de Joachim Lacrosse (toutes ou des traditionnels également ?)

Homerecords : http://www.homerecords.be

 

 


Claude Ribouillault et sa bande
"Violon bidon ! - Chansons et instruments des tranchées"

Claude Ribouillault est bien connu (entre autres...) pour son ouvrage "La musique au fusil", travail pionnier et référence incontestable en matière de musique populaire interprétée par les poilus durant la grande guerre, d'instruments bricolés ou fabriqués à proximité du front. Mais malgré le fait qu'il soit également musicien de longue date, il aura fallu attendre vingt ans pour qu'il réalise l'album susceptible d'accompagner la lecture de son livre. Et malgré ce long laps de temps, ce disque est également pionnier puisqu'aucun album n'avait encore été consacré entièrement à ce répertoire et qui plus est avec des instruments du type de ceux utilisés à l'époque : violons bidons, mandoline de 1916, bumbass, même si parfois accompagnés, comme à l'époque d'ailleurs, par des instruments plus manufacturés, en l'occurence ici concertina, harmonica, guimbarde, flûtes... Tant qu'à gloser sur la genèse de ce CD, rappelons que nous sommes pour deux ans encore dans le centenaire de ce conflit (et oui, on en a beaucoup parlé en 2013 avant le centenaire, puis en 2014 et ensuite, à l'image des conflits actuels qui disparaissent vite des journaux télévisés lorsqu'ils s'enlisent, la commémoration a été rapidement oubliée...) et "Violons Bidon !" est le 20ème volume d'une collection particulière "Les musiciens et la grande guerre", qui doit en compter 24 et dont les autres opus sont davantage consacrés à des musiciens dits classiques et on s'étonne presque que cet album n'arrive qu'en n°20 alors qu'il aurait pu constituer le départ de la collection, la base populaire. Mais c'est finalement aussi bien ainsi : le présent CD se justifie bien par son intérêt propre et non simplement comme un passage obligé au même titre que certains chapitres sur les musiques populaires dans les histoires de la musique...

Côté didactisme d'ailleurs, le riche programme (24 plages) de ce long CD ne doit rien au hasard et couvre la plupart des aspects, des chansons va-t-en guerre des débuts, jusqu'au chansons de camps de prisonnier ou de la campagne d'orient en passant naturellement par les chants qui décrivent la vie des poilus et qui constituent en quelque sorte le coeur du sujet. La règle générale pour ce type de répertoire a été l'ajout de nouvelles paroles sur des timbres connus et on retrouve donc quelques airs bien connus mais également de véritables petites perles telle cette chanson sur les planqués de l'arrière écrite sur un timbre du XVIIIème siècle qui a curieusement été oublié depuis. Et même si la perspective d'entendre certaines rengaines trop connues telle "Il pleut bergère" n'a rien de forcément enthousiasmant à priori, la force incroyable des paroles que lui ont collées les soldats de 14 vous font vite réviser votre jugement et vous n'entendrez plus jamais cette mélodie de la même façon... (Il y a également Au clair de la lune mais ce n'est pas la mélodie à laquelle vous pensez...). Pour que le tour d'horizon ne soit pas que bleu, Claude et sa bande ont pensé à faire figurer deux chansons allemandes et une anglaise et l'album se termine par un duo mih croate et boha landaise...

L'interprétation réussit un bel équilibre en nous évitant tout à la fois arrangements trop léchés et interprétation "brute pour faire vrai" : elle ne vise pas à faire dans la reconstitution illusoire, mais pas non plus à offrir une version trop concert. A propos de concert d'ailleurs je ne saurai trop vous recommander, pour avoir eu très récemment la chance d'y assister (voir photos), d'aller écouter le groupe en représentation, les chansons étant fort bien complétées de textes de courriers de poilus qui donnent encore davantage de relief à l'ensemble...

Ne me reste plus qu'à présenter les membres de la bande à Ribouillault : Emmanuel Pariselle, Philippe Gibaux, Daniel Muringer (bien utile pour les chants en allemand), Michael Wright (idem pour celui en anglais avec une belle intro de guimbarde...), Didier Oliver, Paul Grollier, et Luc Weiss. Beaucoup de monde mais deux à quatre musiciens seulement sur chaque plage et je regrette juste que la prise de son et le mixage n'aient pas donné un tout petit peu plus de proximité aux voix.

Editions Hortus, collection "Les musiciens de la grande guerre" (http://www.editionshortus.com/collection_mgg.php) volume XX Dist : Naxos, Harmonia Mundi etc..

Rappels :

Claude Ribouillault : voir à partir de " Le service militaire "


Arnito
"Musiques de mon monde, vol.3"

 

Je viens de terminer ma chronique précédent (duo TTC ci-dessous) en écrivant que l'album réussit le paradoxe d'être à la fois varié et cohérent. Je pense que je peux sans problème reprendre cette phrase pour débuter celle-ci.. Ce guitariste-compositeur nous offre un nouvel album, toujours fait maison comme les précédents et toujours de qualité professionnelle et lorsque j'écris qu'il nous l'offre, c'est bien au sens propre puisqu'il est en libre téléchargement sur son site, probablement pour vous donner le goût d'acheter les précédents...

S'il a réalisé cet album quasiment seul, la plupart des plages sont plutôt des duos guitare percussion ou des duos de guitares qui, malgré l'usage de la technique du multipistes, semblent se répondre comme si elles étaient réellement face à face : on est bien loin de l'empilement de voix qu'un débutant peut réaliser avec cette technique... Et nous avons même droit à une plage avec la voix d'Arnito. On retrouve sur cet album son toucher incisif, surtout lorsqu'il s'inspire du style flamenco, mais également une sensibilité plus classique ou un côté plus jazz électrique.

Instrumentiste-compositeur prolixe (c'est déjà son 15ème album !), Arnito ne semble pas pour autant épuiser son inspiration et conserve un vrai sens de la mélodie : chaque album nous réserve de nouvelles perles et aucune plage ne semble là pour faire du remplissage...

Album téléchargeable gratuitement ici : http://arfillion.wixsite.com/arnito/albums

Je vous conseille également de visionner le sympathique reportage accessible depuis la page d'accueil de son site et qui permet de mieux faire connaissance avec cet artiste dont le calendrier des concerts est surtout centré sur Rhône-Alpes.

Et pour les guitaristes, une rubrique de son site permet de télécharger gratuitement pas mal de ses partitions...

Contact : Arnaud FILLION "Arnito" Guitariste - compositeur http://www.arnito.net

Rappels : voir à partir de "IR"


Duo TTC
"La valse à Viseur"

Troisième opus pour de duo d'accordéonistes, certes chromatiques, mais tous deux bien connus dans le milieu trad. en tant qu'accordéonistes, mais également pour manier, et fort bien, d'autres instruments plus anciens tels que cabrette, musette du centre, concertina etc.) Mais c'est sur le chromatique qu'ils s'expriment préférentiellement comme c'est essentiellement le cas ici à quelques exceptions près...

L'album démarre très musette avec une valse de Médard Ferrero, interprétée avec juste ce qu'il faut de swing pour demeurer dans le style. Les deux instruments jouent avec des registres bien différenciés, l'une en mélodie avec une sonorité flûtée, le second en accompagnement, un peu plus acide et en arrière et, s'ils échangent les rôles durant une reprise, l'interprétation reste assez conforme à ce type de répertoire. Mais dès la seconde plage, l'ambiance bascule du côté du trad. avec une scottisch bien plus fusionnelle et énergique. La troisième plage ouvre un troisième univers avec l'apport de la voix d'Anne Lise Foy et le texte qu'elle dépose, dans son style particulier, sur une mélodie de mazurka de Tiennet, avec l'appui de la clarinette basse de Jean-Pierre Sarzier. Anne-Lise réapparaîtra par la suite sur un vieux standard (1), en duo avec Sylvie Berger (tant qu'à faire...). Puisque nous en sommes à parler des invités saluons la présence de Raphaël Jeannin (pas si fréquent sur CD...) à la 20 pouces sur une bourrée bien sentie, de Florian Huygebaert aux percussions (daf ?) pour une mélodie un peu plus orientale, du guitariste Antoine Leclercq qui aide bien à nous faire prendre une composition de Tiennet pour une valse musette d'époque, ainsi que celle du contrebassiste J. Jacquemoud, le complice de Thomas sur le remarquable album Toseti qui demeure un de mes CDs de chevet... Il a malheureusement ici un peu moins l'occasion ici de faire entendre sa patte particulière mais assure sur deux plages un très efficace soutien rythmique appuyé de claquements de cordes. Il reste encore une invitée qui réussit une belle (double) performance mais je ne vous en dit pas plus...

Si nos deux interprètes sont de redoutables techniciens, c'est avant tout leur sensibilité qui fait l'intérêt de leur jeu et celle-ci ne fait aucun doute à l'écoute lorsque Tiennet passe au low-whistle ou Thomas au bugle.

Et tout cela est servi par une excellente prise de son, très précise et qui laisse entendre ce qu'il faut de petits claquements et bruits de mécaniques pour renforcer la cadence et nous faire visualiser les doigts sur les touches. Mis à part le vert intérieur, le graphisme de la pochette est réussi et le texte nous donne les infos indispensables et un peu plus...

Se baladant, d'une plage à l'autre, entre trad. musette, jazz-musette voire chanson, voici un album qui réussit le paradoxe d'être à la fois varié et cohérent.

 

(1) si je vous dit que la mélodie est de Nahum Heyman, cela ne vous dira sans doute rien et pourtant vous la connaissez...

Rappels :

Précédent album du Duo : et voir les photo de leur passage à Marsinne-Héron en 2016

Thomas R, voir à partir de : "Toseti"

Tiennet Simonnin, voir à partir de : Mister Klof "Le galant indiscret"


Ialma
"Camino - de Bruxelles à Santiago"

Depuis que j'ai cessé mes chroniques dans Trad. Magazine pour lesquelles j'avais à coeur de mettre en avant les musiques du nord de l'Espagne, j'ai beaucoup moins l'occasion d'en écouter (1) et qu'est ce que cela fait du bien d'écouter ces chants féminin galicien interprété avec le talent qu'on leur connait par ce quartet bruxellois de filles d'émigrés. Il s'agit de leur cinquième album en 17 ans (2) et à cette occasion elles ont fait appel à nombre de leurs amis musiciens, belges également pour la majorité et l'on retrouvera donc au diato deux de leurs compagnons de route : Didier Laloy et Jonathan de Neck. De même aux percussions, les deux incontournables Fred Malempré et Stephan Pougin, Rémi Decker pour une intro à la cornemuse et beaucoup d'autres, à commencer par Quentin Dujardin (chanteur auteur-compositeur) qui s'est chargé de la production, des arrangements , de l'enregistrement et de pas mal de parties instrumentales. Même si certains de ces musiciens n'interviennent que sur une ou deux pièces, l'album dégage une impression très orchestrale (avec même des choeurs), d'autant que nos trois chanteuses ne sont pas mixées vraiment en avant et sont un peu déservies par la prise de son lorsqu'elles chantent ensemble. La prise de son des instruments et des solos chantés est par contre très bonne. Le répertoire reprend un certain nombre de classiques du répertoire traditionel galicien mais également des compositions de Véronica Codesal ou des mélodies traditionnelles sur lesquelles B. Fernandes a posé ses textes (en galicien naturellement), mais je n'ai pas réussi à trouver qui est cet auteur... Au rythme ou ces quatre filles enregistrent, nous avons un peu de temps d'ici le prochain opus mais, personnellement, après cet album foisonnant, j'aimerai un retrour à un projet plus sobre mettant plus en avant leurs voix....

(1) et d'autant plus que je ne capte plus les télés régionales espagnoles sur le satellite...

(2) mince j'ai raté le quatrième ! Mais comme elles changent d'éditeur à chaque fois, pas facile de suivre... Ce quatrième, enregistré en Belgique était édité en Espagne par le très bon label Do Fol. (encore de bons souvenirs de l'époque de mes chroniques dans Trad. Magazine...)

Homerecords : http://www.homerecords.be

Rappels : Ialma : voir à partir de "Palabras darei"

Didier Laloy : voir à partir de [Pô-Z]s
 

Jonathan de Neck : voir à partir de Dazibao "E40"

Remy Decker : voir à partir de à partir de Griff

Fred Malempré : voir à partir de Tref : "Loop of the Moon"

CD Tref

Stephan Pougin : voir à partir de Tricycle "King Size"
Tricycle CD jazz musique du monde

Boris Schmidt et Stephan Pougin Jacques Pirotton "Stringly 612"

 


The Britches
"From here to Eire"

The Britches est un trio de musique irlandaise formé de musiciens du Nord et mêlant violon, cordes pincées et flute traversière en bois. C'est ce que j'avais cru comprendre en regardant rapidement la pochette (qui n'est d'ailleurs guère plus bavarde même si ce digipack trois volets sans livret est plutôt joli) et j'ai donc démarré l'écoute sur la foi de ces éléments. J'attendais donc le démarrage de la flûte sur la première plage ou s'afférait déjà violon et bouzouki en accompagnement rythmique lorsque je finis par me rendre compte que je n'avais pas remarqué qu'une mandoline s'imiscait entre les deux, doublant la mélodie du violon et y apportant donc davantage de mordant mais avec des sonorités de cordes pincées qui se fondent bien à celles du bouzouki. Il faudra donc attendre quelques plages pour que Michel Vermeulen, le joueur de bouzouki, quitte son rôle d'accompagnateur pour passer sans difficultés à la mélodie sur sa flûte tandis qu'inversement, Aurélien Dewaele passe de la mélodie à la mandoline à l'accompagnement sur sa guitare. Notons d'ailleurs que le début d'une plage en duo guitare violon nous fait regretter de ne pas l'entendre davantage en guitare mélodique... Pour Adrien Coquelet les choses sont plus simples puisqu'il ne quitte pas l'archet de son violon, instrument qu'il pratique avec une technique et une sensibilité sans défaut et il ne lui manque plus qu'un peu plus de liberté dans les variations (mélodiques ou ornementales) pour cotoyer les grands de l'archet..

J'ai déjà du vous dire que je n'écoute plus très souvent de musique irlandaise mais jouée comme par ce trio, cela me réconcilie avec ce répertoire : ils ont parfaitement compris que le swing doit primer sur le tempo et jamais celui-ci ne vient empêcher le parfait équilibre entre la durée des notes afin de nous offrir ces suspensions, ces subtilités rythmiques qui font tout l'intérêt de cette musique...

Leur site : http://www.thebritches.fr

Bemol : http://www.bemolvpc.com


Yves Teicher
"Monade"

Voici un album de violon solo mais autant vous prévenir de suite il n'a rien de trad. Si la première plage a des allures plutôt classiques et démontre la parfaite technique de l'instrumentiste, la suite sera bien plus contemporaine, voire expérimentales mais sans sortir toutefois du jeu à l'archet. Yves Teicher est le compositeur de toutes (?1) ces pièces et lorsqu'il emprunte un thème connu, c'est naturellement pour le déformer. Un album qui ne manque pas d'intérêt même s'il est assez ardu et, comme une tablette de chocolat très fort, je vous conseille d'ailleurs de l'écouter plage par plage plutôt qu'en une seule séance.

(1) je n'ai pas la pochette pour vérifier...

Homerecords : http://www.homerecords.be


Osman Martins et Quatuor MP4
"Vontade Saudade"

Osmans Martins (ou Santos-Martins) et un auteur compositeur, guitariste et percussioniste brésilien que nous avons déjà pu entendre sur l'album de Osvaldo Hernandez "Quilombo". Ce dernier lui rend d'ailleurs la politesse en assurant l'accompagnement percussif sur cet album, secondé par Fred Malempré, bien connu en Belgique, sur deux plages et par "Junior Martins"; Le duo d'Osmans et Osvaldo aurait déjà pu s'avérer suffisant pour nous offrir un bel album mais la production de cet album a eu la bonne idée d'y adjoindre un quatuor à cordes, non pas pour des ajouts sirupeux comme on peut parfois le craindre mais pour un accompagnement par touches, par ponctuations, par soulignements, qui font d'ailleurs souvent entendre davantage tel ou tel membre du quatuor que le son d'ensemble de celui-ci. Citons donc Pierre Slinckx, auteur de ces arrangements pour cordes.

Maintenant que le cadre est brossé, reste à parler du principal protagoniste de ce bel album, compositeur de toutes les musiques et auteur de la plupart des textes, brésilien exilé en Belgique et dont la musique recèle à la fois la joie de vivre des rythmes brésiliens, l'inimittable musique de cette langue portugaise prononcée à la brésilienne, mais également cette "vontade saudade", ce sentiment nostalgique qui n'est pas propre au Cap-Vert, probablement renforcé ici par l'éloignement du pays natal et qui donne toute sa profondeur à cette musique. Pas besoin de lunettes 3D pour apprécier cette musique en trois dimensions, une bonne paire d'oreilles et un coeur vous suffiront... La Bossa était déjà "nova" il y a bien des années, elle se renouvelle encore sous la plume et les doigts d'Osman Martins.

Une seule plage est un pur instrumental (presque dommage, elle donne envie de profiter davantage de ces phrasés instrumentaux) et une autre comprte des paroles en français, ce qui nous donne encore une fois l'occasion de constater à quel point les mélodies d'une tradition donnée peuvent être adaptées à leur langue, mais heureusement, l'appui de la belle voix de Maria de Fatima Martins (on reste visiblement en famille) fait fort bien passer ce beau texte optimiste qui vous restera d'ailleurs dans l'oreille.

Homerecords ne nous a pas toujours habitué à des pochettes léchées, alors saluons celle-ci, aux belles photos sépia (1) et je vous conseille d'aller la visualiser la très belle vidéo dans le même esprit sur le site de l'éditeur...

Homerecords : http://www.homerecords.be

(1) on regrettera juste que le report des paroles de la plage 5 ait été oublié et de ne pas avoir de traduction des textes en portugais...

Rappel : comme indiqué ci-dessus, on retrouvera Osman et Osvaldo sur l'album de ce dernier "Quilombo" chez le même éditeur

 


Samson Schmitt, Joachim Iannello et Johan Dupont
"Rire avec Charlie"

Dans le monde de la musique manouche, avoir un nom de famille déjà célèbre c'est souvent bien davantage qu'être un "fils de" bénéficiant de la curiosité du public et de la sympathie des programmateurs et Samson Schmitt, fils du célèbre Dorado Schmitt nous le prouve une fois encore : par sa maîtrise de la guitare, et, davantage que la virtuosité dont il fait preuve sur l'une ou l'autre plage, c'est le traitement de la note qui impressionne le plus. Mais il nous le prouve également en tant que compositeur avec des mélodies qui tombent de suite dans l'oreille, sans pour autant paraître donner dans le cliché ou l'imitation. D'ailleurs si l'album est inspiré par Charlie Chaplin, il se garde également d'imiter directement les musiques de ce dernier.

Un album de musique manouche en plus serez-vous tenté de vous dire si vous n'êtes pas officionados de ce type de musique, mais c'est là que l'on appréciera la touche toujours particulière que sait donner Homerecords à ses productions car ils ont eu l'excellente idée de demander à Samson de se passer des ses accompagnateurs habituels pour s'entourer d'un violon et d'un piano et comme les deux musiciens en question, bien que non spécialistes de cettte musique, ne sont pas nés de la dernière pluie et sont diablement inspirés, le trio fonctionne à merveille, à nous faire croire qu'ils frayent ensemble depuis des années. Le violon a d'ailleurs parfois des accents de violon traditionnel, quant au piano il a la bon goût de ne jamais se montrer envahissant, ce qui ne l'empêche pas d'assurer quelques chorus... Et puis Johan Dupont, le pianiste en question, fait partie de ces gens énervants capable de laisser leur clavier pour emboucher une trompette avec autant de facilité...

Comme pour l'album d'Osmans Martins ci-dessus, une mention pour la pochette (joli travail notamment d'Erno Le Mentholé qui n'est pas que pianiste....). Je ne fais pas partie des nostalgiques du vinyl (je n'ai jamais aimé les craquements...) mais je suis de la génération qui se trouve frustrée par la musique en téléchargement sans support physique et cette très belle pochette, qui hésite entre le sépia et la couleur et au rendu mat très classe ne peut que me renforcer dans ce sentiment... Et ici aussi, je vous conseille d'aller voir la vidéo sur le site de l'éditeur.

Homerecords : http://www.homerecords.be

Rappels :

On retrouve Samson et Joachim dans l'accompagnement de l'album d'Alain Frey juste ci-dessous

Quant au pianiste Johan Dupont, il intervenait sur l'album de Klezmic Circus "Vitamine K"

 


Alain Frey
"Qui c'est qui ?"

Si j'ai souvent à vous parler des productions d'Homerecords, c'est rarement dans le domaine de la chanson francophone, alors une fois n'est pas coutume et avec d'autant plus de plaisir que ce chanteur est pour moi une belle découverte, pleine de bonne humeur à l'image de la photo de couverture.

Imaginez un chanteur quelquepart entre Bobby Lapointe pour l'espièglerie, Ricet Barrier pour certains accents et, surtout, Henri Salvador, sans doute quelques autres également, mais ce petit jeu a ses limites et Alain Frey est avant tout Alain Frey, chanteur au style un peu swing vintage (lorsque l'on pose avec chaussures comme cela...) mais qu'est-ce que cela fait du bien d'entendre une diction comme la sienne qui pourrait vous faire croire que le jazz à des racines francophones...

La réussite de cet album doit d'ailleurs fortement à trois autres personnes :

- le saxophoniste Laurent Meunier qui assure en premier lieu les accompagnements (je suppose qu'ils tournent en formule duo...) et les belles sonorités du sax baryton qu'il utiliser préférentiellement, équilibrent parfaitement le timbre de voix du chanteur. Et on ne s'en lasse pas tout au long de l'album.

- Lena Mariel qui signe la plupart des textes espiègles et toujours parfaitement posés sur les musiques (ces dernières pour l'essentiel de la plume d'Alain Frey.). Qui penserait à entendre "Le temps de pommes" que c'est une femme qui l'a écrite ?...

- la guitare de Samson Schmitt (voir chronique de son album juste ci-dessus) qui fait swinguer six des 14 plages (chorus compris), son complice Joachim Iannello le rejoignant au violon sur deux de ces six plages et étant également présent sur une autre. Quelques autres invités interviennent sur l'une ou l'autre chanson et je ne vous ai pas encore précisé qu'Alain Frey joue lui même guitare, contrebasse et accordéon (sympathique duo avec le sax soprano...)

En ces temps ou l'optimiste n'est pas forcément de mise sur nos médias, voici un chanteur que la sécurité sociale devrait subventionner pour qu'on l'y entende plus souvent... (et pas que sur la RTBF, en France également....)

Homerecords : http://www.homerecords.be

Rappels :

Samson Schmitt, Joachim Iannello sur "Rire avec Charlie"

 


Marco Foxo
"Ganador Solistas 2009"
"Musicas do Gaiteros de Ventosela - Xan Miguez Gonzalez (1847-1912)"

Voici deux albums pas vraiment récents (2009 et 2012), mais il me semble que Marco Foxo n'en a pas réalisé d'autre sous nom depuis lors. Marco Foxo est un gaitero qui a toujours baigné dans la musique de gaita puisque son père n'est autre que Xose Lois Foxo, fondateur de l'Escola Provincial de Gaita de Orense et de sa Real Banda et dès sa prime enfance, il eu les oreilles bercées par gaitas et percussions et il voyageait déjà avec ses parents et la Banda. Je ne doute pas que son père ait été encore plus exigeant avec cet élève particulier qu'avec les autres et cela porta ses fruits puisque Marco est aujourd'hui le "penn-gaitero" (1) de la Real Banda.

Voici donc deux albums dont il est le soliste, accompagné toutefois, dans le second album dans la formation traditionnelle gaita-clarinette-tambour-grosse caisse, une formation créée par Xan Miguel Gonzalez, connu sous le nom de Gaitero de Ventosela (du nom de son village proche d'Ourense) et auquel cet album rend hommage. Si ce gaitero mythique de la finXIXème début XXème, vainqueur de nombre de concours, fut également compositeur, parmi les titres interprétés ici, seuls quelques-uns lui sont attribués, mais les autres ont été interprétés par ce musicien et notamment au sein de son ensemble Os Trinta de Trives. Marco Foxo fait preuve sur cet enregistrement d'une technique irréprochable, de même que ses complices, mais l'interprétation reste assez didactique et manque un peu de vie, d'autant que les percussions sont mixées légèrement en retrait. C'est donc un album qui ravira surtout les gaiteros (et surtout les ensembles de ce type) en recherche de répertoire, d'arrangements et d'interprétations de référence.

L'album de 2009, antérieur donc à celui dont je viens de vous parler, échappe en grande partie à ce défaut (tout en ayant déjà le même haut niveau technique) et s'avère beaucoup plus vivant, même si cela demeure un album de studio et si la formation dispensée à l'école de gaita d'Ourense semble instiller à ses élèves une rigueur pas forcément favorable à un jeu qui se lâche facilement. On y retrouve Marco accompagné par les trois mêmes musiciens (X.L. Tielas à la clarinette, J. Ferreira à la caisse claire et I Alonso à la grosse caisse) mais également par d'autres musiciens et chanteurs parmi lesquels je n'omettrai pas de citer Oscar Ibanez à la gaita et, surtout la chanteuse Maria do Ceu dont le type de voix et le style de chant n'existent qu'en Espagne... Les titres alternent des compositions de Marco et des traditionnels ou compositions anciennes parmi lesquelles se remarquent immédiatement celles de Ricardo Courtier (début XXème), mis à l'honneur sur trois plages.

Un DVD complète le CD, compilation de quelques petits extraits témoignant de moments marquants du parcours de Marco, mais il faut plutôt le considérer comme une illustration supplémentaire du beau livret que comme un réel DVD musical : le présent album demeure avant tout un CD.

 

(1) vous voudrez bien m'excuser ce barbarisme galego-breton... ;-)

"Musicas do Gaitero de Ventosela" Edité par Sons Galiza Musica

"Ganador Solistas 2009" Edité par la Real Banda de Gaitas da Deputacion de Orense

Tous deux disponibles sur http://www.realbanda.es

Rappels :

Real banda d'Orense : voir à partir de

dont en particulier avec Maria do Ceo "Concerto de Nadal" (CD + DVD)

Marco a, me semble-t-il, également enregistré sur un CD un certain nombre de mélodies de la méthode de gaita de son père (mais CD non inclu dans la méthode), méthode dont une édition française devrait bientôt voir le jour.

(désolé je n'ai pas la pochette du CD en question)

Oscar Ibanez : voir l'album "Alen do mar" :

 


Avril 2017

Merline
"Comme une plume"

Voici deux musiciens professionnels encore jeunes et qui mènent bien leur chemin à force de travail tant pour leur formation que pour monter divers ensembles dans des registres différents, une diversification qui devient aujourd'hui de plus en plus indispensable à nos musiciens pour pouvoir décrocher un nombre suffisant de prestations. Prenons l'exemple de Jenny qui, après avoir débuté violoniste dans un groupe folk comme il y en a tant, est partie se former au nickelharpa un an en Suède et qui achève maintenant son DEM au CNR à Limoges (1). Si vous consultez son site internet, vous constaterez qu'elle joue en solo, dans plusieurs duos dont le Duo Värsagod dont je vous ai déjà entretenu, dans un quatuor et dans d'autres formations. Et si elle passe ainsi des polskas suédoises aux bourrées limousines ce n'est certainement pas en dilettante mais en ayant creusé et approfondi chacune de ces traditions. Il en est de même pour Jérôme Salomon, percussioniste attiré comme tant d'autres par les percussions du Moyen-orient et qui a suffisamment approfondi sa pratique pour se produire notamment avec Isabelle Courroy (duo Izzé) ou avec le joueur de setar iranien Hooshang Farahani.

Tout cela n'est naturellement possible, et j'aurai du commencer par là, que parce qu'il s'agit à la base de musiciens doués et en particuliers dotés d'un jeu tout en sensibilité que mettent notamment en évidence les morceaux les plus lents de cet album consacré au répertoire traditionnel suédois (ou proche) ainsi qu'à celui de la musique ancienne, avec tout de même une plage syrienne et une composition de Jenny (1). Si quelques morceaux ne sont pas inconnus, ce répertoire comporte de belles perles que le duo sait parfaitement mettre en valeur, s'appuyant également sur la voix de Katerina Karagianni pour une chanson du XIIIème. Il n'y a rien d'étonnant à ce que celle-ci s'intègre parfaitement au duo, puisque les trois tournent également sous cette formation sous le nom de "Trio Artemisia"... Et si ce sont les mélodies lentes qui ont eu ma préférence sur cet album, Merline sait également, lorsqu'il le faut, donner de l'énergie à une polska.

S'il est de coutume de différencier les albums studio des albums enregistrés sur scène, celui-ci se situe entre les deux puisque réalisé sur la scène du Centre Culturel A. Malraux de Vandoeuvre (voir la belle photo au centre du livret), mais sans spectateurs. Le résultats met parfaitement en valeur les différents instruments.

J'ai commencé en évoquant les conditions actuelles du métier de musicien. Les contraintes financières favorisent naturellement les formations en duo de ce type comme en témoignent les différents CDs chroniqués ci-dessous. Mais, laissant de côté ces aspects conjoncturels, sur le plan artistique cet album prouve, comme ceux ci-dessous, que la charge émotionnelle ne doit rien au nombre d'instrumentistes et qu'un duo bien équilibré n'a souvent rien à envier à une formation plus imposante.

Autoproduction : http://www.merline.fr

(1) elle vient de m'apprendre qu'elle achève un mémoire sur le violoncelle en musique traditionnelle, un sujet qui me tient à coeur. Elle utilise d'ailleurs l'instrument, très discrètement, sur deux plage du présent album.

(2) pour le répertoire auvergnat ou limousin il faudra attendre un prochain enregistrement...

Rappels :

Duo Varsagod "Battements d'air"

 

Duo Bauweraerts Van Hees
"Fly in"

En dehors de ses enregistrements de musique baroque à la musette, ce n'est pas si fréquemment que Jean-Pierre Van Hees nous offre un enregistrement aussi c'est avec un grand plaisir que nous voyons paraître cet album en duo avec l'accordéoniste flamande Hilke Bauweraerts et ce d'autant plus que la prestation que j'avais pu entendre de ce duo en 2015 à Balingen (photos ici et ici ) m'avait donné l'eau à la bouche.

Ce qui saute tout d'abord à l'oreille dans les premières secondes, ce sont les basses à la sonorité unique du "diato" de Jean-Pierre Gaillard (1). Puis l'auditeur s'attache au jeu de Hilke qui précède l'entrée sur scène de Jean-Pierre. Si le répertoire est traditionnel ou composé dans le même esprit par nos deux comparses, Jean-Pierre utilise aussi bien la cornemuse dite flamande que la musette qui, comme l'ont encore récemment démontré Brigit Bornauw et Benjamin Macke, se marie très bien avec le son du diato malgré l'anachronisme.

Le jeu de Jean-Pierre est très clair et précis, technique sans surcharge, n'hésitant pas à faire usage de quelques ornements d'outre-Manche lorsque le contexte le permet. Deux des plages au style un peu latin nous ramènent d'ailleurs bien des années en arrière à l'époque d'un fameux calypso tropical qu'il interprétait au sein du groupe Rum... Le jeu de Hilke ne lui cède pas grand chose en technicité et efficacité, notamment dans les nombreuses parties où elle assure très efficacement l'accompagnement, mais également sur de beaux unissons. Quelques passages plus solistes nous permette de constater que son jeu sait également être sensible.

Tous deux donnent de la voix et cela fort bien, Hilke en français sur deux plages, avec un accent tout à fait charmant de même que Jean-Pierre, en wallon de son côté, sur un cramignon liégeois.

Une mention spéciale pour les très belles pochette et livret : un artiste photographe et infographiste qu'il serait injuste de ne pas citer mais qui se cache derrière le nom de sa société : Kameleon Klips

Bemol production : http://www.bemolvpc.com

(1) parfaitement rendues par la belle prise de son de J. Lanfranchi.

Rappel : Jean-Pierre Van Hees, voir à partir de son ouvrage de référence :"Cornemuses - Un infini sonore"

 Voir également ma page de discographie de la musette baroque


Mars 2017

Green Moon
"Tyto Alba"

A l'écoute des premières minutes de l'album on s'étonne presque d'entendre des sonorités trad. irlandaises sur une production de chez Homerecords, ce label liégeois qui, comme je vous le fais comprendre bien souvent, par son goût pour les musiques acoustiques n'est jamais loin de l'esprit des musiques traditionnelles, mais rarement vraiment dedans tout de même. Et de fait, la suite nous offrira des passages davantage jazz acoustique, mélodique, avec de belles parties de trompette et même une de guitare électrique (sans distorsion, naturellement, façon jazz). Et puis un petit quelquechose laisse entrevoir que ces mélodies au gout irish ne sont pas traditionnelles, ce que la pochette nous confirme bien vite et qui n'est pas pour me déplaire car elles ne manquent pas d'inspiration et collent bien avec l'esprit du trio.

Commençons donc d'abord par ces plages qui sonnent irlandais : non pas irlandais comme on l'entend trop souvent de nos jours, avalant du reel au km à une vitesse qui ne laisse plus le temps de regarder par la fenêtre, non, ici un violon un peu fantasque, autour duquel tourne une guitare espiègle, tous deux bientôt rejoints par une mandoline qui vient discrètement doubler le violon, trottent tranquillement sur un chemin de terre, comme des enfants en vadrouille, tantôt sautillant puis ralentissant sans prévenir pour observer un papillon ou une fleur puis repartant de plus belle. Difficile parfois de démêler qui fait quoi entre le violon de Lorcan Fahy, la guitare de Teo Crommen (qui doit être de la famille de l'harmoniciste Thierry Crommen puisque ce dernier est présent en invité sur une belle plage) et la contrebasse de Lucas Deru (une famille bien connue également...) car les deux premiers manient également la mandoline et à toutes ces cordes se rajoute parfois le violoncelle de Thomas Engelen.

Je vous ai déjà cité la trompette d'Antoine Davans, à la belle sonorité intimiste (un peu dans le style de celle de Camille Passeri au sein du Sextet à claques), ne reste plus qu'à nommer le dernier invité : Antoine Rotthier à la batterie.

Les parties façon trad. alternent bien avec les passages plus jazzy dans un bel équilibre qui relance sans cesse l'attention. Les musiciens se mettent mutuellement en valeur (1) et ne s'étouffent jamais les uns les autres... De la belle ouvrage...

(1) servis par une belle prise de son...

Homerecords : http://www.homerecords.be

Rappel : leur album précédent sur le même label : "Allo la Terre"


Fred Miossec et Jean-Sébastien Hellard
"Cats and Dogs"

Voici quelques mois que j'ai reçu cet album, je l'ai écouté plusieurs fois depuis mais je n'arrivais pas à trouver l'angle sous lequel l'aborder pour le comprendre et l'apprécier. Entre temps j'ai bien vu qu'il avait reçu les Bravos de Trad. magazine, ce qui m'a confirmé qu'il n'était pas à négliger et j'ai donc considéré qu'il valait mieux laisser le temps faire un peu son oeuvre.

C'est en le réécoutant la semaine dernière après avoir chroniqué celui de Jean-Michel Veillon et Yvon Riou que j'ai réalisé que je faisais l'erreur de l'aborder avec l'image préconçue que l'on peut avoir d'un clarinettiste breton et d'un accordéoniste swing, voire Europe de l'est échangeant leurs répertoires et donc en m'attendant à une musique pêchue du style de celle qui vous enflamme une salle de bistrot. Peut-être en sont-ils capables d'ailleurs, dans un autre contexte, mais ce n'est pas l'optique qu'ils ont choisie ici avec une démarche bien plus concert, un enregistrement davantage studio qui met en avant la rondeur et même la similitude de sonorité des deux instruments. Un album au travers duquel se perçoit non seulement l'écoute réciproque des eux musiciens, mais également une volonté de fondre les deux sonorités. N'oublions pas que même le swing manouche peut avoir un caractère presque intime parfois. Un album qu'il vaut donc mieux prendre le temps d'écouter bien au calme... pour mieux se laisser emporter.

Une carte d'Europe situant les morceaux (belle idée, est-ce elle qui a inspiré le même type de carte sur le récent album de Lisa Wolf ?) nous montre d'ailleurs qu'il ne s'agit pas d'une simple juxtaposition de deux répertoires régionaux mais que les 14 plages nous conduisent dans un voyage bien plus conséquent tant en latitude qu'en longitude... Quelques standards y voisinent avec des trads moins connus et deux compositions seulement de Fred. Miossec.

Bemol production : http://www.bemolvpc.com


Jean-Michel Veillon et Yvon Riou
"Deus an Aod d'ar Menez"

Si vous saturez des groupes de fest-noz avec bombarde en avant, diato, basse-batterie et leurs acolytes, voici un album pour vous réconcilier avec la musique bretonne dans sa pratique actuelle (ou du moins une des multiples formes de celle-ci).

Voici donc un de ces beaux albums de musiciens qui n'ont plus rien à prouver et qui s'attachent donc uniquement à chercher l'essentiel, l'essence de la musique, à générer l'émotion. Michel Veillon fait visiblement partie de ceux-ci désormais, n'ayant plus non plus à démontrer une quelconque légitimité à l'utilisation de la flûte traversière en bois sur ce type de répertoire.

Il a trouvé en la personne du guitaristeYvon Riou le complice idéal d'une telle démarche. Ce dernier, en effet, réussit le paradoxe d'être tout à fait efficace tout en occupant le mimimum d'espace sonore, voire même en répétant un simple accord ou une suite de quelques accords en ostinato. Même sur ses quelques passages seul, il opte pour cette sobriétéde bon aloi. A l'écoute du duo sur CD, grace à une très belle prise de son, l'auditeur finit par ne plus entendre que le souffle dans la flûte et les cinq doigts de la main droite du guitariste et à imaginer un musicien unique réduit à une tête et une main...

Le répertoire est quasi exclusivement breton (trad et compos), mêlant airs et danses, ces dernières ne respectant pas forcément l'ordre intangible des suites et c'est tant mieux car cette liberté prise avec la tradition profite bien à l'agencement des mélodies, des ambiances, ce qui n'empêche nullement quelques passages bien enlevés. Sur ces derniers, force est de constater à nouveau qu'en soulignant simplement le temps qu'il faut, la guitare peut donner une vraie force rythmique à la mélodie, celle-ci étant naturellement déjà bien envoyée par une flûte qui swingue bien.

Remarquons également quelques belles sonorités de flûte grave, quelques très discrets usages du multipistes, mais retenons surtout au final, un album qui nous ramène au sens profond de ces mélodies, de ces rythmes et à l'essence même du souffle.

Bemol production : http://www.bemolvpc.com

Rappels : je ne me lancerai pas dans une discographie exhaustive de ces deux musiciens mais rappelons qu'Yvon intervenait déjà sur l'album de Jean-Michel "E Koad Nizan" en 1993 avant que le duo n'enregistre "Pont Gwenn ha Pont Stang " en 1995 et "Beo !" en 2000 et que l'un et l'autre ont pratiqué ce type du duo avec d'autres complices, Jean-Michel Veillon avec Jamie Mc Menemy, (pas d'album hormis ceux de Kornog) et Yvon Riou avec Jean-Luc Thomas ("Arri eo ar momant" en 2009)


 

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