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Jean-Luc Matte
Infos mumuses

Chroniques CD
(3/16)

De temps à autre, l'un ou l'autre d'entre vous me fait parvenir son CD (y compris des démos) afin que j'en parle plus en détail dans mes infos, voici les chroniques ainsi rédigées depuis début 2004 (Tout ceci est indépendant des chroniques que je rédige pour Trad. Magazine).... 


Boris Trouplin

"Troisième souffle"

Le nom de Boris Trouplin est certainement moins connu que celui de son groupe " Minuit Guibolles " mais la parution de ce CD va certainement faire évoluer les choses. C'est en effet une sorte de carte de visite que s'offre (et nous offre (1) ) Boris et même la pochette, originale et réussie, est dans l'esprit, avec un côté un peu " hors commerce ".

Il y a des cartes de visite qui cherchent à en mettre plein la vue, ce n'est pas le cas ici et tout commence plutôt tranquillement par une suite de plages à la 20 pouces solo qui permettent d'apprécier le jeu de Boris sur cet instrument d'une part, et ses compositions d'autres part (que l'on appréciera davantage d'ailleurs aux écoutes suivantes, une fois les mélodies déjà dans un coin de la mémoire). Le passage de la musette du centre à la veuze au milieu de la troisième plage permet de constater que Boris distingue bien les deux types de cornemuses et pratique un style très différent sur chacune (avec des ornements davantage tiré du jeu de bagpipe sur la veuze, ce qui est courant aujourd'hui sur cet instrument). Mais ce CD n'est pas qu'un CD de cornemuse, Boris s'y fait entendre également au steel-drum (qu'il pratique déjà dans " Minuit Guibolles "), chante honnêtement sur une plage et dit un de ses textes, audacieusement rimé, sur une autre. Le CD n'est pas non plus entièrement soliste, différents amis (2) ayant été invités mais tous restent relativement en retrait, laissant la parole au maître de céans. Il doit y avoir également quelques recours au multipistes (re-recording) mais tout cela reste discret… Si j'utilise l'image de la carte de visite pour présenter ce CD c'est également parce que Boris Trouplin y montre son goût pour différents styles, du solo de cornemuse plutôt trad. à des plages plus audacieuses mais suffisamment limitées au sein de l'ensemble pour ne pas trop heurter ceux qui ne supporteraient pas vraiment les harmonies un peu plus tendues ou des recherches de sonorités plus free… Voilà en tout cas le type de carte de visite qui ne finira pas à la poubelle !...

(1) même s'il vous faudra tout de même l'acheter, c'est un vrai CD, pas une démo…

(2) Cécile Légaré, Jim Penny, Joel Turk, Xavier Amblard, Pascal Seixas, Valentin Boraud, Vincent Chazot, Pascal Rivière, Arnaud Roi, Baltazar Montanaro.

Contact : Plein de Lunes 02-38-64-81 66 risboem suivi de @hotmail.com http://www.pleindelunes.info

Rappels :

Le suivant, dans la même veine "Pistes recyclables " est paru en juin 2012, voir la présentation ici

Minuit Guibolles CDMinuit Guibolles "...Ayé Na Donké.." (2002)

Minuit Guibolles "... et sous une fleur de verre..." (2005)

Voir également la chronique du Cd du groupe Boréale (2008)

et le suivant, "Golem" en 2010 :

Puis, en 2015 : "Ebène"

Et, enfin, en 2015, en duo avec Adrien Claranbaux : Multidelta


Echos des Mapuches
Chili

Echos de Mapuches Buda records

Les Mapuches (rebaptisés Araucans par les Espagnols lors de la conquête au XVIème siècle), sont les habitants les plus anciens du Chili, un peuple de culture différente de celle du reste des Andes, basée sur un chamanisme assez semblable à celui que l'on rencontre, par exemple en Sibérie. Ce n'est donc sans doute pas un hasard si ce CD sort chez Buda, l'éditeur d'une fameuse collection consacrée aux peuples de Sibérie.

Même si la culture Mapuche n'est pas exempte d'influences espagnoles, oubliez toutes vos idées reçues sur le musique sud-américaine : ce que vous pourrez entendre ici n'a rien à voir avec les musiques habituelles de ce continent. D'ailleurs je vous conseille de ne pas vous jeter sur le CD mais de lire tout d'abord le remarquable livret afin de faire connaissance avec ce peuple, son histoire, sa culture etc. puis seulement d'écouter les diverses plages en suivant les commentaires écrits qui présentent à la fois les circonstances de l'enregistrement (y compris météorologiques), les instruments (tambours et grelots de chamanes, trompes et, exceptionnellement accordéon), les musiciens et conteurs (qui s'expriment en langue mapuche naturellement) et, bien évidemment, le résumé des textes des chansons et des quelques contes.

Un beau document, pour oreilles un peu " ethnoaverties " tout de même, et un remarquable travail réalisé par Jacques Erwan qui complète même le livret par un rappel des dates principales de l'histoire des Mapuches, un petit glossaire et une bibliographie commentée.

http://www.budamusique.com


Renat Sette

"Solo - Chants de Haute-Provence a cappella"

Renat Sette

Si les CD instrumentaux solistes ont su se faire accepter (voir, notamment, la collection Cinq Planètes ou le CD de flûte Peule que je vous ai chroniqué récemment), les éditeurs restent timides lorsqu'il s'agit de publier un CD vocal purement soliste (a capella). Un autre Renat, Renat Jurié, en avait enregistré un en son temps, mais Silex l'avait fait réaccompagner par des instrumentistes (pas n'importe lesquels d'ailleurs), avant de l'éditer. L'AMTA nous a gratifié il y a quelques années du CD "Enfin seuls" de chants solo mais les chanteurs et chanteuses s'y relayaient, amenant ainsi la variété de leurs différents timbres de voix successifs. Commençons donc par saluer le présent éditeur (Buda) qui ose le pari de ce CD où ne se fait entendre que la voix de Renat Sette, juste appuyée, de temps à autre, par de discrètes percussions corporelles du chanteur (petits frappements de main par exemple).

Le provencal Renat Sette, passionné de chant traditionnel et de pavages tout aussi traditionnels (les calades) a indéniablement la carrure nécessaire pour soutenir un tel challenge : son chant est ample et il sait faire sonner sa voix, voire jouer sur les différents registres de celle-ci, sans cependant tomber dans le travers de ceux qui s'écoutent trop chanter. Il interprète ses traditionnels provençaux (ou occitans "provencalisés") avec une cadence tranquille, posée, mais au balancement bien senti (1). Un beau travail d'artisan, de la part d'un maçon qui ne manque pas de sens artistique…

 

(1) cadence d'ailleurs paradoxalement un peu moins convaincante sur une mélodie plus dansante comme "Diga Jeannette"…

http://www.renat-sette.com

http://www.budamusique.com

Rappel :

Patrick Vaillant, Renat Sette et Bijan Chemirani "Enamorada Madalena - Chants porvençaux de la religion populaire " L'empreinte digitale 1998)


Anghjula Potentini

"A lettera d'amore"

Anghjula Potentini chant traditionnel corse

Dans les années 70-80, les bacs des disquaires de l'hexagone (" du continent ") ne présentaient quasiment aucun enregistrement de musique traditionnelle corse. Puis vint la vague des années 90, véritable mode qui toucha le grand public et permis d'apprécier toutes les facettes musicales de cette culture : chansons militantes, polyphonies traditionnelles ou accompagnées etc… Le label Silex sortit même un CD titré " monophonies corses ". Nul ne se plaindra d'avoir ainsi pu avoir accès à ces musiques mais il faut bien reconnaître que tout phénomène de mode engendre un contrecoup et que certains ressentent aujourd'hui une certaine saturation vis-à-vis de ces musiques. Laissons ce malheureux sentiment au grand public et savourons ce CD qui devrait séduire même les plus blasés en la matière. Anghjula Potentini conjugue deux qualités essentielles à une bonne chanteuse (quelque soit le genre musical d'ailleurs) : d'une part une belle technique vocale, en l'occurrence basée sur les techniques et le style traditionnel corse et, d'autre part, une sincérité dans l'expression qui vous touche directement, qui évite à la technique de tourner à vide, qui donne tout leur sens aux paroles des chansons (essentiellement traditionnelles et traduites dans le livret). Pas de polyphonies ici (1) mais des accompagnements qui ne doivent sans doute pas grand-chose à la tradition corse mais qui savent soutenir le chant sans jamais l'étouffer, qui savent lui donner des couleurs supplémentaires sans jamais le dénaturer. On se surprend parfois à écouter pour eux-même les accents de la contrebasse, le jeu du violon ou de l'alto, les roulements de la marimba etc. La première plage est d'ailleurs une petite perle en la matière et, sans la lecture du livret, jamais je n'aurai deviné que le diatonique aux beaux accents que j'y entendais n'est, en fait, qu'un mélodica…

 

(1) à l'exception, notable, du Salve Regina, seul chant religieux de ce CD, interprété avec les chanteurs du groupe malheureusement encore peu connu Barbara Furtuna qui a fait un tabac aux rencontres de Socourt 2005 (voir photos sur http://musette.free.fr/festivals/so05barb.htm) et qui doit avoir également un CD à son actif.

Contact groupe : memoria.viva suivi de @wanadoo.fr

http://www.budamusique.com


Topanga !

Topanga

Voici un trio auquel je ne m'attendais pas, issu du hasard des rencontres entre animateurs de stages : Eric Montbel aux musettes du Centre et autres tuyaux d'une part, Bruno Le Tron et ses diatoniques d'autre part, Laurence Charrier, qui cultive depuis un certain temps divers jardins* avec Eric, venant soutenir cette rencontre par les accords de son harmonium (un vrai, avec ses soufflets à pédales, bien gros et lourd à transporter et non pas un quelconque clavier comme une vision trop rapide de la photo de couverture pourrait le laisser penser). N'écoutez pas ce CD sur un mauvais appareil, vous perdriez la magie de ces basses profondes et vous risqueriez de les prendre pour celles de l'accordéon tant les deux instrumentistes fondent intelligemment leurs anches libres…

Eric Montbel est, incontestablement parmi nos cornemuseux, celui dont le jeu a le plus de personnalité, celui dont la sonorité se reconnaît le plus facilement et c'est encore plus flagrant sur CD, du fait d'un certain choix de réverbération, désormais constant d'un album à l'autre, donnant ce son un peu lointain mais toujours parfaitement net. Mais il ne faudrait pas croire que son style ne tient qu'à un artifice et ce son immédiatement identifiable tient davantage encore à une articulation particulière des notes, mariant précision, attaques glissées, vibrés travaillés etc… Et lorsqu'il joue ses propres compositions, comme c'est le cas sur la plupart des titres de ce CD, se reconnaît, de plus, un style personnel d'écriture, mettant encore en valeur son style de jeu (et réciproquement). Soit, comme moi, vous êtes un inconditionnel et vous dégusterez cet album comme Proust sa fameuse madeleine (et oui, parce que depuis près de 30 ans que je l'écoute, cela commence à faire pas mal de souvenirs liés à ces musiques…), soit vous êtes insensibles et vous jugerez qu'il ne fait que " jouer du Montbel " mais dans ce cas tant pis pour vous, vous ne savez pas ce que vous perdez ! J'en oublierai presque de vous parler de Bruno Le Tron, naturellement plus souvent en accompagnement qu'en solo dans ce trio, mais doté, lui aussi, sur ses accordéons, d'une belle sonorité, toute en nuances, en ambiances s'immisçant parfaitement dans le jeu d'Eric, le soutenant, faisant tourner ses valses, mazurkas et scottiches, et nous laissant imaginer des fins de bals intimistes où seuls demeurent encore les couples que plus rien ne saurait séparer jusqu'au petit matin…

Autoproduction (non distribuée) http://ulysse.ange.free.fr

Ulysse production, Place des Marroniers 04280 Cereste en Lubéron

Rappels

Eric Montbel : (uniquement les plus récents) :

* cf " Le Jardin de l'Ange "
Le jardin de l'ange

et " Le Jardin des Mystères "
Le jardin des mystères

mais également le méconnu " Roméo et Juliette "
Roméo et Juliette

Voir également ma chronique du CD La Charmeuse de Serpents

CD La charmeuse de serpents Eric Montbel

et celle du CD Pranam

En 2009, sortie de Vertigo avec Bruno Le Tron, Franck Fagon...

et le volume 2 en 2012 avec Marthe Vassalo

"Carnet de notes - Cahier de répertoire pour chabrette"

Livre en 2013 : "Les cornemuses à miroir du Limousin (XVIIème - XXème siècle) Essai d'anthropologie musicale historique"

 Voir bibliographie et discographie d'Eric sur http://ulysse.ange.free.fr/Publications_eric_montbel.html

 

Rappels : Bruno Le Tron (discographie très très partielle) :

Maubuisson "Bréhatitude" (2009)

au sein de Tref " Accordéon diatonique " edit : ALEA 2001

CD n°1 de Tref

2011 : Bruno Le Ton et al "Accordion Samurai"

Et, en 2009, Vertigo déjà cité ci-dessus pusqu'avec Eric Montbel à nouveau...


Mohamed Saïdou Sow

"Guinée : flûte peule du Fouta Djallon"

Mohamed Saidou Sow, flûte Peule

Voici un enregistrement qui aurait très bien pu faire partie de la fameuse collection Cinq Planètes, mais c'est Buda qui nous offre ce solo de flûte traversière à trois trous enregistré à Dakar. Une excellente idée car les enregistrements d'instruments à vent africains ne sont pas des plus courants et s'offrent rarement en solo (1). Or, c'est sous cette forme que l'on peut vraiment apprécier le jeu de cette flûte qui, comme quasiment toutes les flûtes à trois trous, joue sur les différentes harmoniques pour couvrir un ambitus de trois octaves avec, en conséquence, des variations de puissance et de timbre qui font qu'il est difficile de toujours bien l'entendre au sein d'un ensemble, de comprendre que certains petits cris sont produits par le flûtiste en cours de jeu et, surtout, d'apprécier le jeu sur les silences qui ponctuent les mélodies. Bien entendu Mohamed Saïdou Sow est un maître, dont l'apprentissage, auprès de son grand-père, remonte à l'enfance et cela s'entend : le CD s'écoute de bout en bout sans la moindre lassitude et gageons qu'il va faire naître des vocations, à l'instar de ce qui s'est passé récemment pour la flûte harmonique suédoise… Vous croyez que les palmiers " Calamus Deevatus " peuvent pousser dans nos jardins ? Histoire de nous fournir, comme nous l'apprend de livret, ces tubes légèrement coniques dans lesquels une fenêtre rectangulaire bordée de cire forme l'embouchure.

(1) quasi solo car une plage au moins a du être réalisée en multipiste et présente donc un duo de flûtes se répondant.

Buda Musique http://www.budamusique.com


Bouffée d'Airs

"Confidences de bal"

Bouffée d'airs

Pour ceux qui n'ont pas tout suivi, dans la " famille Corgeron " alias Franches-connexions, il y a, par ordre d'apparition " Ballet de sorcières ", les plus nombreux et théoriquement destinés aux enfants. Il y a ensuite Bouffée d'Airs, le quatuor à danser et, enfin Dialto, le duo de Jean-Michel Corgeron et Vincent De Greef qui sont tous deux présents dans les trois formations. Ne pensez pas que Bouffée d'Airs n'est que la version accompagnée de Dialto (ou inversement que Dialto serait la version allégée de Bouffée d'air) : chacune de ces formations a sa propre personnalité et si toutes deux ont en commun certaines couleurs dues aux styles personnels de Jean-Michel et Vincent (le premier surtout par ses compositions et le second surtout par son interprétation), si les deux autres partenaires ont pas mal changé au cours du temps, si Marielle Auger au violoncelle et Gilbert Large aux cordes pincées assurent souvent des voix d'accompagnement bien adaptées aux timbres de leurs instruments, impossible de ne pas sentir que ce CD n'est pas construit autour d'un duo mais bien autour de quatre instrumentistes, qui se passent les rôles, qui exploitent les différentes combinaisons, qui n'hésitent pas à s'effacer pour mieux réapparaître (c'est particulièrement le cas du diatonique), qui savent éviter les doublons, bref qui nous offrent, sur chaque mélodie, un paysage sans cesse changeant.

Bouffée d'Airs est d'ailleurs un excellent exemple de ce que peut être la musique dite " trad. " d'aujourd'hui, quasiment délivrée de toute référence au passé (si ce n'est le rythme et le balancement des danses) et qui ne s'en pose même plus la question, ce qui lui évite de tomber tant dans les contraintes du passéisme que dans le modernisme à tout crin. Une musique jouée sur un répertoire essentiellement composé (essentiellement par Jean-Michel Corgeron et Vincent De Greff, mais avec quelques reprises dont " Avant de s'en aller " de Pierre Imbert, joliment revisité et qui ouvre le CD, ou La bourrée du Zarbi de J. Lanfranchi.). Une musique qui possède sa propre sonorité, moins rentre-dedans et bien plus travaillée que celle que l'on s'attend à trouver dans un bal folk et pourtant bien dansable. Finalement, ce qui sonne le plus ancien dans ce CD, c'est la très jolie suite de valses façon musette parisien composée par Jean-Michel (plage 8) et on ne s'en plaindra pas.

http://www.franchesconnexions.com

Rappel :

Bouffée d'Airs, le premier CDLe premier était paru en 1999

Le suivant est paru en 2011 : "... à l'épreuve des bals", version quartet, toujours chez Franches Connexions

Voir également : JM. Corgeron au sein du duo Dialto"Paire tranquille"

et d'un autre duo en 2013 : Duo t'en bal "Premiers pas"

Remarque : Ne pas confondre avec le groupe lorrain "Courant d'air" qui oeuvre toutefois un peu dans le même style et qui a également deux CD à son actif...


Evasion

"Femmes de plein vent"

Evasion Femmes de plein vent

Cinquième opus pour ce groupe vocal féminin dont la composition n'a pas changé depuis le premier enregistrement en 1993 : Gwenaëlle, Soraya, Anne-Marie, Nathalie, Laurence et Habla mêlent toujours leurs voix sur des arrangements de Serge Besset. Vous en connaissez beaucoup des groupes dont l'effectif demeure strictement inchangé pendant 13 ans ? Quelques autres musiciens ont été invités à venir soutenir les voix au fil des CDs. Ils étaient un peu plus nombreux sur le précédent, retour à davantage de sobriété ici : S. Besset assure toujours quelques accompagnements au piano (en alternance avec Norbert Paul) et Jean-Marc Michel et Pier-Yves Têtu donnent, à tour de rôle divers accents à leurs accordéons.

Mais Evasion c'est avant tout l'union de six voix qui conjuguent avec bonheur les polyphonies de traditions diverses. de l'Albanie à l'Afrique du Sud en passant par la Russie, l'Espagne et le Portugal cela aurait pu rapidement tourner à l'imitation, voire à la caricature mais il n'en est rien, sans doute parce que, bien que venant de la ville de Romans (Drôme), les six jeunes femmes sont issues de familles d'origines variées et savent ce que cela signifie que de se mettre à l'écoute de la culture de l'autre, mais, surtout, parce qu'elles mettent dans chaque chanson, l'énergie, la sincérité qui permet de dépasser l'exercice de style, qui permet de retrouver l'essence même de la polyphonie originale. Elles sont sans doute les premières revivalistes à avoir réussi à me convaincre en interprétant une polyphonie sarde, parce que d'habitude, ce type de réinterprétation paraît toujours un peu fade à côté des enregistrements de collectage. Si elles travaillent beaucoup sur les polyphonies, les parties solistes ne sont pas exclues et on sent bien que chaque chant est davantage porté par l'une ou l'autre et cela participe certainement également à cette sincérité ressentie à l'écoute.

Bien entendu, certains styles leur conviennent mieux, notamment ceux qui tirent vers le sud et l'est et je dois avouer que je n'avais pas identifié l'air scandinave avant d'avoir lu le livret, ce qui n'empêche pas cette plage d'être réussie mais dans une couleur qui ne tire pas beaucoup vers le nord…

Le paradoxe est que, bien que reprenant, la plupart du temps très fidèlement des styles polyphoniques des cinq continents (quoique pour l'Australie je n'ai pas vérifié…), Evasion à indéniablement sa sonorité propre et aisément reconnaissable d'une plage à l'autre et d'un CD à l'autre…

Une lente évolution se dessine naturellement d'un CD à l'autre, contrairement à d'autres groupes un peu similaires, elles ne se sont pas orientées vers l'expérimentation contemporaine mais se tournent davantage vers les textes militants et mêlent aux traditionnels un certain nombre d'auteurs bien choisis (B. Dimey, Nazim Hikmet, Luis Llach, Louis Needermeyer et son célèbre texte sur les droits de l'homme traité ici en tango, Hervé Peyrard pour la chanson qui donne son titre à l'album etc), ce qui nous vaut un peu plus de chants en français (et, pour les autres, les traductions figurent dans le livret, lire en particulier celle du texte de N. Hikmet).

Un bonus vidéo (.avi) de 10mn lisible sur PC ou Mac vous permettra de mettre des images de leur spectacle sur les différentes chansons du CD.

Cinq CD pour un groupe qui, à ma connaissance, ne tourne pas suffisamment en France : je n'ai d'ailleurs jamais eu l'occasion de les écouter dans le Nord-Est

Addenda d'octobre 2006 : j'ai maintenant eu l'occasion de les écouter en concert (à Florange le 14/10/2006 devant un public peu nombreux mais totalement conquis) et je peux vous confirmer qu'il est franchement regrettable qu'elles ne tournent pas davantage car leur concert est un véritable spectacle ou l'apparente sobriété, du décor, des costumes, de la mise en scène et de l'accompagnement musical est réellement entièrement au service de l'âme que les chanteuses mettent dans la moindre de leur intervention. L'écoute ultérieure du CD n'en prend que plus de relief. Ajoutons encore que la prise de son du spectacle est également discrète (micros d'ambiance) et d'une grande qualité : pour une fois que je n'ai pas regretté la qualité de ma très modeste chaîne hifi lors d'un concert sonorisé...

http://www.vocal26.com

Distribué par L'Autre Distribution, donc présent chez la plupart des disquaires...

Rappel :

1993 "Vous et Nous" : ne figure pas au catalogue de L'Autre Distribution (épuisé ?)Dommage car si c'est le premier, ce n'est pas le moins bon...

"Au fil des voix" distribué par L'Autre Distribution

"Peuples Amants" distribué par L'Autre Distribution

"Etranges étrangers" distribué par L'Autre Distribution

2012 : Lire la présentation" du CD+DVD "Du vent dans les voix"

Evasion a également sorti un CD avec Michèle Bernard en 2011 (réenregistrement d'un album que M. Bernard avait sorti par le passé en 33t avec d'autres musiciens)

Voir les photos de leur concert aux Rencontres de Socourt 2007


"Awen magic land"

Awen Magic Land

Fin 2003, Carlos Sotos (flûte, saxo, programmations…), membre fondateur du groupe galicien Celtas Cortos a fait la rencontre de la bretonne Maria Desbordes (chant, flûtes, uillean pipe), fille de Christian Desbordes, le fondateur de l'ensemble Choral du bout du monde au sein duquel Maria a fait ses débuts de chanteuse puis d'instrumentiste. Plusieurs collaborations s'en sont suivies dans divers styles musicaux (dont un groupe de ska). Celle-ci est principalement centrée sur la musique traditionnelle bretonne, revisitée façon électronique avec une rythmique lancée par les machines et sur laquelle nos deux musiciens et leurs invités vont broder des mélodies. Un concept que l'on apprécie ou pas : question de goût… Je dois avouer que ce n'est pas vraiment mon truc et que je trouve cette débauche de sonorités synthétiques un peu envahissante et d'autant plus regrettable que les musiciens n'ont pas lieu de se cacher derrière cet artifice, bien au contraire : outre Maria, chanteuse et musicienne douée, Roland Conq n'est pas le premier guitariste venu, Yannick Noguet a un toucher hors pair sur les boutons de son diato et les trois musiciens espagnols ne sont guère en reste. Personnellement une version light m'aurait ravi : quand on dispose de très bon ingrédients pourquoi rajouter du ketchup ? Mais la qualité est là, dans la réalisation également, et sans doute cette mise en forme électronique va-t-elle élargir leur public potentiel comme l'avait fait Celtas Cortos…

Ed. Resistencia : http://www.resistencia.es


Deux accords diront

"Gardadvergur"

GARDADVERGUR

Voici un CD qui m'a vraiment scotché à la première écoute et qui ne m'a pas déçu ensuite. C'est vraiment mon coup de cœur du moment (malgré la concurrence…). Une belle surprise que ce duo formé par deux jeunes accordéonistes belges (Anne Niepold et Aline Pohl) qui, sur leurs diatos, nous jouent non pas un répertoire trad. mais plutôt une musique sur laquelle je suis bien en peine pour coller une étiquette. Par défaut, je pourrai qualifier cela de jazz accordéon actuel, un peu mélancolique, jamais intello (seul le titre de l'album me reste hermétique, il doit y avoir une astuce…) ou gratuitement technique mais où chaque note pleine d'expression arrive parfaitement à sa place, avec la couleur, l'intensité qu'il faut… Elles sont deux mais on n'a du mal à se l'imaginer tant l'impression est forte d'être en prise directe avec le sentiment d'un seul musicien. Bien que l'inspiration soit fort différente, à l'écoute je me suis surpris parfois à penser à Marc Perrone, non celui des mélodies italiennes mais celui qui sait faire respirer son instrument sur les airs lents : il y a ici ce même modelage du son, cette maîtrise de la réaction des anches à la pression du soufflet. Je ne sais quelle part est due à la prise de son et quelle part est due à la sonorité de leurs Bertrand Gaillard mais le son est magnifique, en particulier du côté des mains gauches aux basses profondes comme des édredons. Ajoutons à cela une pochette sympa qui devrait aider ce CD à se faire une place dans les bacs parce qu'il serait scandaleux que ce petit bijou ne finisse pas par être distribué en France…

http://www.deuxaccordsdiront.be

Distribution Bénelux : AMG sales@amg-records.com o TEL +32 (0)67 21 02 48

Home Records: info suivi de @homerecords.be o TEL & FAX +32 (0)4 226 80 23 o www.homerecords.be

2008 : on retrouve Anne au sein du groupe Olla Vogala voir la chronique

2009 : second Cd du duo :"Eisherz"

Anne Niepold "Terrain vague" (2011)

Anne Niepold "Musette" (2014)

Anne Niepold et Gwen Cressens "Monochromatic" (2016)

Egalement sur le CD de Knopf Quartet (quartet d'accordéons diatoniques avec Sophie Cavez, Jonathan De Neck et Vincent Ansaldi)


Jabier Muguruza

"Abenduak 29"

Jabier Muguruza Abenduak 29

Jabier Muguruza est un auteur-compositeur interprète basque qui s'exprime dans cette langue ainsi qu'en castillan (sur une plage) mais dont la musique doit visiblement peu à sa province d'origine : chantant d'une belle voix dans un style intimiste presque sussuré, accompagné d'une guitare et de quelques touches d'accordéon parfois, l'ambiance musicale rappelle davantage certains musiciens brésiliens : presque une bossa-nova très cool. Ce CD dans lequel il met en musique divers poètes basques (beaux textes comme on pourra en juger au travers des traductions en plusieurs langues, dont le français, dans le livret) est très agréable à écouter en tout cas…

Resistencia Gta San Antonio de la Florida 2 - Bajo A 28008 MADRID Espagne

http://www.resistencia.es

Rappel : lire la mini-chronique pour Trad. Magazine de "Enegarren postala"


 

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