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.Jean-Luc Matte
Infos mumuses

Présentations CD et DVD 9

Voici quelques CD dont j'ai continué à signaler la parution après la fin de mes infosmumuses en juin 2009, généralement parce qu'ils m'avaient été envoyés à cet effet...

Sommaire de toutes les chroniques, chroniques à venir


Août 2018 

Nawaris
"Migration"

Avoir à chroniquer un album où se rencontrent deux univers musicaux différents c'est toujours se poser un certain nombre de questions… ou parfois seulement s'obliger à penser que certains vont se les poser, parce que l'écoute de l'album suffit à évacuer ces interrogations. Je suis bien dans ce dernier cas de figure avec cet album sur lequel des musiciens irakiens et belges se rejoignent dans un projet musical commun.

Peut-on remettre en cause la légitimité artistique d'un tel projet sachant qu'il ne résulte pas de la lubie d'un musicien de mêler deux atmosphères, mais tout simplement d'une émigration depuis l'Irak jusqu'à la Belgique ? Nous sommes donc, de plus, bien en présence de représentants de deux écoles musicales qui en maîtrisent toutes les techniques, tous les codes et toutes les subtilités et qui ne risquent donc pas de nous produire un résultat sans saveur. Notons d'ailleurs qu'ici les instrumentistes conservent les couleurs propres à leur style et ne cherchent pas à imiter celles de l'autre : l'oud d'Hussein Rassim et les percussions de Saif Al Quasi sont bien orientaux tandis que le sax soprano demeure résolument jazzy et le violoncelle de la française Juliette Lacroix tout aussi occidental. Il n'y a que lorsque Manuel Hermia troque son sax soprano contre une flûte bansuri ou lorsqu'un intervient Robbe Kieckens en second percussioniste (invité) que les rôles et styles sont moins intimement liés aux origines.

Je conçois, certes, que, tant qu'à écouter de la musique irakienne, certains la préfèrent " pur jus ", d'autant que le répertoire se partage pour moitié entre traditionnels et compositions d'H Rassim principalement, mais n'oublions pas qu'une musique ainsi métissée peut constituer une excellent porte d'entrée pour des oreilles occidentales qui pourront continuer à s'appuyer sur des repères connus pour apprécier la sonorité du oud, ses attaques si particulières, des lignes mélodiques différentes, des rythmiques savantes et même le chant en langue arabe sur quelques plages (Saïf Al Quasi).

Joli livret mais peu bavard... et en arabe...

Encore un album dont la qualité se révèle lorsqu'on le replace dans la platine après l'avoir un peu oublié et que, plage après plage, chaque mélodie qui refait surface vous refait chaud au coeur.

http://www.homerecords.be

 

Arnaud Bibonne
"Bohaussac - cornemuse traditionnelle des Landes de Gascogne

Ceux d'entre vous qui ont eu la chance d'assister au concert de bohas lors de la première soirée du Son Continu 2018 se souviennent forcément de la prestation d'Arnaud Bibonne à la boha polyphonique, une prestation qui a fortement impressionné l'auditoire par son niveau technique sur cette forme de boha la plus modifiée par rapport aux formes tradtionnelles puisqu'elle comporte deux tuyaux mélodiques en sus du tuyau semi-mélodique (le bourdon variable). Et bien surtout oubliez cela car sur le présent album, Arnaud revient justement à la forme ancienne de l'instrument dans sa version d'avant le revival des années 70 et sa mise au tempéramment pour pouvoir jouer avec les accordéons (1). Ici l'instrument est accordé sur son bourdon pour chacune des notes et c'est ce qui frappe dès la première plage, d'autant que sur cette cornemuse, le bourdon joue à égalité avec le tuyau mélodique (2). Un retour aux sources qui pourrait faire craindre à certains un album austère, mais il n'en est rien car le son est très beau (instrument, réglage, prise de son....), la cadence est bien là, le répertoire bien choisi et les plages solistes alternent avec celles accompagnées par vielle et violon, en l'occurence celles de Simon Guillaumin et Lucien Pillot (3) et ceux de Camille Raibaud, Marthe Tourret et Jacques Baudoin. Ajoutons également qu'Arnaud joue sur cinq copies de bohas anciennes différentes, ce qui favorise la diversité... Et pour clore l'album de façon originale, Arnaud s'offre un duo avec l'orgue de l'abbaye de Moissac, tenu par Marcel Pérès (excusez du peu....). On sent sur cette dernière plage que le preneur de son a du se prendre la tête et l'enregistrement reste un peu distant quoique relativement bien équilibré entre les deux instruments pour leur permettre de dialoguer.

(1) Jacques Baudoin revient, dans le livret (forcément toujours très complet chez AEPEM et ici avec photos des bohas originales de leurs anches et des copies réalisées), sur son souhait de voir désigner cette forme traditionnelle de l'instrument par le terme bohaussac afin de la différencier des formes plus actuelles. C'est ce qui explique le titre de l'album. Comme on est en Gascogne le sujet fait naturellement débat au sein de la communauté des bohaires...

(2) et non une ou deux octave en dessous comme sur la plupart des cornemuses et avec des anches simples moins puissantes...

(3) le premier étant déjà intervenu sur l'album duo d'Arnaud avec Camille Raibaud et le second étant un de ses complices de Los Cinc Jaus

http://www.aepem.com

Rappels : voir à partir de Arnaud Bibonne et Camille Raibaud "En Cadència"

 

Lucien Pillot voir à partir de Face à Phasmes "Musique traditionnelle du Centre"

Jacques Baudouin, voir à partir de Ad'Arron "Aci qu'èm Reis Mossur !"

Ad'arron

Février 2018 

Philipppe "Rando" Randonneix
"Un instrument au artiste : La Chabrette"

Ce qu'il y a de bien avec ce type de collection c'est que chaque nouvel opus nous arrive déjà comme on recevrait une bonne nouvelle, avant même de savoir de quel instrument il s'agit et qui joue… En l'occurrence, cette fois-ci il s'agit de la chabrette limousine, aux mains de Philippe Randonneix, qui fait maintenant partie de l'ancienne garde des chabrettaires, celle qui débuta dans les années 70 (1). La photo de couverture nous le montre posant comme il en a l'habitude, façon musicien de sanciennes photo de noce, chabrette tenue en avant et air sérieux de circonstance. Un second cliché de la même session, à l'intérieur, nous le montre avec ce sourire malicieux qu'on lui connaît plus souvent, mais c'est avec le sérieux de la pochette que débute l'album : une interprétation solo très appliquée qui nous laisse un peu sur notre faim, Philippe utilisant les vibrés avec parcimonie et n'étant pas fan des attaques glissées et autres figures expressives de ce genre… La seconde plage dégèle à peine l'ambiance et il faut attendre la troisième plage, démarrée de concert avec le violon d'Alexandra Lacouchie pour que cela commence à chauffer davantage. La suite nous montrera que Philippe peut avoir une belle cadence même en solo, en s'appuyant sur une solide technique (belle suite de bourrées vers le milieu de l'album comme en point culminant), puis la fin du programme se fait à nouveau plus modeste. Même sur la polka piquée " Tilou tilou " (2), il ne laisse pas le tempo s'emballer et cette plage nous fait le plaisir de retrouver (trop brièvement) une vielle aux mains d'Olivier Daviau. Puisque j'en ai nommé deux, il faut que je vous cite les deux autres invités : Magali Urroz, autre complice de longue date et troisième invitée déjà présente sur "Un tot pitit Bocin ", au diatonique et Isabelle Bollaët pour une valse en duo de chabrettes à l'unisson mais parfaitement sur la même cadence.

Le répertoire est entièrement traditionnel, plutôt classique pour cet instrument. Dommage que les sources précises n'en sont pas détaillées, nous n'en saurons pas davantage sur le bel Air" de la plage 11 hormis son origine traditionnelle et le fait que comme le montre Philippe, il se prête bien au jeu ornementé...

http://www.bemolvpc.com

(1) pour la petite histoire j'ai fait sa connaissance un soir de la fin de l'année 1980, chabrette en main (lui, pas moi….) et chèvre de Nedde dans une valise qui échappait miraculeusement au piétinnement de la cohue de la Frairie des petits ventres de la rue de la Boucherie à Limoges

(2) un nom en forme d'onomatopée dont je ne suis pas certain qu'il soit traditionnel mais qui permet d'en retrouver immédiatement la mélodie...

Rappels : Philippe Randonneix : voir à partir de " Un tot pitit Bocin "
 CD Randonneix Un tot pitit Bocin

Alexandra Lacouchie : voir à partir de Duo Rivaud Lacouchie "Ordich ! Musique traditionnelle Limousin Marche"

Olivier Daviau : voir à partir de : Nathalie et Olivier Daviau "La terre est froide - Noëls - Chabrettes limousines"

 


Le grand baleti
Sans titre

 

Je pourrai résumer le contenu de cet album en le classant dans la catégorie des enregistrements de conservatoires et écoles de musique (département trad. naturellement…) mais, quoi que théoriquement exact, ce serait très réducteur car c'est un album dans lequel ressort la patte particulière d'Eric Montbel, responsable de ce projet, voire de Bruno Letron, présent en invité. Mais reprenons par le début : Eric Montbel intervient au conservatoire de Marseille et s'est donc chargé de réaliser un album avec des élèves des différentes sections trad (cornemuse naturellement, diato, clarinettes, violon, chant, percussions...). Il a du opérer une certaine sélection car ces musiciens ne sont qu'un, deux, exceptionnellement trois par instrument ce qui nous épargne l'effet jeu en fanfare… C'est dans le choix du répertoire que l'album se situe le plus dans l'esprit de ce type d'album collectif : un répertoire de musiciens qui cherchent à se faire plaisir en allant glaner à droite et à gauche quelques morceaux agréables à jouer et qui, naturellement pioche également dans les compositions des encadrants (et invités) ainsi que dans les mélodies traditionnels que ceux-ci aiment à interpréter. Un répertoire qui couvre donc des zones géographiques variées, plutôt sud et centre France mais pas que...

Eric n'étant pas du genre à faire les choses en dilettante, l'ensemble est précis et bien arrangé et pour un résultat optimal du point de vue de l'auditeur, il a un poil sacrifié l'esprit de l'enregistrement d'école pour mettre en avant le duo qu'il forme avec Bruno Letron ainsi que la voix d'Elsa. Une voix que l'on avait entendue bien jeune sur l'album Le Jardin des Mystères en 2001 et que l'on retrouve ici juste trentenaire, volontaire et affirmée. Une mention au passage pour le jeu des violons sur les rigodons. Les clarinettes abattent pas mal de boulot mais sont un peu moins affirmées. Quant aux cornemuses autres que celles d'Eric elles assurent bien les "choeurs" mais il faut dire que parmi eux se cache Yvon Bayer qui n'est plus un débutant depuis longtemps ainsi que Quentin Allegranza que je dois citer puisque c'est sa photo qui illustre depuis des années le bouton qui mène à ma rubrique "apprendre la cornemuse"

. A l'époque de la photo il touchait l'instrument pour la première fois, il a fait du chemin depuis (dont toute une première phase en autodidacte) et n'a pas fini...

Production Pôle des musiques du monde : http://www.citemusique-marseille.com

Rappels :

Eric Montbel et Bruno Le Tron voir à partir de Topanga !

Topanga

Yvon Bayer : voir à partir de Désir chroniques quartet "Quelques morceaux en forme de poires"

 


Mi Ombre Mi Soleil
"Douce tornade"

J'ai vraiment découvert ce duo l'été dernier dans le parc du Son continu et cela a été un de mes coups de coeur de cet édition. D'une part parce que ce n'est pas tous les jours que l'on entend dans notre milieu du cornet à bouquin et encore moins correctement joué, ce qui est indispensable puisqu'il s'agit d'un instrument exigeant qui nécessite une technique parfaite et c'est bien le cas aux mains de Solène Riot dont on devine qu'elle dispose d'une solide formation en musique ancienne (il n'est qu'à entendre son jeu de flûte à bec, ici sur une plage). D'autre part parce que Solène et sa comparse Sigrid Guillaume à l'accordéon (1) font preuve d'une vraie complicité et donc d'une belle entente musicale.

Bref j'étais impatient d'écouter cet album (leur second mais je n'ai pas eu l'occasion d'écouter le premier) lorsqu'elles me l'ont fait parvenir mais je me suis rapidement rendu compte que la prise de son n'allait pas me permettre de retrouver la magie ressentie en juillet dernier. Certes, j'ai quelques albums dans ma discothèque au rendu sonore bien plus confus, mais celui de cet album a ce je ne sais quoi d'amateur immédiatement perceptible et, surtout, il ne rend pas justice à nos deux interprètes en paraissant les isoler chacune de leur côté, le cornet sur le devant et l'accordéon derrière, trop loin pour soutenir la soliste et trop confus pour que que l'on profite des jeux mains droite et main gauche. Si l'on ajoute au effet studio qui ne permet pas aux deux musiciennes de se lâcher on comprend que la sauce ait du mal à prendre.

Et pourtant le répertoire, composé par Solène et Sigrid est des plus sympathiques, de plus il se danse et même le cercle circassien m'a convaincu avec l'allure jazzy que lui confère une interprétation à l'embouchure.L'instrumentation varie les ambiances (je vous ai parlé cornet et flûte à bec mais il y a trois cornets différents, de la 23 pouces (2) et de la flûte à trois trous.) et la pochette est très soignée...

(1) s'agissant d'un Bertrand Gaillard je ne suis pas certain qu'il soit judicieux de le qualifier de diatonique....

(2) Solène joue ou a joué au sein de la Fraternelle

http://www.miombremisoleil.com 


Janvier 2018

GFVQ
"LIQA' "

Sous ce nom de groupe abscons et ce titre qui l'est tout autant, ce cache le dernier bébé de Wouterdenabeele, son Ghent Folk Violin Project (d'où GFVP par contre pour LIQA' je sèche....(1)) et deux invités d'origine syrienne : le oudiste Elias Bachoura et le violoniste Shalan Alhamwi.

Comme souvent pour ce genre d'ensemble le Ghent Folk Violin Project a vu sa composition varier et si , outre Wouter Vandenabeele, on retrouve bien le guitariste Jeroen Knapen et la violoniste Naomi Vercauteren déjà présents sur l'album Tatoeage, le quatuor est complété par le violoncelle de Jansmijn Lootens, ce qui n'est naturellement pas pour me déplaire vu mon attirance pour cet instrument et par le fait qu'il est parfaitement adapté aux univers de Wouter Vandenabeele. C'est toujours un plaisir en effet de retrouver son monde sonore, son esprit mélodique qui fait que cet album ne vous accrochera pas forcément à la première écoute mais que vous retrouverez ensuite chacune des plages avec davantage de plaisir au fil du temps, au fil des affinités qui se créeront avec chacun de ses films qu'il ne reste plus qu'à imaginer et à tourner..

Avec trois violons à l'affiche, pas toujours facile à l'écoute aveugle de savoir qui joue quoi, mais le violon de Shalan Alhamwi a des accents qu'un européen ne saurait acquérir qu'au fil de longues années de pratique... Il est naturellement plus facile de reconnaître le oud qui, lui aussi, amène une patte particulière à l'album, mais attention, il y a une plage ou la guitare de Jeroen Knapen fait également preuve d'une belle virtuosité et il serait dommage de les confondre d'une oreille distraite.

Encore un album donc entre orient (proche) et occident, de ceux qui rapprochent, qui ouvrent les horizons, ce dont on n'a bien besoin en ce moment....

(1) les moteurs de recherche me suggèrent la "Ligue d'Improvisation Québécoise Annuelle" mais malgré ma sympathie pour le théâtre d'improvisation je doute tout de même...

http://www.homerecords.be

Rappels : Ghent Folk Violin Project "Tatoeage"

Wouter Vandenebeele voir à partir de"Chansons sans paroles"

 


Jeremiah McLane & Timothy Cummings
"The Wind among the reeds"

Me voici encore une fois à tenter de vous intéresser à un album de musiciens étrangers jouant, entre autres, des airs français, en l'occurence ici bretons et auvergnats. Quelquesoit la qualité de l'album c'est toujours une mission un peu désespérée car si les français n'hésitent pas à jouer de la musique irlandaise, cajun, des Balkans ou autre, ils ont bien du mal à accepter que des allemands ou des anglais interprètent "leurs musiques" et que dire ici puisque Jeremiah McLane et Timothy Cummings sont américains....

D'autre part il faut reconnaître qu'il manque souvent à ce type d'interprétation ce petit quelquechose qui fait que la cadence (1) est vraiment celle qui sied, qu'elle a bien le goût du terroir. Je dois reconnaître que c'est un peu le cas ici, notamment pour les bourrées, mais à leur décharge, bien des groupes de l'hexagone ne font pas forcément mieux (voire font plus dans la caricature) et il suffit, sur les plages en question, d'oublier un peu les originaux et qu'il s'agit d'une musique à danser.

Que reste-t-il alors me demanderez-vous qui puisse éveiller votre envie ?

Et bien un album qui dès première note de cornemuse, joliment introduite, tenue et vibrée, ne vous laisse pas de doute sur le niveau du souffleur, la suite venant confirmer que, tant sur le border pipe (version proche de la 16 pouces), que sur le scottisch small pipe (2) (une sonorité toujours aussi agréable à retrouver), il use d'un style qui bénéficie de la netteté du jeu écossais, sans en avoir la charge ornementale codifiée qui virerait vite à la caricature employée dans un répertoire qui n'est pas celui pour lequel elle a été conçue.

Il reste un accordéoniste (également pianiste), remarquablement doué, qui joue sur un chromatique piano sans adopter le style propre à l'instrument (à la première écoute je n'avais pas remarqué qu'il ne s'agissait pas d'un "diato"). Un accordéoniste qui sait user de ces deux mains et qui varie presque à chaque couplet entre accompagnement harmonique, contrechants etc... et qui relance ainsi sans cesse l'attention et l'intérêt.

Il reste une excellente prise de son, un répertoire joliment choisi de traditionnels (outre ceux de Bretagne et Massif central, deux des Borders écossais) et des compositions, des deux acolytes bien entendu mais également d'Olivier Durif ou Herr Leon pour citer ceux connus par chez nous...

Un mention particulière pour la version bretonne assez originale de "Entre le boeuf et l'âne gris", joliment interprétée ici et déjà repérée dans le recueil de Timothy, ce qui nous fait espérer pour l'avenir un album de nos deux acolytes entièrement consacré à ce répertoire de la nativité....

(1) au sens que les anciens donnaient à ce terme, c'est à dire le côté dansant, le swing en quelque sorte...

(2) depuis le temps, j'espère que vous ne confondez plus avec le Northumbrian small pipe avec toutes ses clefs et son doigté fermé...

http://birchenmusic.com

Rappel : Timothy Cummings
"On This Day Earth Shall Ring - Advent, Charistmas & Epiphany Carols for Scottish Bagpipes"

 


Novembre 2017

Soolmaan Quartet
"Letters to Handenberg"

Cinq musiciens... et pourtant il s'agit bien d'un quartet (1) mais qu'importe : le résultat est un groupe ou visiblement chacun est à l'écoute des autres, ou les sonorités fusionnent remarquablement, à commencer, dès la première plage par le quasi bourdon d'une percussion grave assurée par Robbe Kieckens, puis le violoncelle de Léa Besançon, la clarinette basse de Tom Callens qui vient y fusionner ses graves et, enfin l'oud de Tristan Driessens qui se pose en douceur sur ce tapis, qui le caresse de son plectre : quatre instrumentistes unis dans une mélodie presque hypnotique qui ouvre le voyage (je vous conseille d'aller jeter un oeil à la belle vidéo bleue sur le site de l'éditeur, vous comprendrez ce que cherche à exprimer ainsi même si l'arrangement y est un peu différent avec la flûte oblique de Nathan Daems en sus). Si les instruments, et notamment le oud, s'offrent des solos de ci de là tout au cours de l'album, les nombreux passages en unisson bien équilibrées viennent rappeler la cohésion du groupe et cela a un effet très apaisant qui convient fort bien à ces musiques (2) à mi-chemin entre traditions proche-orientales et jazz occidental tendance très cool.

(1) ou plutôt de deux quartets puisque Tom Callens assure les vents sur la première moitié de l'album puis Nathan Daems sur la seconde)

(2) thèmes le plus souvent composés par Tristan Driessens, mais également un traditionnel turc, une composition de la violoncelliste et quelques compositions d'autres musiciens dont Emre Gültekin qui intervient en invité sur deux plages.

http://www.homerecords.be

Rappels :

Tristan Driessens : Lara Leliane "Free"

Umre Gülkun : voir à partir de Emre & Lütfü Gültekin -"L'exil- refuge du barde "

 


Electric Folk Ballroom
"O'Steam"

La présentation de l'album nous promet des arrangements étonnants par l'apport de pédales d'effet sur leur trad celtique pour violon (Damien Chierici) et accordéon piano (Fabian Beghin) avec accompagnement harmonico-rythmique basse-batterie (Nicolas Dechêne et Ludo Legrand). Comme cela va faire bientôt cinquante ans (depuis Stivell au moins) que des très nombreux groupes font dans ce style dit folk-rock (celtique ou autre...), il n'est guère étonnant de ne plus être vraiment étonné...

Le violon a tout à fait le phrasé et le swing qui conviennent à ce genre musical, l'accordéon piano est davantage décalé, avec un phrasé un peu plus heurté, style musique mécanique parfois, qui contraste avec celui du violon. Connaissant le parcours de Fabian Beghin, je ne doute pas que ce soit volontaire de sa part et cet usage de l'accordéon piano (un instrument pas vraiment rare dans ces musiques mais pas dans ce style) est certainement la principale originalité de l'album. Le batteur occupe beaucoup d'espace, assurant la rythmique mais également de très nombreuses ponctuations et effets : une belle technique qui emprunte aur rock lorsqu'il cogne sur la caisse claire ou fait exploser ses cymbales mais également au jazz, notamment sur la charleston fermée, mais mixé assez en avant c'est le coté rock qui ressort jusqu'à l'indigestion de cymbales parfois.... Complice de longue date de Fabian dans Turlu Tursu et présent sur un certain nombre d'autres album du label Homerecords, le bassiste Nicolas Dechêne est le plus discret de la bande (comme souvent) mais s'offre quelques mesures plus en vue et tricote pas mal au fond sur certaines plages....

http://www.homerecords.be

http://www.osteam.be

Rappels : Fabian Beghin : voir à partir de la chronique du CD en duo avec Didier Laloy

Nicolas Dechêne :

Lara Leliane "Lara" en 2017,
Mamy Kanouté "Mousso Lou",
Gansan feat. Foulane Bouhssine - "Live in Gaume jazz festival" et "Elégie berbère",
Turlu Tursu (avec Fabian) : "Accordion 'n Drum 'n Bass" en 2005, "Turlu Tursu" et "The all weathers country ",
Karim Baggili septet
...

  


Novembre 2017

Trio14
"Rue de la Gare - Muisques à danser de Wallonie et d'ailleurs"

Voici un groupe que j'avais bien trop brièvement entendu à Marsinne-Héron en 2014 (j'avais du arriver juste pour la fin de leur prestation, juste le temps de quelques photos...) et c'est donc par ce CD que je les ai vraiment découvert trois ans plus tard...

Les duos de violons sont à la mode en ce moment et l'on peut donc être tenté de les considérer comme un de ces duos d'archets soutenus par un guitariste. Ceci ne serait pas faux si l'on écoutait que les violons car ils ont une technique, un style qui s'apparente bien à certains autres duos de ce type, avec ce qu'il faut de liberté avec la justesse académique pour donner du grain à leur jeu. Ils démontrent d'ailleurs, sur les plages de répertoire wallon, que ce dernier peut fournir une matière première tout aussi intéressante pour ce type de formation que les plus réputées mélodies auvergnates, irlandaises ou suédoises... L'album aurait d'ailleurs gagné en personnalité en n'allant pas piocher dans les musiques d'ailleurs, surtout lorsqu'ils s'agit d'airs relativement connus, et même si certaines interprétations de ces airs exogènes sont de belles réussites et/ou originales...

Mais..., et c'est ce qui m'a sauté aux oreilles bien que la guitare soit loin d'être parmi mes instruments favoris, Thibault Debehogne n'a rien d'un simple guitariste d'accompagnement et son rôle dans le trio est au moins à l'égal de celui des violons (1), assurant des parties solo mais, surtout, insufflant au trio une inventivité sans cesse renouvelée et c'est incontestablement sa présence qui assure que cet album ne se perdra pas dans le fond de votre discothèque parmi tous ses bons disques auxquels il manque un petit quelquechose en plus...

Pour finir sur une note personnelle, je concluerai que cet album est "habité" et pas simplement parce que.... j'habite justement Rue de la Gare... (2)

(1) pour la petite histoire, après la dernière écoute de cet album, j'ai écouté celui d'un duo violon-violoncelle qui me fait vraiment craquer sur ses autres albums mais sur celui-ci, la présence d'un piano et de quelques autres invités nuisait au duo et empêchait d'y retrouver la magie habituelle. Ceci n'a fait que renforcer l'impression toute contraire que j'avais eu quelques instants auparavant à l'écoute de Trio 14. A propos d'invités, l'album de Trio 14 en compte trois, intervenant chacun sur une plage pour apporter une couleur particulière bienvenue de cistre (Michel Jacqmain), clarinette basse (Emile Postic) ou Marc Maréchal (un toy piano fort bienvenu...)

(2) désolé je n'ai pas pu m'en empêcher....

http://www.bemolvpc.com

 


Une bande de musiciens autour des Pantouflards...
"L'égarée"

Il n'est pas exceptionnel de voir sortir des albums sans titre, mais bien plus rare de croiser, comme celui-ci, un album doté d'un titre mais pas d'un nom de groupe... Produit par les Pantouflards , il rassemble en effet toute une bande formée, autour des membres de ce groupe, d'éléments familliaux, d'amis, de ceux avec lesquels on appris à jouer lorsqu'il ne s'agit pas (souvent)des trois en une même personne...

A la première écoute un petit quelquechose m'a parfois effectivement laissé cette impression de boeuf festif où s'interprètent quelques compositions de certains des présents mais surtout, les mélodies sur lesquelles l'un ou l'autre a flashé à l'écoute d'un enregistrement et pour lequel il ne cherche même pas forcément à s'éloigner de son modèle (1). Mais lors des écoutes suivantes c'est une sensation différente et sous certains aspect contraire que j'ai ressentie : nous sommes loin ici du boeuf où tout le monde joue à l'unisson à partir du moment où il a attrapé la mélodie et ne la lâche pas jusqu'à la fin du morceau : si l'on n'a pas affaire ici à un groupe véritable, chaque plage est tout de même bien arrangée et côté technique pas vraiment de place pour les approximations, notamment dans le jeu des cornemuses (2) mais également des vielles à la cadence redoutable, sans oublier les autres instruments et la qualité de certaines voix qui font regretter que l'on ne sache pas qui chante et qui joue plage par plage... Même la prise de son n'a rien de celle d'une soirée un peu arrosée. Il n'y a que la plage cachée (tiens, cela existe encore...) qui nous ramène à un peu d'approximatif...

CEM Les Pantouflards kespantouflards suivi de gmail.com

(1) il y a quelques plages dont on pense reconnait facilement l'album qui les ont inspirées...

(2) soulignons le maintien en ces terres du Nord de l'usage de la 14 pouces aujourd'hui bien rare...

Rappels : voir à partir de Les Pantouflards "Black Savate"

Voir également à partir de Haeghedoorn "1975-1993"

Le Beau Milo (avec Etienne Boulanger) "Le bal musette du Beau Milo" (2017)

sans oublier : Méthode de Bernard Boulanger "Jouer de la cornemuse"

dont l'auteur joue ici et dont je ne doute pas qu'elle ait été le bréviaire de la plupart des cornemuseux que l'on peut entendre sur L'égarée

 


JP Van Hees, Luc Ponet, Consorella, Vincent Grégoire et Trio Musa
"Christmas in Belgium"

Voilà un album que j'ai depuis le printemps mais que j'avais laissé de côté histoire de vous le présenter à la bonne saison mais en vous laissant tout de même le temps de le commander le cas échéant avant la période d'écoute puisque comme son titre l'indique il s'agit d'un répertoire de Noël, d'origine belge ce qui est tout de même plus original que les noëls provencaux ou anglais... Réalisé sous la direction de Jean-Pierr Van Hees, cet album est varié puisqu'il alterne pièces pour orgue et cornemuse, orgue seul (Luc Ponet), ensemble de cornemuses (trio Musa soit Jean-Pierre et deux de ses élèves, Marieke Van Ransbeek et Hugo Bailly), trio de jeunes sopranos (Consorella), combinaisons de ses ensembles dont trois pièces ou vient s'ajouter le chant de Vincent Grégoire, maintenant connu pour le remarquable album "Chants d'amours et de mort en Wallonie" et que cet album nous permet d'écouter chanter en flamand. Orgues obligent, l'album a été enregistré dans une église, sur le grand orgue mais également sur l'orgue du transept, plus petit et que l'on aurait donc pu penser plus adapté aux duos avec cornemuse, mais c'est exactement l'inverse puisqu'il est utilisé pour les pièces solistes (pour des raisons de diapason ?). Ce lieu particulier de prise de son conduit à une réverberation notable qui fonctionne très bien pour les duos orgue et cornemuse, cette dernière rejoignant ainsi les timbres de l'orgue tout en restant bien distincte. C'est un peu moins heureux à mon goût pour les ensembles de cornemuse (certaines notes réverbérant plus que d'autres), mais cela préserve l'unité de l'album et évite que les pièces paraissent simplement juxtaposées. De plus cette prise de son distante rappelle l'ambiance des messes de minuit.

Jean-Pierre utilise trois types de cornemuses bien différentes : muchosa, cornemuse 16 pouces dans sa version en esthétique flamande et, naturellement, musette baroque, notamment pour l'accompagnement du chant. Son jeu est toujours propre et net mais cela n'est plus une surprise pour personne et il a su le transmettre à ses élèves.

Comme déjà signalé, le répertoire est belge, c'est à dire puisant aux traditions wallones et flamandes au travers de recueils anciens probablement : le livret pourtant assez détaillé ne donne pas le détail des sources mais précise par contre quels sont ceux pour lesquels sont repris les harmonisations de Jules Van Nuffel ou, pour les pièces d'orgues, les variations de Pierre Froidebise, deux compositeurs ayant principalement oeuvré dans la première moitié du XXème siècle.

Pavane Records http://www.pavane.com

Rappels :

Jean-Pierre Van Hees : voir à partir de Jean-Pierre Van Hees
"Cornemuses - Un infini sonore"

Vincent Grégoire : avec Elly Aerden et Amorroma "Chants d'amour et de mort en Wallonie"
 

 


Octobre 2017

Wör
"Sssht"

J'ai déjà écouté un certain nombre de fois ce second album du groupe flamand Wör et je m'étais déjà quasiment rédigé dans ma tête la chronique à vous mettre en ligne mais, par acquis de conscience (ce que je ne fais pourtant pas régulièrement), j'ai relu celle de l'album précédent et bien m'en a pris car j'allais vous réécrire quasiment la mêmechose... Donc je l'ai réécouté une fois de plus histoire d'essayer de trouver d'autres impressions à vous soumettre et je vous garantis que je n'ai pas eu à me forcer pour le remettre sur la platine car il se bonifie au fil des écoutes. Un album qui, à l'image de la pochette, est donc dans le droit fil du précédent. Si je poursuivais le parallèle avec les pochettes je devrais logiquement écrire qu'il y a bien davantage de maturité dans ce second enregistrement mais ce serait faire passer la figure de style devant la vérité car le premier opus était déjà tout à fait abouti.

Le groupe reste fidèle au répertoire flamand du XVIIIème siècle : même pas une petite exception comme le pratiquent la plupart des groupes. Il reste également à sa sonorité particulière issue d'un accompagnement sax baryton - guitare mis en avant (toujours un peu trop à mon goût car, de ce fait, les autres instruments et la cornemuse en particulier, notamment sur la première plage, paraissent bien loin), parfois secondés en ce rôle par l'accordéon lorsqu'il n'est pas mélodique et, enfin, le sax soprano qui achève de donner une couleur résolument actuelle à ce répertoire ancien qui s'avère ainsi aussi dansant que le répertoire ou les compositions plus récentes et qui révèle quelques perles mélodiques : visiblement le filon est loin d'être épuisé.

Soulignons à nouveau la présence de la musette baroque sur deux plages : l'une en soliste, juste soutenue par un accordéon qui sait se faire orgue (ou plutôt harmonium) pour un accompagnement tout à fait adéquat. Une plage plus tranquille que le reste de l'album et qui constitue une agréable respiration, quelques plages après celle de la superbe interprétation à la guitare puis en canon d'une mélodie de Jean-Baptiste-Robert d'Aubat de Saint-Flour qui comme son nom ne l'indique pas, était de Gand...

La seconde plage avec musette et beaucoup plus discrète pour l'usage de cette cornemuse, d'ailleurs ne vous faites pas piéger, il ne s'agit d'une vielle à roue mais de l'association d'une musette et d'un violon...

J'ai vu que les Traversée de Tatihou, qui savent très bien repérer les nouveaux talents les ont programmés l'été dernier et qu'ils ont du jouer récemment en Bretagne, souhaitons que d'autres scènes hexagonales les invitent prochainement...

 Rappel : "Back to the 1780's"

 

 


Arianna Savall, Petter Udland Johansen, Hirundo Maris,
"The Wind Rose"

Il y a déjà deux ans de cela (j'aurais cru moins...), je vous entretenais d'Il viaggio d'Amore d'Arianna Savall et Peter Udland Johansen, un album qui mêlait musique ancienne, traditionnels et même des chansons plus récentes. Revoici exactement les mêmes musiciens, même si cette fois, le nom du groupe et mentionné en couverture en sus de celui des deux leaders, tous deux chanteurs et instrumentistes, Ariana Saval à la harpe et Petter Udland Johanson, au hardingfele, violon baroque et mandoline. Prenons le temps de citer les 4 autres complices : les guitaristes Michal Nagy et Sveinung Leilleheier, le contrebassiste et joueur de colascione Miquel Angel Cordero et, enfin, le percussioniste David Mayoral. Cela pourrait manquer de vents à mon goût et pourtant j'ai un vrai coup de coeur pour cet album atypique, où la musique ancienne (1) a presque entièrement laissé le pas aux traditionnels, encadré par deux plages au début de l'album et deux à la fin, composées à chaque fois l'une par Arianna et l'autre par Petter et qui se fondent fort bien dans l'ensemble. A une écoute distraite on pourrait croire que le répertoire est entièrement irlando-écossais mais certaines plages font cependant douter : un chant à l'allure délicieusement anglaise, des paroles en catalan, un dobro dont les sonorités nous font vite comprendre que l'on a traversé l'atlantique. Et pourtant tout cela conserve une belle unité.

Il est bien loin où lorsque des pratiquants des musiques anciennes abordaient les musiques traditionnelles, on détectait immédiatement une méconnaissance de celles-ci. On peut entendre ici tout à la fois des traits instrumentaux tout à fait types et qui n'ont rien à envier à ceux des groupes réputés plus traditionnels, associés à une rigueur et à une esthétique particulière à la musique ancienne, notamment dans les voix.

A trois reprises j'ai eu envie d'arrêter l'écoute de l'album, non pas qu'il ait commencé à me lasser mais au contraire parce qu'une plage m'avait suffisamment envouté pour que j'ai eu envie de la conserver dans l'oreille plutôt que de l'entendre se faire recouvrir dans ma tête par la suivante. De plus, comment résister lorsque la reprise d'un standard tel Scarborough Fair (2) fait jouer la corde sensible de la nostalgie, que l'accompagnement est aussi dépouillé qu'efficace et que les voix sont si belles.

(1) O'Carolan est davantage a ranger dans le trad. ne reste donc qu'une plage deHenri du Bailly et un hymne latin du 9ème siècle

(2) traditionnel anglais bien connu pour sa reprise par Simon and Garfunkel... et par beaucoup d'autres (cf Wikipédia ou cette vidéo à laquelle il manque décidemment maintenant la version dont je vous entretiens..)

Carpe-Diem Records : http://www.carpediem-records.com

Rappel : voir à partir de la chronique de Arianna Savall et Peter Udland Johansen "Il viaggio d'Amore"

 


Laurence Bourdin
"Hurdy Gurdy # Myst - Vielle à roue contemporaine"

Laurence Bourdin est une vielleuse aujourd'hui reconnue pour ses expériences novatrices, elle n'est naturellement pas la seule à oeuvrer dans cette voie mais elle trace un chemin personnel, bien différent par exemple de ceux de V. Clastrier ou Yan Gourdon pour n'en citer que deux autres.... Cet album en est un bon exemple car, démarche peu commune dans notre milieu, elle a mis à contribution cinq compositeurs de musique contemporaine pour la réalisation des cinq pièces qui constituent cet album. La première question qui vient à l'esprit est celle de l'apport que peuvent fournir ces compositeurs sur un instrument dont il y a fort à parier qu'ils n'en étaient guère familier au point de départ de la démarche, contrairement à Laurence qui fouille depuis des années les possibilités de sa vielle et qui doit également fort bien connaître ce que d'autres ont su en tirer. Mais plutôt que de théoriser pour chercher la réponse, il est préférable d'écouter l'album et dès la première plage, il apparait clairement que les compositions se démarquent de ce qu'aurait imaginé un vielleux. Il faut d'ailleurs préciser que Laurence a également founit un thème général, en l'occurence les lieux mystérieux d'Auvergne (1) et que nos cinq compositeurs ont donc eu le loisir de ne pas se focaliser uniquement sur l'instrument et ses ressources sonores.

Si je débute en général la chronique d'un album par une écoute à l'aveugle, c'est à dire sans lire la pochette, je ne l'ai pas pas fait ici car il est presque indispensable de connaître les références de chaque pièce, en l'occurence le lieu qui inspira chacune et tout cela est bien décrit dans le beau livret qui est d'ailleurs plus un album (cartonné), plus grand que les 12 cm habituels et à côté duquel il serait dommage de passer.

Si tous les compositeurs ont eu recours à la vielle naturellement, mais également à des apports électroniques, les atmosphères sont distinctes et, pourtant, il se dégage une vrai unité de l'ensemble. Naturellement on n'échappe aux dissonnances et stridences et il s'agit bien d'une musique à écouter et non à entendre et je conseillerai de diluer l'écoute sur plusieurs moments plutôt que d'écouter l'ensemble d'un seul trait.

J'ai personnellement une préférence pour "La Bête" de Xavier Garcia, qui a construit ses apports électroniques uniquement à partir de sons captés sur la vielle de Laurence, ce qui donne une plus grande unité sonore à sa pièce. Mais, même si les apports électroniques ne sont pas forcément ma tasse de thé, je dois reconnaître que même sur les quatre autres pièces, ils semblent jamais plaqués sur le son de la vielle.

Au bord d'un lac, sous un volcan, sur un plateauc balayés par la burle, en Gévaudan hanté par sa bête ou dans la magnifique chapelle perchée du Puy, Laurence réenracine ou plutôt reminéralise sa vielle en Auvergne bien loin de tout folklore.

(1) d'où le titre de l'album qui est également le titre de l'une des pièces. Le thème est même plus précisément l'ouvrage de Corinne Pradier qui porte ce titre.

Compagnie Grain de son, dist Auvergne Diffusion

Rappel : voir à partir de la chronique de "Un grain de quartz"

Laurence Bourdin Un grain de quartz


 

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