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.Jean-Luc Matte
Infos mumuses

Présentations CD et DVD 9

Voici quelques CD dont j'ai continué à signaler la parution après la fin de mes infosmumuses en juin 2009, généralement parce qu'ils m'avaient été envoyés à cet effet...

Sommaire de toutes les chroniques, chroniques à venir


 

Tres
"Avanç'un pauc lo pas - Musique des contreforts du Massif Central"

J'avais élu le premier disque de ce quartet album de l'année dans Trad. Magazine...

Ils avaient donc mis la barre très très haut à l'époque et il est donc difficile d'assurer un second opus de même niveau aujourd'hui. Je dois donc avouer avoir été un peu déçu à l'écoute de celui-ci. Les musiciens sont toujours aussi bons et la voix de Marianne Evezard toujours aussi prenante mais c'est justement là que le bas blesse : elle est souvent un peu étouffée au mixage (1) par les trois instrumentistes et on aimerait l'entendre un peu plus sur le devant, ceci surtout sur les premières plages et il vous faudra donc écouter l'album assez fort pour rectifier cela et bien en profiter. Le second bémol est probablement lié au premier : les accompagnements utilisent souvent le principe de l'ostinato (vrai ou seulement sur les couplets), c'est presque une signature du groupe, mais trop en avant cela en devient parfois trop envahissant et on aimerait davantage de respirations.

Mais lorsque la voix est mise au premier plan, sur "Aval al bord de la ribièra" par exemple, la magie opère totalement et si les paroles de cette chanson ne donnent pas la chair de poule comme le faisait "La fille d'un riche" sur le premier opus, cela reste du grand art tout de même... Et cette fois tout l'album est à danser puisque cette chanson est traitée en valse.

Le sous-titre indique que le groupe fouille toujours le répertoire des "contreforts du Massif central" mais il s'agit cette fois de l'arc sud-est de celui-ci, du Velay au Languedoc avec quelques exceptions plus dans le coeur du Massif et une suite instrumentale qualifiée d"Auvergne à Paris" dont on ne leur tiendra pas rigueur, même s'ils s'agit de trois bourrées bien plus connues que le reste de l'album. On en appréciera l'interprétation, notamment la bourrée à Ranvier traitée de façon assez originale par les cordes. On ne leur reprochera pas davantage la reprise d'une compositition niçoise (de Patrice Conte) qui se fond parfaitement dans cet album.entièrement traditionnel pour le reste.

J'ai débuté cette chronique par deux bémols mais comme il partaient de haut, ils demeurent toujours au dessus de la portée...

(1) pour une fois qu'il y a à redire sur le son d'un album AEPEM... Ou peut-être est-ce justement le niveau habituel qui nous rend plus exigeant maintenant...

AEPEM, collection "Un musicien, un instrument, un répertoire" http://www.aepem.com

Rappel : "Musiques et chants des contreforts du Massif Central"

 

Jean-Marc Delaunay
"Violon - Le son de l'Artense - Musique traditionnelle d'Auvergne"

Enfin ! C'est sans doute le premier mot qui vient à l'esprit en découvrant cet album. Enfin car si Jean-Marc Delaunay, grand spécialiste de cette tradition de violon du Massif Central est bien connu pour ses nombreux articles et analyses de documents de collectages, notamment sur le site du CMTRL (1), il n'avait pas encore enregistré d'album en tant que tel. (2)

Le voici donc ici dans son répertoire de prédilection, celui des violoneux de l'Artense, une des régions du Massif central, entre Cantal et Puy de Dôme, devenue une référence en matière de violon traditionnel. Et bien entendu, un répertoire hors des sentiers trop battus...

A l'instar de Philippe Ancelin, Jean-Marc Delaunay pratique un style de violon inspiré sans concessions par celui des violonneux traditionnels, du tempérament inégal (mais jamais approximatif) qui choquera certainement l'auditeur à l'oreille par trop classique ou formatée par les musiques actuelles, aux ornements subtils ou plus appuyés (notamment les glissés). Un style indubitablement riche qui demande une écoute attentive même s'il s'agit de musique à danser. Une cadence naturellement irréprochable sur des tempos qui ne doivent rien au hasard, pour un musicien qui n'a pas besoin d'accelérer pour donner de l'énergie à son archet.

Les anciens ont souvent été collectés à des âges où ils n'avaient plus toutes leurs capacités physique et donc techniques, souvent après une longue période d'interruption, Jean-Marc Delaunay nous offre des interprétations dans leur style, par un musicien en pleine possession de ses moyens, avec un haut niveau d'exigence. Un respect du style qui consiste non pas à céder à faciliter de "nettoyer" ce qui pourrait gêner dans ces interprétations anciennes mais au contraire à comprendre ces ornements, ces choix esthétiques, à les faire siens et à les sublimer. Et naturellement en solo sans nécessité d'un habillage par d'autres instruments... Un album qui demande donc juste à l'auditeur de faire un peu du même chemin, mais le paysage en vaut la peine et vous n'êtes pas obligé de faire tout d'une traite, prenez le temps de profiter des différentes étapes...

 

(1) des articles dont le champ s'étend d'ailleurs bien au delà du violon du Massif central puisqu'il traite de bien d'autres instruments, traditions et même de musiques extraeuropéennes :

(2) Son ouvrage de répertoire aujourd'hui épuisé "Les violons de l'Artense" publié par l'AMTA en 1999 comportait deux CDs sur lesquels il interprétait les mélodies en question. J'ai également retrouvé une intervention sur un album des Brayauds

AEPEM, collection "Un musicien, un instrument, un répertoire" http://www.aepem.com

 

Gregory Jolivet
"Vielle à roue - Musique traditionnelle du Berry"

Grégory Jolivet en pur solo comme le veut cette collection et sur du répertoire traditionnel du Berry. Il laisse pour une fois sa vielle électroacoustique pour deux vielles traditionnelles et adopte en conséquence un jeu très berrichon, bien cadencé, parfois un rien pompier comme il se doit. Mais si le chien reste souvent fidèle à la mélodie, il prend tout de même des libertés bien agréables sur d'autres et on appréciera de nombreux petits ornements que les vielleux prendront plaisir à décortiquer et tenter de reproduire... Mais l'intérêt premier de cet album tient sans doute à un répertoire à danser (1) tout à la fois traditionnel et le plus souvent original qui montre une fois encore qu'il demeure des perles à mettre en valeur et pour cela quoi de mieux que ces interprétations tout à la fois dans le style, techniquement riches, bien dans la cadence bref qui vous donneront envie de réinterpréter ces mélodies mais attention, veilleux ou autre instrumentiste, vous risquez de ne pas arriver de suite (2) à un tel résultat...

AEPEM, collection "Un musicien, un instrument, un répertoire" http://www.aepem.com  

(1) une seule mélodie à écouter, plus connue, en milieu d'album, comme une respiration sans chien et avec peu de bourdons...

(2).. voire jamais pour beaucoup d'entre nous.... ;-)

Rappel : voir à partir de son précédent CD solo comme le titre l'indiquait, mais moins trad comme le montre sa vielle électroacoustique :"Alt 'o solo"


Los Cinq Jaus
"Baissatz - vos montanhas - Musique traditionnelle du Velay"

Second opus pour eux également pour ce quartet au sein duquel Arnaud Bibonne ne joue pas de la boha mais de la cabrette puisque le répertoire est celui du Velay (1)... Sur le site internet de ce cornemuseux multicartes (boha, cabrette mais aussi mezzued...) Los Cinq Jaus est à chercher à la rubrique bal et non à celle des concerts et pourtant voilà un groupe qui mérite une écoute plus attentive que celle de la plupart des danseurs (2) et en premier lieu parce que dix des seize plages sont chantées, et même a capella pour celle qui ouvre l'album (une option courageuse mais judicieuse). Et nos quatre instrumentistes maîtrisent tout aussi bien leurs voix que les cordes et anches de leurs violon, vielle, diato et cabrette.

Mais effectivement, le groupe coche toutes les cases du bon groupe de bal avec un son de groupe qui saute de suite aux oreilles : il apparaît d'abord clairement que les quatre musiciens partagent le même sens de la cadence, qu'aucune tension ne transparaît dans le tempo et c'est un plaisir d'entendre un groupe jouer ainsi. Un second point qui plaira aux danseurs est le choix d'arrangements qui ne nuisent jamais à la perception de la mélodie, et pourtant tout ceci est bien plus travaillé qu'il n'y paraît pour donner de la chair à ses mélodies sans jamais plomber la cadence ou brouiller l'écoute. Un esprit de groupe qui conduit aussi des musiciens à la technique assumée à jouer le collectif plutôt que d'essayer que de mettre leur individualité en avant, raison de plus pour ne pas oublier de citer les trois autres (3) : Antonin Duval au violon, Lucien Pillot à la vielle et Florent Paulet au diato, les quatre étant également chanteurs, rejoints sur une plage par JL. Deygas et Michel Paulet.

Est-il encore utile de rappeler puisque l'on est chez AEPEM que le répertoire est très majoritairement traditionnel et que le livret cite les sources ? Mais on a droit également cette fois à l'intégralité des paroles (avec traduction pour celles en occitan) et même les partitions des mélodies...

Voici une chronique que j'ai rédigée après une écoute seulement, ce qui m'arrive rarement mais c'est toujours bon signe...

 

Co-production AEPEM-RATAPENADA, http://www.aepem.com

(1) pour les nuls en géographie, le Velay est situé sur le département de la Haute-Loire, autour du Puy-en-Velay comme son nom l'indique. Outre la dentelle et la verveine c'est, entre autres, un pays de cabrette et de bourrées sur lequel Didier Perre a fait de nombreuses publication (voir notamment le recueil chroniqué sur le présent site ). On ne s'étonnera d'ailleurs pas de retrouver Didier Perre cité dans les sources de certaines mélodies interprétées ici, le contraire aurait été plus surprenant.

(2) saluons au passage et sans rapport direct avec le présent album, le travail de Josyane Enjelvin qui insiste dans ses stages pour que les danseurs écoutent la musique et ne se contentent pas de suivre un rythme.

(3) le cinquième sur la photo du livret est le preneur de son Joanny Nioulou, cornemuseux par ailleurs et d'une famille connue. Pour une fois chez AEPEM la prise de son n'est pas de Jacques Lanfranchi mais le niveau reste excellent...

Rappels : voir à partir de Los Cinc Jaus "Vara Vau - Musique tradionnelle du Velay"

 

Joanne McIver et Christophe Saunière
"Canty"

Pour chaque plage de cet album, Joanne McIver a rédigé un court texte explicatif qui renvoie la plupart du temps à son histoire familiale et/où à celle des lieux de ses origines. Elle omet cependant de préciser s'il y avait un nid de fées près de sa maison natale car indubitablement elles ont été nombreuses à se pencher sur son berceau pour produire cette remarquable instrumentiste (notamment aux flûtes et scottisch small-pipe), qui nous gratifie cette fois d'un album entièrement écrit et composé par elle-même et Christophe sans que cela ne transparaisse à l'écoute : bien malin qui détectera que, parmi ces chants en gaélique et anglais ainsi que quelques instrumentaux, aucun n'est traditionnel.... Et comme le titre de l'album le laisse deviner, c'est un album sur lequel elle se place en premier lieu en chanteuse, un domaine où elle s'avère tout aussi talentueuse que comme instrumentiste avec une belle voix tout à fait adaptée à ce répertoire. Il faudra d'ailleurs attendre plusieurs plages avant de la retrouver au small-pipe et si on regrettera un peu de ne pas entendre davantage de small-pipe ce n'est pas qu'elle soit moins bonne chanteuse mais juste que les bonnes joueuses de scottisch small pipe sont bien moins nombreuses que les bonnes chanteuses écossaises... Mais dans tous les cas, que ce soit au chant, aux flûtes ou cornemuses, elle a toujours parfaitement le timbre, le phrasé, l'accent...

Elle est naturellement accompagnée par Christophe Saunière à la harpe classique mais également à la harpe celtique dont il est aisé de reconnaître la sonorité. Un duo qui fonctionne toujours aussi bien pour générer ces ambiances particulières tout à la fois paisibles et toutefois pleines d'énergie. Le livret liste pas moins de 12 musiciens invités dont un quatuor à cordes et un quatuor de cuivres. L'auditeur s'attend donc à quelques plages finissant en fanfare mais il n'en est rien et tous ces invités interviennent pour de discrets soutiens, des ponctuations en arrière plan et à la fin de la première écoute certains seront certainement passé inaperçus et pourtant ils ont bien apporté un petit plus par leur intervention.

Vivement la fin des confinements que l'on puisse les ré-entendre en live....

Buda records

http://www.mciversauniere.com

Rappels : voir à partir de :

Joanne McIver et Christophe Saunière

 


Duo Meunier-Buteau
"Evidence"

Quelle bonne idée que cette collection "Roulez jeunesse !" qui permet de découvrir de jeunes musiciens talentueux avec un premier CD réalisé dans de bonnes conditions technique et avec une direction artistique que l'on devine de la part d'AEPEM. Un premier CD dont ils n'auront pas à rougir par la suite.... Et également un prix de vente réduit afin de faciliter la diffusion de ceux qui ne sont encore que des inconnus hors de leur région. Cette fois-ci ce sont deux jeunes morvandiaux qui sont à l'honneur et qui le méritent bien. Cela fait déjà plaisir de retrouver la cadence des bourrées du Morvan, parfois un poil rapide peut-être mais comme je ne danse pas dans mon salon même en temps de confinement.... Une vielle acoustique (mais sans beaucoup de bourdons) et un accordéon chromatique qui ne renie pas les influences musettes (au bon sens du terme), comme en témoigne une jolie suite de deux valses dont la première est une composition.de Bastien Buteau, l'accordéoniste en question, le vielleux étant Benjamin Meunier. En consultant les sources des morceaux, naturelement détaillées dans le livret comme toujours chez cet éditeur, on constate finalement que nos deux jeunes musiciens jouent finalement le répertoire de ceux qui auraient pu être leurs arrières grands parents mais également des compositions de ceux qui pourraient être leurs grands-parents, leurs parents ainsi que leurs propres. Un répertoire qui ne résiste pas à l'attrait de quelques standards qui demeurent des perles, de la fameuse Sansonnette de Dominique Forges à l'Araignée de Michèle Chevrier-Reuge en passant par la bourrée de Monsieur Le Comte de Pierre Hervé (peut-être moins connue hors Morvan) qu'ils ont le bon goût de ne pas estropier comme on peut parfois l'entendre. Quelques standards également parmi les traditionnels morvandiaux mais rassurez-vous, il figure également sur cet albums des mélodies moins entendues et l'interprétation fait bien passer les unes comme les autres avec ce qu'il faut de petites variations (en prenant toutefois bien le temps de poser les thèmes), de voix d'accompagnement et d'intelligence dans le montage des suites.

Bref de la belle ouvrage qui donne envie bien envied'aller traîner ses guêtres entre Autun, Saulieu et Château-Chinon...

 

AEPEM, collection "Roulez Jeunesse" http://www.aepem.com  

 

 

Emily Stam and John David William
"Honeywood"

 

Voici un duo qui nous vient du Canada, non du Québec mais de l'Ontario, mais inutile de sortir votre atlas car leur répertoire de prédilection se situe plutôt de notre côté de l'Atlantique, voire même plus précisément dans nos régions....

Pour une fois, débutons par les reposants pochettes et livret aux jolis dessins botaniques et détaillant les différentes plages, ce qui nous permet de constater que le répertoire puise principalement dans celui de l'hexagone, complété par des compositions du duo. J'en sens déjà certains qui froncent les sourcils, mais nos deux musiciens ont de la technique et leur instrumentation n'est pas sans intérêt puisque chacun pratique deux instruments et que l'on a donc droit à des duos accordéon touches piano - clarinette, diato - violon et surtout violon - clarinette. Des formules instrumentales exigeantes, sans percussions autres que les battements de pieds (1), sur un spectre parfois étroit (malgré la présence d'un bassiste sur quatre plages) mais auquel nos deux musiciens font honneur en donnant pas mal d'énergie, sans artifices, à toutes ces danses. Certes, sur quelques plages les cadences n'ont pas exactement l'accent de leur terroir , mais sur d'autres on y est bien et pour s'en approcher ils n'ont pas hésité à inviter des musiciens locaux tels Camille Raibaud (à la mandoline...) sur un rondeau ou Tangi Ropars sur les laridés. En tout cas on n'est jamais non plus vraiment à côté de la plaque ou dans une absence de style et ils se placent donc sur ce point au dessus de pas mal de groupes de bal folk généralistes de chez nous. On sent indubitablement un vrai intérêt pour les traditions musicales auxquelles notre duo emprunte son répertoire, un vrai travail sur le style instrumental, j'irai même jusqu'à penser que le violon se spécialiserait volontier sur le seul répertoire auvergnat mais que la clarinette ne veut pas lâcher le répertoire breton... Et tout cela s'écoute non seulement avec plaisir mais aussi avec intérêt (et vice-versa).

https://www.emilynandjohn.com

(1) plus à l'auvergnate qu'à la québecoise

Duo Macke-Bornauw
"Curly music"

 

"Since 2008" vient indiquer un petit phylactère sous le nom de duo, leur premier opus n'est pourtant pas si ancien, donc ils avaient bien rôdé leur duo auparavant et ce numéro deux montre qu'ils ont encore pris du métier et pour les puristes que l'association de la musette baroque et de l'accordéon rebuteraient a priori, la présence de François Lazarevitch sur quatre plages devrait leur fournir une caution artistique susceptible de leur faire tenter tout de même l'écoute.... L'album aborde donc naturellement le répertoire de la musette baroque (Campra, Corette, Chédeville) mais également des contemporains de cette période qui n'ont pas forcément écrit pour l'instrument (Haendel, Purcell, Telemann, Zipoli) et pour lequel le duo a donc réalisé des transpositions et, enfin, quelques traditionnels,mélodies trouvées dans des recueils et pour clore l'album dans un style décalé, une scottisch actuelle (et boogie) de Guido Piccard. Bref un répertoire qui sent la recherche et qui évite les standards à l'exception de la bien connue Sarabande de Haendel mais dont il fallait oser la transposition, pour cette forme du duo (la première écoute ne m'avait pas complètement convaincu sur la seconde reprise mais finalement c'est bien vu....) Comme sur le premier album, Birgit alterne musette et 16 pouces et Benjamin joue les organistes sur son diato complété au besoin par une basse aux pieds. On s'attendrait à n'entendre François Lazarevitch qu'à la musette mais il oeuvre également à la 16 pouces. Et le trio a, sur la première plage un son qui fait se demander pourquoi il existe des ensembles d'effectif plus important....

Probablement du fait de l'accompagnement travaillé à l'accordéon, les bourdons sont très peu présents sur cet album et c'est un peu dommage mais cela ouvre peut-être l'auditoire à un public moins habitué à nos pédales harmoniques...

Voilà donc un duo original et qui démontre avec ce second opus qu'ils sont capable d'assumer cette démarche dans la durée et avec une vraie exigence artistique.

http://www.macke-bornauw.com

Nota : Benjamin Macke a mis à profit le premier confinement pour mettre au point des cours de diato (tuto-diato) en téléchargement : 10 morceaux détaillés en 2h30 de vidéos, voir sur https://www.macke-bornauw.com/boutique )

Rappels :

Voir à partir de Duo Macke - Bornauw "It's baroque to my Ears"

 

Amazing Airbags

 

Il est toujours motivant autant pour les élèves que pour leur mentor, d'amener un groupe de jeunes musiciens en devenir (ils ont 9 à 14 ans) à l'enregistrement d'un album (1) et d'autant lorsque cela témoigne d'un véritable projet artistique avec l'appui de musiciens confirmés (Birgit Bornauw naturellement, Benjamin Macke presque de même, mais également Aureline Tanghe à la contrebasse, Anxo Lorenzo à la gaïta, Jo Zanders aux percussions et Tister Ikomo au chant). Des invités qui permettent d'élargir le spectre acoustique puisque sauf distraction de ma part, il s'agit d'un ensemble à voix égales ou plutôt à pouces égaux et qui donnent également une belle dynamique au groupe et nous épargnent l'enregistrement un peu trop scolaire... Le répertoire, majoritairement traditionnel, est moins original que celui de l'album de Birgit et Benjamin ci-dessus mais, s'il reprend quelques standards, il ne se cantonne pas à ceux-ci et n'hésite pas à aller puiser du côté de l'Irlande. Et s'ils n'hésitent pas à reprendre Le loup, le renard et la belette, c'est avec un solo de gaita qui sort de l'ordinaire...

Les photos montages de couverture et de l'intérieur sont bien vus et plus orignaux qu'un rang d'oignons...

Bref un album qui mérite d'être écouté au delà du cercle de la famille et des amis de nos jeunes musiciens prometteurs....

http://www.macke-bornauw.com

(1) ou sur le podium de Cassel à ce que j'ai pu voir sur certaines photos d'internet.

Rappels :

Comme pour celui ci-dessus, voir à partir de Duo Macke - Bornauw "It's baroque to my Ears"

 

Grand-mère Funibus Folk
"Jour de Malheur"

Pour tous ceux qui ont la soixantaine ou plus, Grand-mère Funibus Folk évoque a minimum un des premiers albums du mouvement revivaliste, un de ceux qui trona longtemps dans les bacs des disquaires aux côtés de Gabriel Valse, Paradis des vieilles maisons puis la série Spécial instrumental. Je dois avouer que si je l'ai ainsi vu durant des années, mon budget de l'époque ne m'avait pas permis de l'acheter et je l'ai enfin écouté beaucoup plus tard alors que le contexte avait déjà pas mal évolué.

Malgré une pochette qui reprend les couleurs et la composition générale du vinyl, ce CD n'en est pas la réédition ni un volume 2 près de cinquante ans plus tard mais plutôt un complément, une sorte de bonus. Plus exactement, Ben a souhaité que les enregistrements qu'il possédait encore du groupe à cette époque ne disparaissent pas trop vite et a réalisé une édition limitée en CD, hors commerce, en premier lieu pour l'offrir à son cercle d'amis...

Une démarche qui n'est pas intintéressante car en permettant d'écouter ces enregistrements non connus de cette époque pionnière, cela nous permets d'y jeter une oreille neuve, non conditionnée par les écoutes passées et, surtout, celles de cette époque pour ceux qui ont été berçés par ce vinyl après la naissance du mouvement revivaliste au début des années 70. Difficile d'avoir une écoute objective actuelle d'un album que l'on a écouté à sa sortie. Comme je vous l'ai dit ce n'est pas mon cas pour celui-ci mais ça l'est sans doute pour beaucoup de ceux qui écouteront le présent.

Le répertoire est singificatif en premier lieu de cette période encore très fortement inspirée par le folk US et où le répertoire francophone trouve son intérêt s'il revient du Québec ou de Louisiane. La dé-cocacola-nisation des musiques trad européennes promue par Pete Seeger dans sa fameuse lettre de 1972 (1) ne débute qu'à peine et ne trouvera parmi les 16 plages rassemblées ici que deux ou trois traditionnels collectés dans l'Hexagone et les plages qui ne viennent pas d'outre-Atlantique viennent au moins d'outre-Manche (ou plutôt outre-Mer du Nord puisque des îles Hébrides). L'instrumentation est dans la même veine, privilégiant largement les cordes (guitare, banjo 5 cordes et banjo à archet, violon avec pas mal de jeu en doubles cordes...) et les instruments insolites (guimbarde, grelots...). Car outre l'attirance pour la culture US dont on peine à se détacher, il est indispensable à l'époque de marquer la différence avec le mouvement folklorique et la présence d'une vielle à roue, instrument que le mouvement revivaliste va rapidement mettre au premier plan avec les cornemuses et l'épinette, n'avait encore rien d'une évidence en 1974. Le seul instrument à vent, présent sur une plage est, naturellement, l'harmonica.... Et enfin, dernier marqueur de ces débuts, le style des voix, avec une nasalisation dont l'origine est encore certainement à rechercher du côté des Amériques (cf le blues interprété dans cet album).

La pochette liste les titres, leur origine et les instruments joués sur chacun mais oublie juste de citer les membres du groupe : Jacques Benhaïm dit Ben, l'un des fondateur du folk club parisien Le Bourdon, Christian Gour’han, Daniel Lefebvre alias "Croqui" et Michel Hindenoch connu notamment pour son album solo posterieur "Au pays de Lérida" où le timbre particulier de sa voix trouvera sa pleinitude.

(1) voir par exemple sur le site d'Evelyne Girardon : http://www.ciebeline.com/chanson-trad/lettre-ouverte-du-folk-singer-americain-pete-seeger

 

Rappels :

Le vinyl de 1974 naturellement, dont on peut lire une chronique récente par Marc Anthony sur le site du Nouveau Pavillon

Michel Hindenoch vinyl de "Au pays de Lérida" 1976

 

La Bricole
"Jour de Malheur"

Il est exceptionnel que je chronique un album après une unique écoute mais leur précédent CD était un de mes coups de cœur et, dès la première plage de celui-ci, avec la petite angoisse que l’on ressent toujours à la découverte d’un numéro 2 lorsque le numéro 1 était une réussite, la magie opère à nouveau… Avec en premier lieu naturellement la voix de Vincent Brusel dotée entre autres de cette faculté si peu souvent mise en avant lorsque l’on évoque les qualités vocales : celle de capter l’attention et de vous amener à suivre les textes, plage après plage. Une qualité essentielle ici compte-tenu de la qualité de ces extraits de vie chantés, de ces témoignages souvent poignants, de ce répertoire original (surtout au sein du domaine musical maritime traditionnel trop souvent limité au « chant de marins ») comportant bien des perles. Il faut préciser que le répertoire interprété nous vient du boulonnais et que nos musiciens ont visiblement sélectionné les chansons les plus réfractaires.

Autour de Vincent Brusel, l’accordéon diatonique d’Olivier Catteau et la guitare ou le bouzouki de Julien Biget, qui tous deux (1) apportent des couleurs qui transforment ces récits maritimes qui pourraient n’être que documentaires en de véritables petits courts métrages… Des accompagnements qui ne cherchent pas à faire ancien ou authentique mais qui mettent plutôt en avant l’intemporalité de la condition humaine. Et naturellement tout cela avec une technique irréprochable : lorsqu’Olivier laisse son soufflet pour emboucher une clarinette, le résultat fait envie à bien des souffleurs de vent… Et tout cela servi par une prise de son et un mixage irréprochables qui réussissent le difficile paradoxe de placer le chanteur en avant sans pour autant reléguer les instruments en arrière ce qui permet de profiter des paroles, de l’ensemble et de chacun. Ajoutons, comme à l’accoutumée chez AEPEM, un livret fourni et documenté, de belles illustrations et mise en page de la violoniste Margaux Lienard… J’ai beau chercher : pas une ombre au tableau…

(1) ainsi que trois invités : le violon de Marc Gosselin, le cor de David Foiche et les percussions de Jessy Adjaoud.

AEPEM : http://www.aepem.com

Contact : http://www.la-bricole.net

Rappels : voir à partir de : "Ne vous faites pas marins - Chants maritimes du Boulonnais"

Maria Mazzotta
"amoreamaro"

Maria Mazzotta est une chanteuse italienne qui bénéficie d'un producteur-tourneur qui croit vraiment en elle et qui assure donc fort bien sa promotion comme en témoigne, entre autre, une chronique passée ce printemps sur France Inter à l'occasion d'un concert parisien. Naturellement toutes les chroniques se focalisent sur la chanteuse mais je préfère commencer par rendre justice à Bruno Galeone, qui l'accompagne sur le présent album, le plus souvent seul à l'accordéon, voire au piano, rarement secondé par quelques discrètes percussions ou un discret didgeridoo. Seule une plage a droit à l'accompagnement plus enlevé de la tammuriata. Lorsque j'écris " sobrement " cela fait référence au nombre d'instruments, à la balance voix-instrument bien équilibrée, à une volonté de rester au service de la chanteuse, mais certains de ces accompagnements , aux couleurs bien italiennes mais pas uniquement, inventifs tout en reprenant des formules traditionnelles, valent à eux seuls l'écoute de ce disque. L'espace ainsi laissé, ou devrais-je plutôt dire aménagé, par l'instrumentiste permet à Maria Mazzotta de poser sa voix dans cet écrin, de jouer de l'émotion. Et si j'emploie le terme de jeu c'est bien parce qu'elle interprète réellement ses chants, entre douceur et douleur, en véritable tragédienne parfois. On pourra disserter sur le fait que ce type d'interprétation soit traditionnel ou non (en prenant garde de ne pas juger sur des critères propres à la chanson traditionnelle française d'ailleurs), il n'en restera pas moins un esprit, un timbre et surtout une émotion qui ne laissent pas indifférents. Mon seul regret est une pochette de CD assez minimaliste (1) où ne figurent pas les textes des chansons ce qui aiderait un peu les non italophones (à l'écrit on comprend toujours un peu) et même pas les noms de musiciens.

J'utilise souvent ce critère de valeur, mais voici un album qui, lorsqu'on le laisse de côté quelque temps, se retrouve avec le plaisir que l'on ressent à retrouver un vieil ami. Et pas seulement sur la première plage : quasiment tout du long...

 

(1) à moins qu'il ne s'agisse d'une version light pour la promotion...

Editeur : Agualoca Records http://wwwagualocarecords.com

Contact : ZeroNoveNove http://www.zeronovenove.com


Yves Cassan - Dominique Manchon
"Se lo vols"

Après un premier album qui apportait une nouvelle couleur à la musique auvergnate, par l'association piano-cabrette, une association presque contre nature mais qui fonctionne tout de même lorsque le pianiste est également cabrettaire, voici un CD dont on se demande s'il ne faut pas le considérer comme un point d'étape, avec ses 6 titres et sa pochette réduite au minimum.

Nous y retrouvons naturellement les duos piano cabrette, un unique duo à deux cabrettes ainsi que, sur trois plages, la belle voix d'Yves Cassan accompagnée au piano, mais viennent s'y adjoindre cette fois quelques petites parties au concertina, Etienne Manchon vient sagement (1) prendre le relais de son père au piano lorsque celui-ci opte pour un autre instrument et Pascal Geoffray vient jouer de l'archet sur une plage et du mandoloncelle sur une autre. Le répertoire est essentiellement traditionnel auvergnat, naturellement un certain nombre de standards, une ou deux compositions d'Yves et, surprise, une chanson non traditionnelle, en français, qui surprend à la première écoute (la voix d'Yves sonnant tellement bien en occitan), sur un texte de Peire Biron dit Norib (1861-1941), agriculteur-écrivain auvergnat pourtant occitanophone...

On retrouvera le goût de Dominique pour les canons sur une partie de scottisch cabrette concertina piano bien balancée...

Mais ma plage préférée demeure " Se lo vols " simplement chantée sur un quasi ostinato de piano aux nombreuses petites variations...

 

(1) J'utilise ce qualificatif car je m'attendais à plus d'expérimentations de la part de ce musicien élevé dans le trad. mais versé dans le jazz et pour qui la musique est une seconde (première ?) nature…

Contacts : cassanycssn suivi de @aol.com

Rappel : "En Tornar"


Collectif
"Ronds et rondes traditionnels chantés du Bas-Berry recueillis et publiés par Barbillat et Touraine
Volume1"

En 1997 était réédité le recueil de ces deux collecteurs berrichons, ce qui donnait l'occasion de la sortie d'un album qui réunissait quelques pointures du chant traditionnel. En 2019, le recueil connaît une nouvelle réédition, plus volumineuse (1), ce qui donne à l'AEPEM l'occasion de débuter une édition CD également plus volumineuse puisque ce premier triple CD est la première pierre d'une intégrale, d'ou la mention volume 1. Et celle-ci suivra un plan thématique plutôt original puisque ce premier opus est tout entier consacré aux ronds d'Argenton et autre rondes. En réalité il semblerait, à l'inverse, que ce soit l'idée d'enregistrer tous les ronds de ces recueils qui ait initié l'idée de cette intégrale... En tout cas c'est une intégrale dont le but avoué est d'aider à la diffusion et à la réappropriation de l'ensemble du répertoire issu de ces collectes. Les interprétations, purement vocales, de ces chants à répondre (chant dans la danse) ont donc été voulues sans trop d'ornements apportés par les interprètes et qui auraient pu, par la suite, venir se coller trop définitivement aux réinterprétations. Mais si, à la première écoute, certaines des présentes interprétations font, du coup, un peu regretter celles de l'album de 1997 ou d'autres interprétations passées (pas toujours facile de passer derrière une version par Mic Baudimant par exemple…) de Sylvie Berger à Solange Panis en passant par Anne Lise Foy, Y Guilcher et j'en passe (2), nous avons ici affaire à des pointures et même sans ajouts d'ornements la cadence y est tout de même bien là, et il ne faudrait pas croire qu'il ne s'agit que d'un enregistrement didactique de répertoire : c'est bien également un album qui s'écoute pour le plaisir, d'un excellent niveau. Il ne faut tout de même pas avoir peur d'écouter plusieurs versions de suite du même texte, parfois dans un traitement mélodique proche, parfois assez différent ce qui est tout à fait intéressant et une autre forme de plaisir, plus intellectuel certes... Et pour ceux qui penserait que tout ce qui était intéressant dans Barbillat Touraine a déjà été interprété et réinterprété, il y a tout de même quelques belles surprises de ci de là. Et je crois bien que c'est la première fois que j'entends une version de Janneton prend sa faucille sur un album trad...

Même le fait d'être sur une rythmique relativement constante (celle du rond, avec des variantes toutefois) passe finalement très bien : lors d'un voyage en voiture, je n'ai pas eu d'hésitation pour enchaîner les trois CD l'un derrière l'autre. Il faut dire que l'alternance des voix au fil des plages y aide beaucoup, timbres féminins, masculins, réponse solo, duo ou plus, le soliste d'une plage devenant répondant dans une autre... Je n'ai repéré qu'une plage ou c'est un duo qui mène la danse histoire de ne pas tomber dans le dogmatisme.

A chaque production d'AEPEM je vous précise que les sources sont détaillées dans le livret, ici ce pourrait être des plus simple puisque tout est issu du même recueil, mais Jean-Michel Péru dans un copieux livret, nous détaille la démarche et nous offre un résumé fort bien fait de l'historique du rond, de la différence établie conventionnellement entre rond et ronde etc. en nous rappelant naturellement les ouvrages de référence que ce résumé ne doit pas vous dispenser de lire...

Bref on attend déjà les volumes suivants dont évidemment les bourrées....

 

(1) ed. la Bouinotte en 5 volumes, succède à l'édition épuisée de 1997 chez par Lancosme Multimédia l'édition originale ayant donné lieu à plusieurs volumes de 1910 à 1930 aux ed. le Gargailloux

(2) Amaury Babault, Sylvie Berger, David Boirat, Catherine Faure, Anne-Lise Foy, Hélène Girard, Yvon Guilcher, Yannick Guilloux, Mathilde Karvaix, Emmanuel Monnet et Solange Panis.

Ed. AEPEM http://www.aepem.com

Rappel : l'album de 1997 sur lequel intervenaient déjà Solange Panis, Sylvie Berger et Yannick Guilloux, les autres interprètes étant Jean Blanchard, Evelyne Girardon, Catherine Perrier, Evelyne et Frédéric Paris, Mic Baudimant et Willy Soulette, pour le reste je ne vais pas vous refaire l'historique de tous les chanteurs du triple album ci-dessus...

Voir photos conférence au Son Continu 2019

 

 

Planchée

Le violon mène la danse sur un répertoire de Haute-Bretagne, avec une énergie (appuyée par l'utilisation des pieds) qui n'est pas sans rappeler, sur un style certes différent, certains violons du Massif central ! D'ailleurs on ne s'étonne pas de rencontrer sur cet album une invitée auvergnate : l'archet de Marthe Tourret venant, sur une plage, rencontrer celui d'Emmanuelle Bouthiller, la violoneuse de ce trio qui s'avère savoir également "parler la langue" de la bourrée limousine.

Une violoneuse mise en avant par ses deux complices, Yannick Laridon au diato et Dylan James à la contrebasse, qui fondent les sonorités de leurs instruments au service de la cadence et de la mélodie portée à bout de bras ou plutôt d'archet par Emmanuelle. Dès les premières notes tout votre thorax est soulevé par l'élan de la danse et pas une plage de l'album ne le laissera au repos, d'avant deux en tours en passant par maraichines, passepied, suite du Méné ou plus classiques polka, mazurka, scottish. Et histoire d'être certaine de ne pas vous laisser vous refroidir, Emmanuelle relance l'attention (la tension ?) en ajoutant sa voix à celle de son violon, avec le soutien vocal de Dylan.

Tout cela est servi par une bonne prise de son qui nous place à proximité du violon.

Toutes les sources sont indiquées dans le livret mais vous le savez déjà à la lecture du nom de l'éditeur. La pochette fait le choix de la sobriété graphique, mais en l'absence de photos en couverture ou au dos, il est peu vendeur de n'indiquer le nom des interprètes et les instruments qu'à l'intérieur de celle-ci, ce qui conduit à un album très anonyme, scellé en rayon…

Ed. AEPEM http://www.aepem.com

Voir les photos de présentation de ce CD au Son Continu 2019

 


Dirty Caps'
"Musique traditionnelle du Quercy et de la Gascogne"

Un violon, une clarinette et un diato ; trois instruments mélodiques (avec certes des basses pour le troisième) et qui, au sein de ce trio Quercy-Gascogne, ne craignent pas le jeu à l'unisson. Un vrai son de groupe, fusionnel, tout à la fois sobre par son unité et dense par son grain, qui met en avant les mélodies et, surtout, cette cadence qu'apprécieront non seulement les danseurs mais même ceux qui écouteront assis. A l'écoute je me félicite qu'ils n'aient pas cédé à la facilité de l'ajout d'une basse et d'une percussion comme c'est si souvent le cas. Il est d'ailleurs aisé d'entendre dans sa tête ce que donnerait cet ajout : un spectre sonore certes élargi dans les graves pour le confort de l'oreille mais un son plus quelconque où nos trois instruments de seraient plus là que pour la couleur sonore et où leur belle cadence passerait au second plan, bref de la sauce qui nous masquerait la vraie saveur de ce trio.

Rassurez-vous il ne jouent pas qu'à l'unisson mais, du coup, certains passages en harmonie se posent comme des parenthèses…

Avec tout cela je ne vous ai pas précisé que Mickaël Vidal, le clarinettiste du trio (1), est également chanteur, doté d'une voix dont le grain colle tout à fait avec la langue occitane. L'alternance des plages instrumentales et chantées rend ainsi l'écoute encore plus plaisante.

AEPEM oblige, le répertoire est traditionnel et les sources sont indiquées dans le livret, faut-il encore le préciser…

Ne vous reste plus qu'à comprendre pourquoi ce nom en anglais et si la casquette US détrônerait réellement le béret dans le sud-ouest ? (2)

 

(1) le diato étant tenu par Clément Rousse et l'archet par Victor Dreyfus

(2) la réponse est sur leur site internet… https://clementrousse.com/dirty-caps/

Ed. AEPEM http://www.aepem.com

Voir les photos de présentation de ce CD au Son Continu 2019

 


Ivan Karvaix
"Musette Béchonnet - Musique traditionnelle des Combrailles"

Il me semble qu'Yvan doit être un des (le ?) seul musicien à signer deux albums solo dans deux collections dédiés aux instruments : après celui dans la collection instrumentale chez Cinq Planetes en 2008 le revoici dans celle d'AEPEM qui rajoute à l'unicité de l'instrument et du musicien, celle du répertoire géographique (quoique le répertoire du précédent était déjà consacré à l'Auvergne). Une règle du jeu que ce Brayaud ayant beaucoup œuvré sur sa région des Combrailles a pu prendre à la lettre. Et si cela le nom de cette région ne vous dit rien, le livret à eu l'excellente idée de comporter une carte des "pays" d'Auvergne, accompagnée d'une présentation des Combrailles par Eric Champion. Ce livret nous fait d'ailleurs découvrir un certain nombre de photos d'Ivan jeune musicien folkloriste et le récit de son parcours musical et, en constatant qu'il a débuté à la cabrette avant de connaître l'existence de la musette Bechonnet, on comprend mieux sa maîtrise technique (1) qu'il a parfaitement su adapter à la Bechonnet en se gardant bien de simplement transposer celui la cabrette. Un jeu très technique donc mais où variations et coups de doigts n'étouffent jamais ni la mélodie ni la cadence (bien au contraire) et relance sans cesse l'intérêt de l'auditeur.

La seul particularité sonore de la Béchonnet par rapport aux autres musettes du Centre est son petit bourdon très aigü caché à l'arrière du boitier. Comme certains épices, il apporte un couleur intéressante à condition de ne pas être trop présent. Si les bourdons sont mixés ici un peu plus en arrière que sur l'album Cinq Planètes, leur équilibre respectif est très bon et leur accord irréprochable amène parfois à se demander s'il y en a deux ou trois ...

Contrairement aux autres musettes du Centre, la musette Bechonnet apparait davantage comme un instrument unique, de tonalité médiane, que comme une gamme d'instruments de tonalités éminemment variables. L'album de 2008 utilisait 4 tonalités (de la 11 à la 18 pouces, soit do à fa), il en est de même ici, mais une originale (2) 19 pouces a remplacé à plus aiguë. Profitons-en une fois encore pour remercier les facteurs de ces instruments, de Joseph Bechonnet dont une 14 pouces sonne encore ici, à Raphaël Jeannin en passant par le jeune retraité Bernard Blanc, sans lesquels tout cela ne serait pas possible....

 En conclusion voici un album a conseiller même à ceux qui auraient peur de ce type de programme entièrement solo...

(1) la cabrette est un instrument qui ne supporte pas l'à peu près technique et oblige donc le débutant à travailler fortement cette technique pour être audible, ce qui n'est pas vraiment le cas pour d'autre type de cornemuses plus faciles à apprivoiser.

(2) une tonalité entendue toutefois déjà l'an passé sur l'album de Yannis Duplessis

Ed. AEPEM http://www.aepem.com

Rappels : voir à partir de Ivan Karvaix "Cornemuse Bechonnet"

 


Basile Brémaud
"Violon - Musique traditionnelle d'Auvergne et du Limousin"

En duo, en trio, en quartet (1) et dans bien d'autres formules, on ne présente plus le violonneux Basile Brémaud, mais il n'avait pas encore enregistré en soliste et c'est très logiquement que nous le retrouvons dans cette collection instrumentale dans laquelle nous avons déjà entendu son complice Hervé Capel, et d'ailleur sur le même répertoire géographiquement défini comme le veut la règle de cette série, mais assez large (Auvergne-Limousin) par rapport, par exemple, à celui d'Ivan Karvaix centré sur les seules Combrailles.

Ce répertoire comporte tout à la fois des thèmes connus et de moins entendus, voir de petite perles comme cette polka d'Alexandre Savignat, qui n'est probablement pas très ancienne mais qui sonne fort bien....

La première plage est jouée tout à fait dans le style des anciens, avec ce tempérament bien particulier, les ornements, le coup d'archet etc. Les plages suivantes ne sont pas forcément aussi fidèles au style ancien mais d'une efficacité redoutable et l'on se demande souvent comment un seul archet sur quatre cordes peut ainsi occuper tant d'espace sonore. Le jeu en double cordes y est naturellement pour beaucoup mais Basile parvient parfois à vous donner l'illusion d'une "indépendance des mains" comme peuvent l'avoir les accordéonistes...

Et pour être bien certain que l'auditeur ne s'ennuie pas une minute sur cette album, il chante également sur une plage, tout en s'accompagnant de son violon (visiblement sans artifice technique car, pour une fois, on sent l'archet un tout petit peu moins assuré...).

Ed. AEPEM http://www.aepem.com

(1) en duo avec Hervé Capel par exemple, au sein du trio Brémaud-Puech-Gourdon ou encore de Faï Petar, au sein du quartet Tres etc...

Rappels : voir à partir de Basile Brémaud - Hervé Capel Duo Artense

 


Michel Esbelin - Tiennet Simonnin
"Le lilas blanc - Mélodies des Bals Musette de la Belle Epoque"

Que voilà une bonne idée de consacrer un album à ces chansons du tournant du siècle (du siècle précédent faut-il préciser désormais que l'on est passé au suivant....), pas vraiment traditionnel mais qui ont subi un début de folklorisation en étant reprises par des musiciens de bals de l'époque. Un processus qui aurait pu d'ailleurs s'arrêter là mais le revivalisme a redécouvert ces interprétations particulières et a remis de ci de là ces pièces au répertoire de bals et albums. Gageons d'ailleurs que bien des danseurs et auditeurs actuels connaissent les versions à danser mais pas les chansons originales... Et là est la seconde bonne idée de ce double album : consacrer l'un des CD aux enregistrements cabrette-accordéon par Michel Esbelin et Tiennet Simonnin et l'autre CD aux enregistrements d'époque de ces chansons. On aurait presque pu imaginer une troisième galette avec les enregistrements d'époque des cabrettaires.... Lorsque l'on apprécie musique trad. d'une part et chansons anciennes d'autre part, c'est donc un plaisir d'écouter aussi bien l'un que l'autre, mais il est naturellement intéressant d'entendre comment ces mélodies ont été adaptées à l'instrument et au exigences de la danse. Gageons que vous finirez par jongler avec les deux CDs sur votre platine pour écouter une version après l'autre. Mais pour compliquer un peu les choses, elles ne sont pas dans le même ordre et, pour varier un peu, quatre des pièces ne sont pas présentées dans une version ancienne mais chantées par Sophie Gamblin, Christian Mage et Reinoud van Mechelen (1) dans un style proche de celui d'époque. Il est intéressant de voir que si la reprise de certaines de ses mélodies à la cabrette pouvait sembler évidentes car se prêtant bien au jeu de l'instrument (2), cela était bien moins évident pour d'autres et pourtant au final, si la version cabrette nécessite parfois une bon niveau de jeu, l'instrument y est toujours à sa place, avec son accent particulier. Et puis, à réécouter les paroles des Boeufs, on appréciera d'autant mieux la version instrumentale...

Ceux qui ont écouté les diverses rééditions d'enregistrements anciens de cabrette et les albums précédents de Michel seront peut-être un peu déçu de connaître déjà une grande partie de ce répertoire, mais si l'album comporte ainsi pas mal de reprises, tous les enregistrements de Michel et Tiennet sont originaux et cette approche thématique méritait vraiment d'être réalisée, d'autant que le livret de 32 pages renferme une foule d'informations, dont notamment une page par chanson, avec dans presque tous les cas, une photo de la couverture de partition d'époque, la photo du cabrettaire qui l'a reprise, noms des auteurs et compositeurs, commentaire, revue des interprètes etc... Le livret comporte également un texte de Michel sur Robert Arribat et, sous la plume de Tiennet, une présentation de la belle-époque, des cafés-concerts, de leur musique et des liens avec les musiciens auvergnat. Présentation qui s'achève par une liste d'autres chansons de cette époque reprises par des musiciens de tradition, teaser pour un volume 2 plutôt violon ?

Ed. AEPEM http://www.aepem.com

(1) maintenant que j'ai cité les chanteurs, je ne peux pas ne pas citer la présence de Catherine Gauduchon au piano sur deux plages d'Antoine Leclercq et Olivier Sulpice se partageant à parts égales l'accompagnement de quatre plages au banjo ténor

(2) c'est par exemple le cas de "La chanson des blés d'or" au longues notes tenues, ou de "Sous les ponts de Paris" qui est déjà dès le départ une valse très dansante, sans grande difficulté de jeu. Chacun a d'ailleurs en tête d'autres interprétations de ces tubes par d'autres anciens musiciens traditionnels.

Rappels : Michel Esbelin voir à partir de " La valse des ombres "

CD Michel Esbelin cabrette

Tiennet Simonnin : voir à partir de : Mister Klof "Le galant indiscret"

 


Emile Vacher
"Créateur de la valse musette et de la Java"

Plus de 25 ans après avoir consacré un premier album à Emile Vacher dans la collection SILEX, Philippe Krumm récidive en consacrant un double album au "créateur du genre musette", un rôle clef dans un style musical et auquel peu de musiciens peuvent prétendre (Django Reinhardt pour le jazz manouche...). Il fallait bien 50plages pour rendre hommage à cet accordéoniste dont la carrière, on l'oublie souvent, ne se limita pas à ces années où l'accordéon prit le pas sur la cabrette au sein des bals musettes, mais s'étendit sur plus d'un demi siècle, de 1898 aux années 50 (1) et il enregistra plus de 500 titres donc la sélection (1 sur 10 donc si vous savez compter) n'a pas du être facile, sachant que certains incontournables (Java des as, Reine de musette ou, naturellement, les Triolets) ne pouvait être omis ce qui limite d'autant la marge de manoeuvre... Tous les titres présentés ici sont d'ailleurs de sa composition (parfois cosignée), à l'exception d'un traditionnel.... tyrolien... Je n'ai d'ailleurs pas compris la logique d'ordonnancement des plages sur ces deux CD, mais qui n'a en tout cas, rien de chronologique (ils s'étendent de 2917 à 1952) et c'est un peu dommage car le style d'Emile Vacher évolue forcément entre ces deux époques et il est intéressant de replacer chaque enregistrement au sein de cette évolution, des débuts ou la plupart des éléments stylistiques sont déjà présents mais souvent en germe, et la fin de carrière ou le style musette semble parfaitement défini et devenu le style de jeu "officiel" de l'accordéon chromatique à boutons en France (et bien au delà...). Mais rappelons qu'Emile Vacher a toujours joué sur des instruments bisonores ("diatoniques") main droite (et basses chromatiques main gauche...).

Philippe Krumm, ancien rédacteur en chef (notamment...) de Trad. Magazine, n'a pas résisté à l'exercice de style consistant à transcrire sous forme d'interview fictive la biographie d'Emile Vacher. Manière également sans doute de se consoler de ne pas avoir eu la chance de croiser sa route. Il en résulte un livret très agréable à lire et qui plus est illustré (avez-vous remarqué, sur la photo de pochette, la manière de positionner la bretelle main droite et la classe avec laquel il le fait ?).

Le traitement des enregistrements anciens a été réalisé par Lionel Risler, la référence française dans ce domaine...

J'allais oublier de vous préciser que cette production n'arrive pas par hasard mais pour le cinquantenaire de sa disparition (1)

 https://www.5planetes.com distribué par l'Autre Distribution

(1) Il vécu de 1883 à, 1969 mais sa carrière peina à vraiment repartir après guerre

(2) Philippe a marqué le coup en éditant également un vinyl avec 15 enregistrements inédits de 1956 et une pochette de Robert Crumb, mais celui-ci je n'ai pas eu la chance de l'écouter...

Voir photos conférence au Son Continu 2019

Rappels : Le CD paru chez SILEX en 1991 "Emile Vacher, créateur du genre musette". Par rapport au présent double CD de 2019, le CD SILEX comporte parmi ses 22 titres, 10 qui ne figurent pas ici : Triple patte, Musette, Toi-Z-et-Moi, Séparation, Rouletabille, Java des Doudounes, Rêve de Fleurs, La Bourrasque, Aubade d'oiseaux, Mon accordéon.

 


  Jean-Michel Corgeron
"Le pas sage - Compositions et..."

Jean-Michel Corgeron fait partie de ses musiciens au style bien particulier, un style qui doit autant à ses compositions qu'à son interprétation, et dès la première plage, même à la première écoute, l'impression est celle que l'on peut avoir en retrouvant un vieil ami et reviennent dans les oreilles les saveurs de ses albums précédents, "Ballet de sorcière" inclus... Si la couverture laisse surtout apparaître son nom (avec un discret "& friends") et si la photo le représente seul sur une plage, l'album est un vrai collectif avec pas moins de 10 complices qu'il serait trop long de vous citer tous (1) mais parmi lesquels on retrouve naturellement Beatrice Spoutil au piano et Vincent de Greef au quinton sur la plupart des plages, les autres invités inervenant bien plus épisodiquement. Jean-Michel est bien entendu d'abord un diatoniste, jouant sur quatre diatos de tonalités différentes mais il opère également à l'harmonica sur cinq plages, avec une technique assurée mais tout de même un peu moins d'aisance qu'au diato. Et fidèle à ses débuts, il a ressorti son dulcimer Camac pour deux plages dont une agréable version du Parlement qui nous rappelle bien des souvenirs... Comme l'indique le sous-titre, l'essentiel des mélodies est de sa plume, avec toutefois deux trads, l'un irlandais l'autre italien, le branle du XVIème déjà cité, ainsi qu'une valse de Steve... L'enregistrement a été réalisé par Jacques Lanfranchi mais est-ce la prise de son ou le mixage, j'ai trouvé le son des instruments un poil moins présent que ce à quoi nous sommes habitués aujourd'hui. Cette petite réserve mise à part, voici un album qui nous offre encore de jolis petits bonheurs variés...

http://franchesconnexions.com

( (1) les huit autres sont Aurèle Spoutil au saxo, Maud Spoutil à la viole de gambe, Philippe Vieslet à la contrebasse, Emmanuèle Large au violon, Laurent Jarry au diato, Steve Normandin au chromatique, Gilbert Large au banjo et Marc Rouvé à la guitare

Rappels JM. Corgeron voir à partir de Duo t'en Bal "Premiers pas"

Trio Jaconor
"Musique traditionnelle du Québec"

Irland'airs
"Première vague + Musique irlandaise pour cercle circassien et autres mixers..."

Voici deux autres albums, antérieurs à celui ci-dessus, plus courts (5 titres), présentés en simples pochettes cartonnées sans livret et dédiés chacun à un répertoire particulier.

Le premier en trio est dédié, comme le titre et la pochette le laissent clairement deviner, à la musique de la Belle Province, Jean-Michel ne s'y produit qu'à l'harmonica diatonique, accompagné par Laurent Jarry à mélodéon un rang et Steve Normandin (habituellement chanteur et accordéoniste) au piano.

Le second revisite pour les danseurs le répertoire traditionnel irlandais (et une jig de Kevin Burke) en quartet avec Béatrice au piano et Emmanuèle et Gilbert Large au violon et banjo. Un répertoire très largement dominé par les jigs ce que justifie le sous-titre, un usage visé qui s'accompagne fort bien de ce type d'orchestration avec un piano marquant bien le rythme.

La personnalité particulière de Jean-Michel se retrouve naturellement moins sur ces albums de répertoire plus traditionnel que lorsqu'il laisse libre court à ses compositions

http://franchesconnexions.com

Rappels JM Corgeron : voir ci-dessus


Zirla
"Abfahrt in fünf Minuten"

C'est toujours un vrai plaisir de découvrir (et de vous entretenir) de la dernière production de Merit Zloch, la harpiste allemande à faire entendre à tous ceux qui pourraient encore penser que la harpe diatonique est un instrument un peu éthéré et la musique traditionnelle allemande n'est pas d'un grand intérêt.. Pour ceux qui n'auraient pas tout suivi, voir le rappel de ses enregistrements précédents par le lien ci-dessous, dans un parcours sans faux pas...

C'est en duo qu'elle nous revient, duo de deux harpistes allemandes en compagnie de Daniela Heiderich dont le nom dit peut-être quelquechose à certains d'entre vous puisqu'elle joue également en duo avec Gilles Chabenat ce qui est, en soi, une référence....

Elles nous interprètent ici tout un répertoire tiré de divers livres anciens ou cahiers manuscrits de répertoire de danse (les sources sont citées mais un peu plus de détail dont les dates et les localisations n'aurait pas été superflu...). De quoi réconcilier avec le répertoire germanique le plus méditerranéen d'entre vous tant ce répertoire est agréable et enlevé. Il faut dire que toutes deux savent faire swinguer les cordes de leurs harpes pour le mettre en valeur.

Deux plages sont chantées, et si leurs voix seules ne sont pas exceptionnelles, elles s'équilibrent et se complètent très bien de sorte que le duo est tout à fait convaincant et "Schwesterlein" (petite soeur), risque de vous rester longtemps en tête...

Pour en revenir à la harpe, l'une des originalité de cet enregistrement est le recours parfois à des cordes détendues (1) qui "zinguent" sur une hauteur un peu variable. Cela suprend à la première apparition mais on en devient vite accro car c'est très efficace et cela vaut bien mieux que toutes les distorsions électroniques...

(1) c'est du moins ce que j'ai supposé

Rappels :

Merit Zloch "Urban Legends"

 

Branschke Armstrong duo
"Antithesis"

On aura beau dire que la technique et la virtuosité doivent demeurer des critères de jugement secondaires dans le domaine artistique et musical en particulier, cela n'a rien de désagréable de se faire bluffer de temps à autre par un album de ce type, d'une précision remarquable à tous points de vue (accord des instruments, rythmique, synchronisation des deux musiciens etc.) et plein de petites trouvailles (prouesses) techniques. A propos de ces dernières, j'ai eu la chance d'entendre le duo lors de sa présentation de l'album au Son Continu et j'avoue que cela m'a évité de me poser bien des questions par la suite à l'écoute car comment deviner que lorsqu'il ne peut libérer une main, Callum sélectionne ses bourdons en manipulant la tirette de son stoppeur sophistiqué (sélectionneur) avec le menton et la bouche ? Cela m'a également permis de ne pas avoir de doute sur l'absence d'artifices rajoutés au mixage

Mais si ces aspects techniques passent si bien, c'est qu'ils s'intègrent parfaitement dans les arrangements très inventifs des mélodies qu'ils contribuent à mettre en valeur et non à étouffer comme cela est toujours à craindre lorsque l'on cherche à en mettre plein la vue.

Il faut dire que Callum Armstrong a déjà bluffé le jury du Son Continu en solo il y a quelques années et qu'il a visiblement trouvé en la personne de Matthias Branschke davantage qu'un alter égo : un musicien avec lequel la connivence musicale est parfaite et de surcroît un luthier (1) auquel on doit très probablement l'accord irréprochable des deux hautbois et, naturellement des bourdons.

Les mélodies sont, pour l'essentiel des compositions de Callum (2), dans un style qui évoque parfois ceux d'Irlande ou d'Ecosse (surtout en 6/8) avec des notes rapides et égales (du moins en théorie, swing mis à part…) mais sans chercher à s'insérer dans ces identités particulières. D'autres compositions sont d'ailleurs dans des esprits différents avec des notes d'humour dans les arrangements qui leurs conviennent parfaitement. La seule mélodie qui n'est pas de Callum est de Mathias....

Il ressort de tout cela un pur duo (sans invités) de deux cornemuses égales, de deux hautbois type 20 pouces sur l'album entier et qui s'écoute sans la moindre lassitude et même un vrai bonheur, surtout lorsque l'on commence à l'avoir un peu dans l'oreille.

Et si vous voulez organiser un concert vraiment sympathique, faites se succéder dans un même soirée ce duo de cornemuses et le duo de harpe de la chronique précédente, cela devrait pouvoir s'arranger facilement....

(1) Matthias est facteur de cornemuses à Berlin (www.dudelsackmanufaktur.de), il est bien connu en France du fait de sa participation à la Fraternelle

(2) Callum a déjà édité un recueil de compositions

Voir les photos de présentation de ce CD au Son Continu 2019

http://www.amazingpipes.net

Rappels :

Callum Armstrong : en trio "The Savage Prune"

Mathias Branschke :

Au sein de l'album de Merit Zloch "Urban Legends"

Au sein de la Société Fraternelle des Cornemuses du Centre "De Grand Matin"

 


Robert Matta
"Samponha"

Sauf erreur de ma part, il doit s'agir du premier album entièrement consacré à cette cornemuse pyrénéenne reconstituée ou inventée (peu importe finalement) par Jacques Baudoin avec la complicité de Bernard Blanc pour la facture il y a maintenant plus de 25 ans... Un instrument que Jacques a déjà utilisé dans plusieurs enregistrements et prouvé qu'il s'insère parfaitement dans le répertoire pyrénéen mais qui n'a pas encore fait école car il tenait encore du prototype. Les choses pourraient changer avec cet album de Robert Matta qui met à nouveau en avant les possibilités de cette samponha, principalement dans le domaine de l'accompagnement (une sorte de petit orgue portatif finalement...) et, surtout, nous rappelle que Robert a mis celui-ci à son catalogue de luthier (1) et que la pratique de cette cornemuse polyphonique est donc ouverte à tout volontaire. D'ailleurs si l'album ne laisse pas beaucoup entendre la samponha en solo (une plage et une intro principalement) et si ces interprétations solos montrent que Robert maîtrise ce jeu à deux chalumeaux, je ne peux que penser qu'on en est encore qu'au stade du défrichage sur cet instrument et que le jour où quelque(s) petit(s) jeune(s) doué(s) va(ont) s'y attaquer sérieusement en instrument principal, nous devrions avoir de belles surprises.

Mais revenons-en à cet album : comme la couverture ne le laisse guère deviner, c'est un album très collectif ou la samponha, souvent en duo avec un hautbois (joué également par Robert merci la technique....) accompagne soit le violon de Didier Oliver et/ou la flûte à trois trous/tambourin à corde d'Eric Mathieu, soit les voix des quatre Daunas de Cor, celles de ces pointures que sont J. F Tisnèr que l'on ne présente plus ou Régis Latapie (Vox Bigerri) ou celles un peu moins connues de Nicolas Bourguetou et Caroline Dufau (Cocanha, entendue sur l'album de Maxence Camelin et vue chez JP Pernaud...).

Petite cerise sur le gateau, Robert utilise principalement une samponha en Fa mais également une en sol et, sur les deux plages finales, une très aigüe en La qui montre d'intéressantes possibilités avec un hautbois en Ré plus grave.

http://www.cornemusesoccitanes.com

(1) il l'utilisait déjà dans les albums "Hautbois et cornemuse" et "Pireneus"

Rappels : Robert Matta

Cet album s'insère dans une collection de Robert qui comporte déjà des opus Boha et Craba (désolé j'ai raté des épisodes....)

Pour le reste voir à partir de : Robert Matta et Pierre Rouch "Hautbois et cornemuses"

Pour l'utilisation de la samponha par Jacques Baudoin, voir à partir de Ad'Arron

 


Joan Frances Tisner
 "Tralhaires, sur les pas de Félix Arnaudin"

 "EBTé - Electro Trad"

  J'ai reçu ces deux albums ensemble et les pochettes et titres m'ont laissé penser que l'un des albums était électronique et expérimental tandis que l'autre venait le contrebalancer, dans un registre bien plus traditionnel, à l'image de la belle photo ancienne de pochette et à la lecture de la référence à F. Arnaudin, l'incontournable collecteur de la Grande Lande d'avant les plantations et par ailleurs auteur de la photo en question.

Et bien oubliez ce que vous venez de lire car il n'en est rien et les deux albums présentent une vision contemporaine et originale des musiques du sud-ouest qu'elles soient de tradition ou de composition plus récente.

Débutons par celui qui cache son jeu, l'album référence à Arnaudin et qui est, comme souvent chez Tisner, l'enregistrement d'un spectacle, spectacle dont vous pourrez voir la vidéo via la jolie et originale clef USP insérée dans la pochette. Un spectacle qui rassemble sur scène JF Tisner et son vieux complice J. Amonynot, avec la participation enregistrée de D. Lakuona sur des textes parlés ainsi d'ailleurs que quelques bribes de témoignages collectés. Un album mené par les voix, dans un style souvent assez traditionnel (avec quelques exceptions un peu plus originales (1)) mais posé sur un accompagnement électro-acoustique ou électronique (2) conçu davantage comme une ambiance sonore que comme une harmonisation ou un contrechant. On aime ou on n'aime moins ce type d'ambiance mais, dans tous le second cas, la voix de JF Tisner (et celle de son compère) semble capable de faire tout accepter et ce d'autant mieux lorsque l'on a visionné la vidéo. Oui, je ne vous ai pas encore dit que cet album est accompagné, non pas d'un DVD mais d'une originale (3) et jolie clef USB qui présente non pas une captation du concert (avec public), mais un film réalisé sur scène, dans une salle vide permettant de soigner les plans, de donner plus de proximité.

Le répertoire utilise naturellement des pièces collectées par Arnaudin, mais pas uniquement comme l'indique le livret... Pas toujours facile de faire la part des choses à l'écoute, sauf pour certains traditionnels connus...

 

Le second album, sorti environ un an plus tard, est donc finalement assez proche, même si l'intention, l'inspiration, de son auteur est sans doute très différente puisqu'il ne s'agit plus d'un spectacle mais d'un répertoire à danser (danses du sud-ouest naturellement) et l'on sait qu'en matière de cadence, JF Tisner ne fait pas dans l'approximatif.... Cet enregistrement met toujours en avant la voix de Joan Frances (on ne s'en plaindra pas) sur un accompagnement pas vraiment traditionnel, quoique l'utilisation de petites percussions, acoustiques ou recréés électroniquement soit tout de même bien dans un certain esprit de nos musiques trads... La parenté avec l'album précédent n'a rien d'étonnant puisque Jakez Aymonino y prête à nouveau sa voix et oeuvre à l'éléctronique comme également François Dumeaux qui participe d'ailleurs aussi cette fois en tant que compositeur. Seul Arnau Obiols vient ajouter ses percussions acoustiques à cet album.

(1) une plage avec des harmonisations plus audacieuse, une avec des phrases plus hachées, des effets d'échos…

(2) Joan Francés utilise un tambourin à cordes, pas vraiment dans le style traditonnel, Jakes joue des guitares électrique, acoustique en taping... et François Dumeaux manipule un petit synthétiseur. Domenja chante également en accompagnement même si ce n'est pas indiqué sur la pochette...

(3) tellement originale que vous commencerez sans doute par chercher comment elle s'ouvre... L'utilisation de ce support ainsi que de l'option téléchargement largement mise en avant sur le site de JF Tisner se justifie par l'évolution informatique actuelle (j'ai été surpris de découvrir que bien des particuliers n'ont plus de quoi lire des DVD aujourd'hui). Mais je dois avouer que, n'évoluant pas aussi vite, cela m'a donné un peu de fil à retordre pour pouvoir visionner ce film dans de bonnes conditions.... et j'ai fini par graver le contenu de cette clef sur 2 DVD car les fichiers sont volumineux mais la définition est là....

http://joanfrancestisner.com

Rappels : voir à partir de "12 recèptas de J.A. Lespatlut"
12 rceptas de J.A. Lespatlut


 

Cesare Dell'Anna
Tarantavirus Jazz Night

 

Les musiques trads. actuelles et le jazz et sont deux domaines musicaux voisins sur certains points, ne serait-ce que parce que toutes deux sont issues des musiques traditionnelles, mais finalement assez éloigné sur d'autres aspects notamment pour les formes les plus modernes du jazz, fondées sur les accords et davantage que sur la mélodie. Depuis le revival des années 70, de nombreuses velléités de rapprochement ont pu voir le jour, certes moins nombreuses qu'avec le rock mais tout aussi diverses, du côté jazzy venant épicer une interprétation trad à un jazz pur et dur venant s'abreuver de thèmes traditionnels avec naturellement tout l'éventail entre les deux et sans omettre quelques produits pur variété se réclamant des deux… Le présent album penche plutôt du second côté avec une instrumentation (sax, piano, xxxxxxxxxxx) et une interprétation résolument jazz mais interprétant des thèmes de chansons traditionnelles italiennes dont la plupart sont introduites par une chanteuse (1) dont le style est, au contraire très traditionnel. Si vous êtes pur amateur de muisques trad et de chant italien en particulier (voir de la tarentelle du Salento très particulièrement) vous risquez donc d'être frustrés par ces chansons limitées à leur premier couplet puis reprises instrumentalement avec cependant un certain maintien de la mélodie (tandis que certains jazzmans, une fois le thème posé, basculent directement sur la grille d'accord sans plus se préoccuper de la mélodie proprement dite.). Vous serez peut-être également frustrés de n'entendre quasiment que sur une plage le rythme très particulier et hypnotique de ce répertoire martelé au tambourin. Mais si vous avez les oreilles un peu plus largement ouvertes, vous apprécierez, outre ces intros chantées, des parties instrumentales aux beaux timbres (notamment chez les vents), des chorus souvent inventifs, un accompagnement rythmique en finesse, des harmonies recherchées sans être trop hors piste (le piano les tend davantage que les vents) et une recherche d'originalité par-dessus tout cela.

Donc vous aimerez ou pas, mais lorsque les musiciens maîtrisent ainsi leurs propres musiques et prêtent un réel intérêt à celle de l'autre, les métissages ne sont jamais quelconques.

(1) c'est le livret qui m'a appris qu'apparemment quatre chanteuses se succèdent, je ne l'ai pas remarqué à l'écoute.

Rappels : Cesare Dell’Anna

Techno-pizzica (2002)

Lu_ragno impoverito (2007)

Lu_ragno arricchito (2009)

 


Municipale Balcanica
"Night Ride"

Pourquoi "Balcanica" avec un C et non un K, tout simplement parce que ce groupe nous vient non pas des Balkans mais des Pouilles en Italie... Des musiciens italiens qui pratiquent donc une musique inspirée par celle des Balkans, mais dans un style plutôt jazz-variété avec une grande rigueur musicale mais pas la folie ni la liberté des musiciens roumains ou des pays voisins. L'instrumentation explique cette ambiance : sax, clarinette et trompette pour les souffleurs, guitare électrique, basse et percussion en appui, voire synthé invité sur deux plages. Une mention spéciale pour la voix très timbrée du chanteur et guitariste Raffaele Tedeschi qui vient donner un peu de rugosité à la sonorité générale et, finalement mes plages préférées sont celles chantées les plus lentes, peut-être parce que ce sont les plus italiennes....

A noter que 4 des 8 titres de cet album sont repris dans une version un peu plus courte en fin d'album ("radio édit").

http://www.municipalebalcanica.com

Rappels : voir à partir de : " Road to Damascus "

  


Christian Di Fiore & Sinfonia ensemble
"Zampogna E..."

Il n'y a pas à dire, cela fait vraiment du bien d'entendre la sonorité unique de la zampogna italienne lorsqu'on a oublié d'en écouter depuis quelques temps... Et lorsqu'elle est fort bien jouée comme dans les mains de Christian di Fiore, avec un phrasé qui n'est pas sans rappeler celui de Pietro Ricci, lorsqu'elle est accompagnée avec recherche et élégance comme ici, c'est un vrai bonheur. D'ailleurs le terme "accompagnée" n'est pas adapté car la zampogna, l'accordéon piano de Manuel Petti et le hautbois de Pasquale Franciosa (modèle classique) alternent au premier plan, chacun leur tour, la zampogna arrivant souvent en troisième pour relancer l'attention par sa forte présence (et C di Fiore laisse parfois celle-ci pour le diato) et laissant donc beaucoup d'espace aéré entre ses interventions. Violoncelle, contrebasse et percussions assurent, de leur côté, un accompagnement efficace et non envahissant, soutenus dans cette tâche, le cas échéant, par l'accordéon et le hautbois. Une écriture d'arrangements presque classique, qui sied bien à la sonorité du hautbois, sur des compositions de C di Fiore assez proche de la tradition. Une seule exception, un air médiéval bien connu, dont je me suis toujours démandé pourquoi il est toujours joué de manière précipité et interprété ici de manière posée, assez lente, mettant bien en valeur son intérêt mélodique... enfin ! Un album qui présente une version très lisse de la zampogna (anches plastiques probables...), avec une polyphonie assez discrète à l'enregistrement, plutôt en pédales variables qu'en arpèges traditionnels, un album à mille lieues des enregistrements de collectage plus rudes à l'écoute, mais l'intérêt pour l'un n'empêche pas d'apprécier l'autre, d'ailleurs je n'aurai pas été contre un minutage un peu plus généreux...

Circolo della zampogna contact : circolo suivi de @zampogna.org


Hervé Dréan
"Chansons traditionnelles de Haute-Bretagne (région de la Roche Bernard"

Trois nouveaux opus en cette année 2019 dans cette collection AEPEM "Un musicien, un instrument, un répertoire", ce dernier point différenciant, entre autres, la présente collection des précédentes dédiées aux instruments. Et en matière de répertoire, on sait que les bretons, bretonnant ou gallos comme ici, sont pointus et attachés à leurs pays, voire à des entités encore plus précises.

Cet album sera pour pas mal d'entre nous l'occasion de découvrir Hervé Dréan, collecteur,chanteur et instrumentiste, encore peu connu hors Bretagne malgré plusieurs albums déjà à son actif (1) ainsi qu'un ouvrage consacré à ce terroir de la Roche Bernard (2). Et si vous ne savez pas où cela se situe exactement, une belle carte (ancienne) dans le livret vous le rappellera (je me désole toujours de l'absence de cartes dans les livrets donc je n'hésite pas à le signaler ici).

C'est un interprète à la voix bien timbrée et qui chante avec une technique assurée mais cette dernière sait passer inaperçue, sans effets par trop visibles. Son interprétation privilégie le texte à la mélodie : l'auditeur est ainsi incité à écouter les paroles et suivre les textes et si la rythmique est bien en place, la cadence reste discrète (pas de syncopes trop marquées) même pour les chants à danser. La collection imposant le pur solo, il explique dans le livret que, comme certains de ses informateurs collectés seuls, il a opté, dans le cas des chants à répondre, pour une interprétation non bissée, ce qui ne se remarque qu'à partir du moment où on le sait par ailleurs, soit pour avoir lu le livret, soit pour déjà connaître les chants en question, mais c'est peu le souvent le cas car le répertoire, traditionnel naturellement, est original et très peu entendu par ailleurs, ce qui n'a rien d'étonnant puisque très majoritairement tiré des collectages d'Hervé Dréan.

Dois-je encore préciser que le livret documente les sources de chaque plage, avec quelques belles photos en prime (photos anciennes, collectages etc..).

(1) Kendalc'h rond mitaod, Coureurs de nuit, déjà consacré au répertoire de La Roche Bernard, Deux hommes de chêne avec Rachel Goudwin, il fait également partie de Mad Tom, Twm Twp, Toure Louis...

(2) Instants de Mémoire, tradition orale populaire autour de la Roche Bernard en Haute Bretagne, en 8 volumes et précédemment plusieurs ouvrages chez Dastum toujours autour de son secteur de prédilection.

http://www.aepem.com

Bohas Orchestra
"Cornemuses landaises - couleurs gasconnes"

Je n'ai pas vraiment vérifié mais il m'a été affirmé qu'il s'agit du premier album entièrement consacré à une banda de bohas... et il est vrai que je n'en vois pas d'autre mais je ne vois pas tout passer. Un bande de 11 bohaires donc dont je ne vous citerai pas tous les noms, me contentant des plus connus : Yan Cozian et ses collègues luthiers Ghislaine et Jean-Paul Saintorens, ou encore Martin Lassouque. Cette bande comporte également deux percussionistes chanteurs, à moins que ce ne soit l'inverse, dont les voix s'ajoutent à celles de deux des bohaires et d'un invité et Eric Oberlé est venu prêter main forte (et sans doute davantage) aux percussions.

Oserais-je avouer que je préfère la boha en solo ou duo qu'en grand ensemble ? Mais ce type de formation présente tout de même plusieurs intérêts dont je ne citerai que les deux principaux : en animation de rue elle assure à cette petite cornemuse à anches simple une présence sonore bien supérieure et un visuel également plus à même de capter l'attention. Mais surtout, ce jeu en groupe génère une agréable convivialité entre musiciens comme peuvent en témoigner bien des boeufs ici ou là. Ce n'est donc pas pour rien que les bandas de bohas se sont développées dans ces deux contextes principalement. Le passage de ces pratiques assez libres et spontannées à l'enregistrement, sur un album entier demande donc de passer un cap supplémentaire qu'ont connu bien des consorts (1) de ce type, avec une discipline de jeu à accepter, et d'autant moins évident sur une cornemuse déjà partiellement polyphonique et dont les réglages sur un instrument seul ne sont déjà pas toujours une sinécure et dans ce type d'ensemble à voix égales (2). La présence de facteurs de bohas au sein de l'ensemble a du faciliter les choses, d'autant que ceux-ci font dans la bohas moderne, "à petits bouchons".

Et l'album sait alterner les parties en ensemble avec celles en bien plus petit ensemble, les parties purement instrumentales et celles avec chanteurs.

Une fois n'est pas coutume chez AEPEM, la pochette à un air de vacances, avec couleurs d'été, cocktail à la sève de pin et lunettes de soleil, mais rassurez vous les sources sont bien traditionnelles et indiquées dans le livret avec, comme seul exotisme au sein du répertoire, une suite de scottischs du Lot et de l'Aveyron, tout le reste du répertoire étant bien gascon ou béarnais...

(1) ensembles composé d'un seul type d'instrument, généralement dans plusieurs tailles (tonalités), je me permet de vous le rappeler au cas où...

(2) à noter l'usage d'une clarinette qui vient agrablement élargir le spectre dans le grave sur une plage. Ce type d'ensemble va-t-il conduire au développement des bohas graves (certains en ont déjà produit) ?

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Rappel : voir à partir de : Yan Cozian dans la collection Cinq Planetes

Ghislaine et Jean-Paul Saintorens : Carnet de voyage de Bertrand Jarrigeon & Vira e Boha "Les sonneurs de Saint-Lon"

 

 

Yannis Duplessis
"J'ai pris la fantaisie - Musique traditonnelle du Centre"

Nouvel opus dans cette collection "Roulez jeunesse !" destinée à faire découvrir les jeunes talents (grâce notamment à un prix de vente légèrement inférieur aux autres albums de l'éditeur) et c'est un cornemuseux qui est mis à l'honneur ou plutôt qui a le cran de réaliser un premier album essentiellement solo, sur un répertoire quasi entièrement traditionnel bourbonnais. Un album qui aurait donc presque pu émarger dans la nouvelle collection AEPEM présentée ci-dessous : un musicien, un instrument, un répertoire. Et à l'écoute de la première plage il apparaît effectivement que Yannis ne joue pas comme un jeune qui cherche à démontrer ses capacités, mais déjà comme un musicien d'expérience qui vise plutôt à faire passer le sens des mélodies à en faire ressortir la beauté des lignes. S'il s'est fait plaisir c'est en empruntant quatre cornemuses, histoire de pouvoir jouer sur six tonalités de bourdons différentes dont une 18 pouces (Fa) pas très courante et une 19 (Mib je suppose) encore moins. Si, entre les plages solo, il interprète deux mélodies à deux cornemuses grâce à la magie du multipistes, il se permet également d'inviter pas moins que Patrick Bouffard et Gregory Jolivet à la vielle et si ces derniers ont répondu présent c'est qu'ils ont reconnu le talent de la jeune pousse. Son collègue de duo (1), Yannick Guayder au diato intervient également au diato sur bourrée de Yannis ainsi que Quentin Millet (2), venu en voisin du Morvan, pour deux duos de musettes qui font ressentir une très belle entente entre les deux musiciens.

Qui sait quels chemins musicaux Yannis Duplessis choisira par la suite, mais il y a quelquechose de rassurant à voir que de jeunes musiciens ne craignent pas de se mesurer à leurs ainés sur leur propre terrain et non en utilisant les voies finalement plus faciles de l'originalité à tout prix et d'une toujours relative modernité... Et lorsque le résultat est là, on ne peut que leur tirer notre chapeau...

(1) duo Biyann

(2) du trio Durand-Millet-Raillard

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Michel Nioulou
"Vielle à Roue - Musique traditionnelle du Charolaise et du Brionnais"

Cet album ainsi que le suivant inaugurent la nouvelle collection "Un musicien, un instrument, un répertoire" d'AEPEM : un type de collection dédiée aux instruments, auquel aucun bon éditeur ne résiste ("Spécial instrumental" du Chant du Monde dans les années 70-80, "L'art de " chez Arion, Cinq Planetes par la suite, Bemol en ce moment...). mais l'une des particularités de cette série AEPEM est d'avoir ajouté l'unicité du répertoire en sus de celle du musicien et de l'instrument... (et même si pour ces deux premiers opus justement, le territoire est double...) et d'imposer le solo pur et dur sans invités.

C'est d'ailleurs cette notion de territoire musical qui constitue l'un des intérêts majeurs du présent album, dédié à la vielle à roue mais confié à un interprète peu connu et à un répertoire qui ne l'est guère davantage. S'il est des régions phares en matière de musiques traditionnelle (Auvergne, Morvan, Bourbonnais, Berry pour ne citer que le Massif Central et alentours), il est d'autres régions dont on entend bien moins parler (Charolais, Brionnais, mais on pourrait également citer l'Auxois ou la Haute Loire par exemple) mais dont, au hasard d'une publication, on découvre qu'ils renferment non seulement des traditions intéressantes, mais également des acteurs qui travaillent à les faire revivre, qu'ils soient collecteurs, musiciens ou les deux à la fois. Je ne connaissais guère du Charolais que l'accordéoniste Lili Batillat et, d'une génération plus récente, le danseur Gilles Lauprêtre (dont j'apprends sur le livret qu'il est également vielleux), cet album me fait découvrir un vielleux à la cadence impeccable, au jeu net et précis qui met en valeur ce répertoire parmi lequel on retrouvera naturellement quelques mélodies connues dans les régions voisines, voire au delà, mais, surtout un certain nombre de beaux airs à danser originaux.

La dernière plage est une excellente idée : un pot pourri des collectages qui ont donné la matière de l'album : un petit passage de chaque mélodie dans son enregistrement source...

Et bien entendu un livret détaillant ces sources, présentant les musiciens auprès de qui ils ont été collectés et avec quelques belles photos dont celle de ce concours de vielle de 1937.

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Hervé Capel
"Accordéon chromatique - Bourrées traditionnelles d'Auvergne et du Limousin"

Voir ci-dessus à propos de cette nouvelle collection. Remarquons que l'accordéon chromatique n'est généralement pas l'un des premiers instruments auquel ce type de collection, sur le thème de nos musiques traditionnelles consacre un opus... Il aurait d'ailleurs été difficilement imaginable à l'époque des "Spécial instrumental". Mais les choses évoluent avec le temps...

J'ai l'habitude de considérer qu'il ne faut pas se fier à la première plage pour se faire une opinion sur un album (car cette première plage n'est pas forcément représentative), mais j'avoue qu'ici, les quatre premières notes suffisent déjà à vous donner une impression plus que favorable car on y sent déjà toute la cadence, le swing de notre accordéoniste auvergnat. Une première plage jouée en grande partie à la main droite seulement (mélodie), histoire de mettre celle-ci en valeur, de ne pas chercher à en mettre plein la vue de suite, et c'est fort judicieux car Hervé est musicien que l'on a l'habitude d'entendre dans un rôle d'accompagnateur et, tout comme pour Olivier Sulpice ci-dessous, il est tout à fait agréable d'entendre débuter l'album par un jeu purement mélodique. La main gauche viendra un peu plus loin dans le morceau, discrète tout d'abord puis plus affirmée. Cette première plage m'évoque d'ailleurs plus l'accordéon (chromatique) gavotte et son swing particulier que l'accordéon musette à la parisienne. Ce ne sera pas forcément le cas sur toutes les plages suivantes dont certaines se rapprochent un peu plus du style musette, mais Hervé conserve toujours sa patte personnelle. L'entendre en solo permet d'apprécier davantage sa capacité à renouveller une mélodie à chaque reprise : certes les changements de registre qu'il affectionne en sont un premier moyen relativement simple mais dont il use avec bon goût, donnant parfois l'impression d'un dialogue alors qu'il demeure seul, mais, surtout, cet album solo permet d'entendre ses talents et son imagination en matière de petites variations et ornements.

Si le répertoire pioche en Auvergne et en Limousin, il est composé exclusivement de bourrées (trois temps naturellement), une valse venant jouer le rôle de l'exception confirmant la règle et la dernière plage étant jouée dans un style un peu hypnotique pas vraiment dansable (dois-je avouer que ce n'est pas vraiment ma plage préférée...)

Le répertoire auvergno-limousin étant bien plus connu que celui du Charolais-Brionnais, le livret est plus concis que celui de l'album de Michel Nioulou, mais l'essentiel y est...

Collection "Un musicien, un instrument, un répertoire"

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Rappel : voir à partir voir à partir du premier album de Duo Artense :

 

Les Colporteurs de refrains
"Le Petit Chamagnon"

"Sur les bords de l'eau..."

"Quand la saison viendra..."

Nicolas Fendt est un musicien bien connu du milieu trad. lorrain : membre fondateur et longtemps musicien au sein du groupe Alérions, il oeuvra un temps au sein des Gens de Lorraine et il manie aujourd'hui ses instruments à vent et à cordes sur les scènes de bal au sein de Free-Folk Quartet.

Enseignant de profession, ces trois albums nous permettent de découvrir l'excellent travail qui peut être réalisé avec des élèves et des chorales d'ados sur la base d'un répertoire lorrain tiré de divers recueils de collectages de la fin du XIXème et début XXème, encore peu exploités jusqu'à présent.

On y retrouve certes, un certain nombre de classiques du répertoire lorrain mais parfois dans des versions originales ou agréablement revisitées et, surtout, pas mal de pièces moins courantes (et qui vous seront probablement totalement inconnues si vous ne vous êtes jamais penché sur le répertoire lorrain francophone)

Epaulé par quelques amis musiciens et chanteurs, mais usant surtout des possibilités des enregistrements multipistes qui lui permettent un rôle de quasi homme orchestre, il nous offre ici des interprétations dans un esprit qui rappelle parfois un peu celui des Gens de Lorraine, mais avec la justesse en plus, des arrangements plus soignés et davantage de rigueur dans la rédaction des livrets. Je regrette juste que le style de chant des adultes demeure un peu en deça de ce que l'on peut entendre actuellement dans les productions d'autres régions.

Les enfants de fin de primaire et la chorale d'ados chantent de leur côté très bien et ne tombent pas dans les écueils d'un style choral non adapté à ce type de répertoire.

Je ne présente pas souvent d'albums de ma région, mais ceux-ci le méritent...

contact : http://colporteursderefrains.blogspot.fr

 

Piccola Banda di Cornamuse
"Siamo qui a cantar la Stéla - noëls, carols, stelle"

Difficile de chroniquer un CD de Noël alors qu'il fait 37° dehors, j'avais donc décidé d'attendre l'automne mais les circonstances ont retardé l'échéance et c'est donc finalement sous cette même température estivale que je vous entretiens de cet album. Pour ceux qui n'ont pas encore la chance de le connaître, Gabriele Coltri est un sympathique italien fans des musettes du centre et du répertoire qui les entoure dont notamment celui de la période de Noël. Il nous avait déjà offert un premier album dédié à ce répertoire : Picotage "Noël nouveau est venu". Il récidive en compagnie d'une "piccola banda di cornamuse" dont la modestie affichée dans le nom (référence probable à la désormais mythique Grande bande de cornemuses) ne doit pas occulter le talent et la belle maîtrise de neuf cornemuseux (16, 10, 20 et 23 pouces) dont certains pratiquent également ici un autre instrument ou le chant.

Le répertoire n'est plus uniquement français puisque deux carols anglais (dont un sur une mélodie de Nigel Eaton) et deux natale traditionnels italiens viennent jouer les intermèdes et que l'enregistrement se clôt sur une mélodie russe quasi contemporaine illustrant le texte des Béatitudes.

Rappel : Gabriele Coltri qui dirige cet ensemble italien de musettes du centre France : voir à partir de Picotage "Noël nouveau est venu"

 

Coriandre
"Camin d'Estèlas"

Le célèbre groupe de baleti de Sommières nous offre un nouvel album, à danser naturellement, même si pour se dégourdir les jambes c'est plutôt sous un parquet ou sur une place de village qu'il faut aller les écouter et que ce type d'album est plutôt là pour permettre aux danseurs et ceux qui ne le sont pas, de les écouter dans les meilleures conditions (parce qu'en bal, les sonorisateurs font ce qu'ils peuvent avec des acoustiques de salles pas faciles, le bruit ambiant etc...) et avouons qu'ils le méritent.

On retrouve immédiatement la patte particulière du groupe, avec la voix si expressive de Denis Galvier, son sax soprano également, la vielle de Phil Puygrenier, la batterie de Vivian Peres. Mais c'est désormais Yves Masson qui officie aux guitares et chant, et Emmanuel De Gouvello à la basse et aux choeurs et ce depuis 2013 soit juste après la sortie de l'album précédent (ce qui explique sans doute, le temps de gestation un peu plus long de celui-ci).

Si la langue occitane semble indisociable de leur musique, plusieurs titres sont ici en français ou encore mêlent les deux langues et, lors des premières écoutes, difficile de ne pas trouver les parties françaises un peu fades, même traitées en slam. Et puis on s'y fait et on les retrouve finalement avec plaisir. Pour les non occitanophones, le livret fournit les traductions des paroles (qui ont souvent trait à la danse et aux belles), à l'exception de celles de L'invitation au voyage de Ch. Baudelaire pour lesquelle il faudra résortir vos classiques du grenier...

Dist. L'Autre Distribution

http://coriandre.info

Rappels : voir à partir de : " La Marmita d'Oc "

CD Coriandre

 

Olivier Sulpice
"Le banjo ténor - collection un instrument un artiste"

Olivier Sulpice fait partie de cette catégorie des musiciens accompagnateurs, discrets mais indispensables, de ceux que le public ne remarque pas forcément (quoique dans notre petit milieu trad. où tout le monde se connait ce soit un peu moins vrai....) mais que les solistes se disputent pour les accompagner... Michel Esbelin, Julien Barbances, Tiennet Simonnin, Ludovic Rio ne s'y sont pas trompés (1) et Olivier, souvent présenté comme "le banjo de Debout sur le Zinc", a invité ici certains de ses complices de Flor de Zinc, Bougnat Sound, Boulas-Rio, etc...

Olivier n'est pas qu'un accompagnateur et l'album s'ouvre sur une belle suite de bourrée jouée en soliste. Oubliez le banjo 5 cordes joué à l'américaine avec ses cascades de notes et qui était le seul à avoir droit de cité dans les années folk 70 y compris en France. Olivier joue du banjo ténor, à quatre cordes et dont le livret nous indique qu'il l'accorde à l'irlandaise, une quarte plus grave. Un jeu au médiator moins virtuose mais qui sonne bien davantage musette et s'accorde bien mieux avec nos musiques tradtionnelles, qu'elles soient auvergnates ou bretonnes ou encore, en sortant de l'hexagone, irlandaise. C'est d'ailleurs dans ces trois traditions musicales que puise Olivier pour cet album, avec une petite préférence pour le Massif central...

Un album qui aurait pu être, du coup, un peu disparate, mais auquel, comme souvent dans ce type d'album dédié à un instrument et un artiste, Olivier parvient à donner une cohérence

(1) Dominique Bommel non plus d'ailleurs qui a eu la bonne idée de lui confier la responsabilité de cet album...

http://bemolvpc.com

 

6 Juillet 2018 

(avec presque un an de retard... désolé.... des occupations personnelles m'ont éloigné de mon ordi depuis un an, à moins que ce ne soit le seuil de la 800ème chronique (ci-dessous) qui ne m'ait effrayé ;-) )

Jean Blanchard
"Au vrai chic Berrichon"

Voici d'abord une pochette qui, par sa sobriété, ne dément pas le titre de l'album. Elle en oublie même de citer le musicien ou le groupe interprète. Il faudra donc regarder au verso pour découvrir que si l'artiste est Jean Blanchard, il est en (bonne) compagnie de ses deux frères, de sa soeur et de deux amis membres des groupes des susnommés frères et soeurs (1). Pas de grand ensemble ici, Jean joue en soliste ou accompagné (ou accompagnant) l'un ou l'autre à tour de rôle.

L'interprétation soliste du Ruban bleu qui ouvre l'album, dans une version assez originale et parfois virtuose, nous plonge dans l'atmosphère des 78 tours berrichons, avec leur tempo souvent rapide et cette manière particulière de trousser les mélodies... Mais que les danseurs se rassurent, la seconde plage est beaucoup plus posée. La suite de l'album nous offrira une autre plage jouée "à l'ancienne", ce qui risque de heurter les oreilles de certains, mais un coup d'oeil au livret leur fera alors découvrir que George Sand avait déjà davantage de discernement par rapport à ce type de mélodie et d'interprétation...

Les instrumentaux alternent avec des plages chantées par François et Jean. Quelques autres chansons sont interprétées par Annette Pasquier avec un style tout en douceur qui n'est pas sans évoquer une ambiance de collectage.

Pour en revenir aux instruments, Jean manie principalement les musettes berrichones de diverses tonalités mais opte pour le banjo pour accompagner l'harmonica soliste de Denis Malassenet sur une belle scottisch. Jean-Sylvain Maître est également présent, au fifre mais suffisamment discret pour que vous ne releviez pas forcément sa présence (sur une fin de morceau) à la première écoute...

Je ne vous ai pas encore parlé du troisième frère, René Paul, le violonneux de la famille et presque sosie de son frère. Une ressemblance qui n'est pas que physique puisque son violon s'insère dans le jeu de la cornemuse de Jean sans même que l'on ait l'impression d'un tout autre instrument.

Le livret est naturellement détaillé sur les sources et, plutôt que de commenter chaque plage, les entrées correspondent aux collecteurs (2), histoire de mettre en valeur le travail de ces seize personnages disparus depuis plus ou moins longtemps, et l'on notera l'effort de recherche réalisé et mis en avant par le fait de ne pas avoir recouru au réputé incontournable Barbillat-Touraine...

(1) Sur le dernier point il faut ouvrir ladite pochette pour le savoir...

(2) mais comme les titres sont en gras au sein des textes on les retrouve facilement

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Rappel : voir à partir de "Cornemuses toutes nues"

 

Jean-Claude et Bernard Blanc
"Cornemuses"

Voici un album dont déjà l'annonce de l'existence fait déjà plaisir. Savoir que Jean-Claude et le jeune retraité se sont retrouvé en studio (1) pour enregistrer nous renvoie à maints bons souvenirs dont naturellement les deux albums de "Vielleux du Bourbonnais".On retrouve donc bien ici la fameuse 26 pouces de Jean-Claude Blanc (améliorée par Bernard depuis les 33 tours sus-cités) et c'est même d'ailleurs le seul instrument qu'il joue, y compris en solo. S'il a réussi à entraîner son frère dans une partie de l'aventure, ce dernier n'a pas souhaité enregistrer un album entier et Jean-Claude a donc continué en soliste, ce qui donne au final un agréable album alternant les plages duo et solo avec le petit cadeau d'un trio avec Olivier Ginetait qui est un petit bijou mais j'y reviendrai, et également une plage en duo appuyée par la contrebasse d'Aloïs Gitenait..

Ceux qui écouteront l'album sans regarder la pochette (et sans avoir lu cette chronique) pourront n'y entendre qu'un album de cornemuse du Centre sur un répertoire en partie connu, le reste ne dénotant en rien. Ceux qui, comme moi, on épluché la liste des titres en attendant impatiemment de pouvoir écouter l'album ce seront interrogé sur un contenu à priori éclectique avec des traditionnels du répertoire de duduk arménien, des mélodies yddish, bretonnes, byzantines, ou encore piochées chez Bizet, Sibelius ou Praetorius... Et ils se seront étonnés de constater à quel point tout cela fonctionne parfaitement et avec naturel sur ces musettes, confirmant ainsi que Jean-Claude sait parfaitement reconnaître dans des répertoires exogènes, ce qui convient à l'instrument et ce qu'il pourra se faire plaisir à jouer et (cela ne va pas forcément de pair) ce qui sera également agréable à l'auditeur. Dans le respect de la tradition orale actuelle, la pochette mentionne le titre des différents albums qui lui ont permis de découvrir ces titres, du fameux 33t du duo Montbel-Blanchard au CD de la Cie Chez Bousca en passant, entre autres par un disque de Noël finlandais...

Je vous ai précisé d'entrée que Jean-Claude s'en tenait à la 26 pouces, Bernard oeuvre de son côté à la 14 pouces, deux instruments à l'octave l'un de l'autre, sur une fondamentale de La et qui jouent souvent à l'octave ou sur des voix sagement homorythmiques. Il n'y a que sur la mélodie arménienne Alacyas joué à trois cornemuses, que l'harmonisation se complexifie un peu pour un résultat de toute beauté ou encore sur ce Noël allemand joué aux 20 et 26 pouces appuyées par saxo et contrebasse.

Mais par delà tous ces détails techniques, ce qui domine à l'écoute de cet album c'est un jeu qui ne cherche pas à en mettre plein la vue, qui pourrait même paraître parfois un peu plat s'il ne transmettait ce sentiment de plénitude, aussi bien du côté de l'auditeur que (on ne peut en douter) du côté des musiciens. Un jeu ou tout tombe à sa place avec une évidence qui fait oublier la technique (autant celle du musicien que celle du luthier), loin de tout stress. Un jeu qui dénote d'une expérience et d'un recul permettant d'aller à l'essentiel.

 

(1) celui de Jacques Lanfranchi qui pose fièrement et presque intimidé entre deux des idoles de sa jeunesse...

Autoproduction, contact jc.blanc2 suivi de @wanadoo.fr

Rappel : il y aurait tant à citer sur les productions de Bernard et Jean-Claude Blanc mais je me limiterai aux deux albums (collectifs) que j'ai chroniqué et auquel ils ont participé :
- " Cornemuses - Morceaux choisis d'une rencontre 93 "

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Naragonia Quartet
"Mira"

 

Je vous ai déjà mis en ligne un reportage photo sur le duo Naragonia et si j'avais écouté leurs différents albums, je ne vous avais encore jamais entretenu. Un changement de label m'en donne l'occasion et c'est tant mieux. Rappelons qu'il s'agit à l'origine d'un duo (et même d'un couple), de deux musiciens extrêmement doués, de ceux qui changent d'instruments avec une facilité qui vous ferait croire que chacun de ceux qu'ils pratiquent est leur joujou principal et que l'on aimerait bien jouer aussi bien, même de celui qu'ils maîtrisent le moins bien… Pascale Ruben manie le diatonique mais aussi le violon, tandis que Toon Van Mierloo tâte de différentes cornemuses, du sax soprano mais également du diato… Il s'agit de leur septième album et j'ai pris le temps de rééplucher les pochettes des précédents (cf rappels ci-dessous) pour vous détailler leurs collaborations avec des musiciens invités sur quelques plages ou pour une version quartet comme c'est le cas ici. Vous constaterez d'ailleurs qu'ils sont fidèles dans leurs collaborations : Gregory Jolivet ou Gilles Chabenat à la vielle (ce coup-ci c'est Gilles), Wouter Vanden Abeele puis Luc Pilartz au violon et l'incontournable (en Belgique…) Maarten Decombel à la guitare et à la mandole qui fait le quatrième ici, pour les autres, voir ci-dessous...

J'avoue que je suis toujours un peu frustré lorsque j'entends un guitariste comme Maarten jouer principalement en accompagnement rythmique et j'aurai bien apprécié davantage de plages en jeu mélodique quoique, du coup, j'apprécie d'autant plus celle qui sort ainsi du rang..

Le duo a toujours eu l'habitude de jouer principalement les compositions de ses deux protagonistes, y compris dans ses albums en quartet et il ne fait pas exception à la règle ici, mis à part une suite de deux valses dues à la plume de Maarten. Bien que ne faisant pas réellement dans ce style, ces mélodies ont des points communs avec les mélodies irlandaises et leur ligne un peu tourmentée : il en est qui fonctionnent encore très bien en supprimant les deux tiers des notes…. La pochette indique un nom de danse en face de chaque plage et j'ai pu constater que cela fonctionne bien en bal mais ne recherchez pas l'esthétique particulière de l'andro, de la gavotte de l'aven ou de la bourrée. La prédominance des scottisch trahit d'ailleurs l'envie de swing...

http://www.homerecords.be

Rappels :

Naragonia, "Tandem" en duo avec Gregory Jolivet et Philip Masure en invités

Naragonia Janneke "Tarzan", 2007, en duo avec Wouter Vandenabeele et Maarten Decombel en invités

Naragonia "Carabel" , 2010 en duo avec Martin Decombel, Gregory Jolivet, Jokke Schreurs, Philip Masure et Walter Mertens en invités

Naragonia quartet "Batiska", 2011, avec Wouter Vandenabeele et Maarten Decombel ainsi que Gilles Chabenat en invité

Naragonia quartet "Idili, 2013, avec Luc Pilartz et Maarten Decombel ainsi que Grégory Jolivet en invité

Naragonia "Myriad" en 2015, en duo avec Maareten Decombel, Luc Pilartz, Véronique Rubens, Philippe Laloy, Gregory Jolivet et Jeroen Geerinck en invités

 

Août 2018 

Nawaris
"Migration"

Avoir à chroniquer un album où se rencontrent deux univers musicaux différents c'est toujours se poser un certain nombre de questions… ou parfois seulement s'obliger à penser que certains vont se les poser, parce que l'écoute de l'album suffit à évacuer ces interrogations. Je suis bien dans ce dernier cas de figure avec cet album sur lequel des musiciens irakiens et belges se rejoignent dans un projet musical commun.

Peut-on remettre en cause la légitimité artistique d'un tel projet sachant qu'il ne résulte pas de la lubie d'un musicien de mêler deux atmosphères, mais tout simplement d'une émigration depuis l'Irak jusqu'à la Belgique ? Nous sommes donc, de plus, bien en présence de représentants de deux écoles musicales qui en maîtrisent toutes les techniques, tous les codes et toutes les subtilités et qui ne risquent donc pas de nous produire un résultat sans saveur. Notons d'ailleurs qu'ici les instrumentistes conservent les couleurs propres à leur style et ne cherchent pas à imiter celles de l'autre : l'oud d'Hussein Rassim et les percussions de Saif Al Quasi sont bien orientaux tandis que le sax soprano demeure résolument jazzy et le violoncelle de la française Juliette Lacroix tout aussi occidental. Il n'y a que lorsque Manuel Hermia troque son sax soprano contre une flûte bansuri ou lorsqu'un intervient Robbe Kieckens en second percussioniste (invité) que les rôles et styles sont moins intimement liés aux origines.

Je conçois, certes, que, tant qu'à écouter de la musique irakienne, certains la préfèrent " pur jus ", d'autant que le répertoire se partage pour moitié entre traditionnels et compositions d'H Rassim principalement, mais n'oublions pas qu'une musique ainsi métissée peut constituer une excellent porte d'entrée pour des oreilles occidentales qui pourront continuer à s'appuyer sur des repères connus pour apprécier la sonorité du oud, ses attaques si particulières, des lignes mélodiques différentes, des rythmiques savantes et même le chant en langue arabe sur quelques plages (Saïf Al Quasi).

Joli livret mais peu bavard... et en arabe...

Encore un album dont la qualité se révèle lorsqu'on le replace dans la platine après l'avoir un peu oublié et que, plage après plage, chaque mélodie qui refait surface vous refait chaud au coeur.

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Arnaud Bibonne
"Bohaussac - cornemuse traditionnelle des Landes de Gascogne

Ceux d'entre vous qui ont eu la chance d'assister au concert de bohas lors de la première soirée du Son Continu 2018 se souviennent forcément de la prestation d'Arnaud Bibonne à la boha polyphonique, une prestation qui a fortement impressionné l'auditoire par son niveau technique sur cette forme de boha la plus modifiée par rapport aux formes tradtionnelles puisqu'elle comporte deux tuyaux mélodiques en sus du tuyau semi-mélodique (le bourdon variable). Et bien surtout oubliez cela car sur le présent album, Arnaud revient justement à la forme ancienne de l'instrument dans sa version d'avant le revival des années 70 et sa mise au tempéramment pour pouvoir jouer avec les accordéons (1). Ici l'instrument est accordé sur son bourdon pour chacune des notes et c'est ce qui frappe dès la première plage, d'autant que sur cette cornemuse, le bourdon joue à égalité avec le tuyau mélodique (2). Un retour aux sources qui pourrait faire craindre à certains un album austère, mais il n'en est rien car le son est très beau (instrument, réglage, prise de son....), la cadence est bien là, le répertoire bien choisi et les plages solistes alternent avec celles accompagnées par vielle et violon, en l'occurence celles de Simon Guillaumin et Lucien Pillot (3) et ceux de Camille Raibaud, Marthe Tourret et Jacques Baudoin. Ajoutons également qu'Arnaud joue sur cinq copies de bohas anciennes différentes, ce qui favorise la diversité... Et pour clore l'album de façon originale, Arnaud s'offre un duo avec l'orgue de l'abbaye de Moissac, tenu par Marcel Pérès (excusez du peu....). On sent sur cette dernière plage que le preneur de son a du se prendre la tête et l'enregistrement reste un peu distant quoique relativement bien équilibré entre les deux instruments pour leur permettre de dialoguer.

(1) Jacques Baudoin revient, dans le livret (forcément toujours très complet chez AEPEM et ici avec photos des bohas originales de leurs anches et des copies réalisées), sur son souhait de voir désigner cette forme traditionnelle de l'instrument par le terme bohaussac afin de la différencier des formes plus actuelles. C'est ce qui explique le titre de l'album. Comme on est en Gascogne le sujet fait naturellement débat au sein de la communauté des bohaires...

(2) et non une ou deux octave en dessous comme sur la plupart des cornemuses et avec des anches simples moins puissantes...

(3) le premier étant déjà intervenu sur l'album duo d'Arnaud avec Camille Raibaud et le second étant un de ses complices de Los Cinc Jaus

http://www.aepem.com

Rappels : voir à partir de Arnaud Bibonne et Camille Raibaud "En Cadència"

 

Lucien Pillot voir à partir de Face à Phasmes "Musique traditionnelle du Centre"

Jacques Baudouin, voir à partir de Ad'Arron "Aci qu'èm Reis Mossur !"

Ad'arron

Février 2018 

Philipppe "Rando" Randonneix
"Un instrument au artiste : La Chabrette"

Ce qu'il y a de bien avec ce type de collection c'est que chaque nouvel opus nous arrive déjà comme on recevrait une bonne nouvelle, avant même de savoir de quel instrument il s'agit et qui joue… En l'occurrence, cette fois-ci il s'agit de la chabrette limousine, aux mains de Philippe Randonneix, qui fait maintenant partie de l'ancienne garde des chabrettaires, celle qui débuta dans les années 70 (1). La photo de couverture nous le montre posant comme il en a l'habitude, façon musicien de sanciennes photo de noce, chabrette tenue en avant et air sérieux de circonstance. Un second cliché de la même session, à l'intérieur, nous le montre avec ce sourire malicieux qu'on lui connaît plus souvent, mais c'est avec le sérieux de la pochette que débute l'album : une interprétation solo très appliquée qui nous laisse un peu sur notre faim, Philippe utilisant les vibrés avec parcimonie et n'étant pas fan des attaques glissées et autres figures expressives de ce genre… La seconde plage dégèle à peine l'ambiance et il faut attendre la troisième plage, démarrée de concert avec le violon d'Alexandra Lacouchie pour que cela commence à chauffer davantage. La suite nous montrera que Philippe peut avoir une belle cadence même en solo, en s'appuyant sur une solide technique (belle suite de bourrées vers le milieu de l'album comme en point culminant), puis la fin du programme se fait à nouveau plus modeste. Même sur la polka piquée " Tilou tilou " (2), il ne laisse pas le tempo s'emballer et cette plage nous fait le plaisir de retrouver (trop brièvement) une vielle aux mains d'Olivier Daviau. Puisque j'en ai nommé deux, il faut que je vous cite les deux autres invités : Magali Urroz, autre complice de longue date et troisième invitée déjà présente sur "Un tot pitit Bocin ", au diatonique et Isabelle Bollaët pour une valse en duo de chabrettes à l'unisson mais parfaitement sur la même cadence.

Le répertoire est entièrement traditionnel, plutôt classique pour cet instrument. Dommage que les sources précises n'en sont pas détaillées, nous n'en saurons pas davantage sur le bel Air" de la plage 11 hormis son origine traditionnelle et le fait que comme le montre Philippe, il se prête bien au jeu ornementé...

http://www.bemolvpc.com

(1) pour la petite histoire j'ai fait sa connaissance un soir de la fin de l'année 1980, chabrette en main (lui, pas moi….) et chèvre de Nedde dans une valise qui échappait miraculeusement au piétinnement de la cohue de la Frairie des petits ventres de la rue de la Boucherie à Limoges

(2) un nom en forme d'onomatopée dont je ne suis pas certain qu'il soit traditionnel mais qui permet d'en retrouver immédiatement la mélodie...

Rappels : Philippe Randonneix : voir à partir de " Un tot pitit Bocin "
 CD Randonneix Un tot pitit Bocin

Alexandra Lacouchie : voir à partir de Duo Rivaud Lacouchie "Ordich ! Musique traditionnelle Limousin Marche"

Olivier Daviau : voir à partir de : Nathalie et Olivier Daviau "La terre est froide - Noëls - Chabrettes limousines"

 


Le grand baleti
Sans titre

 

Je pourrai résumer le contenu de cet album en le classant dans la catégorie des enregistrements de conservatoires et écoles de musique (département trad. naturellement…) mais, quoi que théoriquement exact, ce serait très réducteur car c'est un album dans lequel ressort la patte particulière d'Eric Montbel, responsable de ce projet, voire de Bruno Letron, présent en invité. Mais reprenons par le début : Eric Montbel intervient au conservatoire de Marseille et s'est donc chargé de réaliser un album avec des élèves des différentes sections trad (cornemuse naturellement, diato, clarinettes, violon, chant, percussions...). Il a du opérer une certaine sélection car ces musiciens ne sont qu'un, deux, exceptionnellement trois par instrument ce qui nous épargne l'effet jeu en fanfare… C'est dans le choix du répertoire que l'album se situe le plus dans l'esprit de ce type d'album collectif : un répertoire de musiciens qui cherchent à se faire plaisir en allant glaner à droite et à gauche quelques morceaux agréables à jouer et qui, naturellement pioche également dans les compositions des encadrants (et invités) ainsi que dans les mélodies traditionnels que ceux-ci aiment à interpréter. Un répertoire qui couvre donc des zones géographiques variées, plutôt sud et centre France mais pas que...

Eric n'étant pas du genre à faire les choses en dilettante, l'ensemble est précis et bien arrangé et pour un résultat optimal du point de vue de l'auditeur, il a un poil sacrifié l'esprit de l'enregistrement d'école pour mettre en avant le duo qu'il forme avec Bruno Letron ainsi que la voix d'Elsa. Une voix que l'on avait entendue bien jeune sur l'album Le Jardin des Mystères en 2001 et que l'on retrouve ici juste trentenaire, volontaire et affirmée. Une mention au passage pour le jeu des violons sur les rigodons. Les clarinettes abattent pas mal de boulot mais sont un peu moins affirmées. Quant aux cornemuses autres que celles d'Eric elles assurent bien les "choeurs" mais il faut dire que parmi eux se cache Yvon Bayer qui n'est plus un débutant depuis longtemps ainsi que Quentin Allegranza que je dois citer puisque c'est sa photo qui illustre depuis des années le bouton qui mène à ma rubrique "apprendre la cornemuse"

. A l'époque de la photo il touchait l'instrument pour la première fois, il a fait du chemin depuis (dont toute une première phase en autodidacte) et n'a pas fini...

Production Pôle des musiques du monde : http://www.citemusique-marseille.com

Rappels :

Eric Montbel et Bruno Le Tron voir à partir de Topanga !

Topanga

Yvon Bayer : voir à partir de Désir chroniques quartet "Quelques morceaux en forme de poires"

 


Mi Ombre Mi Soleil
"Douce tornade"

J'ai vraiment découvert ce duo l'été dernier dans le parc du Son continu et cela a été un de mes coups de coeur de cet édition. D'une part parce que ce n'est pas tous les jours que l'on entend dans notre milieu du cornet à bouquin et encore moins correctement joué, ce qui est indispensable puisqu'il s'agit d'un instrument exigeant qui nécessite une technique parfaite et c'est bien le cas aux mains de Solène Riot dont on devine qu'elle dispose d'une solide formation en musique ancienne (il n'est qu'à entendre son jeu de flûte à bec, ici sur une plage). D'autre part parce que Solène et sa comparse Sigrid Guillaume à l'accordéon (1) font preuve d'une vraie complicité et donc d'une belle entente musicale.

Bref j'étais impatient d'écouter cet album (leur second mais je n'ai pas eu l'occasion d'écouter le premier) lorsqu'elles me l'ont fait parvenir mais je me suis rapidement rendu compte que la prise de son n'allait pas me permettre de retrouver la magie ressentie en juillet dernier. Certes, j'ai quelques albums dans ma discothèque au rendu sonore bien plus confus, mais celui de cet album a ce je ne sais quoi d'amateur immédiatement perceptible et, surtout, il ne rend pas justice à nos deux interprètes en paraissant les isoler chacune de leur côté, le cornet sur le devant et l'accordéon derrière, trop loin pour soutenir la soliste et trop confus pour que que l'on profite des jeux mains droite et main gauche. Si l'on ajoute au effet studio qui ne permet pas aux deux musiciennes de se lâcher on comprend que la sauce ait du mal à prendre.

Et pourtant le répertoire, composé par Solène et Sigrid est des plus sympathiques, de plus il se danse et même le cercle circassien m'a convaincu avec l'allure jazzy que lui confère une interprétation à l'embouchure.L'instrumentation varie les ambiances (je vous ai parlé cornet et flûte à bec mais il y a trois cornets différents, de la 23 pouces (2) et de la flûte à trois trous.) et la pochette est très soignée...

(1) s'agissant d'un Bertrand Gaillard je ne suis pas certain qu'il soit judicieux de le qualifier de diatonique....

(2) Solène joue ou a joué au sein de la Fraternelle

http://www.miombremisoleil.com 


Janvier 2018

GFVQ
"LIQA' "

Sous ce nom de groupe abscons et ce titre qui l'est tout autant, ce cache le dernier bébé de Wouterdenabeele, son Ghent Folk Violin Project (d'où GFVP par contre pour LIQA' je sèche....(1)) et deux invités d'origine syrienne : le oudiste Elias Bachoura et le violoniste Shalan Alhamwi.

Comme souvent pour ce genre d'ensemble le Ghent Folk Violin Project a vu sa composition varier et si , outre Wouter Vandenabeele, on retrouve bien le guitariste Jeroen Knapen et la violoniste Naomi Vercauteren déjà présents sur l'album Tatoeage, le quatuor est complété par le violoncelle de Jansmijn Lootens, ce qui n'est naturellement pas pour me déplaire vu mon attirance pour cet instrument et par le fait qu'il est parfaitement adapté aux univers de Wouter Vandenabeele. C'est toujours un plaisir en effet de retrouver son monde sonore, son esprit mélodique qui fait que cet album ne vous accrochera pas forcément à la première écoute mais que vous retrouverez ensuite chacune des plages avec davantage de plaisir au fil du temps, au fil des affinités qui se créeront avec chacun de ses films qu'il ne reste plus qu'à imaginer et à tourner..

Avec trois violons à l'affiche, pas toujours facile à l'écoute aveugle de savoir qui joue quoi, mais le violon de Shalan Alhamwi a des accents qu'un européen ne saurait acquérir qu'au fil de longues années de pratique... Il est naturellement plus facile de reconnaître le oud qui, lui aussi, amène une patte particulière à l'album, mais attention, il y a une plage ou la guitare de Jeroen Knapen fait également preuve d'une belle virtuosité et il serait dommage de les confondre d'une oreille distraite.

Encore un album donc entre orient (proche) et occident, de ceux qui rapprochent, qui ouvrent les horizons, ce dont on n'a bien besoin en ce moment....

(1) les moteurs de recherche me suggèrent la "Ligue d'Improvisation Québécoise Annuelle" mais malgré ma sympathie pour le théâtre d'improvisation je doute tout de même...

http://www.homerecords.be

Rappels : Ghent Folk Violin Project "Tatoeage"

Wouter Vandenebeele voir à partir de"Chansons sans paroles"

 


Jeremiah McLane & Timothy Cummings
"The Wind among the reeds"

Me voici encore une fois à tenter de vous intéresser à un album de musiciens étrangers jouant, entre autres, des airs français, en l'occurence ici bretons et auvergnats. Quelquesoit la qualité de l'album c'est toujours une mission un peu désespérée car si les français n'hésitent pas à jouer de la musique irlandaise, cajun, des Balkans ou autre, ils ont bien du mal à accepter que des allemands ou des anglais interprètent "leurs musiques" et que dire ici puisque Jeremiah McLane et Timothy Cummings sont américains....

D'autre part il faut reconnaître qu'il manque souvent à ce type d'interprétation ce petit quelquechose qui fait que la cadence (1) est vraiment celle qui sied, qu'elle a bien le goût du terroir. Je dois reconnaître que c'est un peu le cas ici, notamment pour les bourrées, mais à leur décharge, bien des groupes de l'hexagone ne font pas forcément mieux (voire font plus dans la caricature) et il suffit, sur les plages en question, d'oublier un peu les originaux et qu'il s'agit d'une musique à danser.

Que reste-t-il alors me demanderez-vous qui puisse éveiller votre envie ?

Et bien un album qui dès première note de cornemuse, joliment introduite, tenue et vibrée, ne vous laisse pas de doute sur le niveau du souffleur, la suite venant confirmer que, tant sur le border pipe (version proche de la 16 pouces), que sur le scottisch small pipe (2) (une sonorité toujours aussi agréable à retrouver), il use d'un style qui bénéficie de la netteté du jeu écossais, sans en avoir la charge ornementale codifiée qui virerait vite à la caricature employée dans un répertoire qui n'est pas celui pour lequel elle a été conçue.

Il reste un accordéoniste (également pianiste), remarquablement doué, qui joue sur un chromatique piano sans adopter le style propre à l'instrument (à la première écoute je n'avais pas remarqué qu'il ne s'agissait pas d'un "diato"). Un accordéoniste qui sait user de ces deux mains et qui varie presque à chaque couplet entre accompagnement harmonique, contrechants etc... et qui relance ainsi sans cesse l'attention et l'intérêt.

Il reste une excellente prise de son, un répertoire joliment choisi de traditionnels (outre ceux de Bretagne et Massif central, deux des Borders écossais) et des compositions, des deux acolytes bien entendu mais également d'Olivier Durif ou Herr Leon pour citer ceux connus par chez nous...

Un mention particulière pour la version bretonne assez originale de "Entre le boeuf et l'âne gris", joliment interprétée ici et déjà repérée dans le recueil de Timothy, ce qui nous fait espérer pour l'avenir un album de nos deux acolytes entièrement consacré à ce répertoire de la nativité....

(1) au sens que les anciens donnaient à ce terme, c'est à dire le côté dansant, le swing en quelque sorte...

(2) depuis le temps, j'espère que vous ne confondez plus avec le Northumbrian small pipe avec toutes ses clefs et son doigté fermé...

http://birchenmusic.com

Rappel : Timothy Cummings
"On This Day Earth Shall Ring - Advent, Charistmas & Epiphany Carols for Scottish Bagpipes"

 


Novembre 2017

Soolmaan Quartet
"Letters to Handenberg"

Cinq musiciens... et pourtant il s'agit bien d'un quartet (1) mais qu'importe : le résultat est un groupe ou visiblement chacun est à l'écoute des autres, ou les sonorités fusionnent remarquablement, à commencer, dès la première plage par le quasi bourdon d'une percussion grave assurée par Robbe Kieckens, puis le violoncelle de Léa Besançon, la clarinette basse de Tom Callens qui vient y fusionner ses graves et, enfin l'oud de Tristan Driessens qui se pose en douceur sur ce tapis, qui le caresse de son plectre : quatre instrumentistes unis dans une mélodie presque hypnotique qui ouvre le voyage (je vous conseille d'aller jeter un oeil à la belle vidéo bleue sur le site de l'éditeur, vous comprendrez ce que cherche à exprimer ainsi même si l'arrangement y est un peu différent avec la flûte oblique de Nathan Daems en sus). Si les instruments, et notamment le oud, s'offrent des solos de ci de là tout au cours de l'album, les nombreux passages en unisson bien équilibrées viennent rappeler la cohésion du groupe et cela a un effet très apaisant qui convient fort bien à ces musiques (2) à mi-chemin entre traditions proche-orientales et jazz occidental tendance très cool.

(1) ou plutôt de deux quartets puisque Tom Callens assure les vents sur la première moitié de l'album puis Nathan Daems sur la seconde)

(2) thèmes le plus souvent composés par Tristan Driessens, mais également un traditionnel turc, une composition de la violoncelliste et quelques compositions d'autres musiciens dont Emre Gültekin qui intervient en invité sur deux plages.

http://www.homerecords.be

Rappels :

Tristan Driessens : Lara Leliane "Free"

Umre Gülkun : voir à partir de Emre & Lütfü Gültekin -"L'exil- refuge du barde "

 


Electric Folk Ballroom
"O'Steam"

La présentation de l'album nous promet des arrangements étonnants par l'apport de pédales d'effet sur leur trad celtique pour violon (Damien Chierici) et accordéon piano (Fabian Beghin) avec accompagnement harmonico-rythmique basse-batterie (Nicolas Dechêne et Ludo Legrand). Comme cela va faire bientôt cinquante ans (depuis Stivell au moins) que des très nombreux groupes font dans ce style dit folk-rock (celtique ou autre...), il n'est guère étonnant de ne plus être vraiment étonné...

Le violon a tout à fait le phrasé et le swing qui conviennent à ce genre musical, l'accordéon piano est davantage décalé, avec un phrasé un peu plus heurté, style musique mécanique parfois, qui contraste avec celui du violon. Connaissant le parcours de Fabian Beghin, je ne doute pas que ce soit volontaire de sa part et cet usage de l'accordéon piano (un instrument pas vraiment rare dans ces musiques mais pas dans ce style) est certainement la principale originalité de l'album. Le batteur occupe beaucoup d'espace, assurant la rythmique mais également de très nombreuses ponctuations et effets : une belle technique qui emprunte aur rock lorsqu'il cogne sur la caisse claire ou fait exploser ses cymbales mais également au jazz, notamment sur la charleston fermée, mais mixé assez en avant c'est le coté rock qui ressort jusqu'à l'indigestion de cymbales parfois.... Complice de longue date de Fabian dans Turlu Tursu et présent sur un certain nombre d'autres album du label Homerecords, le bassiste Nicolas Dechêne est le plus discret de la bande (comme souvent) mais s'offre quelques mesures plus en vue et tricote pas mal au fond sur certaines plages....

http://www.homerecords.be

http://www.osteam.be

Rappels : Fabian Beghin : voir à partir de la chronique du CD en duo avec Didier Laloy

Nicolas Dechêne :

Lara Leliane "Lara" en 2017,
Mamy Kanouté "Mousso Lou",
Gansan feat. Foulane Bouhssine - "Live in Gaume jazz festival" et "Elégie berbère",
Turlu Tursu (avec Fabian) : "Accordion 'n Drum 'n Bass" en 2005, "Turlu Tursu" et "The all weathers country ",
Karim Baggili septet
...

  


Novembre 2017

Trio14
"Rue de la Gare - Muisques à danser de Wallonie et d'ailleurs"

Voici un groupe que j'avais bien trop brièvement entendu à Marsinne-Héron en 2014 (j'avais du arriver juste pour la fin de leur prestation, juste le temps de quelques photos...) et c'est donc par ce CD que je les ai vraiment découvert trois ans plus tard...

Les duos de violons sont à la mode en ce moment et l'on peut donc être tenté de les considérer comme un de ces duos d'archets soutenus par un guitariste. Ceci ne serait pas faux si l'on écoutait que les violons car ils ont une technique, un style qui s'apparente bien à certains autres duos de ce type, avec ce qu'il faut de liberté avec la justesse académique pour donner du grain à leur jeu. Ils démontrent d'ailleurs, sur les plages de répertoire wallon, que ce dernier peut fournir une matière première tout aussi intéressante pour ce type de formation que les plus réputées mélodies auvergnates, irlandaises ou suédoises... L'album aurait d'ailleurs gagné en personnalité en n'allant pas piocher dans les musiques d'ailleurs, surtout lorsqu'ils s'agit d'airs relativement connus, et même si certaines interprétations de ces airs exogènes sont de belles réussites et/ou originales...

Mais..., et c'est ce qui m'a sauté aux oreilles bien que la guitare soit loin d'être parmi mes instruments favoris, Thibault Debehogne n'a rien d'un simple guitariste d'accompagnement et son rôle dans le trio est au moins à l'égal de celui des violons (1), assurant des parties solo mais, surtout, insufflant au trio une inventivité sans cesse renouvelée et c'est incontestablement sa présence qui assure que cet album ne se perdra pas dans le fond de votre discothèque parmi tous ses bons disques auxquels il manque un petit quelquechose en plus...

Pour finir sur une note personnelle, je concluerai que cet album est "habité" et pas simplement parce que.... j'habite justement Rue de la Gare... (2)

(1) pour la petite histoire, après la dernière écoute de cet album, j'ai écouté celui d'un duo violon-violoncelle qui me fait vraiment craquer sur ses autres albums mais sur celui-ci, la présence d'un piano et de quelques autres invités nuisait au duo et empêchait d'y retrouver la magie habituelle. Ceci n'a fait que renforcer l'impression toute contraire que j'avais eu quelques instants auparavant à l'écoute de Trio 14. A propos d'invités, l'album de Trio 14 en compte trois, intervenant chacun sur une plage pour apporter une couleur particulière bienvenue de cistre (Michel Jacqmain), clarinette basse (Emile Postic) ou Marc Maréchal (un toy piano fort bienvenu...)

(2) désolé je n'ai pas pu m'en empêcher....

http://www.bemolvpc.com

 


Une bande de musiciens autour des Pantouflards...
"L'égarée"

Il n'est pas exceptionnel de voir sortir des albums sans titre, mais bien plus rare de croiser, comme celui-ci, un album doté d'un titre mais pas d'un nom de groupe... Produit par les Pantouflards , il rassemble en effet toute une bande formée, autour des membres de ce groupe, d'éléments familliaux, d'amis, de ceux avec lesquels on appris à jouer lorsqu'il ne s'agit pas (souvent)des trois en une même personne...

A la première écoute un petit quelquechose m'a parfois effectivement laissé cette impression de boeuf festif où s'interprètent quelques compositions de certains des présents mais surtout, les mélodies sur lesquelles l'un ou l'autre a flashé à l'écoute d'un enregistrement et pour lequel il ne cherche même pas forcément à s'éloigner de son modèle (1). Mais lors des écoutes suivantes c'est une sensation différente et sous certains aspect contraire que j'ai ressentie : nous sommes loin ici du boeuf où tout le monde joue à l'unisson à partir du moment où il a attrapé la mélodie et ne la lâche pas jusqu'à la fin du morceau : si l'on n'a pas affaire ici à un groupe véritable, chaque plage est tout de même bien arrangée et côté technique pas vraiment de place pour les approximations, notamment dans le jeu des cornemuses (2) mais également des vielles à la cadence redoutable, sans oublier les autres instruments et la qualité de certaines voix qui font regretter que l'on ne sache pas qui chante et qui joue plage par plage... Même la prise de son n'a rien de celle d'une soirée un peu arrosée. Il n'y a que la plage cachée (tiens, cela existe encore...) qui nous ramène à un peu d'approximatif...

CEM Les Pantouflards kespantouflards suivi de gmail.com

(1) il y a quelques plages dont on pense reconnait facilement l'album qui les ont inspirées...

(2) soulignons le maintien en ces terres du Nord de l'usage de la 14 pouces aujourd'hui bien rare...

Rappels : voir à partir de Les Pantouflards "Black Savate"

Voir également à partir de Haeghedoorn "1975-1993"

Le Beau Milo (avec Etienne Boulanger) "Le bal musette du Beau Milo" (2017)

sans oublier : Méthode de Bernard Boulanger "Jouer de la cornemuse"

dont l'auteur joue ici et dont je ne doute pas qu'elle ait été le bréviaire de la plupart des cornemuseux que l'on peut entendre sur L'égarée

 


JP Van Hees, Luc Ponet, Consorella, Vincent Grégoire et Trio Musa
"Christmas in Belgium"

Voilà un album que j'ai depuis le printemps mais que j'avais laissé de côté histoire de vous le présenter à la bonne saison mais en vous laissant tout de même le temps de le commander le cas échéant avant la période d'écoute puisque comme son titre l'indique il s'agit d'un répertoire de Noël, d'origine belge ce qui est tout de même plus original que les noëls provencaux ou anglais... Réalisé sous la direction de Jean-Pierr Van Hees, cet album est varié puisqu'il alterne pièces pour orgue et cornemuse, orgue seul (Luc Ponet), ensemble de cornemuses (trio Musa soit Jean-Pierre et deux de ses élèves, Marieke Van Ransbeek et Hugo Bailly), trio de jeunes sopranos (Consorella), combinaisons de ses ensembles dont trois pièces ou vient s'ajouter le chant de Vincent Grégoire, maintenant connu pour le remarquable album "Chants d'amours et de mort en Wallonie" et que cet album nous permet d'écouter chanter en flamand. Orgues obligent, l'album a été enregistré dans une église, sur le grand orgue mais également sur l'orgue du transept, plus petit et que l'on aurait donc pu penser plus adapté aux duos avec cornemuse, mais c'est exactement l'inverse puisqu'il est utilisé pour les pièces solistes (pour des raisons de diapason ?). Ce lieu particulier de prise de son conduit à une réverberation notable qui fonctionne très bien pour les duos orgue et cornemuse, cette dernière rejoignant ainsi les timbres de l'orgue tout en restant bien distincte. C'est un peu moins heureux à mon goût pour les ensembles de cornemuse (certaines notes réverbérant plus que d'autres), mais cela préserve l'unité de l'album et évite que les pièces paraissent simplement juxtaposées. De plus cette prise de son distante rappelle l'ambiance des messes de minuit.

Jean-Pierre utilise trois types de cornemuses bien différentes : muchosa, cornemuse 16 pouces dans sa version en esthétique flamande et, naturellement, musette baroque, notamment pour l'accompagnement du chant. Son jeu est toujours propre et net mais cela n'est plus une surprise pour personne et il a su le transmettre à ses élèves.

Comme déjà signalé, le répertoire est belge, c'est à dire puisant aux traditions wallones et flamandes au travers de recueils anciens probablement : le livret pourtant assez détaillé ne donne pas le détail des sources mais précise par contre quels sont ceux pour lesquels sont repris les harmonisations de Jules Van Nuffel ou, pour les pièces d'orgues, les variations de Pierre Froidebise, deux compositeurs ayant principalement oeuvré dans la première moitié du XXème siècle.

Pavane Records http://www.pavane.com

Rappels :

Jean-Pierre Van Hees : voir à partir de Jean-Pierre Van Hees
"Cornemuses - Un infini sonore"

Vincent Grégoire : avec Elly Aerden et Amorroma "Chants d'amour et de mort en Wallonie"
 

 


Octobre 2017

Wör
"Sssht"

J'ai déjà écouté un certain nombre de fois ce second album du groupe flamand Wör et je m'étais déjà quasiment rédigé dans ma tête la chronique à vous mettre en ligne mais, par acquis de conscience (ce que je ne fais pourtant pas régulièrement), j'ai relu celle de l'album précédent et bien m'en a pris car j'allais vous réécrire quasiment la mêmechose... Donc je l'ai réécouté une fois de plus histoire d'essayer de trouver d'autres impressions à vous soumettre et je vous garantis que je n'ai pas eu à me forcer pour le remettre sur la platine car il se bonifie au fil des écoutes. Un album qui, à l'image de la pochette, est donc dans le droit fil du précédent. Si je poursuivais le parallèle avec les pochettes je devrais logiquement écrire qu'il y a bien davantage de maturité dans ce second enregistrement mais ce serait faire passer la figure de style devant la vérité car le premier opus était déjà tout à fait abouti.

Le groupe reste fidèle au répertoire flamand du XVIIIème siècle : même pas une petite exception comme le pratiquent la plupart des groupes. Il reste également à sa sonorité particulière issue d'un accompagnement sax baryton - guitare mis en avant (toujours un peu trop à mon goût car, de ce fait, les autres instruments et la cornemuse en particulier, notamment sur la première plage, paraissent bien loin), parfois secondés en ce rôle par l'accordéon lorsqu'il n'est pas mélodique et, enfin, le sax soprano qui achève de donner une couleur résolument actuelle à ce répertoire ancien qui s'avère ainsi aussi dansant que le répertoire ou les compositions plus récentes et qui révèle quelques perles mélodiques : visiblement le filon est loin d'être épuisé.

Soulignons à nouveau la présence de la musette baroque sur deux plages : l'une en soliste, juste soutenue par un accordéon qui sait se faire orgue (ou plutôt harmonium) pour un accompagnement tout à fait adéquat. Une plage plus tranquille que le reste de l'album et qui constitue une agréable respiration, quelques plages après celle de la superbe interprétation à la guitare puis en canon d'une mélodie de Jean-Baptiste-Robert d'Aubat de Saint-Flour qui comme son nom ne l'indique pas, était de Gand...

La seconde plage avec musette et beaucoup plus discrète pour l'usage de cette cornemuse, d'ailleurs ne vous faites pas piéger, il ne s'agit d'une vielle à roue mais de l'association d'une musette et d'un violon...

J'ai vu que les Traversée de Tatihou, qui savent très bien repérer les nouveaux talents les ont programmés l'été dernier et qu'ils ont du jouer récemment en Bretagne, souhaitons que d'autres scènes hexagonales les invitent prochainement...

 Rappel : "Back to the 1780's"

 

 


Arianna Savall, Petter Udland Johansen, Hirundo Maris,
"The Wind Rose"

Il y a déjà deux ans de cela (j'aurais cru moins...), je vous entretenais d'Il viaggio d'Amore d'Arianna Savall et Peter Udland Johansen, un album qui mêlait musique ancienne, traditionnels et même des chansons plus récentes. Revoici exactement les mêmes musiciens, même si cette fois, le nom du groupe et mentionné en couverture en sus de celui des deux leaders, tous deux chanteurs et instrumentistes, Ariana Saval à la harpe et Petter Udland Johanson, au hardingfele, violon baroque et mandoline. Prenons le temps de citer les 4 autres complices : les guitaristes Michal Nagy et Sveinung Leilleheier, le contrebassiste et joueur de colascione Miquel Angel Cordero et, enfin, le percussioniste David Mayoral. Cela pourrait manquer de vents à mon goût et pourtant j'ai un vrai coup de coeur pour cet album atypique, où la musique ancienne (1) a presque entièrement laissé le pas aux traditionnels, encadré par deux plages au début de l'album et deux à la fin, composées à chaque fois l'une par Arianna et l'autre par Petter et qui se fondent fort bien dans l'ensemble. A une écoute distraite on pourrait croire que le répertoire est entièrement irlando-écossais mais certaines plages font cependant douter : un chant à l'allure délicieusement anglaise, des paroles en catalan, un dobro dont les sonorités nous font vite comprendre que l'on a traversé l'atlantique. Et pourtant tout cela conserve une belle unité.

Il est bien loin où lorsque des pratiquants des musiques anciennes abordaient les musiques traditionnelles, on détectait immédiatement une méconnaissance de celles-ci. On peut entendre ici tout à la fois des traits instrumentaux tout à fait types et qui n'ont rien à envier à ceux des groupes réputés plus traditionnels, associés à une rigueur et à une esthétique particulière à la musique ancienne, notamment dans les voix.

A trois reprises j'ai eu envie d'arrêter l'écoute de l'album, non pas qu'il ait commencé à me lasser mais au contraire parce qu'une plage m'avait suffisamment envouté pour que j'ai eu envie de la conserver dans l'oreille plutôt que de l'entendre se faire recouvrir dans ma tête par la suivante. De plus, comment résister lorsque la reprise d'un standard tel Scarborough Fair (2) fait jouer la corde sensible de la nostalgie, que l'accompagnement est aussi dépouillé qu'efficace et que les voix sont si belles.

(1) O'Carolan est davantage a ranger dans le trad. ne reste donc qu'une plage deHenri du Bailly et un hymne latin du 9ème siècle

(2) traditionnel anglais bien connu pour sa reprise par Simon and Garfunkel... et par beaucoup d'autres (cf Wikipédia ou cette vidéo à laquelle il manque décidemment maintenant la version dont je vous entretiens..)

Carpe-Diem Records : http://www.carpediem-records.com

Rappel : voir à partir de la chronique de Arianna Savall et Peter Udland Johansen "Il viaggio d'Amore"

 


Laurence Bourdin
"Hurdy Gurdy # Myst - Vielle à roue contemporaine"

Laurence Bourdin est une vielleuse aujourd'hui reconnue pour ses expériences novatrices, elle n'est naturellement pas la seule à oeuvrer dans cette voie mais elle trace un chemin personnel, bien différent par exemple de ceux de V. Clastrier ou Yan Gourdon pour n'en citer que deux autres.... Cet album en est un bon exemple car, démarche peu commune dans notre milieu, elle a mis à contribution cinq compositeurs de musique contemporaine pour la réalisation des cinq pièces qui constituent cet album. La première question qui vient à l'esprit est celle de l'apport que peuvent fournir ces compositeurs sur un instrument dont il y a fort à parier qu'ils n'en étaient guère familier au point de départ de la démarche, contrairement à Laurence qui fouille depuis des années les possibilités de sa vielle et qui doit également fort bien connaître ce que d'autres ont su en tirer. Mais plutôt que de théoriser pour chercher la réponse, il est préférable d'écouter l'album et dès la première plage, il apparait clairement que les compositions se démarquent de ce qu'aurait imaginé un vielleux. Il faut d'ailleurs préciser que Laurence a également founit un thème général, en l'occurence les lieux mystérieux d'Auvergne (1) et que nos cinq compositeurs ont donc eu le loisir de ne pas se focaliser uniquement sur l'instrument et ses ressources sonores.

Si je débute en général la chronique d'un album par une écoute à l'aveugle, c'est à dire sans lire la pochette, je ne l'ai pas pas fait ici car il est presque indispensable de connaître les références de chaque pièce, en l'occurence le lieu qui inspira chacune et tout cela est bien décrit dans le beau livret qui est d'ailleurs plus un album (cartonné), plus grand que les 12 cm habituels et à côté duquel il serait dommage de passer.

Si tous les compositeurs ont eu recours à la vielle naturellement, mais également à des apports électroniques, les atmosphères sont distinctes et, pourtant, il se dégage une vrai unité de l'ensemble. Naturellement on n'échappe aux dissonnances et stridences et il s'agit bien d'une musique à écouter et non à entendre et je conseillerai de diluer l'écoute sur plusieurs moments plutôt que d'écouter l'ensemble d'un seul trait.

J'ai personnellement une préférence pour "La Bête" de Xavier Garcia, qui a construit ses apports électroniques uniquement à partir de sons captés sur la vielle de Laurence, ce qui donne une plus grande unité sonore à sa pièce. Mais, même si les apports électroniques ne sont pas forcément ma tasse de thé, je dois reconnaître que même sur les quatre autres pièces, ils semblent jamais plaqués sur le son de la vielle.

Au bord d'un lac, sous un volcan, sur un plateauc balayés par la burle, en Gévaudan hanté par sa bête ou dans la magnifique chapelle perchée du Puy, Laurence réenracine ou plutôt reminéralise sa vielle en Auvergne bien loin de tout folklore.

(1) d'où le titre de l'album qui est également le titre de l'une des pièces. Le thème est même plus précisément l'ouvrage de Corinne Pradier qui porte ce titre.

Compagnie Grain de son, dist Auvergne Diffusion

Rappel : voir à partir de la chronique de "Un grain de quartz"

Laurence Bourdin Un grain de quartz


 

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