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Jean-Luc Matte

Infos mumuses
Parutions Livres

Voici les livres dont j'ai continué à signaler la parution après la fin de mes infosmumuses en juin 2009

chroniques à venir


Février 2017

Patrick Malrieu
"Qui veut faire l'ange fait la bête - De la gwerz bretonne de Yann Girin à la légende hagiographique et au mythe"

Autant vous prévenir dès le départ, si le point de départ de cet ouvrage est une gwerz bretonne, il ne traite pas de musicologie mais, comme l'indique le sous-titre, il nous offre un véritable voyage dans les légendes,dépuis la péninsule armorique jusqu'aux indes en passant par les Pyrénées, la Suisse, l'Italie et le Moyen Orient (tant pis pour ceux qui pensent que tout ce qui est breton ne peut être que d'origine celte...). En sus de ce trajet d'ouest en est, c'est une véritable remontée dans le temps que nous offre Patrick Malrieu dont on devine qu'il a été tout aussi emporté que ses lecteurs dans cette aventure dont il ne devait pas se douter de l'étendue lorsque, partant de cette gwerz de tradition orale, il commença par en retrouver l'origine, relativement récente pour la Bretagne, dans les feuilles volantes (1). Mais en tirant le bout du fil, ce sont plusieurs millénaires qui se sont déroulés et le récit chrétien édifiant a révélé une légende bien plus ancienne connue du judaïsme, de l'Islam, de la mythologie mazdéenne et de celle des Indes. A chacune de ses étapes il nous offre une nouvelle version du récit,dont la parenté avec la précédente ne fait pas de doute même si parfois la "moralité" s'inverse en passant d'une religion à une autre. Puis, lorsque tout le fil est ainsi déroulé, il procède, dans les derniers chapitres, à des analyses transversales, histoire de comprendre le pourquoi de cette persistance d'un récit que l'on pourrait considérer à priori comme anecdotique (et qui ne me semble plus très connu).

Si la lecture de l'ouvrage est aisée à son début, voire même un peu ludique, elle se complexifie au fur et à mesure que l'on s'éloigne de notre civilisation occidentale et que l'on s'aventure dans des religions et mythologies moins familières. Puis dans les chapitres finaux, le lecteur est amener à vérifier s'il a bien retenu chaque étape de ce parcours.

Naturellement l'ouvrage, de bon format est illustré, ce qui aide grandement à sa lecture, de même que la mise en page qui identifie bien les récits dans des encadrés jaunes, met en gras certains éléments important de ceux-ci, encadre également la bibliographie chapitre par chapitre (P. Malrieu cite naturellement ses sources et ceux qui ont ouvert la route sur chacune des étapes du parcours), place les notes face au texte, ce qui évite d'avoir à aller les chercher à la fin etc.

(1) Rappelons que Patrick Malrieu est un des fondateurs de Dastum dont il fut le président et qu'il fit d'importantes recherches sur les chansons bretonnes sur feuilles volantes.

Editeur : Tir Centre de recherche bretonne et celtique (Université de Rennes 2 Haute Bretagne) 2010.

 

Janvier 2017

Jean-Claude Roc
"L'iconographie des musiciens marionnettistes à la planchette"

Voici un sujet pour lequel j'ai déjà été plusieurs fois en contact avec des collecteurs d'iconographie (1), mais aucun n'avait encore concrétisé le partage des résultats de ses recherches. C'est l'auvergnat Jean-Claude Roc qui ouvre donc le bal avec ce petit ouvrage de 30 pages au curieux format (A4 plié dans sa hauteur), illustré en couleur, de 38 documents (2) présentant des instrumentistes (cornemuse, vielle, flûte-tambour) actionnant des marionnettes avec l'une de leur jambe. Après un rapide rappel de l'historique des marionnettes de l'Egypte antique jusqu'à Guignol et les marionnettistes forains, il attaque le sujet proprement dit, avec une mention particulière pour la Haute-Auvergne. Puis il dresse le catalogue des représentations qu'il a rassemblé, non pas par ordre chronologique, mais par instrument utilisé par le marionnettiste. On regrettera juste le format un peu petit des illustrations mais c'est un bon début (3) et souhaitons que cet ouvrage en attirant l'attention sur ce sujet soit le germe d'une monographie plus conséquente sur le sujet.

(1) dont Chris Gerris, marionnettiste, sculpteur, musicien etc., qui avait rassemblé pas mal de choses il y a pas mal d'années maintenant,.

(2) et quelques autres plus généraux sur les marionnettes.

(3) surtout lorsque l'on connait les difficultés à obtenir certains droits de reproduction. Les illustrations proviennent de collections publiques et privées.

Association Histoire et Patrimoine, 2, rue Jules Védrines 15100 Saint-Flour, avec le soutien de l'APEMUTAM

http://jeanclauderoc.vefblog.net/ (si vous arrivez sur un site d'art martial pas de panique vous êtes au bon endroit...)

Rappels : "Iconographie et l'histoire de la cornemuse en Haute-Auvergne"


Octobre 2016

Collectif
"Eth noste Aboes - Anthologie du hautbois en Couserans"
(Livre + CD)

 

Si quasiement toutes les cornemuses de l'hexagone disposent aujourd'hui d'une monographie voire davantage, les hautbois sont bien moins servis, et nous ne pouvons donc que nous réjouïr d'une telle édition. Edition dont il serait d'ailleurs plus rigoureux d'annoncer qu'elle concerne plutôt une tradition de hautbois, car il est toujours possible de se poser la question de savoir si les 5 instruments entiers parvenus juqu'à nous, représentent réellement un type particulier de hautbois populaire, chacun possédant telle ou telle caractéristique propre : un seul dispose par exemple d'un trou de sous-tonique (1) . Et tous dérivent du hautbois baroque, ce qui leur donne forcément un air de famille. Cette origine commune est rappellée par Luc Charles-Domnique dans le premier chapitre de cet ouvrage collectif, Luc s'attardant ensuite sur l'un de ses sujets de prédilection : les corporations ménétrières et les bandes de hautbois au service du pouvoir.

Bernat Menetrier Marcadal poursuit avec un historique du Couserans sous ses aspects politiques naturellement, mais également économiques et, surtout, sociaux avec d'intéressants éléments, par exemple ces accords entre vallées françaises et espagnoles garantissant la continuité des échanges même en cas de conflit entre les deux pays. On regrettera juste l'absence de cartes au sein de ce chapitre et du suivant..

Alain Servat, nous fait revenir à des sujets plus directement musicaux, nous met l'eau à la bouche en annonçant une prochaine publication sur les danses locales (je ne savais pas qu'il y avait des bourrées dans les Pyrénées...) puis nous présente les 13 joueurs d'aboes connus, certains, du XIXème siècle, de manière très lacunaire, mais d'autres, dont le fameux Pigalha, à cheval sur les deux siècles, dont la réputation a laissé bien davantage de témoignages.

Le regretté Jean-Christophe Maillard a réalisé avec la rigueur qu'on lui connaissait, l'étude des enregistrements anciens disponibles, enregistrements quasiment tous présent sur le CD joint à l'ouvrage?

Les cinq instruments sont ensuite décrits (avec photo générale), leur facture analysée (mais pas leur perce malheureusement...), et le plan côté de l'un des cinq est fourni (pourquoi pas les cinq pour faciliter leur comparaison ?).

Puis les témoignages des principaux protagonistes retracent le revival de l'instrument, au sein des groupes folkloriques avec l'appui de Charles Alexandre tout d'abord, puis lors du revival folk des années 70 (Claude Romero, Bernard Desblanc, Robert Matta) et, enfin, la pratique et la facture actuelle (P. Rouch, B. Petitprez). Ce dernier historique explique également les différents types de reconstitutions d'aboes dits "de Ch. Alexandre", ou "du COMDT". Il explique également le travail de relevé des côtes réalisé qui permettra peut-être, accompagné d'un travail sur les anches, d'ouvrir de nouvelles perspectives à la pratique de cet instrument en repartant de sa version ancienne.

Le CD joint à l'ouvrage n'est pas qu'un simple bonus de type compilation comme on en rencontre souvent : il présente au contraire, outre les huit enregistrements anciens déjà cités (2), 27 plages inédites, représentatives de la pratique actuelle de l'instrument au sein des groupes folkloriques les plus impliqués (Bethmalais, Biroussans), mais également des autres acteurs du renouveau déjà cités (C. Romero, B. Desblanc et deux ensembles du COMDT, JC. Maillard qui ose malicieusement une polka bretonne en second morceau, le duo Matta-Rouch, P. Rouch dans plusieurs autres formations, A. Servant, Zinga-zanga, Revelhet, Les Irètges etc.

Voici donc un exellent ouvrage dont on regrettera juste la couverture un peu trop sobre qui risque de le faire passer un peu inaperçu sur les stands.

(1) Mais attention certaines caractéristiques propres à un seul instrument (large bague de pavillon ou, au contraire, pavillon quasi-inexistants résultent de modifications ultérieures, voire relativement récentes des instruments.

(2) dont un ou l'un des danseurs crie le nom de Pigalha, ce qui, malgré la prudence à laquelle encourage Jean-Christophe dans son chapitre (que je reformulerai en disant que tous les accordéonistes à qui l'on a crié "Chauffe Marcel" n'étaient pas Azzola), confère une valeur toute particulière à cet enregistrement...

Edité par l'Agence de Développement Economique du Couserans, 2014

 

Octobre 2016

Hors série Imagine demain le monde
"Musique, fête ou festival -
Du Temps des Cerises à Esperanzah ! 40 ans de "révolution" "

Je n'ai pas vraiment pour habitude de vous chroniquer des numéros de revue, mais ce hors-série est un véritable petit livre (d'ailleurs mis à part celle pour la revue et celle de l'imprimeur, il ne comporte aucune pub et ses 89 pages consacrées à une réflexion sur le phénomène des festivals des années 70 à aujourd'hui se dévore comme un livre, l'aspect revue n'étant là que par le format et par le découpage en articles confiés à divers auteurs. Mais lorsque je vous aurai dit que le principal (en volume déjà, mais également l'un des deux coordonateurs du numéro) n'est autre qu'Etienne Bours, vous comprendrez déjà que le sujet se décline principalement sous l'angle des festivals que vous et moi avons le plus de chance de fréquenter. Cet angle d'attaque est encore renforcé par le fait que le fil conducteur de ces réflexions est le regard sur deux festivals qui occupent le même lieu à 40 ans d'intervalle : Le Temps des Cerises, mythique festival de musiques traditionnelles (1), chansons "engagées" et spectacles de rue des années 70 d'une part, Esperanzah !, festival de musiques du monde altermondialiste d'autre part. J'ai d'ailleurs omis pour l'instant de vous préciser que tout cela se passe en Wallonie, mais la réflexion déborde largement de cette région et vous retrouverez cités de nombreux lieux de rencontre hexagonaux. Mais attention il s'agit bien essentiellement de reflexions à partir de ces deux exemples et pas du tout d'un catalogue ou d'un "Que Choisir". Bien que les auteurs se défendent dès le départ de vouloir faire dans la nostalgie, on pourra regretter que les premiers articles se répètent parfois un peu sur l'historique du Temps des Cerises et de son précurseur à Champs (c'est le pendant des revues à plusieurs plumes). inversement, il est plus difficile de cerner le caractère exact de l'actuel Esperanzah ! Mais pour le reste, on appréciera une reflexion de fond avec ses coups de gueule et ses coups de coeur, mais également des articles plus thématiques sur le mouvement folk, la notion de "musiques du monde" et ses diverses désignations selon les époques, les musiques africaines, la chanson à texte, les fanfares, le paradoxe des festivals censés ne pas s'inscrire dans le monde de la consommation mais qui génèrent des tonnes de déchets, le bénévolat etc. Un numéro à lire, ne serait-ce que pour redécouvrir en intégralité (je pense que n'en avais jamais lu que des extraits choisis), la fameuse lettre de Pete Seegger qui boosta le revival des musiques traditionnelles européennes en 1972 et que pas mal de gens devraient méditer encore de nos jours.

http://www.imagine-magazine.com

(1) même pour ceux qui, comme moi n'ont pas eu la chance d'y assister mais qui en écoutaient à l'époque de nombreux enregistrements rediffusés sur France Culture dans l'émission de J. Erwan et Marc Legras

 

Juillet 2016

Bohaires de Gasconha - Patrick Burbaud
"Présentation des résultats du projet Bohas anciennes 2011-2015"

Le titre de ce document n'est pas très commercial mais ceci est tout simplement du au fait qu'au départ il n'était destiné qu'aux membres de l'association des Bohaires de Gasconha, sous forme d'un pdf téléchargeable. Mais la richesse et la qualité de présentation méritaient une diffusion plus large et l'association s'est fort heureusement résolu à en tirer des exemplaires papier qui intéresseront donc les non-membres mais également les membres qui apprécieront de disposer d'une version plus facile à consulter à l'atelier ou à anoter et qui n'ont pas envie de vider trois cartouches d'encre couleur pour ce faire (1)... Mandaté par l'association, Patrick Burbaud a réalisé le relevé détaillé (on pourrait écrire "scientifique") de 19 bohas anciennes, complètes ou pas, parfois anchées d'époque, de manière très précise et ces relevés sont ici restitués sous forme de photos plus grandes que nature (sauf pour les sacs) agrémentées de toutes les cotes possibles et imaginables. Une boha peut ainsi être décrite par une bonne dizaine de pages photos avec parfois plusieurs vues par page... Quelques pages précisent l'histoire connue de chaque instrument mais également la méthodologie de relevé (il est intéressant de découvrir par exemple comment ils ont procédé pour mesurer la largeur de la lumière des anches simples sans altérer celles-ci... je vous laisse réfléchir à la question...). De tels relevés ont déjà été réalisés pour des instruments isolés, voire pour d'autres familles de cornemuses (crabas par exemple), mais c'est à ma connaissance la première fois que sont ainsi publié les relevés de l'intégralité des instruments connus d'une famille.... Il est indubitable que cette publication va permettre à des facteurs professionnels ou plus occasionnels de tester la construction de fac-simile d'instruments anciens pour se faire par eux-même une opinion sur instruments originaux dont nos néo-bohas actuelles sont parfois très éloignés... Sans oublier ceux qui préfèront une approche plus scientifique qu'expérimentale et qui tenteront des analyses de cette mine d'informations chiffrées... Bref dans le petit monde très actif en ce moment de la boha, il devrait y avoir un avant et un après cette publication....

http://www.bohaires.fr

(1) d'autant qu'ils bénéficient d'un tarif spécial de 20 euros contre 30 pour les non membres.

Rappels : autre publication de l'association des Bohaires de Gasconha : voir à partir de la chronique de : "Bohas Bohaires"

 

 

 

Mai 2015

Armand Wantiez
"Apprendre à jouer de la cornemuse 16 pouces"

Ce n'est pas tous les jours que paraît une méthode de musette du centre aussi ne boudons pas notre plaisir. A. Wantiez assure les cours de cornemuse à l'Ecole de Musique Intercommunale de Raimbeaucourt (Nord) et nous a déjà gratifié d'un recueil de Jeux de vélocité pour cornemuse 14 pouces. Premier constat, dès la lecture du titre : visiblement il s'est rallié à la majorité des adeptes de la tonalité de sol (16 pouces), les derniers bastions d'usage de la 14 pouces seraient-il en train de tomber ? (mais dans le même temps, elle semble regagner un tout petit peu de popularité ailleurs...)

La démarche d'A. Wantiez est assez particulière et c'est naturellement ce qui en fait son intérêt puisque l'on ne voit pas trop celui qu'il y aurait à refaire un clone de celle de B. Boulanger par exemple. Comme il l'indique dans son introduction, A. Wantiez prône l'apprentissage par l'écoute de ses pairs mais considère que la lecture est indispensable et ce recueil est donc avant tout un recueil de partitions triées et ordonnées afin de constituer une progression, une courte mention en tête de chacune explicite les précautions à prendre pour jouer la mélodie en question. En complément, et c'est là que se situe l'originalité de cette méthode de cornemuse, une courte page en tête de chaque chapitre met l'accent, principalement, sur les modes utilisés (authentes, plagaux, sol myxolydien, ré dorien etc...). Un vocabulaire et une démarche beaucoup plus familière aux instrumentistes à cordes (on se souvient de nos premières méthodes d'épinette ou de dulcimer) qu'aux cornemuseux et qu'il ne semble pas inutile de mettre en avant ainsi.

Il s'agit donc d'une méthode à utiliser plutôt avec un professeur qu'en autodidacte pur car les aspects techniques sont plus que succincts.

Le répertoire emprunte pas mal de standard de nos musiques traditionnelles (de France ou d'Outre-manche) et anciennes. Dommage que les origines ne soient pas précisées sauf pour les mélodies anciennes (Gervaise, Arbeau...);

Une courte bibliographie, un glossaire et un récapitulatif des gammes complètent l'ouvrage.

Autoproduction contact : wantiez.armand suivi de @orange.fr

Rappels :

Jeux de vélocité pour cornemuse 14 pouces

 

Novembre 2015

Claude Ribouillault
"Musiques d'à bord - Au gré des flot, au fil de l'eau"

 

Ce qu'il y a de bien avec Claude Ribouillault c'est qu'il ne traite jamais un sujet de manière convenue et alors que la couverture pourrait laisser penser à un simple ouvrage sur les chants de marins (chants de manoeuvre notamment), ce beau livre (même si simplement broché et d'un format un peu plus petit que le A4) traite de tous les liens possibles et immaginables entre navigation (sur mer mais également sur rivières et canaux) et musique, qu'elle soit instrumentale ou chanté... Depuis la circulation, entre les différents continents, des populations, des musiciens, des luthiers ou simplement des instruments, voire de leurs catalogues, sans oublier les bagnards jusqu'à la musique des ports et des rivages, qu'elle soit profane dans les bars et bordels ou plus sacrée dans les processions, sans oubliers les éclusiers facteurs d'épinettes. Naturellement chants de manoeuvre maritimes et chants de gaillard d'avant ne sont pas oubliés mais pas pour autant placés sur leur piédestal habituel. Et il n'hésite pas non plus à traiter d'évocations écrites par des terriens. Les thèmes abordés sont tellement nombreux, que chacun est traité en quelques pages et que l'on change (plus ou moins profondément) de sujet chaque fois que l'on tourne la page.

On reconnait également Claude Ribouillault à son refus de mettre une limite après laquelle on ne serait plus dans la tradition et qu'il faudrait donc rejeter de l'étude. On trouvera donc aussi bien des chansons réellement traditionnelles que des oeuvres de chansonniers plus récents. Ceux qui sont un peu habitués à ces répertoires les différencieront sans problème.

Claude est, enfin, un grand collectionneur d'images, de cahiers de chansons et de bien d'autres choses et il n'a eu aucune peine à illustrer son propos avec des magnifiques photos et cartes postales dont la grande majorité est inédite (et fort bien reproduites ici, merci à l'éditeur...) ainsi qu'avec des chansons dont une grande partie est tirée de sa collection de cahiers de chansons dont bien entendu, les références sont citées. Il a également placé en dernière partie de l'ouvrage les partitions de quasiment toutes ces chansons (100 exactement) : mélodies notées d'après collectes ou timbres indiqués en regard dans les cahiers. Bien entendu il a parfois un petit peu tiré pour pouvoir utiliser tel texte ou telle image au sein d'un chapitre et l'on se demande parfois si le sens est bien celui qu'il y accole mais cela fait partie du jeu. Il n'a curieusement que le chapitre sur les passeurs en rivière où il recourt aux versions bien connues tirées de Barbillat Touraine ou Achille Milien.

On pourra lui faire deux critiques : un style parfois un peu trop dense, surtout dans les premières pages, avec jusqu'à trois idées par phrase. Et puis, conséquence de la quasi exhaustivité des thèmes traités, chacun de ceux-ci pourra apparaître trop brièvement abordé. Mais la bibliographie est là pour permettre de creuser certains des sujets pour lesquels l'eau vous sera monté à la bouche et nombre d'études restent encore à mener pour approfondir ceux qui ne l'ont pas encore été...

Dans la veine de "La musique au fusil" qui restera certainement son ouvrage de référence, "Musiques d'à bord" ne traite pas tant de musique ou de marine, mais bien de l'homme et de ces sociétés humaines soumises à des conditions de vie particulières et pour qui la musique étaient nécessité (mais ne l'est-elle pas encore pour nous tous aujourd'hui ?).

Editions du Rouergue http://www.lerouergue.com

Rappels : voir à partir de son ouvrage sur le Service Militaire

Mais également les actes de colloque,juste ci-dessous...

 

Septembre 2014

Collectif CORDAE- La Talvera
" Pifres, pifraires - Fifres et sonneurs de fifres "
Actes du colloque de Cordes (Tarn) décembre 2013

L'intérêt d'un colloque est, en principe triple (1) :

- générer des travaux de recherche, ou à minima, de synthèse de recherches déjà effectuées,

-présenter ces contributions à un public, en direct et/ou par les biais des actes lorsque ceux-ci sont publiés,

- et enfin, et ce n'est pas le moindre des intérêts, permettre aux divers contributeurs de se rencontrer ce qui immanquablement, ne manquera pas, suite à ces échanges, de remotiver ceux-ci, de leur donner un nouveau regard sur leur objet de recherche etc.

La Talvera est désormais coutumière de ce type d'organisation (2) et le sujet abordé cette fois-ci justifiait particulièrement la tenue d'un colloque car le fifre est tout à la fois omniprésent et méconnu, à la jointure entre musiques traditionnelles et autres formes ou autres occasions musicales et si certains des auteurs ici présents doivent se connaître de longue date, il me semble que, par contre, certains autres venant de domaines ou de régions plus éloignés n'émargeaient pour l'instant pas forcément aux mêmes cercles.

L'intérêt pour le lecteur (et naturellement les auditeurs du colloque pour ceux qui sont eu cette chance) est également grand car d'une part nombreux sont ceux d'entre nous qui ne lirons jamais les travaux complets des 18 auteurs ici rassemblés et, d'autre part, le fait de lire successivement tous ces résumés de recherche (en un temps relativement bref donc), permet une intéressante mise en perspectives de ces diverses traditions : Albigeois, Languedoc, Lot, Gascogne, Vésubie, Nord, Flandres, Wallonie, Suisse en lien avec Versailles, Italie et Brésil, ce qui n'est pas tout à fait une surprise connaissant les affinités de la Talvera avec ce pays.

Sont abordés les aspects historiques, des origines médiévales aux influences napoléonniennes avérées ou fantasmées, sociales (fifres et tambours comme éléments marqueurs d'événements, le fifre pour la danse, place des fifraires par rapport à d'autres instrumentistes…), musicales (intéressante introduction aux unissons imparfaits…)avec naturellement quelques portraits de fifraires de traditions.

Si certaines études historiques sont un peu arides (que déduire de ces nombreuses simples mentions de défilés " avec fifre et tambour " ?), celle de Pierre Laurence sur le Bas Languedoc mettant en avant une nette différence d'implantation entre résultats de dépouillement d'archives (XVIIIème siècle) et enquêtes de terrain (Fin XIXème début XXème) est tout à fait intéressante. Divers témoignages actuels, soit sur une pratique toujours vivante (marches entre Sambre et Meuse) soit des phénomènes de revival (Languedoc, Gascogne), voire intermédiaires (Vésubie) viennent aérer la lecture entre des articles plus historiques et redonnent une nouvelle perspectives à ceux-ci.

Enfin l'introduction généraliste de Claude Ribouillault, qui ouvre de nombreuses pistes, mérite d'être relue en fin de course afin de se remémorer comment certaines de ces questions ont été traitées ou non par les différents auteurs. Je citerai à titre d'exemple celle du rôle respectif du fifre et du tambour : est-ce réellement le tambour qui accompagne le fifre ou n'est-ce pas au contraire le fifre qui agrémente les batteries qui constitueraient alors l'élément fonctionnel essentiel. Vu l'orientation des articles (peu de place consacrée au tambour et à ses pratiquants), la première proposition semble avoir le dessus dans les esprits (mais c'était également le thème annoncé du colloque donc forcément....), même si l'un ou l'autre auteur émet la seconde hypothèse ou amène des éléments qui penchent dans ce sens (tel titre qui ne correspond pas à une mélodie mais simplement à un rythme.)

 Et naturellement, les bibliographies des différents articles nous invitent à aller plus loin dans la connaissance des traditions du fifre et des tamboureurs (3)...

(1) Je précise que j'ai rédigé cette chronique en août, quelques jours avant de découvrir le numéro 163 de Trad. magazine... Il est certain que lorsque l'on pense que tous ceux qui ne partagent pas strictement votre point de vue sont des c... , l'intérêt d'un colloque est bien moindre...

(2) Etres fantastiques (1997), Langages sifflés (1993), Musiques d'Amérique Latine (1996), Guérisseurs (2005), Bodega (2008), Chansonniers (2003), Menteries (2012)

(3) terme usité entre Sambre et Meuse...

 

Juin 2014

Xose Lois Foxo
"Musicas do Caurel - Cantares da Serra Volume 3"

  Voici le troisième tome de cette série consacrée au répertoire de Caurel, une région montagneuse (dominée par la Serra do Caurel) en Galice, d'une cinquantaine de villages, au sud-est de la province de Lugo. Trois tomes parus sur plus de vingt ans (le premier en 1998, celui-ci en 2009 semble-t-il) et si le format est resté sensiblement le même (un beau 20 sur 30cm), la présentation a sensiblement varié :auf fil du temps : un premier volume encore "modeste" avec ses 240 pages et quelques pages en couleur seulement, un second beaucoup plus luxueux avec une couverture reliée et 590 pages illustrées de photos couleur puis, avec le présent, retour à une forme plus proche du premier : reliure brochée, illustrations essentiellement sépia mais 400 pages tout de même.

Mais c'est à l'intérieur des couvertures que se trouve dissimulées les bonnes surprises : si les deux premiers étaient accompagnés d'un CD chacun, ce ne sont pas moins de 4 CDs et 1 DVD qui sont présent cette fois-ci. Quatre CD conçus pour faire écouter un maximum des airs retranscrits dans les pages de ce troisième volume mais également du second. Des CDs qui comptabilisent au total près de 350 plages, quitte à n'y mettre qu'un couplet par chant ou mélodie, ce qui est souvent dommage. Mais lorsque les interprètes sont vraiment excellents, plusieurs couplets ont tout de même été maintenus.

Le DVD a été réalisé dans la même veine (mais avec des séquences plus longues) et permet de mettre des visages sur ces voix (ou de voir s'animer ces visages lorsque ceux-ci figuraient déjà en photo dans les volumes précédents.) Détail non anecdotique, les images permettent de constater que les interprètes ont souvent été filmés en fin de repas et les bouteilles vides sur la tables témoignent de la mise en condition préalable... On regrettera juste la qualité des images qui trahit clairement le repiquage d'après des VHS mais c'est le prix à payer pour bénéficier de ces collectages de la fin du siècle dernier... On regrettera également l'absence d'index du DVD dans l'ouvrage, index qui permettrait de se reporter plus facilement aux partitions correspondantes. Chaque morceau du DVD est juste légendé par le nom et l'origine de son interprète (sans le nom du morceau). Mais ne faisons pas la fine bouche devant cette somme irremplaçable sur le patrimoine de cette petite région.

Naturellement, la gaita, à laquelle était spécialement consacrée le premier volume est encore présente au sein de ces collectages, mais la place principale revient tout de même largement au chant (comme pour le second volume, d'où le sous-titre commun) et on relèvera également la présence de quelques ensembles qui fleurent bon les années 30 avec clarinettes, saxo etc... Peu de pandereita par contre, ne serait-ce pas une pratique courante dans cette partie de la Galice ? Les amateurs de vieux papier apprécieront la reproduction en couleur (et probablement en taille quasi réelle) d'un certain nombre de chansons sur feuilles volantes (sans partition).

Gageons que le travail de Xose Lois Foxo sur sa région natale est loin d'être encore achevé...

Escolas Provincial de Gaita d'Ourense : L'ouvrage est disponible en VPC auprès de Tecnosaga pour 20 euros + port http://www.tecnosaga.com

Rappels :

Volume 1

Volume 2

 

 

Mai 2014

Jean-Pierre Van Hees
"Cornemuses - Un infini sonore"

Si vous ne devez avoir qu'un ouvrage sur les cornemuses (en sus naturellement de la monographie sur votre petite préférée, quelle qu'elle soit...), c'est indéniablement cette bible monumentale (2,2 kg, 416 pages grand format). Un ouvrage que l'on peut qualifier d'encyclopédie au sens ou il aborde cette grande famille d'instruments sous divers angles au fil des chapitres : de l'histoire à la pratique en passant par la typologie, l'iconographie, la symbolique etc... Le point de départ de l'ouvrage est la thèse que JP Van Hees a soutenue il y a deux ou trois ans et qu'il remet ici au propre sous une forme luxueuse avec de très belles illustrations et deux DVDs joints.

Si votre intérêt pour l'instrument réside essentiellement dans son jeu, deux chapitres, appuyés par des séquences vidéos sur l'un des DVD, constituent de réelles méthodes de jeu, l'une pour musettes du Centre et instruments assimilés, l'autre pour musette baroque. Si vous vous intéressez davantage à l'histoire et à l'évolution de cette famille, vous trouverez dans les différents chapitres consacrés à ce thème, non seulement une excellente synthèse (détaillée) des recherches réalisées jusqu'à ce jour, mais également un certain nombre d'éléments nouveaux ( par exemple le premier témoignage qui me semble vraiment convaincant sur le présence de la cornemuse dans l'antiquité) et d'intéressantes remises en causes de bien des idées reçues qui ont cours non seulement au sein du grand public mais également parmi les cornemuseux eux-mêmes.... Il faut dire que Jean-Pierre Van Hees, cornemuseux de profession sur divers types de cornemuses et notamment à la musette baroque, insiste sur le statut passé et présent des joueurs de cornemuses et tord le cou à pas mal d'images d'Epinal quant aux traditions pastorales, à la "mode" de la musette de cour au XVIIème siècle etc.. Son analyse se poursuit naturellement jusqu'à nos jours sans oublier le revivalisme, je regrette juste que son panorama des pratiques actuelle oublie un peu les recherches très contemporaines telles celles d'Erwan Keravec par exemple.

Jean-Pierre m'avait présenté, avant publication, son travail de catalogage des différents types de cornemuses existants de par le monde et qui l'a conduit à identifier 148 types différents. Un choix forcément arbitraire car il a naturellement du se fixer les seuils selon lesquels deux instruments font partie ou non du même type, mais également sur la prise en compte ou non de telle ou telle reconstitution... Ces 148 types sont répartis selon une typologie particulière, en fonction principalement du nombre de tuyaux mélodiques ou semi-mélodiques et du type d'anches. Une photo montre chacune des cornemuses et, certaines peuvent être vues et écoutées sur le second DVD, généralement dans les mains de musiciens de référence. Il est d'ailleurs flagrant de constater que la plupart d'entre elles bénéficient d'un vrai style de jeu de niveau technique notable, les exceptions les mettant bien en valeur par contraste... Il est tentant d'associer ces styles de jeu bien en place à des pratiques non interrompues mais il suffit d'écouter Thierry Bertrand à la veuze pour se souvenir que ce n'est pas une condition indispensable... Par contre certaines cornemuses n'ont pas encore trouvé le musicien capable de leur insuffler cette étincelle, souhaitons que cela leur arrive. D'autres empruntent le style d'une de leurs voisines, c'est aussi une solution.... On regrettera que ces divers types ne soient pas présentés plus en détail ne serait-ce que par quelques phrase pour chaque instrument mettant en avant son origine et quelques particularismes et que les plages du DVD ne soient pas plus documentées (titres des morceaux, voire lieu de prise de vue, j'ai par exemple reconnu les rencontres de Balingen...)...

Je me force un peu à chercher des petits défauts mais j'ai eu du mal à trouver des erreurs dans les textes et je dois reconnaître que je partage la plupart des analyses qui y figurent. En pinaillant j'ai bien trouvé qu'il manquait à la carte de répartition un point sur la Lybie (le pays qui, pour la petite histoire, à édité le plus de timbres-poste sur ses cornemuses), la notion de tuyau semi-mélodique me semble également un peu trop fourre-tout, mais, pour le reste, chapeau à l'auteur de ce remarquable travail....

Le principal bémol que j'adresserai à cette production tient à la qualité des DVD qui font très amateur dans leur rendu, ce qui est d'autant plus étonnant que Coop Breizh n'est pas un novice en la matière et que, même si les prises de vues (et de son) sont imparfaites (surtout d'ailleurs du fait des conditions acoustiques des lieux de prise de son), un traitement ultérieur (type mastérisation) aurait certainement pu permettre un meilleur rendu. Dommage de consacrer une partie de l'ouvrage à réhabiliter l'instrument et de donner en exemple des prises de son qui rend les instruments criards, voire d'une justesse approximative même aux mains de bons musiciens. Heureusement que le prix de l'ouvrage est entièrement justifié par sa partie papier, on peut donc considérer que ces deux DVDs sont simplement des bonus...

La richesse de notre famille d'instruments préférés est si riche que l'on demeure étonné qu'un ouvrage aussi conséquent ne fasse souvent que survoler l'histoire de tel ou tel type (la cabrette par exemple) mais si chaque cornemuseux pouvait avoir dans sa culture générale, ne serait-ce que le quart de ce qui figure dans cet ouvrage serait déjà un bel objectif (certains doivent être actuellement à moins de 1%...)

Coop Breizh : http://www.coop-breizh.fr/

Rappels : voir ma page sur la discographie de la musette baroque qui recense entre autre la discographie de JP Van Hees sur cet instrument.

Jean-Pierre Van Hees a également enregistré sur d'autres types de cornemuses depuis les 33t des Les Zûnants Plankèts, le double album mythique "Draailier- En Doedelzakmuziek Uit Europa" en 1975 ou de Rum (seconde époque de ce groupe : "Flandria Tropical") jusqu'au tout récent CD "Cornemuse picarde - Concerts du festival de Pipasso"

J'ai trouvé sur internet des références de participations à des albums plus atypiques tel celui de Dao Dezi "La Jument De Mishao (Nouveau Remix)" en 1994 ou l'album De Hemel In Het Klad de Bart Peeters en 2008

 

Septembre 2014

La mission Brunot - août 1913 - Fin d'un bel été en Corrèze

Voir dans les pages disques

 

Août 2014

"Es pas vertat !!! Menteries et tradition orale"
Actes du colloque de Cordes (Tarn) Janvier 2012

Je dois avouer que, jusqu'à peu, les traditions de menteries se résumaient pour moi à ces variantes d'une chanson que j'avais chanté, gamin, en colo et qui ne m'avait pas plus amusé que cela et que le sujet ne m'attirait donc guère. Mais à la lecture des articles rassemblés dans ces actes du colloque organisé par La Talvera, j'ai découvert un vrai pan de la tradition. Précisons-le de suite : il est difficile de définir les limites de la menterie : Claude Ribouillault s'y attelle dès la première contribution à cet ouvrage collectif, mais la plupart des auteurs suivants reviendront de manière plus ou moins approfondie sur ce problème, avec des choix parfois un peu diffrents. Il est vrai que contes et chansons se basent soit sur la fiction, soit sur la narration de faits réels et que la nuance est mince entre fiction et menterie d'une part et que toute relation d'événements réels comporte une part d'incertitude propice à l'erreur donc au mensonge plus ou moins important. Mais tous s'accordent au moins sur le coeur du sujet : ces chansons et récits où l'aspect incroyable des faits relatés, mais également la volonté du narrateur, voire de l'auditoire de dépasser le réel et le contexte même de l'échange, convergent pour ne laisser aucun doute...

On pourrait s'attendre à ce que ces menteries laissent libre court à l'imagination des protagonistes et il est étonnant de constater qu'au contraire, mêmes lorsqu'elles émanent de personalités réputées pour en raconter du matin au soir, sces menteries sont quasiment toujours puisées dans un corpus commun, supra régional (avec des variantes dans les appelations et certains détails naturellement) dont les sources remontent parfois au moyen-âge voire au delà. Il est d'ailleurs intéressant de constater qu'un humoriste rural comme le vosgien Claude Vanoni, s'est servi dans les années 70 encore, de certaines de ces menteries (les pattes de canards prises dans la glace par exemple) pour en tirer ses plus grands succès. Certains concours actuels (Moncrabeau) contribueront-ils à renouveler le genre ou bien ces créations tomberont-elles dans l'oubli ?. Impossible de citer tous les contributeurs et tous les thèmes traités (cela va jusqu'aux rumeurs durant la guerre de 14-18, en passant naturellement par les chansons traditionnelles sous la plum e de Catherine Perrier, et cela touche également à des régions diverses.

Octobre 2013 - 218p. Editeur : Cordae La Talvera. http://www.talvera.org

Rappels : voir à partir des actes sur le fifre

 

Avril 2014

Ritournelles et manivelles - Association des amis de instruments de musique mécanique
"Chanteurs et musiciens ambulants"

 

Voici les résultats d'une collaboration entre deux associations dont les centres d'intérêts présentent une partie commune assez évidente : la première travaille sur les musiciens de rue et la seconde sur la musique mécanique. Comme, de plus, certains de leurs adhérents se partagent entre les deux structures, cela n'a pu que faciliter les choses... Profitons d'ailleurs de ce rapprochement évident, pour souligner, pour mémoire, qu'à contrario, tous les musiciens de rue ne s'accompagnent pas à l'orgue et que la musique mécanique ne se limite pas aux orgues de barbarie des musiciens de rue. Quant-au lien de l'un ou l'autre avec les musiques traditionnelles il mériterait une étude à lui seul et sans doute bien des débats... Mais si vous jetez un coup d'oeil aux photots de couverture, vous devriez y reconnaître un personnage bien connu dans notre petit milieu, même s'il est ici coiffé d'une casquette et non de son habituel tricorne... Mais passons au contenu de ce qui pourrait passer au premier abord pour une belle revue de 60 pages (sans pub) et qui est d'ailleurs le supplément à un numéro de la revue "Musiques mécaniques vivantes" mais qui, par delà les apparences, est un véritable ouvrage sur l'histoire des musiciens de rue à travers les âges, avec nombre de textes et documents reproduits : illustrations bien entendus, copies de texte de loi, arrêtés préfectoraux et autres, mais également d'intéressants témoignages plus ou moins littéraires (reproduction notamment d'un remarquable article de Paul Gsell, illustré par Seguin, dont j'ai malheureusement cherché en vain la date et la source). A noter que l'association Ritournelles et Manivelles propose à ceux qui veulent davantage d'archives, une brochure supplémentaire (voir mention en bas de la page 24) Sur le sujet des musiciens de rue, on connaissait un fameux catalogue d'expo des ATP, mais on sent ici une étude réalisée non pas par des historiens mais par des passionnés qui continuent à faire vivre la musique dans la rue et qui ont donc une vision des choses souvent de l'intérieur car réglementairement les choses ne sont pas encore toujours simple pour les musiciens des rues et il est intéressant de lire, par exemple, que la réglementation s'est durcie en 1981....

 

Supplément à un numéro de la revue "Musiques mécaniques vivantes" n°89 du 1er trimestre 2014 http://www.aaimm.org

Le site de Ritournelles et Manivelles : http://www.ritournelles-et-manivelles.org

Note : et que ceux qui s'intéressent au sujet lisent les pattes de mouche de Maxou dans le dernier (mai-juin 2014) numéro de Trad. magazine....


Mars 2014

Fabrice Lenormand - Agnès Unterberger - Bruce Bécamel (1)
"Paris cabrette - Enquête sur les générations pionnières
- Gabriel Ranvier, premier roi des cabrettaires
- Benoit Amadieu "l'homme au parapluie" "

 

Amadieu et Ranvier : s'il existe bien deux personnages mythiques dans le monde de la cabrette, ce sont bien ces deux là... Certes Bouscatel demeure le maître incontesté, le modèle de la plupart des cabrettaires, mais on connaît de ce dernier photos et enregistrements, tandis que les noms d'Amadieu et Ranvier nous sont parvenus uniquement par des témoignages écrits ou oraux et, pour le premier, par des pieds de cabrette signés et, aussi, par le plus célèbre des pieds de cabrette, non signé celui-ci, mais doté d'un nom au même titre qu'un Stradivarius... Mythiques parce que l'on ne dispose ni d'enregistrements ni même de photos ou portraits d'eux. (2).. Mythiques parce ce que si vous avez, comme moi, usé le vinyl de Jean Bergheaud produit par les musiciens routiniers en 1980, vous avez encore dans l'oreille la voix rocailleuse de Jean Bergheaud expliquant que "c'est Bouscatel qui anchait les musettes à Ranvier... des années et des années !..." et quelques autres morceaux choisis de cette fameuse interview... Mythiques à tel point qu'on avait un peu oublié leurs prénoms. Mythiques enfin parce qu'Amadieu est réputé être l'inventeur de la cabrette, même si aujourd'hui d'autres pistes se font jour (3). Mythiques certes, mais ayant tout de même bien existé, nul n'en doute !...Voilà le décor planté, histoire de vous expliquer qu'aucun cabrettaïre intéressé par l'histoire de son instrument ne saurait passer à côté de la lecture de cet ouvrage. Mais s'il s'attend à des révélations sur l'histoire de la cabrette il en sera pour ses frais car c'est à un minutieux travail de recherches en archives (généalogie, recherche des adresses, des botins professionnels etc...) que se sont livré les auteurs de cette étude et s'ils nous livrent quantité d'informations sur la vie de ces personnage et de leur entourage (d'abord familial naturellement), les activités musicales n'y sont pas omniprésentes et elles sont même quasi absentes dans le cas de Benoit Amadieu qui est, au mieux, qualifié une fois de tourneur dans un acte... A ce titre on peut même dire que cet ouvrage, et surtout sa seconde partie sur Amadieu, représente une première en matière de recherche musicale puisque jusqu'à présent, ces recherches procédaient essentiellement par collecte de témoignages ayant directement trait à la musique : une mention de profession musicale dans un acte quelconque par exemple. Tandis qu'ici il y a véritablement réalisation d'un portrait en creux de nos personnages. Même dans le cas de Ranvier, qui, un peu plus proche de nous, nous livre davantage de témoignages, la lecture s'achève sans que l'on ai finalement d'autres éléments sur sa personnalité que ceux livrés dans sa courte nécrologie d'un article de presse... Ceci étant renforcé par le fait que les auteurs alignent des faits objectifs, avec leurs sources précises et se gardent bien de developper trop d'hypothèses et, surtout, de faire passer ces dernières pour des certitudes...

Est-ce à dire que lecteur musicien restera sur sa faim ? Tout dépend de son ouverture d'esprit : si, comme moi, son intérêt pour l'histoire musicale est un axe principal permettant d'accéder à de multiples branches connexes et, sans forcément trop s'y disperser (4), d'y trouver un intérêt certain, il retirera beaucoup de cette lecture qui nous plonge dans le concrêt d'un XIXème siècle, en suivant des destins réels et non des personnages de roman, en y découvrant qu'à l'époque, il ne semblait pas exceptionnel d'avoir des enfants et de se marier seulement par la suite, de faire croire à un suicide faute de pouvoir divorcer. De découvrir également des métieres qui ne figurent même pas dans le "dictionnaire des métiers oubliés" de chez Omnibus (cambrurier, lamineur de livres, ombrelliste...) et, surtout, dans la partie sur Amadieu, les professions de souffletiers et celles liées à la fabrication et au commerce des parapluies (5).

Et si parfois, on se demande un peu si tout ce travail de généalogie, de pistage des déménagements et des changements de profession (qui a dit que les gens étaient plus stables jadis ?...) apporte quelquechose à nos interrogations musicales, l'apparition d'un nom connu par ailleurs au détour d'un acte, par exemple, vient faire mouche et justifier le minutieux travail réalisé (6). Et il est certain que ces deux études vont désormais servir de socle à tout ce qui pourra être développé autour de ces deux personnages et qu'elles ne peuvent que permettre à de nouveaux éléments de venir se cristaliser autour (promis, désormais je regarderai en détail les parapluies sur les brocantes dans l'espoir d'y trouver un Amadieu...)

Société des lettres, sciences et art "La Haute Auvergne" Collection "Mémoires" http://www.haute-auvergne.org/

Disponible aussi dans les librairies d'Aurillac et à la librairie "Aux amateurs de livres" (ex librairie Touzot) 62 avenue de Suffren 75015 Paris.

(1) avec la collaboration de Michel Chavanon et Chantal Souyris-Buakowski. Ce travail a été initié sur le forum cabrette http://cabretteforum.clicforum.com

(2) A. Ricros pose l'hypothèse de Ranvier sur une des photos présente dans son dernier ouvrage, mais je crois savoir que les auteurs de la présente étude n'y croient guère...

(3) Bernard Blanc a évoqué, sur le forum cabrette en mai 2011 la piste d'un certain Peze, facteur de basson, de la génération antérieure à Amadieu et dont on connait plusieurs pieds signés.

(4) quoique l'on se laisse parfois aspirer plus ou moins longtemps par certaines particulières. L'interêt de cette démarche est d'aborder ces branches connexes le plus souvent par des voies spécialisées et non par une vulgarisation trop grand public...

(5) qui était apparemment également développée autour d'Aurillac comme le laissent penser plusieurs références au musée de cette ville mais sans que ce fait soit décrit ici.

(6) un travail qui ne nécessite pas seulement de parcourir nombre de documents mais, surtout de connaître les clefs qui permettent de localiser l'info souhaitée et d'en déchiffrer le sens, lorsqu'il ne s'agit pas des abréviations... Et là aussi la lecture de l'ouvrage nous en apprend pas mal...


Février 2014

Jean Garneret - Charles Culot - Folklore Comtois
"Chansons populaires comtoises - édition numérique"

 

Ceci est un DVD et non pas un livre, mais je préfère le présenter à la présente page car il n'est pas question ici de document vidéo, mais bien de la réédition numérique des trois tomes des Chansons populaires comtoises d' l'abbé Garneret, publiés en 1971, 1972 et 1984-85 et aujourd'hui épuisés. Mais attention, il ne s'agit aucunement ici de simples scans de ces ouvrages mais bien d'une réédition complétée notamment par une longue introduction (24 pages), par une bibliographie , une table générale, une des noms propres cités (lieux, informateurs...), les sommaires de quatre recueils antérieurs utilisés par Garneret et Culot, un essai de table de concordance des chansons entre ces ouvrages (et quelques autres recueils) et ceux qui nous intéressent ici. Il est juste dommage, pour cette dernière table que les auteurs de la réédition ne se soient pas référé, comme c'est quasiment la règle aujourd'hui, aux catalogues référence de Laforte et Coirault et que les titres de cette table, contrairement aux autres, ne soit pas cliquables. Il s'agit également, et surtout,d'une réédition tirant partie du support numérique en permettant une écoute de toutes les mélodies (flûte traversière secondée par quelques accords de guitare joués par R. Verguet, mais je n'en dit pas plus...) et grâce aux liens et à un moteur de recherche, de retrouver très rapidement tout ce que l'on peut avoir envie de retrouver dans un tel recueil. La présentation informatique est très bien réalisée, et après quelques inévitables tâtonnement pour trouver le zoom le plus opportun (le mode double page avec simulation de feuilletage est bien sympathique mais on passe vite à un mode plus opérationnel en faisant zoom avant et en réglant finement ce zoom avec le curseur...) c'est un plaisir de recherchter tel ou tel thème parmi les 536 entrées et d'écouter directement les mélodies en essayant d'y replacer les paroles. On a même droit aux gravures des éditions originales et leurs versions à la gouache ainsi qu'à la copie de deux 45 tours qui accompagnaient les volumes 1 et 2. Naturellement, ces textes et mélodies ne sont, comme le dit l'expression, que le cadavre des versions que les collecteurs ont pu entendre vivre dans la bouche des franc-comtois qui leur ont chantés, mais il ne tient qu'aux musiciens actuel de redonner vie à tout cela, ce qui est un véritable travail, un peu plus ingrat que la reprise d'un air sur un enregistrement de collectage, bien moins facile que la reprise d'un titre déjà réinterprété par d'autres, mais bien plus gratifiant à l'arrivée...

Certains regretterons peut-être que ce produit n'ait pas été mis directement sur internet comme le font l'AEPEM ou Christophe Toussaint, mais vu le prix auquel est vendu ce DVD, ce sera très mesquin de leur part...

http://www.folklore-comtois.fr

Rappel : Si la présente réédition doit beaucoup au travail de François Lassus pour le fond et Stéphane Argon pour la mise en DVD, elle a été réalisée à l'initiative de Henri Meunier et des Alwati dont j'ai déjà eu à vous entretenir

Voir à partir de la chronique de Les Alwati et La Mère folle "Vol.4 Noël et Printemps - Chants et danses"

 


Décembre 2013

Eric Montbel
"Les cornemuses à miroir du Limousin (XVIIème - XXème siècle)
Essai d'anthropologie musicale historique"

Il y a des ouvrages que je peux lire puis vous présenter avec une certaine distance, parce que je n'en connait pas directement l'auteur, parce qu'il m'a fait découvrir un sujet nouveau ou qu'il en présente un déjà connu mais sous un angle nouveau... Finalement ce sont les chroniques les plus faciles à rédiger : il me suffit de résumer ce que j'ai lu, afin que vous cela vous donne une idée du contenu, avec quelques appréciations éventuelles... Et puis il y a des ouvrages comme celui-ci dont je connais fort bien l'auteur puisque c'est lui qui m'a jadis introduit dans le monde des cornemuses et des recherches qui vont autour... Un ouvrage dont je connais également bien le sujet puisqu'en traitant tout à la fois des chabrettes limousine mais également, beaucoup plus généralement, d'histoire des cornemuses et d'iconographie il touche certains de mes points sensibles et réveille aussi pas mal de souvenirs. Un ouvrage au travers duquel je retrouve d'autres amitiés dont certaines suspendues par des décès... Voici donc un ouvrage que j'ai lu avec un oeil particulièrement avide et acéré et j'aurai pu en remplir les marges de remarques, de regrets, d'exclamations, de surprises, de découvertes, d'admiration devant certaines déductions nouvelles, de doutes sur d'autres plus hasardeuses etc. S'agissant d'une thèse remaniée pour la publication, j'aurai pu jouer les interminables recensions des revues scientifiques spécialisés au sein desquelles un confrère, généralement d'un labo concurrent, reprend une foule de détails de fond et de forme et d'importances très inégales... Parce qu'indubitablement ce gros pavé risque de ne pas susciter l'unanimité (et oui, je connais l'auteur mais également pas mal d'autres chabretaires...). Mais si je commence à jouer les spécialistes pinailleurs (1) je vous lasserais vite et je préfère ne pas ouvrir cette boîte de Pandore et m'en tenir à présenter le contenu du livre.

Après pas mal d'articles sur les chabrettes limousines et un mémoire en forme d'étude du corpus d'instruments retrouvés, on se demandait ce qu'Eric allait encore pouvoir tirer sur le sujet et, ce n'est finalement pas tant sur les chabrettes limousines elles-mêmes que porte l'ouvrage (elles occupent toutefois toute la fin du livre), mais bien davantage sur une genèse supposée qui passe par ces fameuses grandes cornemuses à miroirs dont on ne sait objectivement pas grand chose de l'utilisation passée, par un cousinage avec les musettes baroques qui nous sont plus connues, par des antécédents également supposés en Italie du côté des zampognes et des fameuses sourdelines décrites par Marin Mersenne (que l'on retrouve tout le long de l'ouvrage à tel point qu'il aurait presque pu être cité en coauteur...). Toute la partie sur les sourdelines et le phagotum devrait d'ailleurs intéresser les cornemuseux francophones car s'il y avait déjà eu quelques articles sur ces instruments très particuliers, il ne me semble pas qu'il y en ait déjà eu en français (2)... A l'autre bout de l'écheveau, Eric clos l'ouvrage en revenant sur son parcours, ses recherches, ses choix et ce qui les orienta. Cette publication remet sur le métier des questions qui animent depuis quelques décennies ceux qui s'interrogent sur la question, en proposant (avec une conviction qui rappelle certains débats passés...) une nouvelle lecture de l'histoire de ces instrument, en rappelant celles divergentes soutenues par Thierry Boisvert et Claude Girard, sans les réfuter complètement mais en les replaçant plutôt comme des phénomènes marginaux dans l'évolution de l'instrument et non comme l'origine de celui-ci. Mais, heureusement, il ne referme pas le couvercle sur nos interrogations et pas mal de questions resteront ouvertes. Parce que, finalement, quel est l'objet de la recherche ? Est-ce vraiment l'histoire de la chabrette qui nous est retracée ici ou celle d'un musicien chercheur ? Est-ce un hasard si les points de vue d'Eric, Claude, Thierry (et il faudrait en citer d'autres...) ont divergé, chacun défendant une thèse qui n'était finalement qu'un miroir (sic !) de sa personnalité.. Et puis l'histoire continue et, d'ailleurs, bien que publiée en 2013, cette étude n'évoque quasiment rien de ce qui s'est passé en Limousin autour de l'instrument durant ces 10 à 15 dernières années (les classes du conservatoire de Limoges ne sont citées qu'une fois de manière anecdotique, F. Chabalier n'est pas cité, pas davantage que la tendance actuelle au jeu en doigté ouvert, la bibliographie récente connait des lacunes...). Il reste également de la place pour une étude menée par un facteur puisque, comme on a pu le voir sur d'autres types de cornemuse, seuls ceux-ci étant vraiment à même d'analyser les perces de hautbois et les positions de trous pour définir les filiations, repérer les instruments issus d'un même alésoir, etc. Bref, les chabrettes n'ont pas fini de faire couler de l'encre et c'est tant mieux.

Il est dommage que l'éditeur ait, certainement du fait de son caractère très spécialisé, fixé un prix un peu dissuasif à cet ouvrage qui risque d'en limiter la diffusion. Il coûte en effet 59 euros (mais 50 euros port compris chez l'auteur), pour un ouvrage sur papier ordinaire illustré uniquement en noir et blanc... Par comparaison l'ouvrage d'André Ricros "Bouscatel le roman d'un cabrettaire" dont Eric a assuré la conception graphique, avec de magnifiques repros de photos et documents anciens, papier glacé, couverture rigide et CD joint, semble donné avec ses 10 euros de moins... Celui d'Eric est, certes, accompagné d'un DVD qui reprend des VHS (en gris et blanc, qualité d'époque...) sur lesquelles on reverra avec grand plaisir nos trois derniers chabrettaires (C. Gavinet, L. Jarraud et A. Pangaud). Ce DVD présente également, avec une qualité d'image et de son assez inégale, des exemples de jeu des grandes cornemuses à miroirs et de chabrettes limousine, jouées par Eric (avec parfois des invités), de musette baroque par JC. Maillard et une visite à l'atelier de Claude Girard...

ed L'Harmattan 2013

Voir bibliographie et discographie d'Eric sur http://ulysse.ange.free.fr/Publications_eric_montbel.html

Rappel : chroniques sur le présent site : voir à partir de Topanga !

Topanga

(1) mes collègues de boulot savent que je suis assez fort à ce petit jeu....

(2) après la rédaction de cet article, j'ai découvert que le bulletin du GAM n°82-83 consacré aux anches de basson par M. Heinrich, reproduisait le texte de Teseo Ambrosio (1539) sur le phagotum, traduit en français et précédé d'une courte introduction.


Juillet 2013

Martial Le Corre
"Les sonneurs bretons"

 

Vous avez forcément déjà croisé l'un ou l'autre ouvrage des éditions Sutton, cet éditeur qui en notre époque où seuls les gros tirages semblent intéresser les professionnels du livre, s'est créé, en 20ans un catalogue de quelques milliers de titres dont un bon nombre consacrés à des communes pas forcément très importantes. Sous leurs couvertures sépia, ces ouvrages font généralement largement appels aux cartes postales anciennes et, le plus souvent, leur rédaction est confiée à des collectionneurs ravis de pouvoir ainsi valoriser les illustrations qu'ils ont mis quelques dizaines d'années à rassembler sur un lieu ou un thème.

Et c'est bien de ce dernier cas qu'il s'agit ici puisque Martial Le Corre est un musicien du cercle celtique de Nantes qui a constitué une collection de cartes anciennes de sonneurs dont il nous livre ici les reproductions (1).

Ce type de livre peut réserver le meilleur ou le pire, selon la qualité des reproductions d'une part et, surtout, de celle des commentaires. Pour ce qui est de la qualité des photos, nous sommes ici dans une bonne moyenne : pas la qualité d'une impression hélio mais pas non plus la grisaille de certains éditeurs. Le format de l'ouvrage (un peu plus grand qu'un A5) ne permet pas des formats très importants, mais on est généralement proche du format original des cartes, quelquefois au double de celui-ci (pleines pages) et rarement à la moitié (quart de page).

Pour ce qui est des légendes, l'aspect le plus important pour un public déjà familier avec ces musiques, est l'indication des noms de la plupart des musiciens représentés, voire de leurs dates, de leur profession voire d'autres information (maître d'apprentissage, particularité, anecdotes...) et parfois la source de ces indications. Il ne s'agit que de légendes, plus ou moins développées, et l'ouvrage ne comporte pas de texte plus conséquent (il se lit en une heure) aussi l'auteur distille-t-il plus ou moins habilement les informations plus générales nécessaire à satisfaire également un public plus néophyte (2). Il est également obligé de jongler avec le classement choisi (d'abord les portraits, puis les scènes de noces (cortèges puis danse), puis les concours et fêtes préfolkloriques et, enfin, les cartes colorisées), classement qui naturellement ordonne les cartes selon une dimension, mais les disperse selon les autres axes (géographiques, chronologiques, types d'instruments etc...).

Les collectionneurs relèveront ça et là des commentaires propres à cette passion et le dernier chapitre sur les cartes colorisées, par exemple s'il illustre un aspect cartophilique particulier, n'apporte rien de particulier à la connaissance des sonneurs... Saluons, par contre, la présence d'un index des noms cités qui permet de retrouver rapidement les photo d'un sonneur particulier.

Voici donc un livre qui n'a rien d'un catalogue de cartes postales en recherche d'exhaustivité avec variantes de clichés ou d'éditions, cotes etc mais, de manière plus sympathique c'est un petit catalogue de musiciens anciens dont la mémoire nous parvient encore, parfois par un cliché seulement, mais le plus souvent avec d'autres indications que la mémoire collective a su sauver et que cet ouvrage contribuera à faire perdurer.

(1) ainsi que quelques emprunts à d'autres cartophiles dont Jean-Claude Compagnon ou Kristian Morvan puisque dans toute bonne collection il reste forcément des trous...

(2) cet ouvrage doit être assez largement diffusé chez les libraires bretons, maisons de la presse, grandes surfaces et la préface a été confiée à Jean-Louis Jossic de Tri Yann à titre d'appel...

Editions Alan Sutton, collection Mémoire en images http://www.editions-sutton.com

 


Juin2013

Collectif sous la direction de E. Ugaglia
"Une odyssée musicale
Catalogue d'exposition Toulouse Musée Saint-Raymond 5 avril au 15 septembre 2013"

Une intéressante et originale exposition se tient en ce moment à Toulouse, montée en partenariat entre le Musée Saint-Raymond où elle est présentée, le Centre Occitan des Musiques et Danses Traditionnelles en Midi Pyrénées (COMDT qui restera toujours le "Conservatoire Occitan" pour la plupart d'entre nous...) et le Museum d'histoire naturelle de Toulouse.

Si les expos sur la musique et les instruments traditionnels se ressemblent souvent un peu, avec leurs vitrines d'instruments et de photos anciennes, celle-ci se démarque par une approche particulière amenant à se confronter des témoignages sur la musique de l'antiquité, des traditions extraeuropéennes et plutôt du registre des arts dits "premiers" et nos musiques traditionnelles. Tout ceci ordonné en 5 chapitres correspondant à 5 thèmes donnés au sein desquels on retrouvera chacun de ces trois domaines ethno-sociaux-mytho-musicaux, non pas au travers de généralités mais plutôt d'exemples concrêts et choisis. Au lecteur (ou au visiteur pour ceux qui auront la chance de visiter l'expo, mais je pense qu'il leur faudra prolonger par la lecture de cet ouvrage car je doute que la visite de l'expo permette de saisir tout ce qui y figure...), au lecteur donc de faire les parallèles entre ces trois visions du monde musical, ce qui n'est pas toujours aisé car ces trois domaines sont très différents et, surtout, nous n'avons pas souvent l'occasion de les appréhender en dehors de leur contexte propre. La première impression à la lecture est donc celle d'un collage qui a du mal à prendre entre ces trois horizons, qui semble ne pas apporter grand-chose, cela jusqu'à ce que l'on finisse par se demander si finalement, au delà du fait que chaque auteur semble avoir eu du mal à sortir de son domaine spécialisé, ce n'est pas en premier lieu notre conditionnement qui nous empêche de faire les rapprochements. On en vient donc à se demander si on aurait pas tout intérêt à reprendre la lecture depuis le début en cherchant à faire sauter ces barrières mentales... Bon allez, j'y retourne !....

Textes de Bénédicte Bonnemason, Sylviane Bonvin-Pochstein, Claudine Jacquet (commissaires) ainsi que de Johanne Banchet, Josiane Bru, Laetitia Merli, Boubacar Ndiaye, Pascal Petitprez, Christophe Vendries et Xavier Vidal

ed. du Musée St-Raymond Toulouse 2013

http://saintraymond.toulouse.fr/Une-odyssee-musicale_a278.html


Juin2013

Hubert Boone
"L'accordéon et la basse aux pieds en Belgique"

 

Pour une fois ce n'est pas d'un livre récent que je vais vous entretenir puisque celui-ci a exactement 20 ans à l'heure ou je rédige ces lignes. Mais primo, je n'avais jusqu'alors pas eu l'occasion de le lire, deuxio c'est le type même de l'ouvrage de référence qui n'a aucune raison de prendre une ride avec le temps, tout au plus de se voir ajouter des addendas suite à de nouvelles découvertes (1), mais visiblement H. Boone a déjà bien fait le tour de la question. Enfin tertio parce qu'il n'est jamais trop tard pour bien faire et que si cet ouvrage doit être épuisé chez l'éditeur, il en traîne probablement ici ou là et avec internet, rien n'est introuvable aujourd'hui, même si ceux qui possèdent cet ouvrage ne sont probablement pas nombreux à vouloir s'en séparer.

Car, comme je l'ai écrit plus haut, l'expression qui définit le mieux ce livre est bien "ouvrage de référence", c'est à dire un livre qui n'est pas forcément grand public, mais qui contient une somme d'informations qui le rend indispensable à toute personne réellement intéressée par le sujet. Celui-ci est d'ailleurs bien circonscrit par Hubert Boone et, comme l'indique le titre, il s'agit clairement de traiter de l'accordéon (ou plutôt des accordéons car comme nous le verrons ils sont plus que variés en Belgique), sur les différentes régions du territoire belge, ainsi que de la basse aux pieds, instrument d'accompagnement du précédent, inventé, fabriqué et joué en Belgique et quasiment pas au delà. Mais une telle délimiation géographique n'est pas aussi simple qu'il y paraît car les instruments circulent de même que les pièces nécessaires à la fabrication de ces accordéons, notamment depuis l'Italie et l'Allemagne...

La lecture du premier chapitre, consacrée à la terminologie, permet de suite de constater qu'Hubert Boone n'aborde pas la rédaction d'un sujet sans en avoir fait le tour (ceux qui ont lu ses autres ouvrages le savent...) et la lecture du chapitre suivant, qui constitue le gros de l'ouvrage, consacré à la description de la multitude de types différents d'accordéons ayant été conçus en Belgique ne fera que confirmer cette impression. Impossible de ne pas être époustouflé par l'imagination des facteurs qui semblent avoir testé tous les systèmes même les plus improbables (il en est pour lesquels on se demande comment les musiciens pouvaient les digérer pour en faire de la musique...), mais également par la précision des descriptions réalisées par H. Boone et la rigueur du vocabulaire employé. Il est toutefois dommage que les illustrations soient rassemblées en planches hors texte à la fin du chapitre, voire de l'ouvrage, ce qui oblique à une gymnastique continuelle pour essayer de s'appuyer sur l'image pour comprendre ces textes parfois ardus à se représenter en trois dimensions. Il faudra d'ailleurs atteindre la fin de l'ouvrage pour comprendre que les photos d'accordéons anciens sont rangées selon l'ordre de présentation des facteurs dans le chapitre correspondant et non pas dans un ordre chronologique ou dans un ordre correspondant à des systèmes particuliers. Mais ne jouons pas les difficiles et saluons plutôt le fait que la moitié de l'ouvrage soit constituée de fac-similé de brevets anciens, de plans, de photos anciennes, de photos d'instruments, voire de quelques partitions.

On pourra regretter que le chapitre "répertoire et utilisation" le plus court, le chapitre intitulé "histoire et diffusion" étant plutôt un dictionnaire commenté des facteurs.

Voici donc un ouvrage qu'il faut certes commencer par lire du début à la fin, mais sur lequel on reviendra par la suite, à peu près certain d'y trouver la réponse à toute question sur un système particulier, pour toute identification d'un accordéon belge et à beaucoup d'autres occasions encore.

 

Ed Peeters Louvain 1993

(1) notamment celles inévitablement provoquées par une telle publication


Octobre 2012

Gilbert Lehuédé
"La musique populaire en Loire Atlantique - de 1860 à 1914 - Un peu d'histoire pour mieux comprendre"

Commençons par indiquer que cet ouvrage est tout d'abord essentiellement un imposant recueil de partitions, d'airs traditionnel collectés en Loire-Atlantique. Gilbert Lehuédé est un ancien de la Kevrenn de Nantes, où il joua du bagpipe durant une quinzaine d'années, durant les années 60 et le début des années 70. Il en fut d'ailleurs le penn sonneur durant cette dernière période, puis la vie le conduisit hors des chemins des musiques traditionnelles et c'est avec cet ouvrage qu'il y revient. Mais durant ces années de pratique, il fréquenta un certain nombre de personnalités et collecteurs du milieu, notamment Emile Allain qui est sans doute l'un des plus connu aujourd'hui encore. Il réalisa également lui même des collectages et cet ouvrage s'attache à rassembler tous les airs ainsi recueillis avant au sein de cette mouvance des cercles celtiques d'avant le revival des années 70. Une citation d'Ar Soner 1974 laisse à penser qu'il eut alors une piètre opinion de ce mouvement folk naissant, mais cela ne semble pas forcément encore le cas actuellement d'après quelques indices dans le reste de l'ouvrage. Certains choix dénotent du parcours de cet auteur : par exemple le fait qu'une majorité des airs sont donnés avec trois bémols à la clef (une tonalité adaptée aux sonneurs de bagpipe) ou encore que la troisième partie du recueil donne des partitions de chants harmonisés pour quatre voix mixtes (ce qui ne signifie pas forcément quatre voix, mais de deux jusqu'à six car il peut y avoir par exemple un soliste et deux voix de basses superposées). Ces versions de chants populaires ont été harmonisées pour la plupart par Jacques de La Croix et si l'auteur nous les livre ainsi arrangées, c'est que, comme il l'explique en introduction, ces versions sont devenues des standards au sein d'un certain nombre de groupes de Loire-Atlantique. Quant-à la quatrième partie, elle nous offre des chants traditionnels avec accompagnement de piano. Mais que les puristes se rassurent, la majorité des airs sont donnés dans leur version simple, classés par danses, en débutant par des quadrilles dont la longeur dénote une origine savante (le premier fait tout de même 520 mesures...), ce qui interpelle d'ailleurs un peu par rapport aux critères d'authenticité revendiqués par l'auteur du recueil (ou alors on aimerait en savoir plus sur leurs conditions de pratique, de transmission etc.). Suivent ronds, avant-deux, quelques laridés, danses de couples etc... Tous sont donnés avec paroles "publiables", c'est à dire que les versions grivoises ont été écartées. Et des cartes postales anciennes (malheureusement un peu petites) nous offrent des vues des villages où ont été retrouvés ces chants à danser.

Je termine enfin par la première partie, c'est à dire le texte qui vient éclairer tout ce corpus et qui débute bien par des considération sur le répertoire, le collectage, des similitudes d'airs entre des danses et des villages différents, la description d'une tradition particulière de danseur cheval, le tout entrecoupé des partitions des mélodies en question. Mais, bien vite, à la surprise du lecteur non averti, ce texte s'oriente vers une description historico-géographique (incluant les aspects économiques et sociaux anciens) du département, pays par pays (voire par commune), dcoumentée et souvent chiffrée, mais où les références directes à la culture populaire se font rares et qui passe souvent un peu du coq à l'âne du fait de ce découpage par pays qui conduit, pour chacun à passer, par exemple, d'un fait historique médiéval, à une information socio-économique du XIXème. Cette partie intéressera donc principalement ceux qui connaissent les communes en question. Le lecteur géographiquement plus éloigné comme moi, y glanera toutefois un certain nombre d'informations intéressantes, pas forcément en lien avec la musique traditionnelle mais bon... il n'y a pas que cela dans la vie et j'y ai même retrouvé des liens avec ma propre région, apprenant par exemple que l'essort de la sidérurgie lorraine au XIXème entraîna la chute de celle de Loire-Atlantique ou retrouvant la trace à Redon d'un évêque messin du XVIIIème qui ne possède aujourd'hui encore, pas moins de 4 rues à ses noms à Metz (1)

408 p A4

Editions Label LN http://www.editions-label-ln.com
Je ne saurai que vous conseiller de jeter un coup d'oeil à leur catalogue, notamment si vous vous intéressez aux langues (on y trouve même un dictionnaire de l'argot des chiffoniers et Couvreurs de La Roche Derrien avec 700 entrées tout de même...)

(1) je laisse les messins qui liront ces lignes le plaisir de trouver de quel personnage et de quelles rues (et place) il s'agit....

 


Mai 2012

Bohaires de Gasconha
"1001 rondeaux de Gascogne - 1001 Rondeùs de Gasconha e alentorn"

Jean-Pascal Leriche, actuel président de l'association des Bohaires de Gasconha nous avait déjà crédité de l'enregistrement en 6CD de l'intégrale des mélodies notées par Felix Arnaudin dans ses "Chants populaires de la Grande Lande". Il récidive aujourd'hui dans le même domaine de la diffusion des collectages ancien en réunissant, cette fois avec l'aide d'autre membres de l'association, 1001 mélodies de rondeaux, mais aussi branles du Haut Agenais et congos (et s'il n'y a donc pas exactement 1001 rondeaux puisqu'à partir de 953 on passe aux congos, il y a réellement 1001partitions, la mille unième étant "Lhèva la camise). Tout ceci est introduit par les rappels de Jacques Baudoin sur tous les problèmes liés aux transcriptions et à la transmission par partitions, questions déjà évoquées par les collecteurs de toutes époques, ce qui permet à Jacques d'appuyer son propos par de nombreuses citations. Frédéric Vigouroux, qui avait déjà réalisé la mise en page de la méthode de boha, récidive ici en aérant l'austérité des pages de partitions par de belles créations graphiques recyclant cartes posales anciennes et autres témoignages... Si les partitions ne sont pas commentées, un tableau récapitulatif en fin d'ouvrage indique titres, collectés, collecteurs, transcripteurs éventuels, aire géographique mais également publications et, colonne très intéressante : enregistrements disponibles, qu'ils soient de collectage ou de réinterpréation. Colonne très intéressante dis-je car elle permet de constater qu'une majorité de ces mélodies n'a jamais encore été réenregistrée et qu'il y a donc bien tout un travail de remise en vie qui reste à faire pour toutes ces petites perles mélodiques...

Un CDRom enfin fournit l'ensemble sous forme numérique, avec des pdf qu'il est possible non seulement de visualiser, mais également d'écouter, par exemple avec la version démo de PDFtoMusic. Comme le rappelle l'intro, ceci permet d'écouter la partition brute et de mesurer toute la part d'interprétation qui est nécessaire pour donner de la vie et de la cadence à ces airs à danser.

 

272 pages en reliure spiralée (normal pour un recueil de partitions) et CD Rom (pdf - audio - midi)

Bohaires de Gasconha 26 rue Denfert Rochereau 31000 Toulouse

http://www.bohaires.fr

Rappels : Autres publications des Bohaires de Gasconha :

- "Bohas Bohaires"

- "La Boha - Méthode de cornemuse des Landes de Gascogne - Découvrir Apprendre Entretenir"

Jean-Pascal Leriche (entre autres)
"Félix Arnaudin : chants populaires de la Grande Lande Vol 1, 2 et 3" (CDs)


Mai 2012

François Péry
"Pipasso - La cornemuse picarde - Histoire et Méthode"
Livre + CD Rom

Inspiré (il l'avoue...) par les bohaires (1), François Péry vient de publier un ouvrage contenant les données historiques d'une part (le premier bilan des témoignages anciens sur l'instrument : iconographie, textes, instruments retrouvés) et une méthode d'apprentissage d'autre part, du Pipasso picard, le terme picard étant à prendre au sens large (linguistique) et cet instrument étant donc le même que la Muchosa du Hainaut (Wallonie) et la Piposa du Nord-Pas-de-Calais.

La méthode est une vraie méthode qui ne se contente pas d'aligner des partitions, mais détaille, pour chacune, les difficultés, les ornements introduits, les conseils de jeu...

Le CD-Rom se lit à l'identique d'un site internet. Il contient tous les morceaux en mp3 issus de fichiers midi, phrase par phrase, éventuellement voix par voix et à deux tempos différent. Il reprend également quelques vidéos Youtube.

Il figure même une jolie BD de 4 pages au sein de cet ouvrage, reprenant un conte pas forcément ancien mais comme le dit François : on sait encore créer de l'imaginaire en Picardie aujourd'hui... (BD due à la plume de Damien Cuvillier)

120 pages A4 solidement reliées à spirales.

Autoproduction "Editions de l'Orphéon" : voir sur http://cor-wynn.com/atelier/instruments/la-cornemuse-picarde/annexes/methode/

Une interview de François devrait paraître dans le prochain Trad. magazine et il parlera également de sa méthode dans le bulletin de Bohaires "Boha !"

(1) ainsi que par les autres méthodes de cornemuse : Boulanger, Ladonne.... mais plus particulièrement par celle sur la boha pour la présence d'une large partie historique...


Février 2012

Olivier et Thelo Mell
"Breizh Muzik
22 morceaux pour bombarde et cornemuse écossaise"

Voici un recueil de musique bretonne à danser qui doit cibler en premier lieu les débutants en la matière et, en particulier les sonneurs de bagpipe non bretons et qui souhaiteraient se mettre à son répertoire (mais il vaut mieux qu'ils trouvent pour cela un sonneur de bombarde puisque l'ouvrage est prévu pour couple brazh). Il est d'ailleurs quadrilingue breton, français, anglais et espagnol et son format est adapté à la diffusion dans les magasins de musique. Mais ce qui me fait surtout écrire cela c'est que, loin d'être un de ces recueils fournis dans lequel le musicien aguerri est amené à dénicher les mélodies qui lui parlent le plus ou celles qu'il jugera moins connues, celui-ci ne comporte qu'une, deux ou trois mélodies par type de danse, les 22 morceaux couvrant ainsi 7 danses (ceux qui suivent vont me rétorquer que 22 cela fait plus de trois fois 7 mais les suites plin et gavotte sont découpées en trois... et s'y ajoute également une gwerz histoire d'avoir également un air à écouter à son répertoire. Il s'agit donc, justement, de fournir au néophyte un répertoire de base composé des principales danses bretonnes : an dro, kost ar C'hoad, laride, trois marches de différents terroirs, pach pi, suite plin et suite gavotte.. On pourrait ainsi presque parler de méthode de musique bretonne pour couple, niveau 1 mais à l'usage de ceux qui maîtrisent déjà leur instrument. Le recueil est accompagné d'un CD où tous les morceaux sont interprétés en vitesse lente tout d'abord puis en vitesse normale. Les non lecteurs pourront donc apprendre d'oreille sur les versions lentes. Pour les autres, les partitions très lisibles (ouvrage grand format), comportent les indications d'ornements dont les auteurs nous indiquent "qu'elles sont personnelles et n'ont pas été mises au hasard. Ces ornementations doivent permettre de rester dans le style et le respect de la danse". Pour terminer la description du contenu, un petit tableau indique pour la plupart des danses (dommage qu'il n'y ait pas un mot sur les marches et la gwerz), historique, terroir d'origine (ce qui renvoie à la carte centrale des terroirs bretons), description de la danse en distinguant sa forme général, le mouvement des bras, celui des pieds et le schéma des appuis et un commentaire. Il aurait été bienvenu de donner les sources des mélodies, qui ne sont même pas individualisées par un titre précis autre que le nom de la danse et un numéro d'ordre au sein du recueil.... Ne reste qu'à vous préciser que nous devons ce recueil à deux sonneurs titrés qui savent de quoi ils parlent et qui disposent d'une bonne expérience en pédagogie musicale : Thelo et Olivier Mell (entre autres musiciens de bagadous réputés et de Ti Jaz pour Olivier qui est également animateur des ateliers de bombarde de la Mission bretonne de Paris). A noter que sur la dernière plage Thelo délaisse le brazh pour le kozh ce qui est une excellente idée.

Et pour la petite histoire, la prise de son est de Jacques Lanfranchi qui a ainsi fait une infidélité à son AEPEM et l'éditeur nordiste....

Bemol production : http://www.bemolvpc.com 


Mars 2011

Bohaires de Gasconha
"La Boha - Méthode de cornemuse des Landes de Gascogne - Découvrir Apprendre Entretenir"

Elle était en préparation depuis un certain temps au sein de l'association, projet proposé et porté par Patrick Burbaud, mais fruit d'un travail collectif. Qui dit travail collectif sous-entend généralement que certains se sont fortement investis ce qui était indispensable pour parvenir à ce résultat : une méthode aussi bien présentée (mise en page de Frédéric Vigouroux) que riche de contenu. Il s'agit réellement d'une méthode pour devenir bohaire et non simplement pour apprendre à jouer de la boha. La différence entre les deux ? Tout simplement la connaissance de l'instrument, de son histoire, de sa redécouverte, des danses qu'elle menait et de bien d'autres choses qui font qu'une cornemuse c'est bien autre chose que des bouts de bois montés sur une poche... On est surpris en feuilletant l'ouvrage de la faible proportion de partitions par rapport au textes et aux photos. Mais après lecture, le musicien débutant sera rassuré, toutes les ficelles techniques de l'instrument sont bien décortiquées et notamment toutes les possibilités de jeu sur le tuyau semi-mélodique qui est l'une des particularités notable de cette boha au sein des cornemuses de l'hexagone. Et puis un CDrom offre 99 plages en mp3 pour compléter les 138 pages de la méthode (et il ne contient pas seulement des exercices...). Un ouvrage dont la lecture n'intéressera donc pas que les apprentis bohaires mais également tous ceux qui portent un intérêt, même externe sur cette cornemuse.

Une production qui témoigne de la vitalité actuelle de l'association des Bohaires de Gasconha

Ouvrage entièrement bilingue français-occitan, traduction In'Oc Aquitània- IEO 33

http://www.bohaires.fr/

Rappel : voir ma page sur les méthodes de cornemuse

Autres publications des Bohaires de Gasconha :

- "1001 rondeaux de Gascogne - 1001 Rondeùs de Gasconha e alentorn"

- "La Boha - Méthode de cornemuse des Landes de Gascogne - Découvrir Apprendre Entretenir"


"Les airs de Jo - 117 mélodies du répertoire de Joseph Perrier - violoneux de l'Artense"
Laurence Dupré, Jean-François Vrod et al.

Ce recueil de partitions, "Les airs de Jo", est consacré au répertoire du violoniste auvergnat Joseph Perrier. Il a été réalisé par une équipe réunissant Jean-François Vrod, Frédéric Aurier, Laurence Dupré, Jean-Marc Delaunay, Jean-Pierre Simonnet et Stéphane Milleret. Il s'agit d'un gros (160 p.) recueil de partitions commentées, bien lisibles et dont la reliure en spirale et le papier épais garantissent à la fois une manipulation aisée et une bonne conservation à l'usage. La partie recueil proprement dite est précédée d'une introduction composée de petits articles dressant le portrait humain et musical de Joseph Perrier, sans folklorisme ni mythe, mais en rendant bien compte de la complexité de son parcours, de l'apprentissage autodidacte, les influences classiques puis celles des revivalistes qui viendront le collecter.

Voir article dans le dernier Trad. Magazine

Ce livre est une coproduction AEPEM (http://aepem.com) et Mustradem (http://www.mustradem.com)

Rappels :

On peut écouter en ligne divers enregistrements de Joseph Perrier sur http://www.massif-oral.org/

On peut entendre un titre joué par Joseph Perrier au sein de l'anthologie des musiques traditionnelles de france Frémeaux et associés 2009 et plus exactement sur ce CD :

Pour le reste je vous renvoie à la bibliographie-discographie du recueil (qui ne cite d'ailleurs pas le CD ci-dessus, sans doute parce que la plage en question est une reprise d'un 33t précédent déjà cité.

Laurence Dupré in "Dzouga!"


Décembre 2010

Joanne McIver
"The Ginger Revolution and other tunes"

Joanne McIver que l'on connait surtout au travers du duo McIver Saunière où elle joue avec la même aisance du scottish small pipe, de la grande cornemuse, des tin-whistle et de ses cordes vocales, a bien d'autres talents à son actif (ceux qui ont eu l'occasion de gouter ses shortbread maison à la fin d'un concert vous le confirmeront). Elle vient d'achever un recueil de 70 compositions originales de sa plume, certaines déjà enregistrées sur les CD du duo, d'autres à venir sur le prochain... (chic !...). Elle me précise dans son envoi que ces morceaux ont été écrits pour la grande cornemuse mais qu'ils peuvent également être interprétés au scottish small pipe.

Toutes les partitions sont écrites sans altérations à la clef et avec toutes les indications d'ornements (rassurez-vous il n'y a pas trop de quintuples appogiatures...). Quelques photos couleurs en bas de page, légendées, viennent rompre l'austérité des partitions.

78 pages format A4, partitions très lisibles

http://www.mciversauniere.com

Pour commander maintenant pour 20€, port compris, écrivez directement à Joanne : cj.sauniere suivi de @wanadoo.fr


Gérard Brey
"Bafouilles du rhizome jubilatoire"

à propos de la citation : "Moults estoient venus aveq leurs intstrumentz et on ne comptoit point musettes, tamborz, fleutes de toute taïe, viheslles, rebecs, sonnaïes, trompes, espinettes ou encore petitz souffletz alamandz que l'on estire et comprime alternativement." tirée de cet ouvrage (donc pas aussi ancienne qu'on aurait pu le croire, mais bon l'accordéon était là pour vous mettre la puce à l'oreille...)

Je ne connaissais Gérard Brey que par les infos qu'il envoie très régulièrement par courrier électronique au sujet des événements trads bourguignons. Sans pouvoir encore mettre un visage sur ce nom, c'est une autre face du personnage que j'ai découvert par ce livre qui ne traite de musique et de danse traditionnelle que sur deux pages. Deux pages à ne pas trop prendre au sérieux d'ailleurs puisqu'il y joue sur les anachronismes. Le titre de l'ouvrage " Bafouilles du rhizome jubilatoire " pourra paraître curieux mais il s'explique aisément par le défi que s'est fixé l'auteur : rédiger 26 courriers (comme les 26 lettres de l'alphabet) contenant chacune les 10 mots imposés lors de la semaine de la langue française en 2008. (et on apprend à la fin de l'ouvrage qu'il y a superposé un autre petit challenge). Rhizome est sans conteste, le plus singulier parmi ces mots obligés, celui dont le lecteur reconnaîtra immanquablement l'occurence dans chaque texte. Mais si, à la lecture des premiers courriers, on cherche forcément à vérifier la présence de ces termes, Gérard Brey rédige cela avec suffisamment de tact pour que l'on finisse par oublier le défi, que l'on se laisse apprivoiser par le contenu des textes et que l'exercice de style ne devienne pas l'abre qui cache la forêt (je sais il manque un r mais c'est exprès…). D'ailleurs si le début de la lecture peut donner une impression de décousu (des courriers de toutes époques traitant de sujets divers), au bout de cinq à six missives, le lecteur reconnaît tout d'abord quelques frêles passerelles entre ces billets, puis des liens plus marqués, et il finit, enfin, par rencontrer l'une ou l'autre réponse épistolaire à des courriers précédemment lus. Il lui faut alors exercer sa mémoire pour reconstituer dans sa tête ce petit labyrinthe ou Gérard nous a introduit sans carte ni boussole. Inutile de dire qu'ensuite il vous prendra l'envie de vous attabler plume en main ou, plus prosaïquement de vous mettre au clavier pour tenter à votre tour ce petit exercice jubilatoire : merci à toi, Gérard, de nous inciter ainsi à relever le défi !…

 

Librairie galerie racine, 3ème trimestre 2010 http://www.librairie-galerie-racine.com mais il est plus efficace de s'adresser directement à l'auteur : écrire à gerard-brey suivi de @orange.fr


"Un monde qui bourdonne... ou la vie palpitante des cornemuses
Actes du colloque de Gaillac (Tarn) décembre 2008"

présentés par Daniel Loddo et Claude Ribouillault avec les articles de JL Matte, Pierre-Alexis Cabiran, Daniel Loddo, Carlos Moreno Garcia, Claude Ribouillault Mauro Gioielli, Dino Tron, Bertrand de Vivies, Jean-Christophe Maillard, Julien et François Cornic, Francesc Sans I Bonete et Francesc Sans I Sastre, Luc Charles-Dominique Bernard Desblancs.

Un colloque autour de la bodega mais où il a été question de bien d'autres types de cornemuses, de la gaita galicienne aux zampogna italiennes en passant par les binious bretons ou le sac de gemecs catalan. Etant partie prenante dans cet ouvrage, je ne vous en dit pas plus...

Edition Cordae/ La Talvera 2010 http://www.talvera.org/multilang/publication-115.html

Rappels : voir à partir des actes sur le fifre


Juillet 2010

Jean-Claude Roc
"Iconographie et l'histoire de la cornemuse en Haute-Auvergne"

Je viens de recevoir dans ma boîte au lettre ce midi, le tiré à part d'un article de Jean-Claude Roc sur l'Iconographie et l'histoire de la cornemuse en Haute-Auvergne. Lorsque j'écris qu'il s'agit d'un article, il faut préciser qu'il fait tout de même 40 pages, avec pas mal d'illustrations noir et blanc.

Bien entendu, il y a pas mal de choses qui figurent dans mon inventaire, mais il me semble qu'il y a quelques nouveautés : il faut que je vérifie tout cela au calme. Et puis il y a un certain nombre d'oeuvres dont je n'ai pas encore pu, faute d'autorisation des conservateurs, mettre la photo sur mon site, photo qui figurent, par contre, dans cet article.

Jean-Claude Roc fait partie des informateurs qui m'avaient signalé un certain nombre de représentations en Auvergne

Quelques pages sont consacrées à des citations de l'instrument dans des pièces d'archive (y compris des mentions de personnes surnommées La chabre ou lacabre).

Tiré à part de la revue de l'association Cantal Patrimoine "Patrimoine en Haute-Auvergne, n°19 mars 2010.

Rappel : Jean-Claude Roc "L'iconographie des musiciens marionnettistes à la planchette"


Pierre Ladonne
"Del Cap de la Roca Negra
.... au fil des souvenirs. - Quatre générations de musiciens d'Auvergne"

Outre son intérêt propre en tant que témoignage sur cette lignée de cabrettaires de renom, ce livre comporte un CD compilant des morceaux tirés de publications antérieures dont certaines désormais introuvables

AMTA : voir sur http://www.auvergnediffusion.fr


novembre 2009

Duos pour épinette des Vosges
J. Bodin de Boismortier - C. Toussaint

Christophe Toussaint vient de publier un recueil de partitions : 33 duos composés par Joseph Bodin de Boismortier au XVIIème siècle et se prêtant au jeu sur l'épinette grâce aux adaptations et transcriptions du facteur susnommé. Ces duos sont organisés en 6 suites. Ils sont écrit sans altérations à la clef et la plupart sont diatoniques (quatre sont mineurs et doivent donc être joués sur une épinette chromatique). Une tablature chiffrée figure sous chaque portée.

Et pour ceux qui ne sont pas très confiants dans leurs capacités de déchiffrage, ces duos sont audibles voix par voix sur http://epinette.free.fr/midi/repertoirboismortier.php on y trouve même les partitions mais elles sont nettement moins jolies que sur le recueil...

Edité à 50 exemplaires, ne tardez pas à vous décider...

Rappel : deux chroniques de CDs de Boismortier avec musette baroque (cliquez sur les pochettes pour lire mes chroniques) 

Rappels Christophe Toussaint : voir ici
Marijke de Christophe Toussaint

 


Juillet 2009

Fritz Schneider
"La cornemuse, images et histoire d'un instrument de musique populaire européen"

Fritz Schneider, mon maître en iconographie de la cornemuse, vient de publier un ouvrage sur ce sujet en quatre langues : Allemand, Français, Espagnol et Anglais, édité par l'école de gaita d'Ourense.

Il a extrait de sa collection de photos des représentations originales , soit par leur sujet, leur contexte, leur histoire et nous explique tout cela. Les reproductions (près de 90) sont de très bonne qualité et en format A4.

http://www.realbanda.com

Dist : Verlag der Spielleute http://www.spielleute.de

Voir également :Spillyck "Pipers" Cathedral - Die 17 Dudelsäck im Kölner Dom"

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Michel Pignol
"Sonate pour un arc en ciel"

Gros roman se déroulant entre Grenoble et le Vercors et dont les thèmes centraux sont la musique traditionnelle, la danse de bal folk et la fabrication d'une vielle à roue et écrit par quelqu'un qui conait parfaitement ses sujets. Une écriture très imagée qui aurait pu alimenter mes citations de la semaine durant des années...
L'ouvrage contient un CD compilant un certain nombre de morceaux en rapport avec les différents chapitres et à écouter au fil de la lecture.

24 euros + port
Michel Pignol 9 place des Jacobins 38130 Echirolles
pignol.m suivi de @wanadoo.fr

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Michel Pignol (dont on se souvient de l'ouvrage sur la fabrication d'une vielle à roue) vient également de publier un dossier pour fabriquer soi-même un orgue de Barbarie pneumatique à 27 notes : 106 pages, 10 plans format A0 (1m²) et CD de 300 photos.

75 euros plus 6 euros de port : Michel Pignol 9 place des Jacobins 38130 Echirolles
pignol.m suivi de @wanadoo.fr


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