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.Jean-Luc Matte
Infos mumuses

Présentations CD et DVD 8

Voici quelques CD dont j'ai continué à signaler la parution après la fin de mes infosmumuses en juin 2009, généralement parce qu'ils m'avaient été envoyés à cet effet...

Sommaire de toutes les chroniques, chroniques à venir


Novembre 2017

Trio14
"Rue de la Gare - Muisques à danser de Wallonie et d'ailleurs"

Voici un groupe que j'avais bien trop brièvement entendu à Marsinne-Héron en 2014 (j'avais du arriver juste pour la fin de leur prestation, juste le temps de quelques photos...) et c'est donc par ce CD que je les ai vraiment découvert trois ans plus tard...

Les duos de violons sont à la mode en ce moment et l'on peut donc être tenté de les considérer comme un de ces duos d'archets soutenus par un guitariste. Ceci ne serait pas faux si l'on écoutait que les violons car ils ont une technique, un style qui s'apparente bien à certains autres duos de ce type, avec ce qu'il faut de liberté avec la justesse académique pour donner du grain à leur jeu. Ils démontrent d'ailleurs, sur les plages de répertoire wallon, que ce dernier peut fournir une matière première tout aussi intéressante pour ce type de formation que les plus réputées mélodies auvergnates, irlandaises ou suédoises... L'album aurait d'ailleurs gagné en personnalité en n'allant pas piocher dans les musiques d'ailleurs, surtout lorsqu'ils s'agit d'airs relativement connus, et même si certaines interprétations de ces airs exogènes sont de belles réussites et/ou originales...

Mais..., et c'est ce qui m'a sauté aux oreilles bien que la guitare soit loin d'être parmi mes instruments favoris, Thibault Debehogne n'a rien d'un simple guitariste d'accompagnement et son rôle dans le trio est au moins à l'égal de celui des violons (1), assurant des parties solo mais, surtout, insufflant au trio une inventivité sans cesse renouvelée et c'est incontestablement sa présence qui assure que cet album ne se perdra pas dans le fond de votre discothèque parmi tous ses bons disques auxquels il manque un petit quelquechose en plus...

Pour finir sur une note personnelle, je concluerai que cet album est "habité" et pas simplement parce que.... j'habite justement Rue de la Gare... (2)

(1) pour la petite histoire, après la dernière écoute de cet album, j'ai écouté celui d'un duo violon-violoncelle qui me fait vraiment craquer sur ses autres albums mais sur celui-ci, la présence d'un piano et de quelques autres invités nuisait au duo et empêchait d'y retrouver la magie habituelle. Ceci n'a fait que renforcer l'impression toute contraire que j'avais eu quelques instants auparavant à l'écoute de Trio 14. A propos d'invités, l'album de Trio 14 en compte trois, intervenant chacun sur une plage pour apporter une couleur particulière bienvenue de cistre (Michel Jacqmain), clarinette basse (Emile Postic) ou Marc Maréchal (un toy piano fort bienvenu...)

(2) désolé je n'ai pas pu m'en empêcher....

http://www.bemolvpc.com

 

Une bande de musiciens autour des Pantouflards...
"L'égarée"

Il n'est pas exceptionnel de voir sortir des albums sans titre, mais bien plus rare de croiser, comme celui-ci, un album doté d'un titre mais pas d'un nom de groupe... Produit par les Pantouflards , il rassemble en effet toute une bande formée, autour des membres de ce groupe, d'éléments familliaux, d'amis, de ceux avec lesquels on appris à jouer lorsqu'il ne s'agit pas (souvent)des trois en une même personne...

A la première écoute un petit quelquechose m'a parfois effectivement laissé cette impression de boeuf festif où s'interprètent quelques compositions de certains des présents mais surtout, les mélodies sur lesquelles l'un ou l'autre a flashé à l'écoute d'un enregistrement et pour lequel il ne cherche même pas forcément à s'éloigner de son modèle (1). Mais lors des écoutes suivantes c'est une sensation différente et sous certains aspect contraire que j'ai ressentie : nous sommes loin ici du boeuf où tout le monde joue à l'unisson à partir du moment où il a attrapé la mélodie et ne la lâche pas jusqu'à la fin du morceau : si l'on n'a pas affaire ici à un groupe véritable, chaque plage est tout de même bien arrangée et côté technique pas vraiment de place pour les approximations, notamment dans le jeu des cornemuses (2) mais également des vielles à la cadence redoutable, sans oublier les autres instruments et la qualité de certaines voix qui font regretter que l'on ne sache pas qui chante et qui joue plage par plage... Même la prise de son n'a rien de celle d'une soirée un peu arrosée. Il n'y a que la plage cachée (tiens, cela existe encore...) qui nous ramène à un peu d'approximatif...

CEM Les Pantouflards kespantouflards suivi de gmail.com

(1) il y a quelques plages dont on pense reconnait facilement l'album qui les ont inspirées...

(2) soulignons le maintien en ces terres du Nord de l'usage de la 14 pouces aujourd'hui bien rare...

Rappels : voir à partir de Les Pantouflards "Black Savate"

Voir également à partir de Haeghedoorn "1975-1993"

Le Beau Milo (avec Etienne Boulanger) "Le bal musette du Beau Milo" (2017)

sans oublier : Méthode de Bernard Boulanger "Jouer de la cornemuse"

dont l'auteur joue ici et dont je ne doute pas qu'elle ait été le bréviaire de la plupart des cornemuseux que l'on peut entendre sur L'égarée

 

JP Van Hees, Luc Ponet, Consorella, Vincent Grégoire et Trio Musa
"Christmas in Belgium"

Voilà un album que j'ai depuis le printemps mais que j'avais laissé de côté histoire de vous le présenter à la bonne saison mais en vous laissant tout de même le temps de le commander le cas échéant avant la période d'écoute puisque comme son titre l'indique il s'agit d'un répertoire de Noël, d'origine belge ce qui est tout de même plus original que les noëls provencaux ou anglais... Réalisé sous la direction de Jean-Pierr Van Hees, cet album est varié puisqu'il alterne pièces pour orgue et cornemuse, orgue seul (Luc Ponet), ensemble de cornemuses (trio Musa soit Jean-Pierre et deux de ses élèves, Marieke Van Ransbeek et Hugo Bailly), trio de jeunes sopranos (Consorella), combinaisons de ses ensembles dont trois pièces ou vient s'ajouter le chant de Vincent Grégoire, maintenant connu pour le remarquable album "Chants d'amours et de mort en Wallonie" et que cet album nous permet d'écouter chanter en flamand. Orgues obligent, l'album a été enregistré dans une église, sur le grand orgue mais également sur l'orgue du transept, plus petit et que l'on aurait donc pu penser plus adapté aux duos avec cornemuse, mais c'est exactement l'inverse puisqu'il est utilisé pour les pièces solistes (pour des raisons de diapason ?). Ce lieu particulier de prise de son conduit à une réverberation notable qui fonctionne très bien pour les duos orgue et cornemuse, cette dernière rejoignant ainsi les timbres de l'orgue tout en restant bien distincte. C'est un peu moins heureux à mon goût pour les ensembles de cornemuse (certaines notes réverbérant plus que d'autres), mais cela préserve l'unité de l'album et évite que les pièces paraissent simplement juxtaposées. De plus cette prise de son distante rappelle l'ambiance des messes de minuit.

Jean-Pierre utilise trois types de cornemuses bien différentes : muchosa, cornemuse 16 pouces dans sa version en esthétique flamande et, naturellement, musette baroque, notamment pour l'accompagnement du chant. Son jeu est toujours propre et net mais cela n'est plus une surprise pour personne et il a su le transmettre à ses élèves.

Comme déjà signalé, le répertoire est belge, c'est à dire puisant aux traditions wallones et flamandes au travers de recueils anciens probablement : le livret pourtant assez détaillé ne donne pas le détail des sources mais précise par contre quels sont ceux pour lesquels sont repris les harmonisations de Jules Van Nuffel ou, pour les pièces d'orgues, les variations de Pierre Froidebise, deux compositeurs ayant principalement oeuvré dans la première moitié du XXème siècle.

Pavane Records http://www.pavane.com

Rappels :

Jean-Pierre Van Hees : voir à partir de Jean-Pierre Van Hees
"Cornemuses - Un infini sonore"

Vincent Grégoire : avec Elly Aerden et Amorroma "Chants d'amour et de mort en Wallonie"
 

 


Octobre 2017

Wör
"Sssht"

J'ai déjà écouté un certain nombre de fois ce second album du groupe flamand Wör et je m'étais déjà quasiment rédigé dans ma tête la chronique à vous mettre en ligne mais, par acquis de conscience (ce que je ne fais pourtant pas régulièrement), j'ai relu celle de l'album précédent et bien m'en a pris car j'allais vous réécrire quasiment la mêmechose... Donc je l'ai réécouté une fois de plus histoire d'essayer de trouver d'autres impressions à vous soumettre et je vous garantis que je n'ai pas eu à me forcer pour le remettre sur la platine car il se bonifie au fil des écoutes. Un album qui, à l'image de la pochette, est donc dans le droit fil du précédent. Si je poursuivais le parallèle avec les pochettes je devrais logiquement écrire qu'il y a bien davantage de maturité dans ce second enregistrement mais ce serait faire passer la figure de style devant la vérité car le premier opus était déjà tout à fait abouti.

Le groupe reste fidèle au répertoire flamand du XVIIIème siècle : même pas une petite exception comme le pratiquent la plupart des groupes. Il reste également à sa sonorité particulière issue d'un accompagnement sax baryton - guitare mis en avant (toujours un peu trop à mon goût car, de ce fait, les autres instruments et la cornemuse en particulier, notamment sur la première plage, paraissent bien loin), parfois secondés en ce rôle par l'accordéon lorsqu'il n'est pas mélodique et, enfin, le sax soprano qui achève de donner une couleur résolument actuelle à ce répertoire ancien qui s'avère ainsi aussi dansant que le répertoire ou les compositions plus récentes et qui révèle quelques perles mélodiques : visiblement le filon est loin d'être épuisé.

Soulignons à nouveau la présence de la musette baroque sur deux plages : l'une en soliste, juste soutenue par un accordéon qui sait se faire orgue (ou plutôt harmonium) pour un accompagnement tout à fait adéquat. Une plage plus tranquille que le reste de l'album et qui constitue une agréable respiration, quelques plages après celle de la superbe interprétation à la guitare puis en canon d'une mélodie de Jean-Baptiste-Robert d'Aubat de Saint-Flour qui comme son nom ne l'indique pas, était de Gand...

La seconde plage avec musette et beaucoup plus discrète pour l'usage de cette cornemuse, d'ailleurs ne vous faites pas piéger, il ne s'agit d'une vielle à roue mais de l'association d'une musette et d'un violon...

J'ai vu que les Traversée de Tatihou, qui savent très bien repérer les nouveaux talents les ont programmés l'été dernier et qu'ils ont du jouer récemment en Bretagne, souhaitons que d'autres scènes hexagonales les invitent prochainement...

 Rappel : "Back to the 1780's"

 

 


Arianna Savall, Petter Udland Johansen, Hirundo Maris,
"The Wind Rose"

Il y a déjà deux ans de cela (j'aurais cru moins...), je vous entretenais d'Il viaggio d'Amore d'Arianna Savall et Peter Udland Johansen, un album qui mêlait musique ancienne, traditionnels et même des chansons plus récentes. Revoici exactement les mêmes musiciens, même si cette fois, le nom du groupe et mentionné en couverture en sus de celui des deux leaders, tous deux chanteurs et instrumentistes, Ariana Saval à la harpe et Petter Udland Johanson, au hardingfele, violon baroque et mandoline. Prenons le temps de citer les 4 autres complices : les guitaristes Michal Nagy et Sveinung Leilleheier, le contrebassiste et joueur de colascione Miquel Angel Cordero et, enfin, le percussioniste David Mayoral. Cela pourrait manquer de vents à mon goût et pourtant j'ai un vrai coup de coeur pour cet album atypique, où la musique ancienne (1) a presque entièrement laissé le pas aux traditionnels, encadré par deux plages au début de l'album et deux à la fin, composées à chaque fois l'une par Arianna et l'autre par Petter et qui se fondent fort bien dans l'ensemble. A une écoute distraite on pourrait croire que le répertoire est entièrement irlando-écossais mais certaines plages font cependant douter : un chant à l'allure délicieusement anglaise, des paroles en catalan, un dobro dont les sonorités nous font vite comprendre que l'on a traversé l'atlantique. Et pourtant tout cela conserve une belle unité.

Il est bien loin où lorsque des pratiquants des musiques anciennes abordaient les musiques traditionnelles, on détectait immédiatement une méconnaissance de celles-ci. On peut entendre ici tout à la fois des traits instrumentaux tout à fait types et qui n'ont rien à envier à ceux des groupes réputés plus traditionnels, associés à une rigueur et à une esthétique particulière à la musique ancienne, notamment dans les voix.

A trois reprises j'ai eu envie d'arrêter l'écoute de l'album, non pas qu'il ait commencé à me lasser mais au contraire parce qu'une plage m'avait suffisamment envouté pour que j'ai eu envie de la conserver dans l'oreille plutôt que de l'entendre se faire recouvrir dans ma tête par la suivante. De plus, comment résister lorsque la reprise d'un standard tel Scarborough Fair (2) fait jouer la corde sensible de la nostalgie, que l'accompagnement est aussi dépouillé qu'efficace et que les voix sont si belles.

(1) O'Carolan est davantage a ranger dans le trad. ne reste donc qu'une plage deHenri du Bailly et un hymne latin du 9ème siècle

(2) traditionnel anglais bien connu pour sa reprise par Simon and Garfunkel... et par beaucoup d'autres (cf Wikipédia ou cette vidéo à laquelle il manque décidemment maintenant la version dont je vous entretiens..)

Carpe-Diem Records : http://www.carpediem-records.com

Rappel : voir à partir de la chronique de Arianna Savall et Peter Udland Johansen "Il viaggio d'Amore"

 


Laurence Bourdin
"Hurdy Gurdy # Myst - Vielle à roue contemporaine"

Laurence Bourdin est une vielleuse aujourd'hui reconnue pour ses expériences novatrices, elle n'est naturellement pas la seule à oeuvrer dans cette voie mais elle trace un chemin personnel, bien différent par exemple de ceux de V. Clastrier ou Yan Gourdon pour n'en citer que deux autres.... Cet album en est un bon exemple car, démarche peu commune dans notre milieu, elle a mis à contribution cinq compositeurs de musique contemporaine pour la réalisation des cinq pièces qui constituent cet album. La première question qui vient à l'esprit est celle de l'apport que peuvent fournir ces compositeurs sur un instrument dont il y a fort à parier qu'ils n'en étaient guère familier au point de départ de la démarche, contrairement à Laurence qui fouille depuis des années les possibilités de sa vielle et qui doit également fort bien connaître ce que d'autres ont su en tirer. Mais plutôt que de théoriser pour chercher la réponse, il est préférable d'écouter l'album et dès la première plage, il apparait clairement que les compositions se démarquent de ce qu'aurait imaginé un vielleux. Il faut d'ailleurs préciser que Laurence a également founit un thème général, en l'occurence les lieux mystérieux d'Auvergne (1) et que nos cinq compositeurs ont donc eu le loisir de ne pas se focaliser uniquement sur l'instrument et ses ressources sonores.

Si je débute en général la chronique d'un album par une écoute à l'aveugle, c'est à dire sans lire la pochette, je ne l'ai pas pas fait ici car il est presque indispensable de connaître les références de chaque pièce, en l'occurence le lieu qui inspira chacune et tout cela est bien décrit dans le beau livret qui est d'ailleurs plus un album (cartonné), plus grand que les 12 cm habituels et à côté duquel il serait dommage de passer.

Si tous les compositeurs ont eu recours à la vielle naturellement, mais également à des apports électroniques, les atmosphères sont distinctes et, pourtant, il se dégage une vrai unité de l'ensemble. Naturellement on n'échappe aux dissonnances et stridences et il s'agit bien d'une musique à écouter et non à entendre et je conseillerai de diluer l'écoute sur plusieurs moments plutôt que d'écouter l'ensemble d'un seul trait.

J'ai personnellement une préférence pour "La Bête" de Xavier Garcia, qui a construit ses apports électroniques uniquement à partir de sons captés sur la vielle de Laurence, ce qui donne une plus grande unité sonore à sa pièce. Mais, même si les apports électroniques ne sont pas forcément ma tasse de thé, je dois reconnaître que même sur les quatre autres pièces, ils semblent jamais plaqués sur le son de la vielle.

Au bord d'un lac, sous un volcan, sur un plateauc balayés par la burle, en Gévaudan hanté par sa bête ou dans la magnifique chapelle perchée du Puy, Laurence réenracine ou plutôt reminéralise sa vielle en Auvergne bien loin de tout folklore.

(1) d'où le titre de l'album qui est également le titre de l'une des pièces. Le thème est même plus précisément l'ouvrage de Corinne Pradier qui porte ce titre.

Compagnie Grain de son, dist Auvergne Diffusion

Rappel : voir à partir de la chronique de "Un grain de quartz"

Laurence Bourdin Un grain de quartz

 

 


 

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