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Jean-Luc Matte

Les chroniques CD écrites pour Trad. Magazine
(17/20 Allemagne-Autriche)

De 1991 à 2009, j'ai rédigé diverses chroniques dans le revue Trad. Magazine que cette revue m'a autorisé à vous mettre en ligne. Les date de parution sont citées, mais ces textes ont été écrits au minimum deux mois auparavant et parfois jusqu'à plus d'un an...

Tout ceci était indépendant des chroniques que j'ai rédigé pour mes infosmumuses, mais pour cette mise en ligne, je ne me prive pas de mettre des renvois des unes vers les autres .... 

Attention, les coordonnées et liens mentionnés sont généralement celles à la date de la chronique et ont pu évoluer depuis, n'hésitez pas à me signaler les mises à jour...

Kaikai
"Das Kalte Herz"

Durée 68'30
http://kaikai-music.de
Jochen Essrich - Flurstrasse 17 - D-72226 Simmersfeld-Beuren

Les groupes allemands n'ont, à priori, pas trop la cote en France et c'est parfois dommage. Faute de tradition proche nos voisins ont le choix entre reconstituer un folklore médiéval ou emprunter aux traditions d'autres régions. C'est ce dernier parti qu'à choisi Kaikai et on retrouvera sur cet album des sonorités de musette du centre, des ambiances dites celtiques et d'autres plutôt musiques de film, voire classiques et jazz. Ce genre de mélange n'est en général pas vraiment ma tasse de thé, mais ici tout est parfaitement interprété avec feeling et émotion et on est loin de certains collages-imitations gratuits façon compil world : Kaikai et ses nombreux invités ont visiblement digéré toutes ces influences. Signalons, de plus, de judicieux choix et mélanges instrumentaux du type basson et accordéon diatonique.

Jean-Luc Matte (paru dans le n°73 sept-oct 2000)


Cornemuse Consort Coelln
"Zeitgleich"

Recommandé Trad. Magazine

Si vous considérez que seuls les Berrichons et les Bourbonnais de souche seront jamais capables de bien jouer de la 16 ou de la 20 pouces, vous pouvez passer à la chronique suivante. Si vous avez moins de préjugés, je vous conseille l'écoute de CD venu d'outre-Rhin qui vous confortera dans l'idée que ceux qui viennent de nous quitter pour passer à la suite ont définitivement tort. D'ailleurs, depuis les années 70 où B. Blanc et R. Dubois ont travaillé ensemble, musettes du Centre et cornemuses flamandes partagent les mêmes caractéristiques sonores…D'accord le rythme de leur suite de bourrées n'est pas parfait et "Le plus bel âge" méritait un peu plus de syncope, mais pour le reste, cet ensemble de 13 sonneurs montre une maîtrise de l'instrument assez impressionnante, en particulier au niveau de la justesse, tant dans les unissons (on n'entend "qu'une seule tête") que dans les harmonies complexes. Leur répertoire est assez éclectique, mêlant airs de danses (dans des arrangements toujours soignés) et transpositions de classiques (Bach, Ciconia, Boismortier ou Colinet…). Ils ont également eu la bonne idée de ne pas tout jouer en grand ensemble et font se succéder diverses formules, généralement à trois voix, laissant parfois une vielle, une contrebasse ou une discrète percussion accompagner les cornemuses. Un excellent enregistrement qui montre que J. Blanchard a fait des émules outre-Rhin (jeu très propre sans ornements individuels) quoique d'après le livret ce soit plutôt J.P. Van Hees qui ait influencé ce groupe.

Jean-Luc Matte (paru dans le n°77 mai-juin 2001)


Cornemuse Consort Coelln
"Schnapp Schlag"

 

Durée : 47'57
Ruprecht Niepold
Av. des Azalées 48
B-1030 Bruxelles Belgique

Recommandé Trad. Magazine

Voici un ensemble de musettes du Centre (ou plutôt de cornemuses à perces Blanc-Dubois puisque certaines sont d'esthétique flamande) qui se place résolument dans la lignée d'ensembles tels la déjà mythique Grande Bande ou l'actuelle Fraternelle, c'est-à-dire parmi les ensembles suffisamment nombreux (14) pour pouvoir travailler par pupitres, à plusieurs cornemuses par voix. Ce ne sont d'ailleurs pas des nouveaux venus puisque leur premier CD était déjà très intéressant (cf T.M. n°xxx). Petit clin d'œil, celui-ci débute par… une vielle solo…mais la suite est quasiment du pur cornemuses avec seulement quelques percussions discrètes et imaginatives (seule la plage 12 est un peu lourde de ce point de vue) et un peu de basse de temps à autre, tout aussi discrète heureusement. Bien malin qui, à l'écoute, pourrait deviner qu'il s'agit d'un ensemble allemand tant ils se placent dans l'esprit des ensembles cités ci-dessus, y compris dans le répertoire qui puise à des sources variées avec quelques trads de par chez nous, quelques désormais classiques de Mic Baudimant, ou Jean Blanchard et d'autres compositions puisées à diverses bonnes sources françaises, belges ou allemandes. Seule une plage chantée (et fort bien), nous rappelle que nous sommes en pays germanique… La prise de son qui présente une bonne définition et des bourdons bien dosés, permet d'apprécier un jeu d'ensemble très propre, avec juste ce qu'il faut d'imperfections dans l'accord pour conserver du relief et un indispensable côté humain… Les airs lents sont bien sentis et je regrette juste qu'ils soient un peu trop majoritaires, comme si le groupe avait peur de se lancer dans des morceaux plus pêchus ou de faire vraiment balancer ceux qui pourraient l'être (l'original boogie de la plage 3 aurait mérité plus de swing…). On peut regretter également qu'il n'y ait que deux plages montées en suites de mélodies (dont une reprenant une suite bien connue…). Mais je fais la fine bouche en détaillant ces critiques alors que l'ensemble est d'excellente facture : c'est juste histoire de pouvoir leur décerner les bravos à leur prochain opus… En attendant, amateurs d'ensembles de cornemuses, ne passez pas à côté de cet enregistrement…

Jean-Luc Matte (paru dans le n°110 de nov-dec. 2006)


"Sackpfeifen in Schwaben"
Rencontres internationales de cornemuses à Balingen, nov. 97

A commander à Haus der Volkskunst, Ebingerstrasse 56, 72336 Balingen, Allemagne 33DM+7DM de port.
http://www.schwaben-kultur.de

J'ai relaté dans un numéro précédant, les rencontres européennes de cornemuses qui se sont tenues à Balingen (Allemagne) du 8-9 nov 1997. Les courageux organisateurs de cette manifestation (voir également à la rubrique livres) avaient confié à Wolf Dietrich le soin d'enregistrer les divers concerts afin de produire un CD. Si je suis personnellement assez allergique aux très commerciaux CD compilation qui reprennent telles quelles des plages d'autres CD, j'aime assez les enregistrements de ce type, réalisés lors de festivals ou de rencontres et qui, à condition qu'ils soient réalisés avec les moyens adéquats, nous offrent d'une part la chaleur du jeu en public (même si, ici, certains groupes ont du être enregistrés hors concert et si les applaudissement ont été " nettoyés ") et, d'autre part, l'occasion d'entendre, aux côtés d'artistes chevronnés tel R. Butler ou G. Hervieux, des musiciens qui n'ont pas encore enregistré ou dont les disques sont difficilement trouvables en France. C'est par exemple ici le cas, entre autres, des excellents musiciens moldaves, slovaques et croates. Bien entendu le niveau est parfois hétérogène mais c'est également le cas de nombreux autres CD, peu de groupes étant capables d'assurer 50 à 70mn en restant au meilleur niveau. Le livret n'a pas été négligé, chacun des 18 groupes a droit à une page avec descriptif, photo, titres des morceaux, nom des musiciens et des instruments. Je suis plus réservé sur le contenu des textes (en allemand) : pourquoi mettre en avant l'hypothèse de l'origine celte de la cornemuse alors que cette théorie grand-public n'a jamais été retenue par aucun historien sérieux de l'instrument ? Plus grave : la présence de la cornemuse en Espagne est limitée à la Galice alors que l'instrument est traditionnellement présent aux Asturies, en Castille, en Cantabrie, en Aragon, en Catalogne et aux îles Baléares. Il est dommage de prendre la peine de faire un livret conséquent et de laisser passer de telles bourdes. Que cette dernière critique ne vous détourne pas de ce CD (surtout si vous ne lisez pas l'allemand !) qui vaut le détour ne serait-ce que pour l'ensemble de launeddas sardes ou le jeu vibré à la poche de Duro Adamovic.

J.L. Matte (paru dans le n°58 mars-avril 1998)


Sackpfeifen in Schwaben 2000

Haus der Volkskunst D72336 Balingen
http://www.schwaben-kultur.de
Recommandé Trad. Magazine

En attendant le CD de l'édition 2003 (voir rubrique "Nous y étions") de ce festival qui a lieu tous les 3 ans seulement, voici l'album de celle de 2000 (1) Vous y croiserez certaines "pattes" connues : Eric Montbel, Richard Butler, Het Brabant Volksorchest (Hubert Boone) ou Arche (Pietro Ricci) mais également d'autres excellents musiciens dont les enregistrements sont moins faciles, voire impossibles à trouver en France : 19 types de cornemuses illustrés en 32 plages, de quoi faire déjà, sans se ruiner, un bon tour des sonorités variées de nos instruments à poches (ou sans poches dans le cas des launeddas…), de la Russie profonde aux "Borders" anglais, en passant par la Galice, la Roumanie, la Croatie, la Grèce, l'Allemagne etc…

(1) l'édition 1997 avait déjà donné lieu à un premier CD sur lequel on retrouve pour partie les mêmes interprètes.

Jean-Luc Matte (paru dans le n°96 juillet-août 2005)


Sackpfeifen in Schwaben 2003

Durée : 74'04
Haus der Volkskunst D72336 Balingen
http://www.schwaben-kultur.de

Comme pour les deux éditions précédentes de ce très sympathique festival de cornemuse en Souabe (Allemagne), celui de 2003 a donné lieu à un CD permettant d'entendre sur une plage au moins chacun des 19 groupes présents, venus de 16 nations différentes (cf chronique in TM n°96 pour l'édition 2000). Si l'intérêt de ces CD s'émousse un peu au fil du temps pour qui possède les premiers (une majorité des groupes étant réinvités d'une édition à l'autre), chacun permet tout de même de faire un intéressant tour d'Europe des tuyaux à poches, tout en enregistrements originaux et avec des musiciens dont la plupart sont réputés ou mériteraient de l'être : de Richard Butler aux galiciens de "Xistra de Coruxo" (un peu desservis par l'enregistrement ici) en passant par Hervieux-Mahé (biniou-bombarde et orgue) ou les sardes de "Cuncordia a Launeddas". Les musettes du Centre sont représentées pour la seconde fois par Eric Montbel mais cette fois-ci, contrairement à ce qui laisse apparaître la photo du livret, ce n'est pas avec Le jardin des mystères mais dans un trio avec Laurence Charier et Yvon Bayer, trio dont c'était alors une des premières apparition sur scène ce qui explique un jeu pas encore complètement intériorisé. Mais finalement, ce que je regrette le plus, c'est qu'un CD soit incapable de rendre l'atmosphère unique de ce festival.. alors, rendez-vous sur place en 2006 ?

Jean-Luc Matte (paru dans le n°98 nov-dec. 2005)


Jugendvolkstanzmusik Frommern
"Ich bin musikante und komm aus Schwabenland"
(1)

Durée : 53'37
http://www.volkstanzgruppe.de

Ce groupe de jeunes musiciens fait partie de l'association qui organise régulièrement le festival de cornemuses de Balingen, mais c'est très loin d'être leur seule activité, comme en témoigne ce CD consacré aux chants d'enfants traditionnels collectés dans leur région (la Souabe, juste de l'autre côté de la Forêt Noire). Pas de doute, dès les premières seconde on situe bien en Allemagne. L'interprétation, tant chantée qu'instrumentale (violons, harpe, contrebasse, accordéon, vielle, cornemuse etc…) est, dans l'ensemble, d'un bon niveau technique mais vise visiblement un but pédagogique d'où une certaine application : on aimerait parfois un peu plus de vie, de spontanéité. Le livret donne toutes les paroles ainsi que des propositions pédagogiques (en allemand naturellement). La diction étant très bonne, pourquoi ne pas utiliser ce CD dans les classes primaires françaises ou s'apprend l'allemand (à l'exception des quatre chants qui utilisent la langue régionale naturellement…) ?

Jean-Luc Matte (paru dans le n°99 de janv-fevrier 2005)

(1) Je suis musicien et je viens de Souabe

Rappels : cf ci-dessus les CD du festival de Balingen et chronique ci-dessous


Volkstanzgruppe Frommern
"Schwäbische Dänz II"

Durée : 37'15
http://www.volkstanzgruppe.de
Recommandé Trad. Magazine

J'ai entendu ces musiciens amateurs allemands pour la première fois en 1997 lors du festival de Balingen dont ils sont les organisateurs. S'ils avaient alors quelques défauts de jeunesse et une maîtrise parfois encore incomplète de leurs instruments, force est de constater avec cet enregistrement qu'ils ont acquis depuis la maturité musicale qui leur manquait alors. Si la moyenne d'âge est plutôt jeune, leur association ne l'est pas et ils réenregistrent ici le répertoire que leurs aînés avaient gravé dans le vinyle. Leur style de jeu traduit bien leur intérêt pour la danse (ils sont également organisateurs de nombreux stages) et, sous la pulsation de la contrebasse, flûtes diverses, diatoniques, cornemuses à anches simples ou doubles, violons sans oublier les parties chantées, incitent franchement à la danse, sur des tempos qui savent ne pas s'emballer. Le style général est indéniablement allemand mais d'une veine paradoxalement peu courante, sans lourdeur, plutôt influencée par le jeu des ensembles de Bohême (ceux du moins qui ont échappé aux cuivres et gardé les dudys). A découvrir et à encourager.

Jean-Luc Matte (paru dans le n°95 mai-juin 2005)


Ralf Gehler
"Up blassen de lulleken pipe"

Durée : 42' 52
Autoprod. R. Gehler, Obotritenring 153, D-19053 Schwerin Allemagne
Recommandé Trad. Mag.

Lorsque l'on a un beau jeu soliste, pourquoi le cacher ? C'est-ce que semble dire Ralf Gehler dans la première plage de ce CD : une cornemuse "flamande" en solo, un jeu posé, ce qu'il faut d'ornements et de vibrés pour obtenir une belle sonorité sans surcharger. C'est tout juste si l'on ne trouverait pas superflu la seconde voix qu'il ajoute (merci au multi-pistes) à la troisième reprise seulement. Voilà un cornemuseux qui sait jouer, qui sait faire vivre une mélodie. S'il est encore inconnu en France c'est qu'il vit à Schwerin, tout au nord de l'Allemagne (ex RDA) où il poursuit des recherches sur histoire et traditions musicales locales. Ces dernières lui ont d'ailleurs fourni la plupart des mélodies enregistrées ici, presque toutes superbes et susceptibles de vous faire réviser votre jugement sur le répertoire germanique. Outre les cornemuses "flamandes" (je mets des guillemets car il s'agit de cornemuses de perce Blanc-Dubois similaire à nos 16 pouces et autres musettes du centre modernes) Ralf interprète quelques plages au säckpipa suédois (Schwerin est proche de la Baltique) et chante également à l'occasion. Il a su se faire accompagner lorsque nécessaire et pour varier les sonorités par violon, vielle, violoncelle etc…Bref un CD au sein duquel rien n'est à jeter et qui me rend déjà impatient d'entendre le second qu'il prépare déjà avec son nouveau trio.

Jean-Luc Matte (paru dans le n° 81 janv-fev 2002)


Vinkoop
"Musik im Fahrwasser der Hanse"

Durée : 30'24
Autoprod. ralf.gehler suivi de @freenet.de
Recommandé Trad. Magazine

Wolfgang Meyering
"Malbrook"

.
Le même CD existe sous deux pochettes, celle de gauche est celle de l'autoproduction et celle de droite résultant de sa distribution

Durée : 30'24
http://www.malbrook.de
Recommandé Trad. Magazine

Ralf Gehler est un musicien de la région côtière de Mecklenbourg, au nord-est de l'Allemagne et j'ai déjà eu l'occasion de vous entretenir de son premier CD (TM 81).

Il récidive ici au sein d'une formation différente : cornemuse, harpe (Merit Zloch) et vielle (Hans Hegner). S'il effectue des recherches en archives sur les traditions de sa région (voir ses publications, dont une petite sur la cornemuse), l'absence de références suffisamment précises sur les cornemuses de cette région et, surtout, leur style de jeu l'a poussé à s'intéresser à d'autres traditions mieux préservées et, regardant tant au sud qu'au nord, il utilise et s'inspire du jeu des cornemuses actuelles franco-belge ainsi que du säckpipa suédois (il joue également de la moraharpa). On retrouve donc ces deux types de cornemuses sur ce CD, ces deux styles musicaux également, adaptés à un répertoire principalement retrouvé dans de vieux documents. Musicien à la technique éprouvée et à la belle sensibilité, de même que ses deux acolytes, il nous offre un CD tout à fait intéressant et attachant.

Si le nom de Ralf Gehler n'apparaît qu'en petit dans la liste des 15 musiciens intervenant sur le CD du chanteur multi-instrumentiste Wolfgang Meyering (ainsi que celui de la harpiste Merit Zloch), le CD de ce dernier est de la même inspiration que celui de Vinkoop, quoiqu'un peu plus moderne et davantage influencé par les traditions nordiques, mais toujours sur du répertoire traditionnel ou de composition et le résultat est tout aussi réussi.

Deux CD à conseiller à ceux qui ont encore des idées trop caricaturales sur les productions trads. d'outre-Rhin… histoire de leur faire changer d'avis…

Jean-Luc Matte (paru dans le n°95 mai-juin 2005)


Ralf Gehler
"Up Frien Foten… 1992-2002"

 

Autoprod. ralf.gehler suivi de @freenet.de
Durée : 48'53
Recommandé Trad. Magazine

Je vous ai déjà présenté plusieurs CD de cet allemand de la Baltique, dont le jeu de cornemuse flamande n'a pas grand chose à envier à celui des meilleurs sonneurs belges ou français et qui touche également de façon heureuse au säckpipa suédois. On a pu le voir également l'été dernier à St-Chartier où il exposait… des instruments à cordes. Ce CD est un retour en arrière sur dix ans de pratique au sein de divers groupes où il tint généralement la place de leader et dont certains seulement avaient fait l'objet d'un CD. Il s'agit donc d'une compilation d'inédits et les mauvaises langues pourraient penser à un collage de fonds de tiroirs si tout cela n'était parfaitement enregistré (curieux, d'ailleurs, contrairement à ce qu'annonce le titre les enregistrements s'étalent de 1993 à 2003…) et, surtout, parfaitement joué. La diversité des formations (du solo au sextet), du répertoire (des traditionnels originaux, des compositions de Ralf mais également une reprise de J. Blanchard, une de Cliff Stapleton etc…) ainsi que des arrangements simples mais efficaces font de tout cela un CD hautement recommandable…

Jean-Luc Matte (paru dans le n°99 de janv-fevrier 2005)


Musica romana
"Symphonica panica"

 

Durée : 23'13
http://www.musica.romana.de
Recommandé Trad Magazine

Soyons clairs dès le départ, j'ai toujours eu énormément de réticence vis-à-vis des reconstitutions de tous ordres : fêtes médiévales, noces ou battages à l'ancienne resteront toujours, de mon point de vue, des spectacles, même dans les cas presque idéaux où leurs acteurs en sont les seuls spectateurs. Il en va de même pour les reconstitutions musicales : s'il est possible de reproduire des formes lorsque notre connaissance le permet, comment reproduire l'esprit du musicien et de l'auditeur de l'époque puisque la musique est vecteur d'émotions et que celles-ci ne sont pas dissociables de notre vécu. Malgré tous leurs efforts, les baroqueux ne donneront jamais, sur leurs instruments anciens, que des interprétations contemporaines, jouées par des musiciens bien actuels, pour des spectateurs qui le sont tout autant. Et que dire des reconstitutions musicales lorsque l'information n'est que lacunaire, lorsque l'on ne sait quasiment rien des styles de jeu de l'époque. Tout cela pour dire que si ce CD de musique antique a été pensé par une archéo-musicologue allemande Susanna Rühling (http://www.archaeologie.tg.ch), et que si un livret de 16 pages, en allemand, l'accompagne, c'est avec tout ce scepticisme que je l'ai abordé. Face aux absences d'information sur le style de jeu, trois possibilités sont offertes : faire le choix d'un jeu dépouillé, au risque de laisser penser que les musiciens de l'époque avait une technique rudimentaire (alors que l'émulation entre les musiciens antiques laisse penser, au contraire, que leur technique de jeu devrait être impressionnante) ou copier des styles de jeu élaborés usités par des musiciens traditionnels actuels, quitte à donner des couleurs à la musique reconstituée sans rapport avec celles de l'époque et quitte à passer à côté de l'originalité probable des couleurs musicales originales et, malheureusement, certainement à jamais perdues. La troisième voix se situe du côté de la création : mais prétendre réinventer les éléments perdus est une attitude bien ambitieuse car qui pourrait se prévaloir d'assez d'imagination pour produire à lui seul l'équivalent de ce qu'une longue tradition a su créer… Comme je vous l'avais dit je suis donc sceptique sur ces reconstitutions. Reste que le présent CD, qui puise un peu dans ces trois possibilités en combinant l'approche de l'archéologue et celle de Ralf Gehler, musicien trad. actuel, luthier et ethnomusicologue, est une belle réussite sur le plan musical et que je ne me lasse guère de l'écouter. Si les techniques de jeu sont souvent simples, elles ne sont jamais naïves et l'émotion passe tout de même au travers de ce dépouillement. Excusez-moi d'avoir été aussi long (contrairement au CD) pour ne vous en dire que cela…

Jean-Luc Matte (paru dans le n°110 de nov-dec. 2006)

Rappel : en 2009, Musica Romana préparait son second CD sur lequel on devrait pouvoir entendre leur reconstitution d'un orgue hydraulique


Kwart
"Over Stag"

Durée : 50'58
Ref :TOT 23059
Emmuty Records Bernakasteler Str.5 D-53175 Bonn Allemagne http://www.emmuty.de
Recommandé Trad. Magazine

Ralf Gehler est décidemment un musicien productif, nous offrant un nouveau CD quasiment chaque année en ce moment, avec des complices généralement différents et c'est toujours avec plaisir que je vous en entretiens car la qualité augmente d'album en album. Rappelons à ceux qui n'ont pas suivi les épisodes précédents que Ralf nous vient de Schwerin, à une centaine de km à l'est d'Hambourg et que cette région (Meklenburg) est ses alentours constituent son terrain d'enquête en tant qu'ethomusicologue. Il est également multi-instrumentiste (ici aux cornemuses, moraharpa, guimbarde…), facteur d'instruments (déjà présent à St-Chartier), organisateur de stages et autres événements. Il nous offre ici, en trio avec une violoniste et une percussionniste (également chanteuse principale), un album inspiré des traditions maritimes de la mer du nord et de la Baltique. Si j'utilise le terme inspiré c'est que le répertoire mêle de vrais traditionnels, des textes d'auteurs mis en musique et des compositions du groupe et que quelques alibis permettent de caser un air galicien ou une polka wallonne. Mais le livret explique toujours clairement les origines de chaque morceau. L'interprétation, dans un style souvent d'influence scandinave, est, à l'image de ce sympathique trio et du joli livret : tout à la fois sérieuse, inventive et décontractée..

Jean-Luc Matte (paru dans le N°120, juillet-août. 2008)


Bilwesz
"Hardigatti !"

Durée : 51'16
Extraplatte http://www.extraplatte.at
Bravos Trad. Magazine

Ne vous fiez pas à sa dégaine, ni au fait qu'il soit autrichien (un pays pas franchement réputé pour ses vielleux…) ou que sa vielle ait un son plutôt rustique : Simon Wascher est tout de même le lauréat du concours soliste de St-Chartier 2003 après avoir été second en 1997 derrière Laurence Pinchemaille et second également en 2002… derrière personne ainsi que " Mention spéciale du jury pour la qualité humoristique de leur prestation " en duo la même année avec un de ses compatriotes…. Il joue actuellement essentiellement en duo avec la jeune allemande Merit Zloch qui pratique la harpe non pas celtique mais de Bohême, revitalisant ainsi une pratique traditionnelle aussi méconnue qu'intéressante, notamment sur le plan rythmique en accompagnement. Ils se sont, bien entendu, présenté en duo à St-Chartier et ont décroché un second prix en 2003. Ils ont enregistré ce CD assez original avec trois amis dont Mathias Branschke, un jeune joueur de cornemuses (type musette du Centre mais également säckpipa) très prometteur (j'ai pu constater six mois après cet enregistrement, qu'il avait encore bien progressé). Excepté une mazurka composée par Simon, tout leur répertoire est tiré de manuscrits anciens (depuis le XVIIème) et collectages du XIXème mais si leur interprétation a parfois des accents de musique baroque, elle est souvent actuelle, similaire à nos interprétations de musiques traditionnelles, par exemple dans la première plage (une belle mélodie exhumée par Ralf Gehler dans le nord de l'Allemagne et qui peut faire une bourrée à 2 temps que je n'ai pu me retenir d'apprendre…). Que mes références aux concours ci-dessus ne vous induisent pas en erreur : Simon ne la joue pas virtuose et ne se met pas souvent en avant : tout comme Merit, il passe au fil des arrangements de la voix principale à l'accompagnement … A découvrir !

Jean-Luc Matte (paru dans le n°100 mars-avril 2005)


Bilwesz
"Spring"

Durée : 70'44
Emmuty records http://www.emuty.de
http://www.bilwesz.info
Recommandé Trad. Magazine

Second CD pour ce groupe germano-autrichien et si je ne leur décerne pas les Bravos comme pour le premier (cf. TM. N° 100), n'en déduisez pas qu'ils aient faibli entre temps, mais on ne peut pas récompenser toujours les mêmes ! Le duo de départ composé de Merit Zloch à la harpe de Bohême et de Simon Wascher à la vielle (lauréats en duo à St-Chartier), est devenu trio en intégrant officiellement le jeune cornemuseux Mathias Branschke, toujours aussi prometteur, d'autant que l'on sent qu'il dispose encore d'une marge de progression. Un quatrième larron, Jörg Mikula, vient soutenir le groupe de ses percussions sur quelques plages, le chien de la vielle et le jeu très syncopé de Merit assurant parfaitement la rythmique sur les autres : avec ou sans percussion, ça balance toujours bougrement bien ! Comme pour le premier opus, le répertoire est essentiellement constitué de traditionnels tirés de recueils germaniques anciens, traités dans un style trad. tout à fait actuel et si la première écoute peut donner l'impression que le premier CD contenait davantage de perles rares, les auditions suivantes viennent démentir cette impression un peu hâtive et l'envie vient rapidement de jouer soi-même certaines de ces belles mélodies traitées en valses, polkas scottischs etc. qui, s'il en est encore besoin (car je l'ai déjà écrit pour d'autres CD allemands), vous feront revoir vos préjugés sur la musique traditionnelle d'Allemagne et environs…Mon seul petit regret est un mixage laissant parfois la vielle un peu trop en retrait, ce qui est d'autant plus surprenant que la prise de son (excellente par ailleurs) a été assurée par le vielleux autrichien Matthias Loibner. Compte tenu des délais d'édition, cette chronique paraîtra après Saint-Chartier et c'est dommage car Bilwesz y est, en principe, activement présent chaque année…

Jean-Luc Matte (paru dans le n°109 de sept-oct 2006)

Rappels: Simon Wascher en 2010 dans le trio Schikaneders Jugend album "Lyranten
Popmusic zu Haydns Zeiten" : cliquer sur la pochette pour lire la présentation :

et au sein du Tanz'duo Haertel-Wascher en 2012


Merit Zloch
"Urban Legends"

Durée : 47'06
Autoproduction http://www.meritzloch.net 0049 (0) 3834-594230
Ref : CD 07-11-1
Bravos Trad. Magazine

Je vous ai déjà parlé de la harpiste allemande Merit Zloch, à l'occasion de ses deux Cds en duo avec le vielleux autrichien Simon Wascher (duo Bilwesz, cf TM 100 (Bravo) et TM 109 ). Elle nous offre ici un album plus personnel, invitant tout de même quelques amis au fil des plages : Simon, naturellement, mais également le jeune et doué cornemuseux Mathias Branschke ou son frère harpiste Florian. Merit s'est inspirée de plusieurs traditions pour élaborer son style personnel de harpe "diatonique" avec un résultat original : des sonorités et un swing qui diffèrent notablement de ce que l'on peut entendre par ailleurs en matière de harpe. Pas grand chose à voir, par exemple, avec la harpe classique ou celtique : des sonorités moins cristallines, un touché plus nerveux souvent en légère syncope qui rappelle, par moment, certains jeux sud-américains. Et comme la majorité des mélodies sont de sa composition, celles ci mettent souvent en valeur ces traits caractéristiques, sans, toutefois verser dans le systématique ou les effets gratuits. Si vous trouvez que les CDs de musique trad ont tendance à tous ressembler à des choses déjà parues, écoutez celui-ci.

Jean-Luc Matte (paru dans le N°121, sept-oct. 2008)

Rappels : Merit joue également dans deux autres CD chroniqués ci-dessus : Malbrook et Musica Romana


Budweis - Wunderlich
"Frisbee Rhodopsko"

Durée : 49'39
Autoprod. http://www.budweis-wunderlich.de
Recommandé Trad Magazine

Amateurs de diatoniques, Jan Budweis est indéniablement un accordéoniste à connaître et je pense que ce CD n'est qu'un début. Formé à l'exigeante école du bandonéon, il est passé au diato et il possède un toucher tout en finesse que j'apprécie beaucoup. Il est ici en duo avec Bettina Wunderlich à la flûte traversière et si je dois avouer que cet instrument, dans sa version métallique Boehm, n'est pas vraiment un de mes instruments préférés, ce CD le fait vraiment remonter dans mon estime tant Bettina démontre que cette flûte est capable de bien des rôles à l'intérieur d'un duo, avec une sonorité ample qui lui permet de sortir d'un simple rôle de soliste. Saluons au passage l'excellente prise de son et un mixage qui place flûte et main droite de l'accordéon de chaque côté et les accords au centre, ce qui permet une écoute analytique très confortable sans perturber l'impression d'ensemble et souligne la belle indépendance des deux mains de l'accordéoniste (le duo est, en fait, un trio). Si leur répertoire est un peu touche-à-tout, des rythmes impairs de l'est aux bourrées à 2 temps en passant par la polska, sur des mélodies traditionnelles ou composées par leurs soins, ce qui peut faire craindre le pire, ils ont suffisamment de talent et de personnalité pour donner une cohérence à l'ensemble et ils se gardent bien de jouer le registre de l'imitation. Un seul reproche, dont on ne leur tiendra pas rigueur : avoir pris la bourrée à Berot (Dominique Forges) pour un traditionnel.

Jean-Luc Matte (paru dans le n°100 mars-avril 2005)


Cassard
"Pengobilo"

Durée : 59'32
Le site du groupe: http://www.duocassard.de
Klang Welten Records http://www.klangwelten.com
Ref : KW 20037
Bravos Trad. Magazine

Je l'avoue je ne connais pas le groupe " La Marmotte " d'où proviennent ces deux musiciens allemands et pourtant leur deux CDs ont été chroniqués dans T.M. et une bourrée d'eux figure même sur le CD " Bal à la maison ". Il faudra que je répare rapidement cette lacune car le présent opus est vraiment une réussite, avec deux musiciens qui allient technique et sensibilité dans un style musical visiblement très influencé par le trad. français (plusieurs compositions dont l'esprit, l'arrangement, la prise de son et/ou le jeu de cornemuse rappellent fortement certains enregistrements d'Eric Montbel). Certains leur reprocheront peut-être un éclectisme qui les fait passer, sans complexe du répertoire Centre-France à une suite d'andro, une plage bombarde et orgue ou une schottisch suédoise, mais à l'image de la première plage, magnifiquement chantée en français avec juste ce qu'il faut de pointe d'accent, tout cela est, à chaque fois, tellement senti et interprété (voire composé) dans l'esprit adéquat que leur gourmandise musicale est toute excusée.

Jean-Luc Matte (paru dans le N°122, nov-dec 2008)

Rappel :second album en 2011 : Bukalemun


ADDENDA

Tant qu'à citer des CDs allemands et autrichiens, qui restent peu connus en France, en voici encore quelques-uns, indépendamment des chroniques Trad. Magazine cette fois-ci :

 

Horst Grimm interprète Il libro della Sordellina (Savona 1600) de Giovanni Lorenzo Baldano (1576-1660) : Horst Grimm a reconstitué la sourdeline renaissance (le modèle simple sans clef), cornemuse polyphonique connue par quelques textes et gravures et interprète des pièces d'un recueil de tablatures italiennes pour cet instrument. Une cornemuse inédite dans un répertoire qui l'est tout autant et, plus généralement, dans un type de musique (16ème) où on n'a pas l'habitude de l'entendre.

Photo du livret : Horst Grimm devant l'une des gravure représentant l'instrument :

Ed. Verlag der Spielleute http://www.spielleute.de

Rappel : Horst Grimm au sein de Alabaätsch sur ces 33 tours : "Höllendreher" et "Scharaffenland"

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BordunMusik-Fest Kremsmünster -Musik mit Dudelsack und Drehleier : divers groupes enregistrés au festival de Kremmsmünster 1997 : Var e Vares (F), Die Rundgeiger (A), Julie Murphy et Nigel Eaton(GB), Deishovida (A), Kremmsmünsterer Bock (A), Florianer Tanslgeiger (A), Blowzabella (GB).

Ed AKREA à Linz

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ULMAN "Acoustic power" Rum Records 1996 (on se souvient d'un concert très réussi à St-Chartier, ce CD, sorti à l'époque, correspond au répertoire de ce concert...)


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