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.Jean-Luc Matte
Infos mumuses

Présentations CD et DVD 5

Voici quelques CD dont j'ai continué à signaler la parution après la fin de mes infosmumuses en juin 2009, généralement parce qu'ils m'avaient été envoyés à cet effet...

Sommaire de toutes les chroniques, chroniques à venir


Septembre 2015

Aurélien Tanghe
"La Guitare"

 

Peut-on enregistrer un album solo tout en restant dans une démarche modeste ? De ce qu'il ressort à l'écoute de cet album, il semble bien que oui et si je ne connais pas personnellement Aurélien Tanghe et ignore tout de son caractère, bien des choses dans cet album me convainquent que ce guitariste bien connu dans le Nord et au delà, n'a pas pris la grosse tête. Commençons par les morceaux solo, légèrement majoritaires au sein de l'album, où il déroule des mélodies sans recherche de virtuosité apparente, mais avec le souci de la sonorité. Cela aurait pu le faire tomber dans le piège de l'exécution trop appliquée (surtout en studio), mais il a également le souci de la cadence et de l'expression et tout cela fonctionne parfaitement.

Mais en sus de ces solo, il nous offre cinq plages avec un invité différent à chaque fois, se plaçant alors le plus souvent dans le rôle de l'accompagnateur et, là ou certains auraient cherché à occuper le terrain pour justifier le titre de l'album, à assurer notamment toute la rythmique, il laisse au contraire le soin aux mélodistes de prendre également en charge le rythme (ce que des invités comme Clémence Cognet , Gabriel Lenoir aux violons, ou Anna Roussel à la traversière savent très bien faire) et il oeuvre plutôt en coloriste, apportant juste quelques touches harmoniques, soulignant un contretemps...

Cela n'a finalement rien d'étonnant de la part d'un musicien que l'on connait également comme preneur de son (sur la plupart des albums de chez Bémol), un métier qui, pour être bien réalisé, demande d'abord d'être à l'écoute des musiciens. Naturellement (ou pas....), c'est lui qui a assuré la prise de son de cet album.

Parmi les invités, je n'ai pas cité Benjamin Macke qui a délaissé son diato pour une caisse claire et une paire de balais pour la très belle interprétation d'un standard musette de Gus Viseur avec une petite touche jazz manouche. Une plage qui suit d'ailleurs la reprise d'une des compositons au violoncelle.

Seul petit reproche, si la pochette ne donne que les titres des morceaux et la mention "trad." sans plus d'explications. Même si la lecture de certains titres, entre autres, dénote assurément une origine scandinave, on aimerait un peu plus de précision. Et tout le monde n'est pas censé savoir qu'Alfred Mouret et Léon Peyrat sont étaient deux violonneux corréziens. De même j'ai du consulter internet pour découvrir que Louise Wanselius qui signe deux des compositions est une chanteuse et instrumentiste suédoise qui mérite d'être connue...(Pour Christophe Declercq et Bruno Le Tron je n'ai pas eu besoin de chercher....).

Après Gabriel Lenoir et Benjamin Macke, le troisième comparse de Shillelagh signe son album dans cette belle collection "Un instrument, un artiste", n'allez pas croire que cet album n'est là que pour compléter la série....

 

Bemol production, Collection "Un intrument, un artiste", http://www.bemolvpc.com

Rappels :

Voir à partir de la chronique de Shillelagh "Danse sur l'eau"
CD Shillelagh


La Loure
"Chansons et traditions orales du Cotentin"

Un collecteur bien connu et encore très actif, me confiait que lorsqu'il débarqua dans le milieu au cours des années 70, au Bourdon à Paris, il se vit présenter le collectage comme un phénomène quasi achevé : il n'y avait quasiment plus rien à trouver et mieux valait désormais exploiter ce qui avait été fait alors qu'il en était encore temps. Ceci est bien surprenant à entendre presque un demi siècle plus tard, lorsque l'on sait tout ce qui a été collecté depuis lors et l'on ne peut que se féliciter que de nombreux musiciens n'aient pas tenu compte de ces propos et soient allé prospecter sur le terrain.

Naturellement certaines régions étaient connues comme hébergeant encore des " informateurs " et furent prospectées en priorité (Bretagne, Auvergne, Gascogne…). D'autres ne bénéficiaient pas d'une telle réputation et firent l'objet de bien moins d'enquêtes, sans être toutefois totalement négligées comme ce fut le cas pour une troisième catégorie ou rien en fut fait ou presque. La Normandie qui nous intéresse ici se classe dans le seconde catégorie : dans le Cotentin par exemple, objet du présent CD, quelques collectes furent réalisées dans les années 50 à 70 (ATP, Musée de Normandie, quelques groupes folkloriques, C. Perrier, M. Colleu....) mais elle restèrent assez isolées et cessèrent jusqu'aux années 90 et il fallu attendre le XXIème siècle et la création de l'association La Loure pour que le mouvement s'intensifie enfin et qu'il soit rendu justice à ce patrimoine.

40 ans après les années 1970 évoquées en introduction, la présente publication (comme les précédentes), composée essentiellement d'enregistrements de 2014-2015 (1) démontre qu'il demeure encore des collectages à réaliser auprès de personnes maintenant âgées autour de 80 ans et qui n'avaient donc, qu'une quarantaine d'années en 1970. Et de bien belles choses à retrouver comme le justifie à elle seule la première plage du CD (qui n'en comporte pas moins de 36), ou encore cette version aussi belle qu'originale de la fameuse chanson du ramoneur, suivie d'une autre chanson que je ne connaissais pas (et pour cause : non référencée par Laforte et Coirault…), sur le même thème traité différemment. Naturellement, en avançant d'une génération au moins, même si le répertoire a continué à se transmettre dans le cercle familial, les influences musicales externes ont évolué et les interprétations sont naturellement plus tempérées ce qui leur fait perdre une partie de leur intérêt historico-musical, mais facilitera l'écoute aux oreilles non familiarisées avec ces gammes plus naturelles. On ne peut donc que féliciter ceux qui, depuis plus de quarante ans, sans se fier aux mauvais augures, continuent de récolter et de nous faire profiter de toutes ces petites perles léguées par la tradition. Et lorsque, comme ici, la présentation en un véritable petit livre, nous offre maints détails sur chaque chanson (présentation de l'interprète, date de collecte, rappel sur d'autres versions collectées, partition, paroles, références aux catalogues Laforte et Coirault) que demander de plus ?....

La Loure : http://www.laloure.org

(1) un seul des années 70, quatre ou cinq du début des années 2000

Rappel : voir à partir de la présentation des 4 CDs précédents de cette collection


Arnito
"Musiques de mon monde - vol.2"

 13ème album de ce guitariste savoyard, mais apparemment uniquement disponible en téléchargement, ce qui fait qu'exceptionnellement, j'accepte de chroniquer un CD reçu virtuellement uniquement…(1) Je vous avais chroniqué le précédent, plutôt flamenco, mais si celui-ci est un volume 2, c'est visiblement la suite d'un opus encore antérieur et, comme l'indique le titre, il est bien plus varé puisqu'Arnito fréquente visiblement beaucoup de mondes… Mais si les différentes plages offrent des couleurs allant de la musique indienne au flamenco en passant par le blues ou la bossa, il ne s'agit nullement d'imiter chacun de ces styles, mais plutôt d'en emprunter des ambiances et quelques sonorités pour inspirer des compoositions personnelles. Pour ce faire il utilise un large catalogue de guitares : acoustiques à cordes métalliques, voire nylon, électroacoustique ou carrément électrique (au son non distordu toutefois) et même un violoncelle mais que je n'ai réussi à retrouver qu'à la seconde écoute (non joué à l'archet). Si à l'issue d'une première écoute en aveugle on vous pose la question des autres instruments entendus sur cet album, il est probable que vous aurez repéré les percussions, même si jamais envahissantes), du xylophone sur deux plages et un ou deux autres instruments en fonction de vos affinités, mais vous serez sans doute étonné de lire sur la pochette que pas moins de 15 invités interviennent, généralement sur une seule plage et, donc, de façon souvent discrète mais efficace. Un mot enfin sur le style de jeu d'Arnito, servi par une très bonne prise de son qui met bien en valeur ses attaques de cordes : un jeu qui du corps, qui fait ressentir le contact des cordes et, s'il nous évite les scrouitchs de la main gauche sur les cordes filées, il ne cherche pas la pureté du son mais bientôt plutôt la force du jeu, sans tomber toutefois dans l'excès.

Autoproduction disponible sur toutes les principales plateformes de téléchargement (Amazon, I-Tune, Deezer, etc…). Contact : http://www.arnito.net

Rappel : Voir à partir de la chronique de l'album précédent : "IR" (2014)

(1) pour des raisons essentiellement pratiques puisque lorsque je reçois un CD en mp3 je finis par me le graver pour pouvoir l'écouter, voire à imprimer le livret…


Août 2015

Michel Esbelin et Claude Quintard
"La Bourrée à Régis"

La Perdrix Rouge
"Vendanges tardives"

Philippe Prieur
"Joueur de musette"

Emilie Dulieux
"La noce du papillon"

 

Je suis souvent tenté de faire des chroniques simultanées de deux albums, mais j’évite généralement de le faire car c’est ensuite moins pratique à réutiliser pour les groupes et éditeurs. Je vais faire une grosse exception ici en chroniquant d’un coup quatre albums, soit la production estivale d’AEPEM.

Inutile de préciser que le but n’est surtout pas d’établir un classement et que si je me permets de procéder ainsi c’est, au contraire, parce que ces quatre enregistrements jouent dans la même catégorie, y compris celui d’Emilie Dulieux présenté dans la collection « Roulez Jeunesse »mais qui bénéficie, tout de même, de l’appui du vieux routier qu’est Robert Amyot.

Question expérience, d’ailleurs il y a de quoi faire au sein des différents albums : après Didier Pauvert, Daniel Denécheau, Hervé Capel, Tiennet Simonnin et Ludovic Rio (1), Michel Esbelin offre à sa cabrette l’accompagnement de l’accordéon chromatique de Claude Quintard, un musicien assez peu connu dans notre milieu mais sans aucun doute bien davantage dans le milieu auvergnat où, issue d'une famille de musiciens, il joue depuis son enfance. Son style de jeu dénote cette origine et le duo assure une belle cadence. C’est d'ailleurs incontestablement celui des quatre CD qui souffre le moins de l’effet studio et qui vous mettra le plus les fourmis dans les jambes. Est-il encore nécessaire de présenter le style de cabrette de Michel Esbelin ? Toujours en finesse, l’ornementation ne nuisant jamais à la lisibilité de la mélodie, distillant les picotages strictement au besoin et faisant généralement suivre un passage piqué de son homologue plus lié. Un jeu sans esbroufe mais très stylé.

On retrouve d’ailleurs cette économie de moyen chez Fabrice Lenormand aux 20 et 23 pouces au sein de La Perdrix Rouge, mais comme dans ce trio il assure davantage l’accompagnement de la 16 pouces de Philippe Beauger, ceci est moins flagrant que dans ses solos de « Mélodie en sous-sol ».

Si on imagine bien Michel Esbelin et Fabrice Lenormand analysant les ornements des anciens et affinant inlassablement leur jeu dans cet esprit, on a plus de mal à imaginer Philippe Prieur oeuvrant de même et pourtant, à l’écoute le résultat est du même tonneau : des ornements placés sobrement mais toujours à bon escient et toujours au service de la mélodie et de la cadence. Un style qui ne cherche pas à en mettre plein la vue mais qui vise à rendre justice, à valoriser les mélodies jouées, davantage que leur interprète (et comme l'interprète en est également l'auteur cela reste dans la famille !...).

Emilie Dulieux n’en est pas encore à ce stade, mais son jeu est tout à fait propre et bien équilibré. Je l’avais découverte lors du concert de présentation du CD « Mélodie en sous-sol » au Son Continu 2014, visiblement stressée de jouer à l’égale de toutes ces fines lames. Elle est naturellement plus à l’aise ici et, si elle n’a pas le bagage technique et l’aisance des musiciens cités ci-dessus (2), son jeu est tout à fait honorable et elle compense en nous offrant le CD certainement le plus varié des quatre, avec cornemuse en solo, duo voire quartet, violon, parties chantées, nickelharpa, clarinette etc.

Pour en finir avec les gonfleurs de poches, je n’ai pas encore vraiment évoqué Philippe Beauger qui reste pour moi, la bonne surprise de ces enregistrements : un musicien connu de longue date et d’un abord très sympathique mais que je n’avais finalement jamais vraiment eu l’occasion d’écouter jouer autrement qu’en bœuf. L’album de La Perdrix Rouge lui donne l’occasion d’assurer le premier rôle, vielle et grandes cornemuses étant naturellement plus prédisposées aux fonctions d’accompagnement, et il s’avère tout à fait à la hauteur du challenge avec un jeu très propre et expressif. Notons que l’album offre, en dehors des morceaux principalement en trio, pas mal de duos de cornemuses avec passages solo. Je regrette d’ailleurs que Guillaume Bouteloup à la vielle n’intervienne, de son côté, quasiment jamais en solo, son rôle consistant le plus souvent à entrer en troisième dans la danse pour faire monter la sauce tant sur le plan sonore que rythmique.

Si l’on excepte les passage de la 23 à la 20 pouces, le trio utilise une instrumentation des plus stables. Il en va naturellement de même du duo cabrette-accordéon de Michel Esbelin et Claude Quintard, l'usage de plusieurs pieds de cabrette permettant toutefois des changements de tonalité bienvenus pour éviter une certaine monotonie.

J’ai déjà cité la plus grande diversité de l’album d’Emilie Dulieux, reste à évoquer les accompagnateurs de Philippe Prieur car, si la pochette ne mentionne que son nom, il s’agit bien de l’album d’un ensemble (et non pas d’un soliste avec des invités intervenant au hasard des plages) : Philippe Prieur à la grande cornemuse naturellement (20 et 24 pouces), Frédéric Paris qui apporte aux arrangements sa couleur si personnelle, le plus souvent au cistre, parfois à la petite cornemuse (12 pouces), voire à la 20 pouces. Le mixage met ces deux musiciens un peu en avant (surtout si vous écoutez l’album dans des conditions non optimales) et c’est un peu dommage car le concert apéritif donné à Ars à permis à ceux qui ont eu la chance d’y assister, d’apprécier les prestations de Catherine Grimault au violon, de Bertrand Riffault à la basse électrique et, surtout de Jean Gaucher au violoncelle (souvenez vous du violoncelle des Escoliers de St-Genest ou du superbe « Où t'en va tu ? » au sein de la Mère Gaspard en 1992). J’ai regretté de ne pas retrouver tout ce détail sonore sur l’enregistrement avec, par exemple, ces passages ou la basse double parfaitement le violoncelle. Mais visiblement, le groupe a choisi de mettre le jeu de Philippe Prieur en avant… (on attend le live en public avec un mixage rendant davantage le son de groupe et qui ferait un beau complément au présent enregistrement mettant en avant le soliste...)

Côté répertoire, Jean Michel Péru qui veille au grain d’habitude afin de conserver la ligne éditoriale de la collection de l’AEPEM, a du lâcher un peu de mou et les compositions sont bien plus nombreuses sur les différents albums, le plus traditionnel étant finalement celui d’Emilie. Mais naturellement les compositions sont bien dans l’esprit même si, de ci de là, un chromatisme laisse deviner une origine plus récente. Et sur le CD auvergnat, on relèvera l’usage de la catégorie « standards auvergnats » désignant des mélodies du milieu du XXème siècle, plus vraiment des traditionnels, aux compositeurs connus et souvent déposés auprès de la SACEM mais incontournables au répertoire d’un cabrettaire et qui plus est d'un accordéoniste auvergnat.

Naturellement tout cela est détaillé dans les livrets, toujours bien présentés sur fond d’assiette ancienne de Nevers (3) pour Philippe Prieur et avec tout de même de ma part une petite préférence pour l’originalité de la photo de cabrette-accordéon sur celui de Michel Esbelin (photo-montage de F Wojcik, il n’est pas inutile de le citer...) et les photos un peu plus anciennes à l'intérieur

 

(1) Et j'en oublie sans doute

(2) En écoutant en détail on relèvera des détachés répétés à l’identique un peu rigides ou des variations également bissées ce qui leur enlève leur spontanéïté apparente.

(3) Si je ne m'abuse car rien n'est précisé sur le livret à ce sujet...

Tous quatre chez AEPEM http://www.aepem.com

Rappels (partiels) :

Philippe Prieur, Frédéric Paris, Emilie Dulieux, Robert Amyot et Fabrice Lenormand : Mélodies en Sous-sol

Philippe Prieur "Crue d'amour" K7 des Musiciens Routiniers de 1985 rééditée en CD par l'AMTA en 2001

Fabrice Lenormand : coauteur du livre Paris-Cabrette

Fabrice et Philippe Beauger ont participé à quelques CD collectifs des Brayauds, La Perdrix Rouge interprétait d'ailleurs déjà deux plages sur le CD Les Brayauds "Bourrées du Massif Central volume 2"


Michel Esbelin : voir à partir de " La valse des ombres - La cabrette, cornemuse d'Auvergne"
CD Michel Esbelin cabrette


Juin 2015

Boréale
"Ebène"

A l'écoute de cet album, je me rends compte à quel point Boris Trouplin fait désormais partie des fines lames (de roseau...) de notre petite monde des cornemuses hexagonales. Jacques Lanfranchi ne s'y était pas trompé en l'invitant l'an passé sur son album collectif et je dois même avouer qu'il fait partie des premiers dont j'ai vérifié la présence, persuadé qu'il méritait d'y être même si ce n'était pas aussi évident que pour certains noms incontournables de longue date. Boris fait en effet partie de cette génération intermédiaire entre celle des pionniers des années 70 et celle des "petits jeunes" actuels qui semblent nés avec un hautbois entre les mains et pour lesquels la technique ne semble jamais un problème. A le suivre depuis des années au travers de ses enregistrements, j'ai pu mesurer les progrès constants de son jeu, ce qui laisse augurer d'un sérieux acharnement pour atteindre ce niveau technique aujourd'hui à l'égal de ces fameux "petits jeunes". C'est d'ailleurs le seul danger qui le guette : à l'instar de ces derniers, dépourvu d'ancrage dans une tradition particulière et n'ayant bénéficié comme les pionniers-collecteursde l'aura de quelques anciens détenteurs de la tradition, il lui arrive de se perdre un peu dans la virtuosité et de bâtir certaines mélodies sur des coups de doigts davantage que sur des mélodies. Mais ceci n'est heureusement pas souvent le cas et épaulé par ses deux comparses, il nous signe ici un album à danser qui swingue diablement. Il faut d'ailleurs que je vous touche un mot de ces deux autres membres du trio. Remy Tatard officie aux cordes (cistre et cetera) doublant souvent la mélodie un peu arrière ce qui produit un agréable effet de rappel, notamment lorsque la cornemuse s'éloigne un peu du thème. Il est un peu moins discret lorsqu'il enfile les bretelles de son accordéon chromatique sur lequel il se lâche davantage. Nouveau dans le trio, par rapport au dernier album tout du moins, Léo Danais joue également sur deux tableaux : tantôt à la basse (dans un style qui rappelle parfois la contrebasse...) et tantôt aux percussions. A propos de changement d'instruments, inutile de préciser que Boris passe de la 16 pouces à la veuze et qu'il ne manque pas, comme à l'accoutumée, de nous offrir une plage au steel-drum.

Bon je vous laisse car je vais maintenant me consacrer à l'écoute du second album que Boris vient de sortir, en duo cette fois...

Autoproduction : risboem suivi de @hotmail.com

Rappels : voir à partir de leur premier CD : Mousson


La Cuivraille
"Tous ensemble"

Voilà un nom de groupe qui pourrait laisser penser à une Nème fanfare balkanique et bien non : cet ensemble nous vient du Nord, sous la houlette du violoniste bien connu Gabriel Lenoir. Et si je commence par citer celui-ci ce n'est pas seulement parce qu'il est le plus connu dans notre petit milieu, mais, surtout, parce que l'ensemble tourne autour de son violon qui assure bien souvent la première voix, servi en cela par un mixage un peu en avant. Dans ce cas les cuivres (trompette, trombonne et saxo), épaulés par une basse et un percussioniste, se calent parfaitement sur le jeu du violon, les ornements en moins. Et puis de temps à autre, l'archet se relève et les cuivres en profite pour jouer dans des couleurs qui leur sont plus habituelles. Et puis, agréable surprise, l'album comporte quelques chansons. Le répertoire est majoritairement composé, empruntant au style de diverses traditions et avec une bonne part de musiques à danser. S'ils ne se cantonnent pas à cela, ils doivent tout de même bien dépôter en bal...

PS : Signalons la présence de Benjamin Macke et son accordéon sur une suite de bourrées et précisons que cet ensemble a vu le jour en 2014 suite à une carte blanche de la Nuit trad actuelle de Troyes

Bémol production http://www.bemolvpc.com

Rappels : Gabriel Lenoir, voir à partir de Gabriel Lenoir
"Le violon - collection musique traditionnelle Un instrument, un artiste"

 


Ex Silentio
"Mneme"

Carpe Diem Records est un éditeur allemand qui fait plutôt dans la musique "classique" et "ancienne" et qui pense à me faire part de ses productions lorsque celles-ci peuvent avoir un lien avec les musiques traditionnelles. C'est le cas pour cet album de musique à priori ancienne avec en ouverture deux mélodies tirées des Cantigas de Santa Maria puis par la suite d'autres extraites de divers Codex). Mais à ces 6 perles d'époque, viennent se mêler quatre traditionnels, arabe, sépharade, grec et de Thrace et aux instruments anciens (violes, vièles, organistrum, orgue portatif et flûte) viennent se mêler un oud et, naturellement quelques percussions d'ici ou là mais ceci est presque la règle dans ce type d'ensmble. Mais par delà cet aspect instrumental, il faut souligner l'interprétation vocale de Theodora Baka qui sait naviguer, parfois au sein d'une même plage, entre voix plutôt traditionnelle et timbre plus conforme aux standards de la musique ancienne. Un album à la réalisation très sérieuse mais qui participe à l'évolution de l'interprétation des musiques anciennes, dans un sens que nous ne pouvons qu'apprécier. Compte-tenu de la large plage d'incertitude qui subsiste sur la réalité des interprétations d'époque les musiciens actuels disposent d'une certaine latitude et les références aux musiques traditionnelles, si elles ne doivent faire figure de garantie d'authenticité, sont souvent des hypothèses plausibles.

Carpe Diem Records http://carpediem-records.com

 


Elles s'y promènent
"C'est le chant de la terre"

Second album pour ces deux chanteuses wallones, Françoise Laloy et Christine Lurquin, formées notamment à l'école d'E. Girardon, ce qui s'entendait de suite sur leur premier opus mais se fait plus discret ici, signe qu'elles acquièrent davantage d'indépendance et d'originalité artistique. Côté répertoire, selon la formule habituelle, il est essentiellement traditionnel mêlé de quelques compositions (deux de F. Laloy et une de C. D'Hyvetter.). Ce qui est plus original c'est qu'en sus de fournir leurs sources (collectages audio,recueils anciens...(1)), elles ont l'honnêteté intellectuelle de préciser également de qui elles ont appris ces traditionnels (stages, autres groupes...). Elles commencent d'ailleurs à réaliser des montages de textes sur des airs traditionnels et même si ce n'est pas toujours probant (difficile de mettre des paroles en français sur une bourrée auvergnate...), cela fait partie du jeu... J'espère que pour leur troisième album elles attaqueront la remise en vie d'airs issus de collectages ou de recueils : un plaisir qui demande un travail supplémentaire mais qui s'apparente à celui de l'alpiniste réalisant une première.. Les arrangements vocaux ne cherchent pas à être novateurs et les harmonies souvent basées sur le bourdon : un choix qui fonctionne parfaitement et que l'on ne saurait reprocher à quiconque sur ce type de répertoire. Les deux voix, relativement proches s'équilibrent bien, l'une plus riche en harmonique et l'autre plus pure et aiguë. Mais il manque tout de même parfois de basses pour étoffer un peu le spectre sonore. Elles ont fait appel à deux instrumentistes pour les soutenir sur cet album, le percussioniste Osvaldo Henrandez-Napoles et Luc Pilarz au violon principalement (mais pas uniquement), tous deux sont aussi efficaces que discrets. A la première écoute c'est tout juste si l'oreille, attirée par les voix, remarque leur présence en dehors de quelques intermèdes instrumentaux mais une écoute plus attentive permet de constater que même mixés en arrière, leur apport à la cadence est indéniable et même si je ne doute pas que les deux chanteuses sont bien capables d'assurer seules en concert, c'est encore mieux avec ces deux comparses...

(1) saluont la présence d'un livret, ce qui n'est déjà pas courant chez Homerecords, livret contenant l'indication détaillée de ces sources et autres explications mais également l'intégralité des paroles

Homerecords : http://www.homerecords.be

Rappels : "Comme il m'en souviens"

Luc Pilartz : voir à partir de : Luc Pilartz, Kieran Fahy et al. "Trip to Ireland"

Osvaldo Hernandez-Napoles "Quilombo"


Lara Leliane
"Free"

Je serai bref sur cet album car on est assez loin du trad. : une chanteuse guitariste à la voix un peu éthérée et nonchalante, chantant en anglais et en français, accompagnée par un oud, une clarinette, une contrebasse, un percussioniste, une choriste et quelques invités parmi lesquels on relèvera la présence de la harpiste Sarah Ridy (du duo Amorroma). Une belle voix et un beau travail d'accompagnement mais tout cela est un peu trop lisse pour moi... Simple question de goût...

Homerecords : http://www.homerecords.be

 Rappel

Rui Salgado : Diab Quintet -"Seagull Tango"


P. Mazellier, A. Gränicher, C. Oller et J. julien
"Mémoires du plateau ardéchois - chansons, danses et récits..." (CD + DVD)

L'Ardèche est curieusement une région des marges du Massif Central fort peu connue du monde trad. revivaliste, très probablement davantage faute de collectes que de fonds à collecter. La preuve en est que ces collectages récents pour la plupart, réalisés sur le plateau ardéchois, c'est à dire la partie ouest du département, nous offrent encore de bien belles choses même si les collecteurs indiquent dans le livret avoir classiquement l'impression d'arriver trop tard. Les 27 plages du CD ainsi que les différentes plages du DVD permettent en effet d'entendre d'intéressants interprètes sur un répertoire mêlant certes pas mal de choses connues par ailleurs, mais également quelques perles plus originales. Quelques courts récits viennent se mêler aux chansons (très majoritaires.) et les non occitanophones apprécieront, sur le DVD, de pouvoir bénéficier du sous-titrage. Les paroles des textes et chansons du DVD figurent, par ailleurs dans un pdf de 26 pages inclu sur celui ci et qui vient compléter le livret papier qui après quelques textes d'introduction commente les plages du CD (interprète, collecteur et quelques phrases de commentaires. Curieusement les communes de collectes ne sont citées que collectivement et pas plage par plage.). Comme d'habitude, je regrette que le livret ne comporte pas une carte permettant de mieux se localiser (j'ai du me résoudre à chercher toutes les communes une après l'autre sur internet...). Le DVD n'est pas construit comme un documentaire mais plutôt comme un CD avec image, c'est à dire plage par plage, avec un écran introductif à chacune. Dans quelques cas, l'interprète n'a pas été filmé et la chanson ou le texte est à entendre en regardant un diaporama, ce qui parait un peu décevant au premier abord mais les photos sont réellement superbes et cela permet de profiter du paysage contrairement aux plages filmant les interprètes, toujours en intérieur. On s'amusera de constater que quelques plages sont du registre du véritable néofolklore, ce qui aurait été tout à fait exclu dans une telle production dans les années 70-80. Naturellement les textes de présentation l'indiquent clairement (cela se reconnaît d'ailleurs immédiatement). Pour finir signalons le témoignage unique que constituent les plages filmés de deux frères danseurs de bourrée de tradition familiale (même si un peu influencés par la participation à un groupe folklorique par la suite, mais les tics hérités de celui-ci tranchent suffisamment pour ne pas nuire à la lecture du fond traditionnel).

Production Echo des garrigues 07150 Vallon Pont d'Arc echo.garrigues@orange.fr

Rappels : Collectages en Ardèche, voir à partir de la chronique du CD de l'Association Aigardent : "Apprends moi ton langage - Chansons des pays d'Ardèche"


Mai 2015

Garric
"Cercaires d'Oc"

Si, comme moi, vous recevez les mails d'info du groupe Coriandre, depuis quelques temps, vous devez également recevoir celles de Garric. Faute de l'avoir encore écouté, je n'y collais pas encore d'image musicale, c'est maintenant chose faite. Notez, que le groupe étant mené par Denis Galvier, chanteur et souffleur de Coriandre, une partie du paysage sonore était déjà prévisible et on retrouve effectivement bien ici, sa verve, son énergie, sa langue occitane, son timbre de voix particulier et ses envolées de sax. Il a entraîné dans cette aventure parallèle le batteur Vivian Péres qui officie également dans Coriandre. Les deux autres larrons sont le bassiste Yannick Laurent et l'accordéoniste Marc Lemonnier. Le tout pour une musique de bal folk qui fait aussi bien dans les danses de couples, l'andro ou la ronde du Quercy mais toujours avec cette envie de passer des textes, engagés ou poétiques. Textes composés, tout comme les mélodies, même si certaines de celles-ci ont un peu de mal à se démarquer de certains standards. Tant qu'à être dans les petits reproches, la bourrée 3 temps manque à mon sens un peu de légèreté : pas vraiment jouée à l'auvergnate... Une image sonore finalement pas très loin de celle de Coriandre, en un peu moins traditionnelle (il manque a vielle et la boha de Phil...) mais avec la même énergie... Dans un style qui contraste fortement avec celui de Régis Huiban ci-dessous...

http://www.garric.org

Dist : L'Autre Distribution

Rappels : voir à partir de Coriandre " La Marmita d'Oc "

CD Coriandre

 


Régis Huiban
"Mille boutons"

Un nouvel album de Régis Huiban c'est toujours un plaisir, celui de cette apparente simplicité, à l'image de la belle pochette presque zen. Un album pur solo, sans invités ni rerecording, sur du répertoire entièrement traditionnel et on ne s'ennuie pas une seconde, parce que le repertoire choisi n'est pas des plus courant mais surtout parce que l'accordéon de Régis Huiban se suffit à lui-même, parce qu'il n'a nul besoin d'un percussioniste pour faire swinguer les gavottes et pour moi cela reste toujours un must en musique lorsqu'un instrument mélodique assure entièrement la cadence. Vous allez me répondre que l'accordéon comporte une main pour la mélodie et une pour l'accompagnement, mais c'est bien de la première que naissent tout d'abord ces impulsions et ces rebonds, comme nous le prouvent d'ailleurs les trois plages à l'accordina. Et tout cela est assuré avec une apparente tranquilité, sans esbrouffe ce qui n'empêchera nullement d'ailleurs vos pieds de se soulever de manière inexorables au rythme des gavottes, kas-abarh, plinn, kost-er c'hoed et même laridé pour faire exotique en allant piocher jusque dans le répertoire vannetais. Sur ce dernier point, je plaisante naturellement puisque l'album a été enregistré bien plus loin du Finstère, dans le Nord, au fameux Estaminet des Damoiselles et qu'il est produit par Bémol production dans la même région.

Bémol Production : http://www.bemolvpc.com

Rappels : Voir à partir de Wipidoup (groupe où l'on retrouve Regis Huiban) " L'opium du danseur "


Caçamba
"Batendo cancelas"

Décidement, le label belge Homerecords rentre un peu dans le rang en ce moment et nous propose des albums "étiquetables" : après un CD de tango, il nous offre cette fois-ci un album de musique brésilienne... Une musique proche de la bossa-nova (même si cela ne doit pas en être réellement, un peu moins cool...) par son mélange entre tradition et jazz, mélange aussi intime que, sur cet album, celui du son de la guitare avec celui du saxophone, les deux instruments qui, la plupart du temps, jouent la voix principale à l'unisson, ce qui donne l'illusion d'un instrument paticulier mais frustrera peut-être un peu les amateurs de guitare. Une seconde guitare et, naturellement, un percussioniste, viennent compléter ce quatuor, certes belge sur le papier, mais composé de deux brésiliens, d'un mexicain et... d'un belge

Homerecords : http://www.homerecords.be


Avril 2015

Collectif
"Cornemuse picarde - Concerts du festival de Pipasso"

Si vous lisez Trad Magazine vous aviez été prévenus de cette parution il y a déjà trois mois par un bel article et si vous avez déjà ce double CD entre vos mains, il y a de fortes chances que vous n'ayez pas été déçus... Rappelons donc que ce double album accompagné d'un copieux livret de 148 pages est consacré à la cornemuse picarde, au sens large du terme et quelque soit d'ailleurs le terme par lequel on la désigne : pipasso, piposa, muschosa, muchafou etc... Un instrument connu par divers témoignages oraux, écrits ou iconographiques et, surtout trois instruments retrouvés en Wallonie et conservés au Musée instrumental de Bruxelles. La mémoire de cet instrument a été retrouvée par Hubert Boone en Wallonie dans les années 60, puis un peu plus tard dans le Nord et plus récemment en Picardie au sens actuel du terme. C'est dans cette dernière région qu'Amuséon organise chaque année un festival du Pipasso où est invité, pour chaque édition, un joueur de cornemuse réputé, convié à se frotter au Pipasso pour interpréter quelques pièces sur cet instrument lors d'un concert. Une initiative originale qui permet à ses rencontres d'éviter de tourner en rond tout en mettant en valeur cet instrument qui ne compte actuellement pas encore beaucoup de pratiquants et, par voie de conséquence, pas encore beaucoup de fines lames (lames d'anches bien sûr...). Pas encore beaucoup mais quelques unes tout de même, JP. Van Hees, Rémy Dubois (dont il ne faut pas oublier qu'il n'est pas que facteur), Olle Geris (idem) et, naturellement, Ghislaine Desmaris. Ils figurent tous sur ces deux CDs, en solo, ou en duo pour JP Van Hees et Rémy. S'adjoignent au programme les musiiciens invités évoqués ci-dessus, en l'occurence François Lazarévitch, Julien Barbancs, Thierry Bertrand et Yan Cozian. Tous font honneur à l'instrument, avec des jeux toujours très précis dans un style oscillant entre musette du Centre et chabrette limousine (une parenté avec la chabrette limousine qui m'a toujours sauté aux oreilles et j'ai été content d'entendre F. Lazarevitch partager cet avis et même le démontrer en interprétant deux pièces limousines...). Je regrette juste le tempo très précipité de Ghislaine sur une plage (en studio pourtant...). Seul Thierry Bertrand plie l'instrument à son style de jeu très fleuri habituel et on reconnait sans peine ses plages. L'un des CDs a été enregistré en live (quelques courts commentaires ont été conservés, on ne s'en plaindra pas...), il est d'une qualité de prise de son presque égale au second, enregistré en studio. Enfin, cerise sur le gâteau, les 4 dernières plages sont des extraits d'interview de Rémy Dubois, d'une qualité certe inférieure (on a parfois du mal à comprendre ses fin de phrase) mais j'ai toujours un grand plaisir à l'entendre parler et le livret nous donne à lire l'intégralité de ces interview (les extraits audio permettent d'ailleurs de percevoir le travail de synthèse réalisé pour la mise au propre de ces interviews). Une interview qui ne retrace d'ailleurs tout le parcours de Rémy et déborde donc largement du cadre de la muchosa pour aborder les musettes du centre, la musette baroque, la chabrette limousine etc. Bref, vous l'aurez compris, une publication indispensable à qui s'intéresse aux divers types de cornemuses.

AEPEM http://www.aepem.com

Rappels :

- Ghislaine Desmaris joue du Pipasso dans le groupe Amuseon (plusieurs CDs publiés). Elle joue également dans la Fraternelle (cf ci-dessous)

- JP Van Hees a publié un ouvrage de référence sur la cornemuse : "Cornemuses - un infini sonore" Sa discographie à la musette baroque figure sur ma page ad'hoc

- Thierry Bertrand a joué dans le fameux Duo Bertrand puis dans Sloï. Il oeuvre aujourd'hui davantage dans le domaine de la musique ancienne

- J'ai déjà eu l'occasion de vous entretenir des enregistrements et méthodes de boha de Yan Cozian

- J'ai également plus ou moins régulièrement l'occasion de vous entretenir des publications de F. Lazarevitch (voir également la page de discographie sur la musette baroque)

- Julien Barbance, en solo, ou avec La Machine et il est l'arrangeur et le co-directeur musical de la Fraternelle (cf ci-dessous) 


La Société Fraternelle des Cornemuses du Centre
"La belle si nous partons"

Voici l'opus 2 de la Frat. Comme je ne l'avais pas écrit à l'occasion de la sortie du premier (je viens de relire le joyeux bottage en touche que j'avais fait à l'époque et que j'avais oublié depuis...), la bande à Lanfranchi et consorts avait su démontrer qu'elle était bien davantage qu'un simple rassemblement convivial d'enfleurs d'outres du Centre et que ses membres étaient capables d'abattre le travail nécessaire à une bonne mise en place des morceaux pour leur donner le swing nécessaire. Négocier un volume 2 n'est jamais une sinécure : soit le groupe continue sur la même voie et il est condamné à faire mieux pour ne pas décevoir, soit il explore de nouvelles pistes au risque de dérouter certains de ceux qui avaient été convaincus par la première fournée. C'est la première option qui a été choisie ici, à tel point que certains morceaux donnent l'impression d'avoir déjà entendus (mais peut-être les ai-je effectivement déjà entendu lors de prestation de la Frat "in real live"...). De même les arrangements sont souvent un peu prévisibles mais cela correspond à une certaine philosophie de l'ensemble : des arrangements pas trop prise de tête pouvant être appris par coeur et laissant toute leur lisibilité aux mélodies. Celles-ci sont toutes des traditionnels : je suppose qu'il doit bien y avoir, au sein des membres des velléïtés d'introduire des compositions mais Jean-Michel veille au grain....Certains de ces thèmes sont connus, d'autres moins et, naturellement, toutes les sources sont indiquées dans le livret (qui mentionne même l'identité des solistes lorsqu'il y en a sur un bout de plage...). De la belle ouvrage donc de la part de cet ensemble dont, rappelons le, les membres sont géographiquement éclaté sur une grande partie du territoire ce qui ne facilite pas les répétitions. Mais les bagadous bretons ont aujourd'hui atteint un niveau de technique et d'interprétation qui oblige ce type d'ensemble de cornemuses à ne pas se reposer sur ses lauriers même si l'esprit (et l'instrument) n'est pas tout à fait le même.

AEPEM http://www.aepem.com

Rappels : Voir à partir du volume 1 : "De grand matin"


Quintetto Astor
"En Bruselas"

Pour une fois, pas de problème pour étiqueter cet album produit par Homerecords : du pur tango, interprété par une pianiste qui n'a pas peur de plaquer des accords dans l'extrême grave, naturellement un bandonéon (parfois un accordéon chromatique mais joué dans le style bandonéon), une contrebasse qui nous offre un petit solo des plus déchirants, un guitariste qui passe de l'acoustique à l'électrique mais cette dernière dans un style presque acoustique et, enfin, pour compléter le quintette, une violoniste qui manie notamment le violon à pavillon. Un répertoire qui doit autant aux grands noms du tango (Piazzola inévitable, Osvaldo Pugliese...) qu'à des compositions des membres du groupe, le tout mettant en avant la diversité musicale et d'ambiances qu'un bon groupe peut créer autour de ces seuls tangos et milongas...

Homerecords : http://www.homerecords.be


Flyg Maskin
"Fall"

Si le CD du Quintetto Astor est facilement rangeable derrière l'étiquette "Tango", celui de Flyg Maskin rejoint la grande majorité de ceux de ce label belge, quelque part entre jazz mélodique éloigné des clichés habituels du jazz, une once d'inspiration trad que l'on ne saurait vraiment identifier (mis à part le fait que l'instrument soliste est le plus souvent un diato) mais qui est bien là quelquepart et il suffirait que les plages se calent sur des rythmes de danses pour que cela ne fasse aucun doute. Si c'était le cas, le présent enregistrement pourrait même émarger au "New musette" rapport à l'accordéon naturellement. Celui-ci est aux mains de Julien de Borman que l'on a déjà pu entendre au sein de Klezmic Zirkus et de Turdus Philomelos. A ses côté le pianiste Sébastien Willemyns qui partage avec Julien les compositions et la présence au sein de Turdus Philomelos... Le duo fonctionne bien et les musiciens ne se marchent jamais sur les pieds... Et pour rester en famille et soutenir les deux premiers, le contrebassiste et le percussioniste de Klezmic Zirkus : Pierre Greco et Wouter Roggeman. De la musique d'ambiances (avec un pluriel), mais jamais éthérée : toujours une ligne mélodique que l'on suit, que l'on anticipe parfois, qui reste dans l'oreille souvent, surtout après quelques écoutes...

Homerecords : http://www.homerecords.be

Rappels : Turdus Philomelos : je pensais vous en avoir déjà chroniqué un mais ce n'est apparemment pas le cas..." Ici Maintenant là Pouf !", "Grive générale !" chez Homerecords

Klezmic Zirkus : voir à partir de :


Mars 2015

Arnaud Bibonne et Camille Raibaud
"En Cadència"

En principe j'écoute au moins trois fois un CD avant de vous en parler, mais je n'ai pas encore totalement achevé la première écoute de celui-ci et je n'ai déjà plus aucun doute sur ce que je vais pouvoir vous en dire car c'est un album que l'on reçoit comme une évidence : une cadence parfaite, pas trop rapide mais très bien marquée avec le swing qu'il faut, deux instruments (violon et boha) qui sonnent parfaitement sous les doigts de ces deux musiciens, servis par une prise de son irréprochable, un répertoire traditionnel à danser fort bien choisi et qui ne fait pas trop dans les standards (et, AEPEM oblige, toutes les sources citées...). Des arrangements simples qui font la part belle aux unissons, à se demander pourquoi chercher plus compliqué tant cela fonctionne bien et pourtant jamais le moindre sentiment d'ennui ne pointe... Trois invités, juste pour dire, sur deux plages, mais le duo prouve que deux instruments mélodiques peuvent se suffir à eux-même, avec juste un discret battement de pied.

Pour l'anecdote : château d'Ars dimanche17 juillet 2011, tandis qu'un groupe bien connu fait son show sur la grande scène, Arnaud Bibonne qui a remporté le concours "Petites formations" avec Camille, joue en duo, mais avec G. de Becdelièvre cette fois, sur la scène découverte pour quelques rares danseurs. Progressivement des spectateurs déçus du show finissent par remonter et s'aperçoivent rapidement que le duo gascon transmet bien plus d'énergie et de sincérité avec bien moins de watts et de mise en scène. Leur bal s'achèvera avec un parquet bien plein et depuis lors j'avais hâte d'entendre un enregistrement qui me permette de retrouver cet état d'esprit : j'avoue que ne suis pas déçu ici...

AEPEM http://www.aepem.com

Rappels :

Tous deux font partie du groupe Faburden dont l'album "Saison 1" est paru en 2010

Arnaud Bibonne a participé à plusieurs des CDs collectifs des Bohaires de Gasconha


OakTree
"Well"

Voici un album que je devrai pouvoir ranger sous l'étiquette jazz, mais comme toujours chez Homerecords, cette étiquette ne doit surtout pas vous inciter à rattacher cette musique à un archétype... La composition de l'ensemble est d'ailleurs déjà un premier indice : une chanteuse, une violoncelliste et un accordéoniste, ces deux derniers instrumentistes donnant également de la voix lorsqu'il le faut. Quelques invités également qui soutiennent de temps à autre le trio avec la discrétion qui sied pour ne pas obérer la personnalité de celui-ci (mais avec tout de même de belles parties de cuivres par M. Massot). Les harmonies sont certes parfois un peu modernes mais jamais vraiment tendues et l'on est toujours dans un registre mélodique, voire mélodico-rythmique qui vous conduit à retrouver cet album et la jolie voix de Sarah Klenes avec un peu plus de plaisir à chaque fois...

Homerecords : http://www.homerecords.be

Il s'agit de leur second album. (le premier en 2012)


Froidebise orchestra
"Froidebise orchestra"

Une fois n'est pas coutume, voici un album de chez Hormerecords qui ne me convainc pas vraiment : cet éditeur belge nous a habitué à des albums toujours hors du commun, situés dans un no mans land acoustique entre jazz, musiques actuelles, trad, chanson... avec toujours un côté mélodique qui parle à l'oreille. Cet aspect mélodique est bien présent ici, mais le style de l'album passe de plages qui me font irrésistiblement penser à des BO de séries américaines des années 80, à des chansons plus rockabily en anglais ou en français, dont j'imaginerai bien certaines dans le répertoire d'Eddy Mitchell même si le style choisi ici n'est pas exactement le même. Tout cela est parfaitement arrangé et interprété par dix musiciens réunis par le guitariste J.P. Froidebise (avec au passage quelques bons plans de saxo ou de l'harmonica de T. Crommen), mais bien plus commun que ce que nous fait découvrir d'habitude ce label et plus décousu également, quoiqu'à notre époque de zapping, ce dernier trait puisse être considéré comme une qualité et qu'il semble que ce soit ici une intention délibérée...

Homerecords : http://www.homerecords.be


Département de musique traditionnelle du CRR de Limoges
"Ola mesfiatz-vos !"

Voici une pochette qui devrait vous rappeler quelquechose : 18 ans après son premier CD, la section de musique traditionnelle du Conservatoire de Limoges (celle qui fut la première du genre...) remet le couvert avec une belle constance dans la présentation. Le noir et blanc dans un style assez dans l'air du temps à l'époque a cedé la place à une photo couleur à effet numérique et le boîtier plastique à un digipack mais l'esprit demeure le même et l'image également : faire danser au son du violon. Pas seulement au son du violon naturellement puisque vielles, chabrettes, accordéons ont également leur place au Conservartoire, la gaïda bulgare également mais vous ne l'entendrez pas ici (ou alors elle se cache dans les ensembles...). Mais je dois avouer qu'au sein de toutes ces plages, ce sont celles au violon qui m'ont le plus enthousiasmé par leur énergie et leur technique. Viennent ensuite les plages chantées qui réservent quelques belles surprises... La difficulté de réalisation d'un tel album et de faire jouer aussi bien les enseignants que les élèves (de différents niveaux) sans que les écarts de maîtrise des instruments, de possibilité d'expression et de style ne sautent aux oreilles et cet album y parvient relativement bien. Naturellement, quelques plages jouées "en fanfare" sur un répertoire des plus abordables trahit la volonté de faire participer le plus de musiciens possibles, mais parmi la majorité des autres plages, difficile le plus souvent de supputer s'il s'agit d'enseignants ou d'élèves... (le livret ne nous livrera pas le secret sauf pour un duo de vielles que j'aurai bien pu attribuer à des musiciens reconnus...). Voilà donc un album dont on oublie bien vite la genèse pour ne plus entendre que de belles interprétations, variées et dansantes, sur un répertoire souvent original (traditionnel et local, toutes les sources étant données dans le livret)

Production Trad'Bande http://mustradilim.free.fr/mutrad/index.html

Rappels : Marion quand t'aimava (1996)

Voir également : Couleur chabrette (2003)

Violons limousins "Ab'aqui paubres drolles" 1999
La bande des violons limousins

et le recueil "Ai vist lo lop, etc.(2001)


Décembre 2014

El Toto Café
"Bourbon in my coffee"

Ne vous fiez pas à la pochette provocante et au titre qui pourrait paraître fêtard, ce duo acoustique fait davantage dans le style Amélie Poulain que dans le style Patrick Sébastien. Bon je sais entre les deux cela fait pas mal d'espace mais comme tout le monde semble d'accord pour ne pas enfermer les groupes derrière des étiquettes étriquées... Eux ont choisi "Drinking folk music" mais ce serait plutôt l'ambiance d'un petit café chaleureux qu'un repère d'étudiants éméchés ou qu'un bistroit PMU un soir de match...Un coup d'oeil à la liste des titres (je vous fais grâce de la "Playlist"...) laisse découvrir que, concept oblige, chacun porte le nom d'une boisson et, du coup, chaque plage a son arôme propre, du bourbon (presque blues) au jus d'orange (rafraichissant) en passant par le café turc (orientalisant), le Champagne (forcément musette et pétillant) et même le saké histoire de sortir d'Europe. Tout cela sans verser dans la caricature ou le pastiche : juste des couleurs diverses sur leur musique. Pour être exact je dois préciser qu'il y a tout de même une exception pour confirmer la règle au sein de cette liste de titres (cherchez la femme...). Il me reste à vous présenter les deux protagonistes que j'ai découvert au travers de cet enregistrement : Samir Mohellebi aux cordes pincées et Joachim Loneux aux anches libres. Tous deux chantent également, en français ou en anglais, étiquette folk oblige...

Ed. Homerecords : http://www.homerecords.be

Rappels: J'ai trouvé sur internet la référence de leur premier album autoproduit : "Tututu Toto !"

Joachim Loneux : album à venir cette année 2015 au sein du groupe Taxidi : "Nuit nomade"


Les Brayauds
"Bourrées du Massif Central volume 2"

6 ans après (déjà...), les différents groupes des Brayauds remettent le couvert avec un second opus de bourrées. Un album qui décoiffe, porté par ces onze formations dont la plupart sont de la jeune génération : Komred naturellement, mais également les musiciens de ce groupe dans diverses autres formations (Duo Etienne, Et ta Soeur, Folle Ardoise, Gravenoire...). Parmi les un peu moins jeunes, Bardane et Faï Peta tout aussi naturellement. Et puis d'autres formations qui n'ont pas encore eu l'occasion d'enregistrer un plein album : La Perdrix rouge, le trio vocal féminin Les Maurissonnes, le quartet de violons Chez Tricoine ou encore le duo Vert de Lune. Bourrées de violon ou de cabrette, du répertoire ancien pour la plupart mais également quelques compositions plus récentes de JM Delaunay, J. Barbance, M. Karvaix ou D. Champion. Je ne sais pas si certains trouveront que ce répertoire manque de variété (la mention "du Massif central" dans le titre renvoie aux seules bourrées d'Auvergne et environ proches, donc au trois temps) mais les amateurs de bourrées auront du mal à rester sur leur chaise à l'écoute de la plupart de ces 17 plages et la diversité des instruments, renforcée par les plages purement vocales vaccinent contre toute monotonie.

Les Brayauds - CDMDT 63 http://brayauds.free.fr

Rappels : voir à partir de "Bourrées du Massif Central volume 1"

La Perdrix Rouge "Vendanges tardives" (2015)


Duo Pilartz-Gielen
"Un"

Le premier est un violoniste wallon bien connu qui manie également fort bien les cornemuses, le second est un diatoniste, belge également ,mais dont c'est à ma connaissance le premier enregistrement. On avait pu l'entendre il y a quelques années, invité à se joindre à Tref pour un morceau sur la scène du château d'Ars, en compagnie du premier d'ailleurs (1)... Luc Pilartz et Simon Gielen nous offre donc cet enregistrement d'un duo "en compagnie" puisque quelques invités les rejoignent au fil des plages. Mais même hors de la présence de ceux-ci, le duo fait le choix du gros son, avec jeu en double cordes au violon et tout cela est terriblement efficace sur ce répertoire à danser essentiellement hexagonal, voire même majoritairement Centre-France sur des mélodies traditionnelles pour la plupart. Aussi lorsque la vielle de Vincent Sionneau, par exemple, vient s'adjoindre au duo, on se demande pourquoi d'autres groupes ont besoin d'être plus nombreux... Mais n'allez pas croire que ce "gros son" ne soit pas compatible avec une certaine sensibilité : l'un comme l'autre démontrent ici ou là que leur jeu sait être également tout en nuances... Ne reste plus qu'à comprendre pourquoi l'album de ce duo se nomme "UN"....

(1) voir photos ici et une vidéo traine encore sur Youtube

ed. Homerecords : http://www.homerecords.be

Rappels : Luc Pilartz, voir à partir de : Luc Pilartz, Kieran Fahy et al. "Trip to Ireland"


Compilation
"Walzer - Schottisch -Poloness - Folkmusik aus alten Handschriften"

Encore une fois, j'espère parvenir à convaincre quelques-uns à surmonter leurs a-priori et à prendre la peine d'aller écouter ces divers musiciens allemands et autrichiens réuni par Ralf Gehler au sein de cette compilation d'airs à danser dont le point commun tient à leur origine commune : comme le sous-titre l'indique, toutes proviennent de manuscrits anciens (si l'Allemagne n'est pas réputée pour la présence de musiques traditionnelles parvenues jusqu'à nous de tradition orale, elle n'en renferme pas moins des perles collectées aux siècles précédents...) et, naturellement, le livret donne les références de chacune de ces sources (mais pas forcément d'information plus précise sur la mélodie en question). Nous retrouvons ici un certain nombre de groupes dont je vous ai entretenu ici ou dans Trad. magazine, parfois même avec les Bravos : Bilwesz, Kwart, Malbrook, Merit Zloch, les musiciens amateurs de Frommern ainsi que quelques autres ensemble que cet album m'a permis de découvrir ce qui est, somme toute, l'intérêt principal de ce type de compilation. Mais les compilations ont tout de même quelques défauts : l'hétérogénéïté de niveau des musiciens et, bien audible ici sur quelques plages, les écarts de prise de son... Chaque groupe a sa personnalité, sa manière d'envisager l'interprétation actuelle de ces danses des 18ème ou 18ème siècle pour la plupart. A vous de juger si cette diversité est une qualité ou un défaut pour ce type de publication collective...

ed. BCB Records : http://www.bcb-records.de

Rappels : voir liens dans le texte.


Novembre 2014

L'effet du Logis (Duo Guerbigny-Breugnot)
"Tout droit"

Lorsqu'un accordéoniste poitevin bien connu et reconnu du monde des danseurs (et pas seulement) et ayant déjà largement fait ses preuves en jeu en duo, rencontre un violoniste auvergnat qui partage les mêmes qualités (1), leur collaboration en duo est à la fois une évidence et, forcément , une réussite. Bien entendu chacun apporte le répertoire de sa région (avec un net déséquilibre à l'ouest...) mais également les compositions des ses potes : Durif, Desaunay, Vrod, Oller, Poutoux,, Karvaix, Blanchard et Souche (il en fallait bien un que je ne connaisse pas....). Qu'ils jouent à l'unisson ou bien que l'un accompagne l'autre, pas la moindre anicroche dans cette musique au service de la danse mais qui mérite également une écoute plus attentive. Les danseurs seront ravis par la diversité des danses dont certaines doivent d'ailleurs leur diffusion actuelle à B. Guerbigny (Bals limousine par exemple). A l'écoute on regrettera juste qu'ils n'aient pas jugé bon d'insérer une petite cassure acoustique au sein de ces48mn, par exemple avec une plage chantée pour rompre ce pur instrumental diato-violon, je ne doute pas qu'ils en soient capable... Pas de livret avec ce CD en simple pochette carton, mais les infos figurent sur le site ci-dessous.

(1) pour ce qui est des duos par exemple, citons simplement Guerbigny-Thébault et Roche-Breugnot...

Autoproduction, vol.3 de "Les pieds sur la braise" http://www.benoitguerbigny.com/

Rappels :

B. Guerbigny voir à partir de Benoit Guerbigny en compagnie "La Généreuse"

Benoit Guerbigny en compagnie

F. Breugnot voir à partir de Roche-Breugnot "Sauvage central - Musique d'Auvergne en liberté"


Collectif - CMTN
"Polska - Musique à danser de Suède"

Duo Varsagod
"Battements d'air"

Il y a quelques années, le public du trad. français était divisé vis-à-vis de la musique traditionnelle suédoise : d'un côté les passionnés qui ne juraient plus que par cela, de l'autre ceux que le comportement des premiers avait dégouté de ces traditions. Bon, j'exagère un peu et puis les angles se sont bien arrondis depuis. A l'époque je vous aurais donc dit que le premier album était à réserver à la première catégorie : un pur album uniquement de Polskas, entièrement au violon solo (on apprécie d'autant plus l'apparition de la guitare de Mathias Perez derrière le violon de Nina aux plages 11 et 19...). Même pas une plage au nickelharpa et je ne parle pas de säckpipa... Moi qui m'étais dit justement récemment que la musique suédoise était intéressante justement lorsque l'on dépassait le cadre de cette danse emblématique pour découvrir d'autres rythmes... Mais le CMTN (1) qui a conçu cette publication à l'occasion de ses 25 ans, a bien fait les choses (et Bémol production qui la réalise également : bonne prise de son d'Aurélien Tanghe et très beau graphisme tout en efficace sobriété de Margaux Liénard). L'album rassemble des enregistrements de 7 violonistes qui ont en commun d'avoir eu l'occasion de jouer en France à l'invitation du CMTN et qui sont originaires de 4 régions différentes ce qui permet de constater que cette danse comporte des formes différentes : si l'album débute avec des polskas telles qu'on les entend le plus souvent, avec leur cascade de petites notes en deuxième partie de phrase, la suite nous montre que ce n'est pas toujours le cas (heureusement car on n'aurait sans doute pas tenu 19 plages ainsi...). Le livret très pédagogique donne les informations indispensables sur les différents rythmes (polskas régulières ou irregulières), les styles régionaux mais aussi les parcours des musiciens et, chose malheureusement trop rare pour ne pas être signalée, rappelle la position de chaque région sur une carte de la Scandinavie... Voici donc un album qui n'est pas réellement grand public mais qui mérite une diffusion au delà du petit cercle des membres du CMTN et Bémol production l'a bien compris en prenant le risque de cette édition.

Si vous faites partie de la seconde catégorie (ce qui n'exclut nullement ceux de la première d'ailleurs...), et qu'il est nécessaire que la musique suédoise vous réapprivoise, je vous conseille fortement l'album du duo Varsagod : troisième enregistrement de ce duo qui rassemble l'accordéoniste (diato) suédoise Elisabet Brouillard et Jenny Demaret, violoniste nancéenne que la rencontre avec le nickelharpa a conduit à aller étudier l'instrument en Suède durant une année pleine ce qui lui a permis de maîtriser l'instrument, d'aborder plus en profondeur ces musiques... et de rencontrer Elisabet. Une rencontre dont l'écoute de leurs albums permet de constater qu'elle ne devait pas être fortuite car elles partagent une belle sensibilité, déjà présente dans le jeu de chacune lors des intros individuelles, mais sublimée par le jeu en duo. Leur répertoire est traditionnel à deux exceptions près, suédois mais également norvégien. Je ne suis pas suffisamment connaisseur des musiques scandinave pour pouvoir juger si leurs interprétations ont la couleur locale, mais, et ce sont peut-être les exceptions qui confirment la règle, une petite valse à des accents bien musette et une autre plage sonne suffisamment cajun pour que l'on se doute qu'il s'agit d'un clin d'oeil. Finisssons en félicitant à nouveau Aurélien Tanghe pour la qualité de la prise de son, JEF (2) pour les photos et Bémol production qui offre à ces musicienne une vraie distribution après deux albums autoproduits.

(1) CMTN : association française "Connaissance des Musiques Traditionnelles Nordiques" organisatrice de concerts et de fameux stages, voir leur site : http://www.cmtn.org/

(2) pas Jeff D. mais le musicien nancéen des "Culs trempés" Jean-Etienne Frebourg

Edition et distribution des deux albums : http://www.bemolvpc.com

Rappels :

CMTN :

- Troll de musique (2005) : contrairement à l'album ci-dessus, celui-ci était interprété par les membres du CMTN

- et coproduction de trois CDs de la collection Ocora dédiés chacun à un instrument scandinave : Nickelharpa, Langeleik et Hardingfele, d'un quatrième album Ocora de Nina et Mattias Perez, Rickard Näslin, Daniel Pettersson et Astrid Pullar, et, enfin, d'un album de Swart Kaffee (JP. Yvert et al.)

Duo Varsagod

et un album "Live"

Jenny Demaret : sur les albums de son duo Yenu et du groupe Cactus

Duo Merline album "Comme une plume" en 2017

 


Tali Toké
"Tali Toké"

Un album agréable mais qui ressort souvent plus du jazz actuel dont il utilise pas mal de schémas que du trad. Un jazz presque acoustique qui joue cependant sur les couleurs grâce à une instrumentation qui sort un peu des sentiers battus notamment par la présence de Jonathan De Neck à l'accordéon diatonique. Il joue en compagnie de Benoit Leseure au violon, François Lourtie aux saxophones (sauf erreur de ma part du soprano au baryton), Benjamin Sauzereau à la guitare électrique et Jérôme Klein à la batterie. On reconnaîtra aisément les plages où il impose un peu plus une personnalité musicale issue d'un parcours trad...

ed. Homerecords : http://www.homerecords.be

Rappels : Jonathan De Neck

- Dazibao, albums E40

et Alma

Diab Quintet -"Seagull Tango"

- Participation également au triple CD Documenta de Laïs

- et aux albums "Poussière" de Ballymurphy, La première porte de Géraldine Cozier et "Zahori" de Raphy Rafaël.

- accompagne les chanteuses de Ialma (voir photos à Socourt)


Anne Niepold
"Musette is not dead"

Chronique après chronique de cette accordéoniste belge, je continue à déplorer qu'elle ne soit toujours pas davantage connue en France (elle est, par contre, musicalement reconnue par ceux qui ont eu la chance de la découvrir un jour...). Chacun de ses albums est nouvel univers et le présent s'attaque au musette, ce qui n'a rien d'original pour un accordéoniste me direz-vous, même diatoniste (quoiqu'avec les Bertrand Gaillard, on ne sait plus très bien dans quel catégorie on se trouve...). Mais Anne Niepold traite le sujet à sa manière, évitant le côté trop guinche et les standards habituels au profit d'une ambiance un peu plus jazz. Un jazz à l'ancienne naturellement, un peu désuet mais qui ne fait pas dans le folklore ou la reconstitution et tout cela nous donne un album tout aussi intemporel qu'actuel. Une ou deux compositions personnelles au programme, mais pour le reste, quelques grandes signatures du milieu, de Privat à Ferrari en passant par Viseur, et d'autres moins connues... Assurément de la belle ouvrage...

Autoproduction http://www.anneniepold.be

Rappels : voir à partir de Gardadvergur

GARDADVERGUR


Gargamas
"Musique traditionnelle du Périgord et du Limousin"

A l'écoute de cet album on finit par se demander pourquoi certains groupes de bal ont un effectif de 4 ou 5 musiciens, voire plus alors qu'à deux ils démontrent ici que tout ce qu'il faut est présent : mélodie, accompagnement, chant, percussions mais surtout cadence, variations, relances etc. Les deux (jeunes) compères en question sont donc un violoniste (Antonin Duval) qui assure également un indispensable et très efficace battement de pieds (1) et un diatoniste chanteur (Gilles Becdelièvre). L'album commence d'ailleurs à la voix et durant les premières secondes on croit entendre André Ricros, ce qui n'est pas mauvais signe. Les chants en occitan sont bien envoyés, celui en français est un peu moins assuré (question de mixage peut-être aussi qui noie les fin de phrases...). Côté instruments le violon mène parfaitement le bal et l'accordéon joue bien son rôle d'accompagnateur, évitant de doubler trop systématiquement la mélodie. J'ai commencé par écrire qu'ils se suffisaient à eux deux, l'honnêté m'oblige à préciser que 4 invités interviennent ici ou là, parmi eux les noms de Philippe Ancelin et Nicolas Rouzier sont plutôt de bonne augure. Le répertoire est quasi exclusivement traditionnel et, naturellement, le livret en donne les sources et les paroles. Il assure un bon équilibre entre des mélodies connues et d'autres moins. J'aurai bien une petite réserve ici ou là sur tel passage où on a l'impression que les deux musiciens ne se sont pas mis d'accord sur la version, ou sur tel petit bout de cadence qui pourrait être pris plus léger. J'aurai une plus plus grosse réserve sur l'illustration de pochette qui fait vraiment amateur et qui annonce donc bien mal un contenu bien plus assuré...

(1) ou "podorythmie" pour les pédants...

http://www.aepem.com


Didier Laloy - Kathy Adam
"Belem"

Vous devez savoir que j'ai un faible pour le violoncelle dans nos musiques (sinon allez voir sur la page dédiée à cet instrument) et voici donc un CD qui me comble car si ce n'est pas la première fois que Didier collabore avec Kathy Adam, la présente formule en duo laisse pleinement s'exprimer le violoncelle et évite que celui-ci se retrouve confiné au rôle d'accompagnateur d'arrière plan. Quel bonheur que d'entendre ces graves et ses attaques d'archets !... Et ce d'autant plus que le duo fonctionne bien, plutôt mené par le diato puisque Didier Laloy signe la majorité des compositions et que celles-ci trahissent souvent la composition sur un diato, avec une petite tension permanente (avez-vous remarqué que les accordéonistes composent d'abord sur la dynamique du soufflet avant de le faire sur le clavier, d'où cette fréquente tension musicale qui reflète celle du soufflet ?). Mais Kathy Adam a également composé quelques plages. Il s'agit d'ailleurs, pour tous les deux, de vraies compositions, qui se déroulent sur la longueur de la plage et non pas de simples thèmes répétés... Une petite vidéo très construite complète les pistes audio et rappelle à ceux qui l'oublieraient, que nos deux artistes sont belges (jolies ambiances dignes de certains films belges...)

http://www.homerecords.be

Rappels : Didier Laloy : voir à partir de [Pô-Z]s

 

Kathy Adam : voir sur la page violoncelle et voir photos Ars 2013


Melike
"Inn of love"

Voici un album essentiellement vocal, ce qui n'est pas vraiment habituel chez Homerecords, et que l'on appréciera d'autant plus. Melike Tarhan est une chanteuse aux racines turque (elle est belge), ce que dénote bien son placement de voix en arrière du palais (1)... Elle chante ici dans un registre entre la tradition turque et un jazz européen un peu cool. Le côté jazz est d'ailleurs surtout porté par le saxophoniste John Snauwaerte, même si la biographie de celui-ci insiste sur ses collaborations multiples avec des artistes de diverses cultures. A ses côtés opèrent le guitariste Hendrick Braekman également issu de l'univers du jazz et le percussioniste François Taillefer dont les percussions redonnent des couleurs arabo-orientales à certaines plages. Un album entre deux mondes donc, ce qui ne plaira pas forcément aux puristes mais susceptible de familiariser de d'amener vers ce type de musique un public encore peu habitué, d'autant que les ambiances sont plutôt confortables. Metissage oblige, l'album alterne traditionnels et compositions, textes en turc et en anglais...

(1) en relisant après coup la chronique de Tri a Tolia, je me rends compte qu'à l'époque j'avais qualifié sa voix de voix de poitrine... Donc soit j'ai changé d'avis soit elle à changé de voix. Je penche pour la première hypothèse... ;-)

http://www.homerecords.be

Rappels : "Macar" (2004)

et au sein de Tri a Tolia "Zumurrude"

en 2016 : Melike Tarhan "Juicy Little Bramble"

 

Octobre 2014

Tom Theuns et Paul Russell
"In between trees"

Tom Theuns est, bien entendu, connu comme membre du groupe Ambrozijn. Un peu plus récemment il nous a offert une facette légèrement différente au sein des différents albums d'Aurelia avec Aurélie Dorzée. C'est dans un autre style encore, que l'on avait déjà pu apprécier dans un album solo, qu'il officie ici, puisqu'en compagnie du musicien US Paul Russel ils nous offrent un pur album de folk song : deux guitares à cordes métalliques et leurs deux voix, le plus souvent solo, chacun prenant en charge la partie vocale de l'une ou l'autre plage, et lorsque le second fait un accompagnement vocal c'est généralement en toute discrétion. Le tout est parsemé de quelques purs instrumentaux. La majorité des textes (en anglais naturellement) et compositions sont de Tom Theuns, complétés par deux de Paul Russell et l'album s'achève par une belle version de la chanson médiévale anglaise The Scarborough Fair dont vous connaissez à minima la version de Simon and Garfunkel, à laquelle la présente n'a rien n'a envier...

J'avoue avoir une petite préférence pour la voix de Tom Theuns, la chaleur de ses graves, presque un petit côté Leonard Cohen parfois...

Mais je ne sais pas pourquoi je vous raconte tout cela : allez voir et entendre la belle vidéo sur le site de l'éditeur : elle résume mieux que tout le contenu de cet album et avec de belles images en prime.. http://homerecords.be/en/album-In_between_trees-525.html

Rappels : : voir à partir de son album solo de 2009

 

Quaus de Lanla
"Bal à la voix"

Vous savez maintenant que depuis quelques années je ne chronique plus, dans ces pages, que ce que les irréductibles parmi vous continuent de m'envoyer. Mais il m'arrive de faire une exception et lorsqu'une amie m'a fait écouter cet album dans sa voiture, cela m'a furieusement donné envie de vous en faire part car il sort du lot de ce qui paraît ces derniers temps... Bon ce n'est pas le premier groupe ni le premier album de bal à la voix. Mais reconnaissons que, si ce concept a pas mal de sympathisants, mis à part en Bretagne où les chanteurs de kan a diskan font partie du paysage, il est loin d'être monnaie courante. D'accord il n'est pas tout à fait rare qu'un meneur fasse répondre une chaîne de danseur lors d'un intermède de bal ou d'atelier, mais il n'existe pas tant de groupe purement vocaux capables d'assurer un bal entier et travaillant vraiment dans cette optique (et non pas dans le concert dansable...). Comme celui-ci fait dans le répertoire d'Auvergne, cela m'enthousiame d'autant plus et comme il le fait avec la cadence et l'energie qui sied à ce répertoire, que demander de plus ? Un trait d'originalité supplémentaire tient aux arrangements proposés qui tout en laissant la place d'honneur à la ligne mélodique, délaissent les formules habituelles d'harmonisation pour s'inspirer davantage de ce que font certains groupes vocaux actuels avec voix rythmique en imitation d'instruments (1) ce qui nous vaut par exemple sur une plage une voix vielle à roue... Le répertoire est traditionnel (2) avec quelques adaptations à la danse toutefois. Les textes sont en occitan à trois exception près qui démontrent s'il en était besoin que la langue locale est plus adaptée à la danse que le français. Le CD n'a pas de livret mais celui-ci est disponible sur leur site internet (cf ci-dessous) avec paroles, traductions et sources. Avec tout cela je ne vous ai pas encore cité les trois compères : Didier Décombat, Eric Desgrugillers et Sébastien Guerrier, trois voix bien timbrées, mais surtout franches et énergiques. S'il est d'ailleurs un reproche que l'on peut faire à cet album c'est, qu'arrivé au terme, on est fatigué pour eux... Et il ne s'agit pas d'un artifice de studio : l'enregistrement a été réalisé en situation et mes sources bien informées m'ont confirmé qu'ils sont effectivement coutumiers du fait de maintenir autant d'énergie tout au long d'un bal...

(1) une technique que l'on retrouve dans certaines traditions, par exemple la voix guitare des tralaleros genoveses...

(2) avec naturellement une exception pour confirmer la règle...

http://www.quausdelanla.com

Rappels :

Eric Desgrurgillers, Didier Décombat, et Sébastien Guerrier : "Chansons Grivoises d'Auvergne" 2010 : pas de trio ici mais deux plages pour le premier et une pour le second et le troisième, sur cet album collectif

Eric Desgrurgillers

Domad'airs "Singeries"

Une plage au sein du trio l'Armoire bleue in Les Brayauds "Bourrées du massif central vol.1 (2008)

Livre "Des chansons tissées aux fuseaux" ed. Cahiers de la Haute-Loire : analyses de chansons collectées

Sébastien Guerrier : "Chanson en voix" album solo de chanson et guitare, à paraître

 

Duo Artense
"Sur le vif"

Comme le titre l'indique, Basile Brémaud (violon pour ceux qui ne le sauraient pas encore) et Hervé Capel (accordéon chromatique, pour les mêmes....) ont choisi d'enregistrer en situation, c'est à dire en bal, sur deux soirées chez les Brayauds, pour leur second opus (1). Le premier avait fait pas mal parler de lui et, comme toujours dans ce cas, le second n'est pas facile à négocier (2) et l'enregistrement live était une bonne idée. Mais curieusement, malgré la présence des danseurs et une ambiance qui semble bien soutenir les musiciens, l'impression générale est que ce cru est un peu moins dans l'énergie que le premier. Cela débute tout de même fort et c'est toujours un plaisir d'entendre les deux instruments se compléter à merveille pour faire tourner les bourrées comme on les aime... Naturellement les bourrées alternent avec les danses de couple et tout cela nous amène à une très belle plage avec Stefano Valla en invité, tout à fait à l'aise sur une mazurka auvergnate puis, échange de bon procédé impose, encore plus à même de donner libre court à son jeu de piffero ornementé sur une polka des Quatre Provinces... Mais par la suite l'énergie flanche un petit je ne sais quoi fait que certaines cadences se traînent un peu malgré des tempos adéquat et une cadence pourtant bien servie par la technique violonistique... Je ne serai par ailleurs pas le seul à regretter que Basile s'en tienne à l'archet et ne donne pas un peu de la voix... Mais je fais la fine bouche car notre duo demeure tout de même un must sur ce type de répertoire... Et comme l'album est produit par AEPEM, inutile de vous préciser que toutes les sources des mélodies figurent dans le livret

(1) avec un répertoire différent du premier, il ne s'agit pas d'une version live de celui-ci. Je viens de me rendre compte à la relecture de ma phrase que ce n'était pas forcément évident aussi je crois bon de le préciser pour lever toute ambiguïté...

(2) même si, entre temps, ils ont enregistré en quartet l'excellent album Tres

AEPEM : http://www.aepem.com

Rappels : voir à partir de leur premier album:


Griff Trio
"Yoraré"

J'avais eu le plaisir de chroniquer le premier album de ce groupe dans Trad. Magazine et je leur avais même attribué les Bravos après quelques hésitations car, comme je l'écrivais alors, on sentait qu'ils étaient capables de mieux. C'est d'ailleurs l'impression que j'ai eu en écoutant certains albums suivants de Remi, mais j'avoue avoir raté quelques épisodes de l'aventure Griff et je les retrouve donc aujourd'hui dans une version épurée en un trio et pour laquelle je n'hésiterais pas un instant à attribuer les Bravos tant tout cela fonctionne parfaitement. Ses albums précédents (du moins ceux que j'ai entendu) montrent que Remi est un musicien en recherche permanente, ce qui, naturellement, produit des résultats parfois inégaux, mais ici tout a trouvé sa place, signe d'une certaine maturité qui, ce n'est pas un hasard, correspond à un recentrage de sa part sur le répertoire belge (1). Le groupe est donc maintenant un trio, de trois cornemuseux-flûtistes et chanteurs presque interchangeables (Remi Decker, Raphaël De Cock et Colin Deru qui remplace désormais Birgit Bornauw), et l'album tourne autour de ces trois pôles : si nos trois compères sont d'abord des joueurs de cornemuse d'excellent niveau, ils démontrent également être de très bons chanteurs et les plages chantées occupent une bonne place dans l'album. Mais l'originalité première de cet enregistrement réside dans le mariage de flûtes à bec (généralement graves) avec les sonorités des cornemuses : un mélange plutôt surprenant mais franchement très réussi et qu'ils déclinent de diverses manières : flûtes prenant plus ou moins la place des régulateurs du uillean pipe, ou, plus fréquemment soutenant une musette du centre. Le mélange des sonorités du uillean pipe et des musettes du centre n'est plus une nouveauté au sein de Griff et fonctionne désormais de manière très naturelle avec des sonorités qui parfois rappellent curieusement celles d'une zampogna italienne. J'émetterai juste deux réserves : d'une part l'usage des bourdons est vraiment très discret sur cet album. Et d'autre part, la plage jouée à trois muchosas risque de donner une piètre image de ce bel instrument. Mais pour le reste, encore bravo !...

(1) Recentrage déjà réalisé sur son duo précédent avec Marc Malempré, qui intervient d'ailleurs ici en invité, mais je dois avouer que je suis plus convaincu par les interprétations chantées du présent album que par celles du duo... Signalons également que, pour une fois, Homerecords se fend d'un vrai livret avec paroles et sources des collectages...

Rappels : voir à partir du premier album de Griff


Bohaires de Gasconha
"20 ans"

Les bohaires de Gasconha sont une association très dynamique (sous l'impulsion de son président Jean-Pascal Leriche qui réussit à fédérer les divers courants de ce petit monde, mais également grâce à de très actifs bénévoles (1) qui ne ménagent pas leur énergie pour faire aboutir des projets tels que cet enregistrement qui n'est pas le premier que l'association offre doublement à ses adhérents (plus de 200 !) : en leur permettant d'y participer en premier lieu et en joignant le CD à un numéro de leur bulletin par la suite (c'est donc un CD hors commerce offert aux adhérents de l'association).

Si pour certains projets précédents, les musiciens avaient proposé leurs enregistrements, pour celui-ci l'association a opté pour un enregistrement en live (excusez ce terme occitan...).

19 plages (une de plus cela aurait été mieux pour les 20 ans...) permettent d'écouter de la boha jouée en solo, en duo, en trio, en ensembles plus conséquents, en duo avec un violon, en quartet avec vielle ou en groupe plus "folk" avec guitare et batterie.

La plupart de ces19 plages sont d'un très bon niveau (surtout si l'on considère les conditions d'enregistrement en une seule soirée avec groupes multiples) et j'avoue que mes préférées vont du côté des effectifs réduits où les cadences sont les plus belles, ce qui demeure fondamental pour ce type de répertoire.

Notons qu'aucune plage ne cherche à faire dans le moderne ou l'expérimental, il ne s'agit donc pas d'un tour d'horizon des pratiques actuelles de l'instrument, mais cela n'était pas l'objectif du projet...

(1) citons ici Robert Matta à la prise de son et mixage et Frédéric Vigouroux qui oeuvre à la mise en page de tous les projets de l'assocition et à d'autres encore...

Contact : http://www.bohaires.fr

Rappels : voir à partir de "Bohas Bohaires"


Aranis
"Made in Belgium II"

Je vous avais déjà signalé la sortie un précédent album de ce sextet belge, très brièvement car c'était au moment où j'avais l'intention de me limiter à la présentation des sorties d'album sans commentaire personnel... A la première écoute de ce nouvel opus (le sixième de ce groupe, tout de même), je l'ai ressenti comme un album essentiellement jazz , avec pas mal de passages un peu heurtés, donc trop éloigné du milieu trad. pour que je vous développe davantage. Mais à la seconde écoute de cette musique purement acoustique (comme toujours chez Homerecords), finalement bien plus mélodique que je ne l'avais ressenti au premier abord, j'ai revu mes projets car, finalement, les ambiances de cet album sont-elles si différentes de celles de celui de Didier Laloy et Cathy Adam sorti quelques jours plus tard chez le même éditeur et dont personne ne me reprochera de vous entretenir bientôt puisque Didier est estampillé comme faisant partie de notre milieu. Et puis, en cherchant bien il y a une accordéoniste au sein d'Aranis, chromatique certes, qui nous la joue même un peu tango sur une plage. Je pourrais également arguer que le dernier morceau est signé par Aurélie Dorzée, mais, surtout, je pense que parmi ceux qui lisent mes chroniques, même s'ils sont issus du milieu trad. pour la plupart, il doit en être un certain nombre ouverts à d'autres horizons voisins et sensibles à ces coups d'archets de contrebasse ou d'alto et à bien d'autres couleurs de cette musique

Homerecords http://www.homerecords.be

Rappel : Songs from mirage (2009)

Voir discographie plus complète ici : http://www.aranis.be/fr/group.html


 

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