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Jean-Luc Matte
Infos mumuses

Chroniques CD
(15/16)

De temps à autre, l'un ou l'autre d'entre vous me fait parvenir son CD (y compris des démos) afin que j'en parle plus en détail dans mes infos, voici les chroniques ainsi rédigées depuis début 2004 (Tout ceci est indépendant des chroniques que je rédige pour Trad. Magazine).... 


Cardamome Trio

" Calligraphie "

Autant vous l'avouer de suite, des quatre CDs de ce label que je vous aurai chroniqué à raison d'un par semaine, celui-ci est mon préféré : pour une fois j'ai gardé le meilleur pour la fin… Il n'est pas forcément plus trad. que les précédents, mais ce n'est vraiment pas un problème dans la mesure où il s'agit d'une musique qui vous touche au plus profond. Si vous souhaitez vraiment que je vous le positionne quelque part au sein des différents courants musicaux, il faut que je vous le place entre jazz et classique, pas très loin de Gerschwin ou Piazzola. Et si je vous cite ces deux compositeurs, c'est que certains accents de piano font parfois songer au premier tandis que le second transparaît plutôt dans des tuttis du trio. La seconde plage (entre autre) ne déparerait pas en concert entre deux gnossiennes de Satie avec cette ambiance particulière, cette pulsation lente posée en ostinato au piano qui vous prend déjà au tripes, avant que le violoncelle n'entame un chant qui vient en rajouter une couche et sur lequel le violon viendra glisser une voix supplémentaire tout aussi émouvante. A voir la photo dans le livret, ces trois musiciens : Chikako Hosada au violon, Sébastien Walnier au violoncelle et Harold Noben au piano sont encore jeunes mais ont un bel avenir musical devant eux, notamment Harold Noben qui est le compositeur de toutes les pièces. Un trio qui est bien davantage qu'une simple épice…

Homerecords http://www.homerecords.be


Laudat Dubanton

" Appellation contrôlée "

" Cette compilation contient du swing et du musette " prévient une petite mention tout en bas du dos de boîtier. Précisons donc de suite que ce CD reprend la moitié des titres de chacun des deux CDs du duo parus en 1998 : " Mon pote le gitan " (en diffusion quasi confidentielle) et 2001 " Le jazz et la java ", sans ajout de nouveau titre. Quant à la présence de swing et de musette, les deux compères, l'un au chromatique, le second à la guitare, ayant fait, en mars, la couverture d'Accordéons et Accordéonistes consacré au swing, en compagnie de Patrick Saussois et Daniel Colin, la mention devient maintenant inutile. L'album s'ouvre d'ailleurs sur un standard : la " Flambée Montalbannaise " de Gus Viseur, qui permet de vérifier de suite qu'il s'agit bien de musette-swing. Leur interprétation de ce titre peut d'ailleurs paraître un peu conventionnelle aujourd'hui, mais cela prouve simplement que depuis son apparition dans les années 30 et son entrée dans le musette au milieu du siècle, le swing s'est trouvé une place qui semble tout naturelle aujourd'hui au sein de celui-ci a tel point que l'on peut ainsi juger conventionnelle une interprétation qui, si l'on y prête attention, contient tous les épices de ce courant musical à la pulsation si caractéristique. Il faudra chercher un peu plus loin au sein des plages du CD, plutôt dans les compositions les moins connues, pour être davantage pris par la pulsation du duo. Le CD alterne ainsi les reprises de classiques : " Julie la Rousse ", " Le jazz et la java ", " Mon pote le gitan ", " Mon village au clair de lune " ou " sa préférée " de Jo Privat d'une part et les compositions des deux interprètes, de Didier Roussin et de quelques autres musiciens d'autre part.

En sus de la guitare, Jean-Yves Dubanton est également chanteur et c'est donc lui qui interprète les reprises des chansons citées ci-dessus. Il chante tout à fait correctement mais avec un timbre et un style qui, sans tomber dans le suave de certains chanteurs musette, manque encore un peu de texture et de personnalité à mon goût. Mais il se rattrape à la guitare avec un jeu très efficace.

Un CD qui reste dans le musette, moins moderne que ce que peuvent faire d'autres accordéonistes actuels, mais qui assume et rend honneur à ce style.

 

Bemol production : http://www.bemolproductions.com

Rappels :

Mon Pote le gitan : voir sur http://www.djangostation.com/Mon-Pote-le-Gitan,502.html

Le Jazz et la java : voir sur http://www.djangostation.com/Le-Jazz-et-la-Java,513.html


Wipidoup

" L'opium du danseur "

Un CD de musique bretonne produit et diffusé par un petit label du Nord, n'allez pas penser qu'il s'agit d'expatriés ou de folkeux locaux amateurs de fest-noz… D'ailleurs il suffit de mettre l'album sur la platine pour entendre de suite que l'accent (au sens propre sur les chansons et au sens figuré pour les instrumentaux) traduit un enracinement profond. Je n'ai lu la pochette qu'après la première écoute et je n'ai pas été surpris de retrouver, au sein de ce trio dont je n'avais jamais eu connaissance, les noms bien connus de Régis Huiban, Gildas Le Buhé et Pierre Tardivel. Ce CD de musique à danser possède pour moi une qualité fondamentale : la pulsation, l'énergie, émanent directement de l'interprétation des lignes mélodiques par l'accordéon et le saxo (ou le chant) : nul besoin de section rythmique, mais quelle cadence : impossible de ne pas avoir de fourmis dans les pieds à l'écoute, et pas seulement dans les pieds d'ailleurs, de ne pas ressentir par tout le corps le mouvement de chaque danse. Et lorsque j'évoque le mouvement de la danse, c'est toujours celui de la danse en question sur chaque plage, impossible à confondre avec aucun autre : c'est à cela que je pensais ci-dessus en parlant d'accent instrumental : bien plus profond et difficile à reproduire que des sonorités. D'ailleurs ces dernières ne sont pas forcément celles les plus typique de la musique bretonne : accordéon chromatique et saxo….Mais, pour en revenir à cette cadence traduite dans l'interprétation mélodique, si Pierre Tardivel assure bien un accompagnement à la basse ou contrebasse, celui-ci demeure très discret et davantage harmonique, de même que l'accordéon semble réduit à une main droite, essentiellement mélodique, même si elle plaque de temps à autres quelques accords pour relancer encore la cadence derrière le saxo. Ce dernier possède une sonorité un peu rauque (c'est un sax ténor) qui convient parfaitement à cet usage. Le répertoire des danses puise aux divers pays bretons, et s'y ajoute une délicieuse marzuka aux allures de java. L'avant dernière plage est une pause pour les danseurs : " Iann Nikolaz " tient davantage de la complainte et permet d'entendre, derrière la voix de Gildas Le Buhé, le jeu de guitare inventif de Philippe Gloaguen présent en invité et Régis Huiban à l'accordina. Je n'ai pas souvent l'occasion de vous chroniquer des CDs bretons, mais des comme celui-ci c'est vraiment un plaisir…

Contact : http://myspace.com/wipidoup http://www.regishuiban.com

Bemol production http://www.bemolvpc.com

Rappel :

Voir ma présentation du troisième

et le second :

Régis Huiban "Sans sommeil" Coop Breizh 2005 avec, entre autres, Philippe Gloagen aux guitares

Regis et Philippe ont également participé à l'album de Roland Becker "Monsieur Kerbec et ses belouzes"

Regis Huiban "Le train Birinik" Bemol production 2013

  Régis Huiban "Mille boutons" Bemol production 2015

Gildas Le Buhé et Philippe Gloagen "Bouezh ar Vretoned" en 2015

Philippe Gloagen a été également joué et enregistré au sein de KEJ, Tan Ba'an Ty,Les Pokes de Criée et en duo avec Jean-Michel Cazorla


Dietrich

" Evok "

Si vous avez assisté aux récents concerts Homerecords à Paris, vous en savez peut-être davantage que moi sur Jeuc Dietrich et son groupe, c'est d'ailleurs le seul des 9 artistes programmés durant ces trois soirées dont le CD n'était pas encore sorti, c'est maintenant chose faite et le résultat est, naturellement, inclassable…. Le début de l'album semble nous emmener vers des contrées que l'on situerait bien quelque part du côté de la Grèce ou de la Turquie, mais la suite nous montrera que ce n'est pas si simple, avec des accents divers, parfois est-européens puis médiévaux voire presque " malicorniens ". L'instrumentation est assez variée essentiellement basée sur les cordes (vielles à roue, bouzouk, violoncelle, guitares diverses…) et sur les percussions, essentiellement tenues, à l'orientale, par Siavache Yasdanifar. Seule une plage en milieu d'album, sonne plus rock avec une rythmique beaucoup moins subtile. Les vents ne sont présents que par un invité à la cornemuse sur une plage (Ulrich Beuter, tout à fait convaincant) et à tout cela s'ajoute, outre quelques sonorités électroniques heureusement discrètes, les voix de Jeuc Dietrich et Anik Faniel, celle du premier, placée assez en arrière (pas tout à fait dans le nez), ne semblant prendre sa vraie dimension que lorsque vient s'y mêler celle d'Anik, en une polyphonie ou le bourdon tient une bonne place. Dommage que le livret ne nous renseigne pas davantage sur les textes interprétés (dans quelles langues ?…). J'ai débuté cette chronique en évoquant son récent concert à Paris, vous pourrez encore vous rattraper en Bretagne cet été au FIL ou au Festival du bout du Monde pour approcher in vivo cet univers particulier…

Homerecords http://www.homerecords.be

Contact : http://www.myspace.com/jeucdietrich


Gabriel Lenoir - Aurélien Tanghe

"La Maison de Danse"

Nous les avons entendu en trio avec Benjamin Macke (Shillelagh) puis avec Benoit Guerbigny, les voici en vrai duo, juste une guitare et un violon, sans invités dans le studio, mais en bonne compagnie tout de même puisqu'un coup d'oeil à la liste des titres nous dévoile que tous sont des compositions de leurs amis de la région Nord. Gabriel et Aurélien ne signent d'ailleurs qu'un titre chacun et, pour les treize autres, réunissent une belle affiche que je ne peux m'empêcher de vous citer in extenso (par ordre d'apparition…) : Olivier Marichez, Christian Declerck, Alain Duchêne, Fabien Dubarre, Marc Debrock, Jean-Jacques Révillion, Pierre Sacépé, Didier Demarck, Christophe Declercq, Michel Lebreton, Didier Delehedde, Jacques Leininger, Pierre Goetgeluck, Julien Biget, la regrettée Katrien Delavier et Elise Dantin. Du coup on est même surpris de ne pas retrouver certains autres noms, mais certains des absents figurent dans les remerciements… L'explication de tout cela se trouve dans le titre de l'album, La Maison de Danse en question étant un collectif de musiciens ayant organisé un concours annuel de composition de 1978 à 1988 et dont le duo a souhaité perpétuer la mémoire et l'esprit. Une bonne partie de ces titres sont des airs à danser (mazurkas, valses, scottisch, bourrées principalement), quelques autres sont tout simplement à écouter

Le violon de Gabriel semble avoir été formé un peu à l'irlandaise, avec de l'accroche et de l'efficacité dans le coup d'archet mais également un travail de celui-ci jusqu'au bout des notes, une utilisation intelligente des doubles cordes etc… Il sait également varier un peu son style d'une plage à l'autre et tel morceau sonnera un peu plus violonneux du Massif central… Quant à la guitare d'Aurélien, elle démarre les morceaux en douceur, puis peut passer ensuite en guitare rythmique pour soutenir très efficacement le violon, surtout lorsqu'il s'agit de musique à danser et revenir en arpèges avec une tendance à bien faire sonner les cordes graves.

Un CD à écouter du premier au dernier titre, c'est à dire " En attendant le printemps " " Au pays des Monts "

Contact : aurtanghe suivi de @hotmail.com

Disponible sur http://www.bemolvpc.com

Rappels : Voir la chronique du CD de Shillelagh : "Danse sur l'eau"

CD Shillelagh
et celle de "Germaine"

celle de celui de Benoit Guerbigny accompagné par Gabriel Lenoir et Aurélien Tanghe : "La Généreuse",

Benoit Guerbigny en compagnie

et celle de "Rococo Rijsel Trio" avec W Schotte et Gerald Ryckeboer

Gabriel Lenoir intervient sur une très jolie séquence du DVD de la Compagnie Léon Larchet "Violons dans la brume"

ainsi que dans Havelange "En avant quatre !" (Bemol production 2011)

et "Cadences" (2014)

En invité sur une plage de Eirin "Tus" (2014)

avec Envoyez les violons sur l'album de Jean-Jacques Revillion
"C'était bien - Chants traditionnels du Nord de la France"

et sur bien d'autres enregistrements encore...


Piwiz Trio

Comme c'est bien souvent le cas pour les productions du label liégeois Homerecords il ne s'agit pas vraiment de musique traditionnelle et cet album serait plutôt à classer en jazz vocal accompagné mais ce serait naturellement réducteur. Piwiz Trio est composé de Barbara Wiernik qui chante, avec ou sans paroles (en " chabada ") sur le piano du compositeur Pirly Zurstrassen auquel vient s'associer la guitare de Jacques Pirotton. Pour vous donner une idée d'ensemble, cela pourrait faire penser à une version actualisée de la BO de " Un homme et une femme ", mais la comparaison est naturellement un peu simpliste. Les deux musiciens et la chanteuse assurent parfaitement et j'apprécie en particulier le jeu du piano, toujours en légère suspension (il faut dire que je ne supporte pas trop le piano martelé…). Barbara Wiernik a la voix qui convient tout à fait à ce style et chante d'un bout à l'autre avec une belle aisance au moins apparente. Quant à la guitare, je regrette qu'elle double trop souvent le piano en se confondant un peu avec celui-ci car certains passages, comme sur une des premières plages par exemple, montrent qu'elle est tout aussi à l'aise au premier plan.

Homerecords http://www.homerecords.be

Rappel : voir l'album de Jacques Piroton "Stringly 612"


Fabrice Besson, Julian Sutton et leurs amis

" Deux terres "

 En se souvenant de son précédent CD en duo avec Gregory Jolivet, impossible de ne pas penser que Fabrice Besson sait décidément bien choisir ses complices (il paraît que c'est professionnel chez lui…). Il fait désormais équipe avec Julian Sutton et ce n'est pas vraiment une nouvelle puisque, d'une part ce CD est maintenant sorti depuis quelques temps et, d'autre part, ils ont remporté le concours duo de St-Chartier en 2004 me semble-t-il (et ils l'auraient remporté en 2005 si un membre du jury ne s'était rendu compte que leur position de lauréat ne leur permettait plus de concourir…(1)). Rappelons que Julian Sutton est, entre autres, l'accordéoniste du Kathryn Tickell Band depuis plus de 10 ans. Le titre de l'album fait naturellement référence à la rencontre de ces deux univers musicaux, l'un dont les racines se situent dans le Northumberland, cette région d'Angleterre située à la frontière écossaise et l'autre en Bourbonnais. L'unité musicale de l'album prouve que les deux musiciens se sont bien trouvés et il faudra recourir au livret pour retrouver les origines des différentes mélodies. Mais il faut dire que les compositions y sont bien plus nombreuses que les traditionnels… A noter d'ailleurs une reprise d'une chanson relativement peu connue de Nougaro (Le gardien de phare) qui prend, dans l'interprétation de leur invité, David Boirat, une couleur toute différente de l'original. Julian Sutton a un jeu très souple, plein de suspensions et on regrette presque de ne pas l'entendre davantage en solo, la cornemuse occupant un peu le devant tout du long de par sa sonorité plus incisve, même lorsqu'elle tient des notes longues pour laisser la mélodie au diato (aurait-il fallu la mixer un peu plus en arrière ?). Si nombre de joueurs de musettes du Centre lorgnent actuellement un peu sur le jeu de la cabrette, ce n'est visiblement pas le cas de Fabrice qui s'en tient à un jeu très peu vibré et aux ornements sobres, mais très à l'aise dans les morceaux un peu rapides (dans les 6/8 notamment) et qui, en bon Bourbonnais, pratique la 20 pouces sur la quasi intégralité de l'album. Il est d'ailleurs un peu dommage que seule la dernière plage soit interprétée dans une tonalité différente (Sib, soit 24 pouces, une tonalité peu courante en musettes du Centre) : un changement de tonalité au sein du déroulement de l'album aurait permis de casser un peu l'unité de tonalité et, surtout, de sonorité de cornemuse, relançant ainsi l'intérêt de l'auditeur. Je vous ai parlé de la présence d'un chanteur, ce dernier n'est pas le seul invité du duo (on retrouve quelques Chavans..) mais ne vous y trompez pas, l'album demeure bien un duo avec juste quelques appuis bienvenus de ci de là.

Contact :
Loisirs spectacles découvertes Champ'Son
9 rue du petit moulin
03410 Premilhat France
+33 4 70 29 16 71
julian.sutton suivi de @squeezebox.co.uk

CD disponible sur le site VPC de l'AMTA http://www.amta.com.fr

(1) cf Trad. Mag n°104

Rappel discographique non exhaustif :

Pour Fabrice :

Participation à "Chants de Mariniers" de La Chavannée (1994)

Philippe Besson et Compagnie : "Isis" (Amta 1997) et "Fibule" (Aïa 1999) (mais il n'apparaît pas dans Epices)

Duo Fabrice Besson - Gregory Jolivet "Musiques traditionnelles d'aujourd'hui" Nord-Sud dist Nocturne 2002

pour Julian

Melodeon Crimes (Resilient Records 2005),

et naturellement tous les albums du Kathryn Tickell Band depuis 1998, c'est à dire à ce jour :
Kathryn Tickell & Friends "The Northumberland collection" (Park Records 1998)

Kathryn Tickell Band "Debateable Lands" (Park Records 1999)
"Kathryn Tickell & ensemble mystical" (Park Records 2000)

Kathryn Tickell "Back to the Hills" (Resilient Records 2002)
Kathryn Tickell Band "Air Dancing" (Park Records 2003)
Kathryn Tickell Band "Instrumental" (Park Records 2007)
(attention, cette liste ne reprend que les albums sur lesquels Julian joue et ne cite donc pas les albums antérieurs de K. Tickell)

Julian joue également sur des albums du groupe The Wendigo :
"The Fiery Height" (Miseri 1998),
"Dancing on the Sea" (Miseri 2001),

de Rachel Unthank & The Winterset
"Cruyel Sister" (RabbleRouser Music 2005),
"The Bairns" (EMI 2007),

Daniel Lapp "Reunion" (Diversity Records 2002),

Gregor Borland "Bowstroke" (Own label 2006),

Nuala Kennedy "The New Shoes" (Compass Records 2007),

The Auvo Quartet "Auvo Kvartetti" (Sibelius Academy 2006).


Dick Van der Harst
based on Jacob Obrecht

" Assim "

Le CD s'ouvre sur des voix féminines dans un style très musique ancienne. Puis un doute s'installe, certaines harmonies sont trop tendues pour qu'il s'agisse de musique renaissance, certaines parties trop répétitives. Des instruments acoustiques (vielle, luth, clarinette et clarinette basse, tenora, tible, cymbalum, bouzouki, vibraphone) viennent discrètement soutenir le chœur et jouent seuls sur quelques plages intermèdes, dans un registre un peu plus contemporain et avec une belle technique instrumentale, notamment pour les hautbois catalans.. Sporadiquement, ce sont les instruments du gamelan qui viennent seconder le chœur des trois femmes.

Pas de doute, il faut recourir au livret pour comprendre la genèse de cet album qui rassemble deux ensembles : Zefiro Torna (chant, vielle et luth) et Het Nieuwe Gents Stadsblazercollectief pour les autres instrumentistes. Ces pièces ont été écrites par le compositeur actuel Dick van der Harst mais en s'inspirant de l'oeuvre d'un compositeur méconnu Jacob Obrecht (Gand 1457/58 - 1505), voire en détournant certaines des phrases musicales d'un de ses mottets. Il a également souhaité faire un clin d'oeil à la musique indonésienne mais reconnaissons que la place de celle-ci dans l'oeuvre demeure un peu anecdotique. Un CD qui mérite d'être écouté (pas vraiment une musique d'ambiance) par ceux qui ne redoutent ni les couleurs de la musique ancienne (voix très travaillées), ni les harmonies parfois un peu tendues, mais sans excès.

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Somi de Granadas

" Le champ des dunes "

En quelques années seulement, Guillaume Lopez a acquis une belle place dans le petit monde des musiciens trads professionnels du sud-ouest. Il faut dire qu'un album tels le précédent, en duo, avec Cyrille Brotto a suffi à confirmer ses talents d'instrumentiste et faire découvrir ceux du chanteur. Il récidive ici avec un autre accordéoniste, chromatique également : Thierry Roques (1). Mais cette fois-ci il nous démontre que ses horizons musicaux ne se limitent pas à ceux du Rouergue et de la Gascogne, voire de l'Occitanie, mais qu'il est parfaitement à l'aise sur des rythmes asymétriques d'Europe de l'Est ou encore dans des ambiances latines, qu'elles soient flamenco ou tango. Vous retrouverez tout de même ici quelques beaux rythmes de scottisch ou de mazurka, mais ne cherchez pas de traditionnels sur cet album, il n'en figure aucun et Guillaume signe la plupart des compositions, en laissant tout de même pas mal à son complice et en empruntant quelques-unes à des amis ou encore à….. A ce propos, la plage 5 est un air chanté qui m'est apparu immédiatement très familier, et qui m'a pris aux tripes comme d'habitude, mais que je n'ai pas remis de suite : comme lorsque l'on rencontre une tête connue hors contexte. Un coup d'oeil au livret m'a délivré de cette énigme : il s'agit d'un des thèmes des Noces de sang de Manuel De Falla " Fuego Fatuo ". Un thème qui a tout d'un traditionnel et Carlos Gades ne s'y était d'ailleurs pas trompé, qui l'avait fait interpréter par une chanteuse de flamenco dans la BO du film tiré de cet opéra. L'interprétation de Guillaume, soutenue par l'accordéon de Thierry est tout aussi convaincante.

De même pour ce tango de Piazzolla chanté sur fond de bandonéon. Et ils ont eu le bon goût de ne pas en choisir un trop éculé.

Un riff d'accordéon vers le milieu du CD nous fera regretter que Thierry Roques ne sorte pas davantage de son rôle d'accompagnateur, même s'il y fait des merveilles, que la stéréo très séparée (main droite, main gauche) permet de détailler.

Il y a bien une autre plage ou Guillaume ne tient pas toujours le devant, mais ce sont quatre chanteuses invitées qui prennent alors cette place et on ne songerai à se plaindre de cette intrusion. Quelques autres invités sont également de la partie sur cet album (Cyrille Brotto, Coco Le Meur, Nasrédine Dalail, Olivier Cocatrix) mais sans remettre pour autant en cause l'aspect essentiellement duo de ce CD puisque, mis à part Cyrille pour un duo d'accordéons, les trois autres invités interviennent comme percussionnistes.

Avec tout cela je ne vous ai pas précisé que Guillaume utilise ici fifre (1 plage), boha (2 plages), graile et bodega (1 plage) mais, surtout, le piccolo et la flûte traversière et c'est à peu près la seule chose que je regretterai sur cet album car il est un peu moins incisif sur ce dernier instrument aux attaques plus arrondies.

http://www.myspace.com/somidegranadas

Dist L'Autre Distribution

(1) fils de l'accordéoniste du Lot André Roques à l'importante discographie dans le style musette régional. Thierry ne fait pas vraiment dans le même style ici…

 

Rappel : Duo Brotto-Lopez : HDQ : Lire ma chronique


Les Routiniers

" En avant deux ! "

Michel Colleu fait partie de ces personnages tellement actifs sur le plan des recherches, collectages et publications que cela nous en ferait presque oublier qu'il est également musicien et chanteur. Faut-il rappeler que des collectages en Normandie dans les années 70, à la grande aventure de l'anthologie des chants de marins en passant par son travail sur la vielle en Bretagne, la création d'Ar Men au sein du Chasse Marée ou encore la rédaction du monumental " Musique Bretonne ", Michel n'a jamais cessé de prospecter et de diffuser, sous des formes diverses (expos, enregistrements de collectages ou de réinterprétation, livres, revues, fêtes et concerts etc.. On se souvient par exemple des vielleux de l'ancienne génération qu'il avait amené à venir jouer sur scène à St-Chartier). Et je me rappelle souvent qu'il m'a expliqué un soir, que lorsqu'il avait mis les pieds au bourdons dans les années 70, tout ce mouvement de collecte qui allait démarrer n'était pas du tout perceptible, pas imaginable, l'impression qui se dégageait alors étant celle d'un travail de collecte déjà achevé, celle d'arriver déjà trop tard. Heureusement que pas mal de musiciens de cette génération ont préféré croire qu'il restait quelquechose à tenter. Je connais moins le travail de ses trois complices, quoique je sache que Gaël Rolland fait figure de référence pour certains domaines de la culture bretonne et que Pierrick Cordonnier est co-fondateur et ancien président de l'association " La Bouèze ". Le quatrième larron étant Bertrand Cormier.

Mais si je commence par vous parler de tout ce travail de collecte, c'est que la fréquentation des anciens transparaît fortement dans l'interprétation de ces chanteurs-musiciens. Et ceci à tous les niveaux, de la diction au jeu instrumental (1) en passant, naturellement, par une cadence sur les airs à danser qui n'a rien de celle d'un simple groupe de bal folk. Le répertoire est, naturellement, principalement celui de Haute Bretagne (gallèse), à l'image de l'avant deux qui ouvre le bal. Un répertoire dont la pratique par les danseurs devrait croître, avec de tels enregistrements d'une part, et les publications pédagogiques de Marc Clérivet d'autre part.

Le disque n'est pas uniquement consacré à la danse et ce sont d'ailleurs certaines plages chantées, sur des accompagnements très sobres, qui me touchent le plus… D'autant que si tous les thèmes sont référencés au catalogue Coirault, les versions qu'ils nous ont déniché sont souvent originales et ne donnent pas l'impression de déjà entendu… On en attendait pas moins d'eux il est vrai…

Bien entendu, le livret est parfaitement documenté sur chaque plage.

http://www.lesroutiniers.fr

Dist L'Autre Distribution

(1) vielle naturellement, diato, clarinette (dans un style particulièrement collectage auquel certains risquent d'avoir du mal à se faire…), harmonica, violon, alto, contrebasse et, petit clin d'oeil aux chants de marins, même s'il n'en est pas question ici : concertinas


Aksak

" Portraits "

   Dans la désormais grande famille des groupes de l'hexagone interprétant des musiques des Balkans, ils font figure de précurseurs puisqu'ils ont débuté bien avant que ces musiques ne connaissent la mode actuelle. Autour d'Isabelle Courroy, spécialiste de la flûte caval roumaine (1), nos cinq compères ont acquis en vingt ans de pratique de ces musiques et pas mal de voyages sur places (2), une belle maturité qui se ressent tant dans leurs sonorités instrumentales que dans leurs compositions. En effet, sur le plan instrumental, chaque musicien a bien attrapé " le " son et mérite d'être écouté en soliste, ce que permet ce CD où les arrangements évitent les surchargent inutiles et les effets de masse souvent plus faciles dans les groupes où les musiciens n'ont pas tous une sonorité et une technique individuelle suffisante. De plus, une excellente prise de son, très proche de chaque instrument, permet de profiter pleinement de chaque timbre, ce qui est d'autant plus remarquable que l'enregistrement a été réalisé en public. Et, plus appréciable encore de la part d'un groupe non local, les parties chantées sont du même acabit… Quant aux compositions, si vous parvenez à les différencier des quatre traditionnels sans recourir au livret, vous aurez le droit de faire la fine bouche, sinon…. Le sous-titre de l'album " Musiques créatives des Balkans " démontre leur volonté de ne pas rester contraints par le strict respect des diverses formes traditionnelles auxquels ils empruntent, voire de mêler parfois ceux-ci, de glisser quelques touches plus occidentales, mais que ce sous-titre ne vous induise pas en erreur, il ne s'agit pas pour autant, par exemple, d'un recours à des instruments exogènes ou aux sempiternelles guitares électriques-basse-batterie. Ne me reste plus qu'à saluer la présentation et le livret très complet.

Buda musique http://budamusique.com

(1) à ne pas confondre avec le kaval bulgare qu'elle pratique également : la première a un canal (un " bec ") tandis que le second est oblique

(2) je mets un pluriel car les Balkans sont pluriels et les membres d'Aksaks semblent bien avoir voyagé dans les différentes zones culturelles de cette région.

Rappel : "L'Oreille du voyageur" : lire ma chronique ici

CD Aksak L'oreille du voyageur


Gaïmalis

"Musiques traditionnelles et imaginaires"

 

 Comme pas mal de groupes amateurs, Gaïmalis résulte visiblement de la rencontre de musiciens venus d'univers musicaux différents et l'on peut tenter de deviner, au vu des instruments pratiqués par chacun, qui a amené au groupe la valse suédoise, la ballade irlandaise, le horo bulgare etc… ou encore qui a composé la scottisch, l'homage aux raviolis chinois ou celui aux fameux dubichu. Mais peut-être qu'à ce petit jeu on se plante complètement car, contrairement à ce qu'on pourrait craindre à la lecture de ce qui précède, le résultat n'a rien d'un puzzle ou les différents morceaux peineraient à s'assembler : Gaïmalis parvient tout à la fois à maintenir tout du long une unité dans la sonorité du groupe, sans pour autant faire perdre aux différents morceaux leur âme particulière. Ce qui signifie, en y réfléchissant un peu, qu'ils ont su percevoir l'essentiel de chaque style pour pouvoir s'affranchir des aspects plus superficiels, des clichés, des strictes couleurs instrumentales. Cette sonorité du groupe est dominée par les cordes, qu'elles soient pincées (oud, bouzouki, saz, harpe celtique, épinette façon indienne..) ou frottées (nickelharpa, violoncelle) et, par dessus tout cela viennent se poser les chaudes sonorités de divers instruments à vents (flûtes et anches diverses aux sons souvent ronds plutôt tendance clarinette et duduk), sans oublier quelques percus discrètes et un diato.

Finalement leur principal défaut est la modestie, puisque celui qui m'a donné ce CD m'avait bien précisé que ce n'était pas pour en faire une chronique (mais un de ses collègues m'a par la suite levé de cet engagement…) et il est probable que seuls ceux de vous qui vivent ou passent par les alentours de Lyon auront l'opportunité de pouvoir les écouter en direct.

Autoproduction http://www.gaïmalis.net

Rappel et prévision :

Ceci est leur second CD, après un premier, sans titre, disponible sur leur site.

GAIMALIS participera pour quatre titres à une compilation de 19 titres de "Musiques de l'Europe Ancienne et Traditionnelle" co-produite par le Bec à Sons et l'INSA de Lyon pour le congrès scientifique WASCON 2009 sur le Développement Durable en construction. (avec Jean Blanchard, Patrick Raffin, Raphaël Jeannin, Stephane Mauchand, Sylvie Géniaux, Anatole Benoit, Thomas R.,...en tout 29 musiciens). Sortie prévue en mai 2009


Tom Theuns

" Songs from the river"

Je n'ai plus besoin de vous présenter Tom Theuns dont je vous ai déjà entretenu plusieurs fois, que ce soit notamment en tant que membre d'Ambrozijn ou d'Aurélia. Mais c'est en solitaire qu'il nous revient (1) ici, juste soutenu discrètement de temps à autre par les percussions de Stephan Pougin, ou de Serigen C.M. Gueye (2). A l'image de la pochette et du livret, voici un album épuré, de chant accompagné à la guitare, dans un style très folksong, comme en témoigne notamment la reprise du célèbre Cuckoo (souvenez-vous, Steeve Waring…). Vous pourrez reconnaître un ou deux autres thèmes traditionnels, un standard de John Swayne (3) et deux d'A. C. Jobim, tous très personnalisés par Tom Theuns qui signe le reste des compositions (les deux bossas sont chantées en flamand). Un album qui permet de découvrir une autre facette de ce musicien, plus intimiste qu'au sein d'Ambrozijn, sur des textes majoritairement en anglais, avec un style vocal qui rappelle parfois Léonard Cohen, très près du micro. Et, en accompagnement ou en solo sur quelques plages, une guitare acoustique, mais qui sonne presque guitare électrique jazz sur certaines plages….

Le livret ne nous donne pas les paroles des chansons mais des textes autour de celles-ci, en anglais et, plus rarement, en flamand ? Ils sont malheureusement manuscrits ce qui en facilite pas la lecture pour ceux qui ne maîtrisent qu'imparfaitement ces langues.

 

(1) enfin, lorsque j'écris qu'il nous revient, pour le public français c'est plutôt un souhait car je ne sais pas si ce CD sera distribué dans l'Hexagone et reviendra donc jusque dans nos bacs…Mais il est disponible sur http://www.cdmail.fr et pas cher en plus…

(2) c'est du moins ce que dit le livret mais on entend au moins deux voix simultanées sur une plage et la guitare me semble dédoublée parfois…

(3) heureusement que le livret était là pour m'en livrer l'origine car je n'aurais pas retrouvé d'où venait cette très jolie mélodie si familière, interprétée ici à la guitare solo.

Homerecords : http://www.homercords.be

PS : J'ai profité de cette chronique pour mettre en ligne les photos du concert de Wim Claeys et ses amis (dont Tom Theuns) à St-Chartier 2008 : http://musette.free.fr/stchart/ch08clae1.htm

Rappels : Tom Theuns est naturellement l'un des protagonistes d'Ambrozijn : voir à partir de
Krakalin

Mais également d'Aurélia : le trio d'Aurélie Dorzée, Tom Theuns et Stephan Pougin : la chronique des deux premiers : " Festina Lente " et " Hypnogol "

.

et la présentation du troisième "The Hour of the Wolf"

ou la version en duo avec Aurélie Dorzée : "L'art de voler"

Tom Theuns et Paul Russell "In between trees" (2014)


Municipale Balcanica

" Road to Damascus "

Comme son nom l'indique, ce groupe qui nous invite à le suivre sur son chemin de Damas, fait dans le style des Balkans, tendance un peu fanfare (deux sax, une trompette, une clarinette, un tuba invité, deux percussionistes), mais pas complètement (parfois également de la voix, un accordéon, un violon et une mandoline invités, une guitare électrique plutôt discrète) et, surtout avec de vraies constructions dans les arrangements et des changements d'ambiances d'une plage à l'autre dont notamment, de beaux passages lents entre les morceaux plus swinguants. J'en oubliais presque de vous signaler qu'ils sont italiens (du sud, dans les Pouilles) mais cela ne saute pas forcément aux oreilles tant qu'on ne le sait pas, sauf naturellement sur les trois chansons dans cette langue. Le joli livret qui en donne les paroles, oublie de préciser dans quelle langue est la quatrième, mais il s'agit du standard trad. macédonien " Usti, usti baba ". La plupart des autres titres sont moins connus puisque ce sont des compositions d'un des saxophonistes : Raffaele Piccolomini.

Leur discographie nous indique qu'ils en sont déjà à leur troisième album sur cette même lancée depuis 2004 mais je les découvre seulement avec celui-ci qui témoigne d'une belle maturité. Comme c'est presque toujours le cas avec ce type de groupe, il est probable qu'ils témoignent de davantage de fougue sur scène que sur un tel enregistrement de studio, et si certains trouveront sans doute que certaines plages auraient pu être prises à des tempis plus élevés, je préfère, au contraire, considérer ceci comme un choix du groupe et apprécier sous cette forme…. D'ailleurs, d'autres plages nous démontrent qu'il savent également pédaler plus vite….

En fin de CD figurent des versions " remix " de deux titres de leur précédent album… Deux titres avec des ajouts de bande son bien faites mais qui ne plairont pas forcément à tout le monde. De toute façon c'est du bonus (l'album fait 64 mn au total).

Leur site officiel : http://www.municipalebalcanica.it

Felmay http://www.felmay.it

Distribution prévue en France par l'Autre Distribution

Rappels :

" Contra-dizione " 2004 (Autoproduction, épuisé)

" Foua " Ethnoworldmusic 2005 (épuisé, mais téléchargeable gratuitement sur leur site http://www.municipalebalcanica.it )

Deux titres du précédent sur la compilation " Gypsy Beat and Blakan Bangers vol.2 " Atlantic Jaxx 2007


Daniel Philippe et Daniel Le Féon

C'hwez ur Vro - Le souffle d'un terroir

(Double CD)

A mettre aux côtés des nombreux enregistrements du couple si souvent titré, Baron-Anneix, ou de Plijadur qui nous présentait récemment Jorj Botuha et ses 14 titres, voici le CD d'un couple biniou koz - bombarde où l'un a été six fois champion de Bretagne et son compère quatre fois (dont trois avec le premier). Palmarès auquel il faut ajouter des places de vice-champion, des titres sur d'autres concours ou encore le fait que Daniel Féon est le seul à avoir décroché le titre de champion de Bretagne successivement en bombarde et en biniou . Si j'ouvre ma chronique sur cet aspect compétition, c'est que le programme de ces deux CDs est d'une simplicité déroutante : Dans Plin puis mélodie puis marche du concours de Gourin 1996, puis même programme pour ceux de 1997, 98, 99, 2000 et Bourbriac 2002. Pour compléter, cela un extrait de mélodie du concours de Lorient et, exotisme oblige, la suite fisel du concours de Gourin 2002… La pensée d'écouter deux CDs entier de biniou-bombarde rebute peut-être certains et en vous annonçant ainsi que ce CD ne comporte quasiment que du répertoire plin je risque d'en effrayer davantage mais si vous êtes dans ce cas, je vous conseille de vous rendre une fois au moins à la fête du Plin à la chapelle du Danouet, en Bourbriac, à la mi-août. Vous y découvrirez, qu'à l'opposée de la mode zapping actuelle qui veut qu'en bal folk les danseurs commencent à se lasser si la même danse revient deux fois dans la soirée (et à trois c'est l'over-dose…), on peut prendre un réel plaisir à n'entendre et danser que cette danse d'apparence si simple, de 10h du matin à 21h (après ça se diversifie parfois un peu plus…). Je n'ai eu l'occasion de me rendre à cet événement qu'une seule fois, mais elle m'a marquée et c'est avec toujours avec plaisir que j'écoute depuis ce rythme bien particulier, surtout lorsqu'il est bien senti comme ici, avec ce qu'il faut de léger contretemps à peine perceptible mais qui donne envie de danser, qui rend aérien ces quelques temps répétés qui, sans cela, peuvent être très lourds. Daniel Le Féon collabore avec le luthier Gilles Léhart et on pourra entendre parfois sonner un second bourdon sur son biniou.

 

Dastum Bro-dreger bro-dreger@wanadoo.fr dist. Coop Breizh

http://www.dastum.net

Voir également le site http://danouet.free.fr ainsi que mes photos de l'édition 1998 à laquelle j'avais eu la chance d'assister

 

Rappels :

On retrouvera l'un ou l'autre, voire les deux sonneurs sur les enregistrements suivants (liste non exhaustive…)

Daniel Feon / Jil Lehart " Evit dansal "

Skaliero (Daniel Feon / Jean-Michel Mansano. duo Bombarde et orgue) : Beg ar Viñs Ed. Coop Breizh

Collectif : Dreger I, III, VII

Anne Auffret / Daniel Feon... " Pardoniou " (plusieurs volumes)

Collectif : Pa'vez gwelet Bro-Dreger o tañsal ! Ed. Dastum Bro-Dreger

K7 : Chanteurs et musiciens de Bretagne n°8 Fête plin du Danouët Ed. Dastum

K7 : Chanteurs et musiciens de Bretagne n°5 - Clarinettes et anciennes danses populaires du Trégor Ed. Dastum Bro-Dreger

 

Rappelons également la parution de la belle méthode biniou-bombarde d'Yves (Ifig) Castel par Dastum Bro-Dreger (livre + DVD) (voir un peu plus de détails sur ma page "apprendre la cornemuse")


Compilation Homerecords

" Les singulières "

A l'occasion de leur série de concerts "Les Singulières", Paris 25,26 et 27 février 2009, l'éditeur belge Homerecords a édité une compilation des neufs groupes participants. Cette compilation dont la version CD est hors commerce est téléchargeable sur http://mp3.mondomix.com/singulieres

Liste des participants (et lien éventuel sur ma chronique correspondante dans le présent site)

http://www.homerecords.be

Rappel : Homerecords a précédemment édité deux compilations dont la seconde avait été diffusée en France avec les revues Trad Magazine et Mondomix. Lire la chronique


Aurélie Dorzée

" Horror vacui "

Après bien d'autres expériences, Aurélie Dorzée s'attaque ici à son premier CD solo, sans le moindre invité, mais il ne s'agit pas pour autant, comme on pourrait s'y attendre, d'une suite de pièces en solo de violon, à la manière d'un des albums de la collection solistes de chez Cinq Planètes par exemple… Non, car Aurélie ne fait pas que manier l'archet : comme elle l'a montré avec son trio Aurélia, elle chante désormais et la voix occupe une place importante sur cet album dont l'esprit demeure tout à fait dans la lignée du trio Aurélia et dans le prolongement logique du second CD Hypnogol en particulier, dans cet univers personnel et particulier. Grâce à l'enregistrement multipistes, elle superpose sa voix au violon, et y ajoute même parfois, de façon très discrète, quelques notes de piano ou de glockenspiel, voire une seconde voix. Et pour diversifier encore les ambiances, elle alterne jeu à l'archet et pizzicatos. Hormis une reprise de " L'enfant noyé " (ou " Dessus la mer " ou encore " Le vent qui vente la nuit… "), à la fois personnelle et influencée par Sylvie Berger (1), tous les titres sont des compositions d'Aurélie (2) et sans références directes au répertoire traditionnel. Elle se situe davantage dans ce style de chanson tout à la fois actuelle, voire expérimentale (dans certaines harmonies, dans l'usage de la voix, souvent sans paroles…) où les racines traditionnelles sont présentes mais rarement explicites, se traduisant surtout par un esprit, une façon de concevoir l'espace acoustique. Un peu à l'instar de Geneviève Laloy, la voix d'Aurélie n'a pas un timbre exceptionnel et peu même paraître un peu quelconque à la première écoute. Mais il suffit d'écouter deux ou trois fois le CD pour s'apercevoir qu'on la retrouve avec plaisir, comme on retrouve un ami. Finalement le seul défaut de cet album est d'être un peu court…

 

(1) Aurélie accompagne Sylvie Berger en trio avec Julien Biget en alternance avec Emmanuel Pariselle, et leur concert comporte ce titre… Ayant eu l'occasion des les entendre récemment en concert, j'ai d'ailleurs pu constater qu'elle n'a pas besoin d'un multipistes pour faire tout à la fois l'accompagnement au violon et à la voix… " L'enfant noyé " qui figure dans les recueils d'A. Millien (et de Canteloube sous une autre version) a été interprété précédemment par René Zosso dans l'Anthologie de la chanson traditionnelle (ed. EPM vol. Chansons rituelles), c'est d'ailleurs de lui que la tenait La Chiffonie qui l'a enregistrée sur son premier 33t. Une version sur une mélodie assez différente a été interprétée par Elsa Montbel sur le CD "Le Jardin des mystères. "

(2) dont deux sur des textes de Sybille Cornet, auteur (notamment de contes), comédienne, pédagogue et metteuse en scène belge

 

Homerecords http://www.homerecords.be

Rappel : ma chronique des deux CDs d'Aurélia et discographie d' Aurélie Dorzée


Taraf Doina Botoca

"Jebel"

 

Les tarafs et autres ensembles des Balkans sont à la mode depuis quelques années maintenant et il est probable que, l'intérêt du grand public pour ces musiques va maintenant décroître pour se reporter vers un autre style (rappelez vous l'intérêt pour les musiques andines dans les années 60 dont la très forte popularité d'alors a été suivie d'une disgrâce qui ne s'est toujours pas levée, les voix bulgares dans les années 90, les musiques cubaines dans les années 2000 sur la lancée de Buena Vista Social Club (1999), sans oublier, naturellement, les musiques celtiques dont la cote grand public suit une courbe fluctuante avec ses pics dans les années 70 (Stivell) et 90 (L'héritage des celtes)…). Mais revenons au présent CD : un enregistrement de taraf de plus pourrait-on donc penser, en se demandant ce qu'il pourra apporter de plus que ce que nous avons déjà entendu depuis quelques années. Et bien, dès les premières secondes, le son est différent et vient nous rappeler que même à l'intérieur d'un style de musique donné, l'imagination des musiciens est bien souvent suffisamment grande pour nous offrir sans cesse de nouvelles couleurs, et ce, lorsque les musiciens sont inspirés, sans qu'il soit besoin de recourir à des artifices. Ils sont ici quatre musiciens et utilisent assez classiquement deux violons et une contrebasse et, un peu moins courant, un vibraphone. Mais ce n'est pas tant la présence de ce dernier instrument sur certaines plages qui singularise le groupe, que la place donnée à l'un des violons, probablement celui de Marius Andréï, toujours quasiment soliste (et mixé au devant des autres) et surtout, le style de celui-ci, remarquable de précision technique (notamment dans les passages rapides et les ornements) de sonorité (une sonorité ample avec ce qu'il faut de grain, d'attaque pour que cela ait du caractère) et sensibilité (sans jamais tomber dans la guimauve ou la grandiloquence). A l'écoute je me suis dit qu'un musicien classique ne renierait pas un tel style et, renseignements pris, Marius Andréï est un musicien d'origine roumaine mais de formation classique… tout s'explique et voilà qui devrait donner à réfléchir à ceux qui pensent que les styles classiques et populaires sont inconciliables. Et ce d'autant que nous sommes ici dans un répertoire également à mi-chemin entre ces deux mondes musicaux. Ses compères, de formation classique également, assurent l'accompagnement harmonico-rythmique habituel dans ce genre de musique avec cette pulsation très efficace (l'équivalent des pompes des guitaristes manouches…) et le vibraphone s'intègre fort bien à l'ensemble, soit en accompagnement, soit en prenant parfois le rôle de soliste.

http://www.calliope-diffusion.com/index.php?rub=artistes2&id=31

Label Ouest http://www.label-ouest.net Dist : L'Autre Distribution

Rappel : ce n'est que leur second CD en 16 ans, le premier, tout à fait dans le même esprit et avec les mêmes musiciens datait de 2001 je crois (je n'ai pas trouvé de date dessus) et portait simplement le nom du groupe Taraf Doïna Botoca


Mango Gadzi

"Lai Valima"

Voici un album pour lequel je pourrai reprendre quasiment toute l'introduction de la chronique ci-dessus puisque leur musique sonne en premier lieu à la mode balkanique quoiqu'une écoute plus attentive laisse rapidement percevoir des influences plus larges (mais la musique des Balkans n'est-elle pas déjà la résultante de ces influences de l'Orient de l'Occident, du nord et du sud ?). La présence de la flûte ou de certaines cordes pincées donnent une sonorité particulière à ce groupe de huit musiciens et/ou chanteurs (violon, saz, oud, mandole, contrebasse, darbouka, batterie…), de même que la présence fréquente de la voix, qui n'est pas sans faire penser à celle de Loulou Djine. Les langues utilisées semblent diverses et donne rapidement envie d'avoir dans le livret de quoi il retourne mais le CD ne comporte pas de livret… Un tour sur leur site permet d'apprendre qu'en réalité, les paroles sont écrites dans une langue imaginaire tirant ses phonèmes de différentes sources. Car je ne vous ai pas encore dit qu'il s'agit d'un groupe grenoblois et non de l'est (1), mais qui a déjà acquis pas mal d'expérience en huit ans et trois CDs d'existence. Donc si vous êtes un peu pointu en matière de musique de ces régions, nous n'y trouverez peut-être pas votre intérêt mais sinon, c'est indéniablement un groupe agréable à écouter et qui mets pas mal de cœur dans ce qu'il fait et cela se sent d'autant plus qu'il s'agit d'un enregistrement en public.

Autoproduction, Dist L'Autre Distribution

(1) quoique Sofian Mejri par exemple ne soit pas vraiment un nom de l'Isère, pas plus que Jorge Diaz, Rabah Hamrene ou… Aurélien le Bihan

http://www.mangogadzi.com


 

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