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Jean-Luc Matte
Infos mumuses

Chroniques CD
(8/15)

De temps à autre, l'un ou l'autre d'entre vous me fait parvenir son CD (y compris des démos) afin que j'en parle plus en détail dans mes infos, voici les chroniques ainsi rédigées depuis début 2004 (Tout ceci est indépendant des chroniques que je rédige pour Trad. Magazine).... 


Didier François et Gilles Chabenat

" Dans l'oubli du sommeil "

Didier François invite Gabriel Yacoub

" Brand new world "

 

Je n'ai d'autre choix que de vous rédiger une double chronique puisque ces deux CD sont présentés sous le même boîtier " digipack " mais comme chacune des galettes a sa personnalité propre, traitons de l'une après l'autre, en commençant par celle où le joueur de nickelharpa wallon Didier François, pivot de ce doublet, collabore avec le vielleux Gilles Chabenat…

Si le nickelharpa est un instrument traditionnel suédois et si ce vielleux est l'un des plus réputé du " Centre-France " et de bien au delà., oubliez les musiques traditionnelles que cela pourrait évoquer et que vos oreilles pourraient s'attendre à écouter ici. Même si deux mélodies sont des traditionnels, les références musicales à la tradition sont plus que discrètes sur ce CD. Improbables paysages suggérées, musique peinte par touches harmoniques, avec le calme du peintre face à la toile qui dépose sa tâche de couleur et prend le temps de visualiser le rendu avant de placer la suivante. Une ambiance qui n'étonnera pas ceux d'entre vous qui connaissent le premier CD de Didier François. Quand à ceux qui connaissent Gilles Chabenat et la diversité de ses expériences musicales, il ne s'étonneront pas de le voir se frotter à ce style de musique. Dans une interview à La Libre Belgique, Michel Van Achter, le créateur du label Homerecords, déclarait : " Homerecords, surtout, privilégie les musiciens de qualité qui développent une univers très personnel. Des artistes entiers, sincères, qui ont pu faire la synthèse de leurs influences. Qui font ce qu'ils sont et pas ce qu'ils voudraient être. " Ce CD correspond tout à fait à cette définition et on pourrait ajouter que Didier François et Gilles Chabenat ne sacrifient pas non plus à la moindre concession pour séduire le public : pas de première plage plus racoleuse par exemple : à vous de vous laisser apprivoiser par cet album hors normes, cela en vaut la peine.

Le second CD de ce diptyque déroutera sans doute un peu moins l'amateur de musique trad : le nickelharpa y a souvent des couleurs et des élans un peu plus conforme à ce que chacun a en tête et s'harmonise en un vrai duo, avec le violon… de Didier François. Ce dernier a en effet eu recours aux possibilités du multipistes, une technique qu'il maîtrise parfaitement, comme j'avais pu le constater en concert solo sur scène il y a quelques années…

Et puis il y a, à partir de la troisième plage, le voix et la poésie de Gabriel Yacoub, soutenue par celles de Sylvie Berger et de Tom Theuns qui assurent un très bel accompagnement polyphonique (et qui en resteront d'ailleurs sur tout l'album à ces rôles un peu en retrait (1)). Les cordes de Didier François savent s'effacer pour laisser toute la place aux voix, puis réapparaître, venir renforcer la polyphonie sur ces belles compositions de Gabriel Yacoub, entrecoupées de purs instrumentaux composés et interprétés par Didier François. Tout comme le CD avec Gilles Chabenat (et avec la même qualité de prise de son), celui-ci fait naître maintes images, dans un registre un peu moins austère et il est certain que certains possesseurs du diptyque écouteront surtout celui-ci, d'un abord plus facile, souhaitons qu'il leur devienne alors progressivement leur point d'entrée pour le premier.

(1) ce doit être Tom Theuns qui égrène des mots sur " Bleu " mais il ne s'agit pas non plus d'un chant soliste.

http://www.didierfrancois.be

http://www.gabrielyacoub.com

http://www.gilleschabenat.com

Editeur : Homerecords. http://www.homrecords.be Je ne doute pas que ce double CD soit prochainement distribué en France. Les fans de G. Yacoub ne pardonneraient pas le contraire….

Rappel

Didier François, " Falling Tree" sorti en 2001

"Sjansons patinées"

Didier François "Nickelharpa solo" (2011)

voir également Tied & Nyckled "Baroque update"

et Zefiro Torna à partir de cette chronique :
Les tisserands

en duo avec Sophie Cavez (KV Express) sur une plage de "Zaphon"

 Gilles Chabenat : voir à partir de


Homerecords.be volume 2

 

A propos d'Homerecords, j'ai le privilège d'avoir déjà reçu le CD compilation qui sera envoyé avec le prochain numéro de Trad. magazine (ainsi qu'aux abonnés de Mondomix papier) : 18 plages pour 18 CD produits récemment par ce label, dont pas mal ont fait l'objet d'une chronique dans ces colonnes (notamment les deux ci-dessus). Vous pourrez donc juger sur pièce de ce que je vous ai écris (quoique vous l'ayez peut-être déjà fait en allant écouter des extraits sur le site de l'éditeur). Je dois avouer que si j'ai déjà, sur mes étagères, la plupart de ces CD, j'ai bien apprécié d'en ré-écouter ainsi des extraits mélangés, ne serait-ce que pour jouer à deviner de qui il s'agit (pas trop difficile, sauf lorsque les uns chantent ou jouent chez les autres…). Naturellement, une plage ne saurait résumer un CD entier (surtout les CD qui varient beaucoup les ambiances comme celui de T. Crommen par exemple) et certains choix ne sont pas forcément ceux que j'aurais fait mais c'est la loi du genre…

http://www.homrecords.be

Rappel : A l'occasion de leur série de concert "Les Singulières", Paris 25,26 et 27 février 2009, Holmerecords a édité une compilation des neufs groupes participants. Cette compilation dont la version CD est hors commerce est téléchargeable sur http://www.mp3.monomix.com/singulières

et plus de détail ici :


KV Express

" Luna "

 

Si vous avez lu le numéro 113 de Trad. Magazine, vous savez ce qu'est un Boombal chez nos voisins flamands et vous avez vu la photo de ce trio, apparemment habitué de ce type de manifestation. J'ai déjà eu l'occasion de vous citer à plusieurs reprises l'accordéoniste Sophie Cavez qui est notamment à l'origine du groupe Dazibao (on l'a entendu avec ce groupe à St-Chartier 2006, voir les photos ici ) et qui a remplacé Didier Laloy dans Urban Trad. Avec KVexpress elle se consacre donc à la musique à danser, en trio avec le bassiste Cédric Waterschoot (également membre d'Urban Trad.) et le percussionniste Jo Zanders (également membre… de Dazibao). Si la formule peut paraître dépouillée, pas moins de 8 invités viennent prêter main forte au trio sur ce CD : quasiment tous des noms bien connus dans le milieu trad. belge, de Didier Laloy à Tom Theuns (la voix inimitable d'Ambrozijn) en passant par Karim Baggili ou la voix galicienne de Veronica Codesal….Contrairement à la plupart des CDs de musiques à danser, celui-ci ne précise pas la danse associée à chaque plage (quoique certains titres en incluent le nom). Aux danseurs de deviner où se cachent scottisch swinguante, mazurka langoureuse, cercle aussi dynamique que la polka etc… C'est généralement assez facile quoiqu'on hésite un peu à reconnaître une bourrée dans cette " Danza de Pieterzot " à 3 temps plutôt ibérique et pourtant cela fonctionne (du moins tel que les bourrées sont dansées dans les bals folks, n'essayez pas en auvergnate…)…La couleur de certains morceaux lorgne d'ailleurs parfois également à l'est, voire encore un peu plus à l'orient, comme dans pas mal de groupes actuels. Sophie Cavez a une belle facilité de jeu au diato et c'est par une écoute un peu attentive que l'auditeur se rendra compte que certains morceaux doivent nécessiter une belle maîtrise. Signalons également que Jo Zanders joue sur une basse six cordes et cela s'entend, l'instrument permettant de passer d'un jeu de basse classique en accompagnement à un jeu plus proche de celui d'une guitare et il utilise parfaitement cette possibilité avec un jeu qui ne s'économise pas…

Alea Wild Boar Music Dist France : " L'Autre Distribution "

Rappels : Sophie Cavez (pour les autres musiciens cités, utiliser les liens dans le texte)

KV Express : second album "D-Sensation" en 2010 et troisième "Zaphon" en 2017

Dazibao : " Alma " même éditeur et dist L'Autre Distribution
Dazibao

et E-40

Duo Montanaro-Cavez : trois albums (en 2010,12 et 15)

Jeff Caresse "Les mamelles du désir" en 2011 avec Aurélien Clarenbaux et Baltazar Montanaro

Knopf Quartet (quartet d'accordéons diatoniques avec Anne Niepold, Jonathan De Neck et Vincent Ansaldi)

 


L'Attirail

" Kara Deniz "

Voici un groupe discographiquement très productif : il n'y a pas si longtemps que je vous chroniquais leur B.O. du film " Mon meilleur ami " et voici déjà un nouvel album, sans autres images cette fois que celles de la pochette un peu déjantée, et celles qui naîtrons dans votre tête au fil de l'écoute. Et ces dernières risquent d'être nombreuses, le groupe poursuivant toujours son exploration des traditions musicales composées de ces contrées imaginaires d'Europe de l'Est dont il a le secret (dans tous les sens du terme). Et si ces images ne naissent pas spontanément dans votre esprit, vous pourrez vous appuyer sur les titres des morceaux et, surtout sur les petites phrases d'explications de chaque plage du style " Valse éthylique pour station balnéaire désoeuvrée " ou " La tournée des plages en R12 locale ". Rythmes impairs naturellement, instruments variés, voire sonorités un peu originales et quelques bruitages, on aurait pu se lasser après un ou deux albums mais non, la magie opère toujours parce que, par delà l'humour, la technique et l'inspiration sont là…. Autour de Xavier Demerliac fondateur du groupe, polyinstrumentiste et compositeur de la plupart des plages, la composition de l'ensemble a pas mal évolué au fil des années et des enregistrements et c'est maintenant, par exemple, Viviane Arnoux qui tient l'accordéon chromatique (1).

A écouter, bien entendu, en lisant le guide de voyage sur la Molvanie (http://www.molvania.com/molvania/)

(1) du duo Mam, sa sympathique photo faisait la couverture du récent numéro spécial femmes accordéonistes de Accordéons et Accordéonistes. Elle participait déjà à la BO de " Mon meilleur ami "

Dist : " L'Autre Distribution "

Voir leurs précédents CD ici


BEV

"Materiali Tradizionali"

 

Il est toujours agréable de découvrir un nouveau groupe (1), qui plus est d'Italie du Nord, ces régions qui nous ont déjà offert quelques bons groupes, de la Ciapa Russa à Calicanto en passant par Baraban et quelques autres… Ces musiciens ne sont pas d'ailleurs pas tous des inconnus puisque le leader de BEV, Claudio " Pesky " Caroli était d'ailleurs le principal instigateur du groupe " La Piva del Carner ", quatuor de musique traditionnelle d'Emilie des années 90 dans lequel jouait également Marco " Maino " Mainini également présent ici. Le groupe BEV dont le nom signifie tout simplement " Bonifica Emilie Venetie ", Bonifica étant à comprendre comme " bien faire " ou " remettre en valeur " explore les répertoires d'Emilie et Vénétie. Un groupe purement acoustique, de cinq musiciens maniant diatonique, violon, guitare, contrebasse, clarinette et pivas, ces cornemuses italiennes dont le son rappelle ici pas mal celui de la veuze : un son bien chargé en harmoniques, dense, surtout lorsque deux pivas jouent ensemble. La sonorité me fait d'ailleurs tellement penser à celle de la veuze sur certains morceaux, que j'entends ce que ferait Thierry Bertrand sur ces mélodies et, du coup, j'en trouve le jeu de ces italiens un peu simple, ce qui n'est pas vraiment le cas : ils manient bien leurs tuyaux, de même que les autres membres du groupe assurent sur leurs instruments respectifs. Le répertoire est traditionnel comme l'indique le titre et ne me semble pas avoir été trop entendu jusqu'alors. Le programme du Cd est bien construit, les morceaux avec pivas alternant avec des plages aux sonorités plus douces, les instrumentaux avec des plages chantées. Une mention d'ailleurs pour ces chants interprétés avec ces voix et dans ce style auxquels nous ont habitué avec bonheur les groupes cités ci-dessus.

http://www.bonificaemilianaveneta.it

Dunya Records, Felmay 2006 (http://www.felmay.it ) Dist France : L'Autre Distribution

(1) Ceci est le troisième CD de ce groupe (cf ci-dessous) mais je ne connais pas les deux premiers et je ne sais pas s'ils sont distribués en France.

Rappels :

BEV : Variabile/naturale 2001

BEV : Apotropaica 1999

Je vous rappelle également ceux-ci du groupe " La Piva del Carnèr " avec, à la vielle, le sympathique Paolo Simonazzi que les habitués de St-Chartier connaissent :

" La pegra a la mateina la bèla e la sira la bala " Roots New Tone, Robi Droli 1995

" M'han presa " Felmay 1997, dist mondiale Robi Droli


Spiridon

"Guimbardes"

Non ce n'est pas un pseudonyme new âge : ce musicien Iakoute (Sibérie) se nomme réellement Spiridon Spiridonovitch Chichiguine… Comme le chantait Brassens, " tout le monde peut pas s'appeler Dupont " et c'est tant mieux comme cela. Ce CD de pure guimbarde vient peu de temps après celui de Wang Li dans la même désormais prestigieuse collection. Comme j'avais du vous l'écrire à propos de ce dernier, la guimbarde ayant été mon premier instrument de musique, je ne supporte pas les musiciens qui se gargarisent des ses effets faciles et spectaculaires plutôt que de faire de la musique et Spiridon n'est, fort heureusement, pas à classer dans cette catégorie de musiciens frimeurs. Si, de temps à autre, un effet ou l'autre déborde un peu du discours musical, il faut reconnaître que dans l'ensemble il utilise sa guimbarde comme vecteur mélodique et ce souvent sur des airs assez lents qui sont, indiscutablement les plus difficiles à faire passer, surtout en soliste. Ce CD nécessitera donc quelques écoutes afin de se familiariser avec ces mélodies, de se les mettre un peu en mémoire afin de vraiment apprécier. Un CD qui, comme un certain nombre de cette collection, n'est pas d'un abord immédiat, mais qui donne à entendre des instruments dans leur sonorités naturelles et sans édulcorants…

Cinq Planètes coll. solistes Dist : L'Autre Distribution


Jean Baron

" Brehat"

 

Voici un CD qui aurait bien pu paraître chez Cinq Planètes mais l'un des sonneurs les plus titrés de Bretagne est réduit à l'autoproduction autodistribuée. Comment se fait-il que cet album ne figure pas au catalogue d'un des éditeurs bretons, est-ce parce qu'il s'agit d'un pur solo (moins vendeur) ou est-ce parce qu'il a délaissé son habituel biniou pour une veuze ? Comme l'indiquait Thierry Bertrand dans le numéro précédent, Jean Baron tâte aussi de la veuze, avec un style proche de ceux adoptés sur cet instrument par les autres veuzous actuels et combinant vibrés et ornements parfois proches de ceux du bagpipe sans jamais les copier trop servilement Mais son jeu est également tout personnel, moins fleuri et virtuose que celui de T. Bertrand par exemple, plus posé. A la première écoute, certaines des premières plages du CD sont d'ailleurs un peu décevantes à cet égard, comme si, en studio, il avait eu du mal à entrer dans la cadence. La suite galicienne manque, notamment dans la muineira finale, de ce swing propre qui fait virevolter les danseurs et qui n'existe d'ailleurs pas, sous cette forme, en musique bretonne. Il faut attendre la suite vannetaise de la cinquième plage pour que l'ambiance se dégèle, comme si le sonneur retrouvait son élément. Un peu plus loin, le ton double de la gavotte, succédant à un ton simple très posé, donne à nouveau des fourmis dans les jambes… La longue suite du Pays Blanc est gérée comme une course de fond avec crescendo progressif dans la cadence. Et puis, au fil des écoutes, l'auditeur entrera à chaque fois davantage dans les mélodies et se laissera porter par ce jeu qui cherche à toucher en profondeur plutôt qu'à séduire rapidement.

Une pierre de plus sur l'édifice de la renaissance de cet instrument, brute comme un granite, polie par les mains d'un sonneur de renom, sans apprêt ni enduit…

Durée : 64'37

J. Baron, 5 place de Ianeros 22610 Pleubian

02-96-16-57-13


Amadou Kienou et son ensemble Foteban

" Taabali - Rythme de la tradition du Burkina Faso"

Si le Mali a actuellement, la réputation d'épicentre des musiques Mandingue, celles dont l'instrument emblématique est le djembé, il ne faut pas oublier que l'Empire Mandingue s'étendait sur davantage de pays. Ainsi Amadou Kienou est un griot burkinabé et il joue et chante ici au sein d'un groupe comprenant plusieurs membre de sa famille (mais la notion de famille est bien plus étendue en Afrique que par chez nous….). Le djembé est sans doute l'instrument africain le plus pratiqué en Europe actuellement, même si le sommet le sommet de la vague de sa popularité semble déjà un peu derrière nous. Rappelons que l'instrument se joue généralement en ensemble des tambours cylindriques à deux peaux de diverses tailles frappés à l'aide d'un bâton (les doundouns ou dounoums ou simplement doums pour les intimes). Chacun de ceux-ci est surmonté d'une cloche métallique. Un rythme de djembé est donc, en réalité une polyrythmie qui peut comporter trois voix de dounoums (du plus aigu au plus grave : kenkeni, sagban et dounoumba), les trois voix de cloches correspondantes (toutes également différentes), deux voix de djembés et un djembé soliste brodant plus librement par dessus. Mamady Keita a plus ou moins fixé ce type de formation au travers de sa pédagogie dite " Tamtam mandingue " (1). Dans les ateliers de djembés, ceux-ci étant nombreux, les deux voix de djembés sont réparties entre deux " pupitres " de djembefolas. Mais il est certain que la musique africaine n'est pas aussi figée dans ses structures et l'ensemble d'Aamdou Kienou, moins nombreux, se compose plus souvent de deux djembéfolas, un joueur de doundouns (maniant parfois simultanément les différentes tailles), d'un balafon et de chanteuses secouant leurs djabaras (calebasses entourées d'un filet de perles). Même avec cet effectif plus réduit, ils nous donnent à apprécier la complexité de ces polyrythmies et ce d'autant que le jeu riche et varié du balafon apporte beaucoup à celles-ci. Cet instrument est d'ailleurs souvent mixé en avant de manière à être mis en valeur. Ce type de musique est bien davantage à vivre en concert qu'à écouter sur CDs, mais celui-ci s'écoute bien, les pièces chantées étant nombreuses et alternant avec les purs instrumentaux. Quant à ces derniers ils sont très construits avec de nombreux breaks et changements de rythmes évitant toute monotonie. Derrière le chanteur soliste, les chanteuses scandent souvent les mêmes phrases de manière un peu hypnotiques : une technique africaine passée dans la musique cubaine. Le livret détaille chaque plage mais certains textes semblent à prendre avec prudence ainsi l'un des chants est censé être interprété par les autres membres du groupe en hommage à leur leader mais, en réalité, c'est ce dernier qui le chante. Une plage est " un chant de louange à la population active " mais les seules paroles qu'on y comprend sont " Président du Faso vous êtes vraiment un homme intègre "… Une mention pour la prise de son qui restitue bien l'ambiance de cette musique d'extérieur et qui ne laisse jamais deviner que cet album a été enregistré… en Italie…

http://www.foteban.org

Felmay 2006 Dist L'Autre Distribution

(1) rappelons pour les puristes que le tamtam est, au départ, un grand gong asiatique. Le nom est passé par abus de langage aux percussions africaines.


Ljiljana Buttler et Mostar Sevdah Reunion

" The legends of life "

 

Il est des chanteuses qui ont un timbre de voix bien particulier et c'est indéniablement le cas de Ljiljana Buttler : à l'écoute du CD il est parfois difficile de se convaincre que c'est bien une femme et non un homme qui chante ainsi. Mais cette voix est néanmoins agréable, chaude, jamais agressive et l'expression, la sincérité que Ljiljana met dans son chant ne peuvent que vous saisir à la poitrine. Le beau livret cartonné (1) nous raconte (avec un peu trop d'emphase parfois…) que Ljiljana Petrovic (à l'époque…) a quitté les Balkans (ex-Yougoslavie je suppose) pour fuir la guerre qui s'y préparait. En s'installant en Allemagne avec les difficultés économiques propres aux émigrés elle abandonna derrière elle non seulement son pays, mais également son statut de chanteuse reconnue et même tout désir de chanter. Ce sont les musiciens qui l'accompagnent ici qui ont du la convaincre de s'y remettre, sur un premier CD, puis sur scène. L'ambiance de cet album, enregistré à Mostar, est très paisible, y compris sur les morceaux plus rythmés : nous sommes loin de certains tempos stressants de fanfares balkaniques (qui ne manquent toutefois pas de charme, de par la folie qui s'en dégage…) mais la part belle est faite aux chants plus lents dans lesquels Ljiljana donne le meilleur d'elle même et autour de la voix de laquelle les musiciens de Mostar Sevdah Réunion (guitare, violon, clarinette, accordéon, percussion etc…) et quelques invités tissent une délicate toile musicale s'effaçant presque lorsque Liljana chante. En contrepartie, celle-ci laisse de beaux espaces aux musiciens entre certains couplets : un CD ou personne ne se marche sur les pieds…. Le type même de l'album qui vous accroche dès la première écoute et qui ne vous lasse pas ensuite…

Snail Records http://www.snailrecords.com

Diost : L'Autre Distribution

(1) : le livret comporte en outre les paroles de toutes les chansons, dans le texte et en anglais.


Thierry Crommen

" Versions originales "

Voilà un instrument dont je n'avais pas encore eu l'occasion de vous entretenir dans ces chroniques : malgré un usage pas si exceptionnel que cela dans la tradition, l'harmonica n'a pas su se faire une place dans l'instrumentarium trad. actuel, sauf peut-être au Québec. Jean Bona se considère lui-même comme meilleur harmoniciste que cabrettaïre mais comme il le déplore " Les bourrées à l'harmonica ça n'intéresse personne ! ". Thierry Crommen se situe plus classiquement dans le courant plus porteur pour les harmonicistes, entre jazz, blues et chansons, mais ce CD n'en renferme pas moins une composition à l'allure résolument québécoise (1), une chanson au swing très manouche (interprétée par Sansévérino dans un style un peu Minvielle en moins acrobatique tout de même…), un trad. roumain…

Thierry Crommen n'est pas très connu chez nous, sauf sans doute des officionados de l'instrument. Il est pourtant musicien professionnel depuis vingt ans, a accompagné pas mal de gens connus dans le domaine de la chanson à ses débuts puis s'est davantage consacré à sa propre musique. Ce CD est le troisième à son nom si l'on compte celui en duo avec le guitariste Jacques Stotzem en 1997. J'aime beaucoup sa sonorité car il ne fait pas partie des harmonicistes qui semblent se complaire à torturer gratuitement les anches de leur instrument : une écoute non attentive pourrait d'ailleurs laisser penser que son jeu est relativement sobre mais en réalité il n'en est rien : une écoute plus analytique laisse percevoir une technique très aboutie mais toujours au service du discours musical, sans jamais d'effet gratuit. Douze plages pour douze ambiances toutes différentes, depuis les morceaux d'inspiration trad. déjà cités, une composition du guitariste Karim Baggili, des choses un peu plus blues, une belle variation lente sur une chanson de Fugain (qu'il a accompagné jadis) etc… Et, pour ne rien gâter, tout cela accompagné avec intelligence et imagination par ses trois comparses et quelques invités…

(1) intitulée " Gigue de krommennec'h ". le livret pare les critiques en précisant qu'il ne s'agit pas du tout d'une gigue, remarquons que cela y ressemble fort tout de même…

Rappels :

- Jacques Stotzem / Thierry Crommen "Different Ways" Acoustic Music Records 1997

- Thierry Crommen " La Nouvelle Donne " Home Records 2004

- Invité sur l'album Daniel Willem Gypsy Jazz Band "Sinto Swing"

http://www.homerecords.be

http://profile.myspace.com/index.cfm?fuseaction=user.viewprofile&friendid=160036016


aNoo

" The luckless lands of the North "

 

 

Une chronique détaillée de ce CD n'a, à mon avis, pas vraiment sa place dans ces infos mais comme je l'ai reçu je vous le résume tout de même : une chanteuse finlandaise émigrée à Bruxelles (Anu Junnonen) qui chante essentiellement en anglais (1), avec une voix près du micro, accompagnée par un quatuor acoustique qui doit être flamand et, même si l'un des morceaux est un traditionnel finnois, même si les paroles d'un autre sont tirées du Kalevala, même si on y retrouve l'accordéoniste Tuur Florizoone déjà entendu sur le CD " Tricycle ", l'ambiance harmonique n'est pas vraiment trad., bien plutôt jazz actuel, avec des accords assez tendus….

(1) notons une plage en portugais : une chanson du brésilien Lénine


Françoise Etay

" Ai vist lo lop, etc. "

142 airs de danse ou de marche limousins pour accordéon diatonique, chabrette ou autre cornemuse du centre, vielle à roue, violon…

 

En 2001, Françoise Etay faisait paraître un recueil de répertoire à danser limousin dont le titre faisait référence à celui d'une bourrée bien connue " Ai vist lo lop, etc… " la mention etc. résumant malicieusement la suite des paroles mais également les 141 autre airs contenus dans ce recueil. Chaque mélodie était présentée sur une page, avec partition, mention de la source utilisée (informateur pour les musiciens (1), collecteur et date de collectage ou encore discographie ou référence bibliographique pour les airs tirés de recueils), paroles pour les mélodies qui en sont dotées et un bref commentaire.

 Recueil Ai vist lo lop, etc.

Ce recueil est toujours disponible et Françoise vient d'avoir la bonne idée de le compléter par un CD, vendu séparément, permettant d'écouter l'ensemble de ces 142 mélodies, dans le même ordre (classement par types de danse). La bonne surprise, c'est que les versions qu'elle nous donne ici à entendre sont précisément celles citées dans les sources du livret et c'est donc le plus souvent directement par les collectages originaux que nous pouvons écouter ces mélodies avec la cadence que leur donnaient les interprètes de la tradition, voire la prononciation locale des paroles. Dans d'autres cas, Françoise Etay utilise des enregistrements anciens un peu plus folkloriques (il y a même quelques versions Segurel), voire des 78 tours et, pour les airs tirés de sources écrites, des ré-interprétations actuelles par les élèves du CNR. On mesure l'ampleur du travail réalisé et, si elle s'excuse, dans le livret, de la qualité sonore de certains documents, je trouve celle-ci, dans l'ensemble, remarquable (2). Par contre, si le livret donne bien le nom de chaque morceau, pour connaître les sources, il vous faudra vous référer au livre (et les interprètes du CNR resteront anonymes…)

Afin que tout cela puisse rentrer sur un seul CD, chaque morceau est limité à un couplet et c'est, naturellement bien dommage puisque, comme chacun le sait, les interprètes traditionnels jouent rarement deux reprises exactement de la même manière et que les paroles données à écouter se limitent à celles d'un couplet. Mais cette solution, pour frustrante qu'elle soit, évite une édition coûteuse en 4 ou 5 CD. Elle permet par ailleurs une écoute plus rapide (ne sommes nous pas dans la civilisation du zapping ?) permettant de repérer plus facilement les mélodies qui vous plaisent au sein de ce vaste répertoire ou, plus simplement de vous remettre agréablement en tête toutes celles que vous avez déjà cotoyée un jour ou l'autre et qui vous étaient sorties de la mémoire…

(1) pour des raisons déontologiques, F. Etay n'avait pas mentionné l'identité des chanteurs afin que l'image de ceux-ci ne reste pas liée aux paroles d'une seule mélodie interprétée...

(2) le travail de restauration des enregistrements a été réalisé par le studio Ouï-Dire, à Limoges

Productions Trad'Bande - Département de musique traditionnelle - CNR - 9 rue Fritz James 87000. Limoges

http://mu.trad.club.fr/Mutrad.html

Rappels : Département de musique traditionnelle du CNR de Limoges :


" Marion quand t'aimava "

La bande des violons limousins
Violons limousins "Ab'aqui paubres drolles" 1999


" Couleur Chabrette "

et "Ola mesfiatz-vos !" (2015)

Cette chronique a été reprise, avec mon autorisation naturellement, dans le n°50 de Paroles d'anches Mai-juin 2007 : http://www.cadb.org


Lo Cor de la Plana

" Tant deman "

Manu Théron, personnage au franc parler, créateur de cet ensemble est l'inventeur des " polyphonies marseillaises ", style musical acoustique clairement revendiqué comme actuel et non comme issue d'une tradition locale, et déjà expérimenté avec sa formation précédente Gacha Empega (trio) puis, depuis 2001, avec ses quatre puis cinq comparses chanteurs-percussionistes du Cor de la Plana (1). Le présent CD est le second du groupe et si le premier avait déjà fait parler de lui il en sera probablement de même avec celui-ci (il doivent notamment faire la couv. du prochain Trad. Mag, le n°114). Rien d'étonnant car il n'est pas si courant que cela de créer un nouveau style musical et le fait d'avoir procédé par métissage de chant provençal, de polyphonies d'autres régions méditerranéennes, de percussions maghrébines, voire italiennes ou autres et de quelques courants plus actuels et urbains n'enlève rien à la valeur du résultat : ce qui importe c'est que celui-ci a trouvé son unité propre et n'apparaît jamais comme un collage. Si, vous associez la polyphonie à l'image de chanteurs écoutant résonner leurs voix dans le chœur d'une église en de longs accords en points d'orgues, les yeux dans le vide, ce " chœur " vous montrera qu'il peut en être tout différemment. Bien entendu il existe des traditions de polyphonies très rythmées (pensons par exemple à certaines polyphonies Sardes ou celles du port de Gênes) mais Lo Cor de la Plana avec ses bendirs et certaines de ses voix scandant le rythme (deux des voix sont qualifiées de bourdons rythmiques) pousse un peu plus loin et ils pourraient parfois bien s'intégrer dans certaines musiques de transe marocaines. En tout cas, leur place est sans doute davantage dans l'arrière salle d'un bistrot du port ou des quartiers nord que dans le chœur de Notre-Dame de la Garde… Mais avec un peu de place pour danser ce n'est pas mal non plus puisque la plupart des mélodies doivent s'y prêter sur différents type de danse du domaine occitan. Et puis, comme pour montrer qu'ils savent également manier la polyphonie de manière plus traditionnelle, une belle plage 4 (trad.) sans percussions, dans un style plus proche de celui de J.F. Tisner par exemple. Et tout cela chanté en Provençal sur des paroles que je n'ai pas vraiment comprises (2) mais si le précédent CD usait de textes traditionnels à caractères religieux (parfois de manière un peu iconoclaste notamment dans l'illustration du livret), pour celui-ci Manu Théron a écrit un certain nombre des textes, sur des thèmes parfois actuels (3).

 

http://www.myspace.com/locordelaplana

Voir photos de leur passage à Courcouronnes en 2003 sur http://musette.free.fr/festivals/courcorp.htm

(1) il est indiqué de prononcer " lou couar dé la plane " sinon cela fait un peu Georgette Plana et ils n'en sont pas encore à chanter Riquita…

(2) le CD que j'ai reçu ne possède pas de livret, j'espère qu'il n'en est pas de même pour ceux commercialisés et que ce livret comporte la transcription des paroles, voire leur traduction, ce qui n'était pas le cas pour le CD précédent, et au moins, les crédits des textes et musiques.

(3) info glanée sur la très intéressante interview réalisée par Mondomix à écouter sur http://lo_cor_de_la_plana.mondomix.com/fr/itw3664.htm

Rappels :

Gacha Empega "Polyphonies marseillaises " 1998

Lo Cor de la Plana " Es lo titre "

Le suivant : Lo Cor de la Plana "Marcha !" (2011 ?)


Droles de Groles

"Harmonie de couleurs"

Droles de groles

Voici quatre jeunes filles de la région de Saint-Etienne qui jouent dans un style " Centre-France " actuel et qui nous offrent ici leur second CD. Je n'avais pas eu le loisir d'entendre le premier mais je les avais écoutées à St-Chartier en 2003, adolescentes déjà plus que prometteuses (voir photos sur http://musette.free.fr/stchart/stch03cs2.htm). Et contrairement à certains de nos politiques, elles tiennent leurs promesses : comme leurs visages, leur jeu a gagné en maturité sans perdre ce qui en faisait déjà le charme. Sans artifices inutiles, elles interprètent ici 13 belles compositions à elles (1), dans un style qui ne cherche pas midi à quatorze heures mais qui n'a rien de quelconque pour autant (j'aime beaucoup l'arrangement de la première scottisch). Leur instrumentation est entièrement acoustique : principalement cornemuse (16 ou 20 pouces), vielle, diato et, moins courant dans ce style mais trouvant parfaitement sa place, généralement en accompagnement mais pas uniquement, une harpe que je n'oserai pas qualifier de celtique vu le contexte…disons plutôt diatonique….. A l'instar de pas mal de musiciens de leur génération (et au désespoir des plus anciens…), la technique instrumentale ne semble pas leur poser le moindre problème. Et pour en rajouter une couche, petite diversion au sein de ces purs instrumentaux, elles se payent le luxe d'une belle plage chantée a capella et nous ne leur pardonnerions pas de ne pas renouveler l'expérience sur leurs prochains opus. Signalons également un très réussi " gamelan " de casseroles en intro à une plage et le seul reproche à y faire et d'avoir maladroitement juxtaposé " voix, casserole " en fin de ligne des instruments joués par chacune des membres sur le livret…

Mais revenons-en à leurs musiques à danser puisque c'est bien de cela qu'il s'agit : deux bourrées à 2 temps, mais, surtout, de nombreuses valses, scottisch et mazurkas, danses de couples dans lesquelles elles s'expriment le plus intensément, notamment dans ces marzurkas nostalgiques comme on les aime en ce moment… Comme je vous l'ai écrit en introduction, leur son est plutôt Centre-France et je n'avais pas remarqué de suite la présence d'une gavotte de l'Aven et d'un kost-er-hoat. Répertoire de bal folk actuel oblige, elles ne coupent pas à l'obligatoire cercle - chapeloise mais ici également elles tirent bien leur épingle du jeu avec une suite de deux belles compositions.

Voilà donc un Cd qui ne finira pas oublié sous une pile (d'ailleurs je me suis empressé de vous le chroniquer de suite…) et que je vais apprécier de me le passer de temps à autre. Naturellement, ces jeunes musiciennes disposent encore d'une marge de progression et leur jeu pourrait gagner encore un petit peu en assurance. Mais elles veulent garder les pieds sur terre et ce n'est sans doute pas un hasard si le texte qu'elles chantent est la fable de La Fontaine " La grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf "…

(1) à l'exception d'une valse qui est signée Sylvain Ploton qui les accompagne au piano sur cette très belle plage 4 et d'une bourrée de Julien Vray qui, également, accompagne ce morceau aux saxos sur une autre plage. Je pourrai signaler d'ailleurs que leurs compositions sont plus inspirées que les titres qu'elles y ont collés mais je suis mal placé pour faire cette critique…

http://site.voilà.fr/droledegrole

Rappel :

  Drôle de Goles (sans s à Drôle à l'époque...) 2003 tirage à 500 exemplaires, épuisé auprès du groupe, restent quelques dépôts par ci par là...


DJAL

"Répliques"

CD de Djal

Voici un CD qui n'est plus tout récent puisque le livret mentionne dans les remerciements "un amical salut à Gerard Pierron (…) pour l'aventure qui commence " et que le projet en question est maintenant sorti comme vous avez pu le lire dans le n° 112 de Trad. magazine donc il faisait la couverture. Mais, heureusement, nos musiques ne sont pas des produits rapidement périssables comme certaines productions plus commerciales et rien ne m'empêche donc de revenir sur cette sortie 2006. Pour ceux qui n'auraient pas tout suivi, Djal n'est pas un groupe beur comme la sonorité de son nom pourrait le laisser penser mais " Du Jour Au Lendemain " est l'une des formations musicales de Mustradem, l'association des musiciens trads pros de Grenoble et alentours, dont l'avatar le plus connu est le groupe Dédale (mais également le duo Pignol-Milleret, Frères de Sac, Obsession etc…). Djal est un groupe de bal folk, abordant le répertoire quasi obligé de ce type de manifestation où les danseurs réclament chaînes bretonnes, bourrées, rondeaux et danses de couple, sans oublier l'incontournable cercle circassien ou chapeloise (ici c'est la seconde qui est présente). A partir de là deux choix sont possibles : soit tenter d'adopter pour chaque morceau le son correspondant à la danse et à la région, soit ne conserver que la structure rythmique (rythme de la danse et découpage de phrases correspondant aux parties de celle-ci) et composer ainsi plus librement des mélodies qui seront arrangées selon la couleur musicale globale du groupe. C'est clairement cette seconde option qu'à choisi Djal comme un certain nombre d'autres groupes actuels. Les danseurs s'y retrouvent-ils ? Il n'est pas possible de répondre à cette question, chaque danseur ayant ses exigences, ses besoins de repères et j'avoue que je ne suis pas allé jusqu'à danser sur le CD pour voir ce que cela donne (d'autant que je l'ai écouté dans le bus en allant au boulot….) mais la musique de Djal ne me semble pas oublier les danseurs en partant, par exemple, dans des impros trop libres comme le font d'autres groupes.

J'avoue donc avoir surtout pris ce CD comme une suite de morceaux à écouter et avec des musiciens comme C. Sacchettini et J. Mignotte qui font dialoguer leurs flûtes en occupant souvent le premier plan, Daniel Gourdon au violon, S. Milleret au diato naturellement et Sébastien Tron à la vielle il y a de quoi s'occuper les oreilles, sans oublier les cordes de Jean Banwarth et Claude Schirrer. Si ces dernier assurent davantage les accompagnements, les rôles ne sont jamais définitifs et chaque musicien se retrouve tantôt en soliste, tantôt à assurer harmonie et rytmique. Et tout cela swingue d'un bout à l'autre et, à la différence de bien des groupes actuels, sans le moindre besoin de batterie ou autre support de percussions (il y a bien quelques percussions discrètes mais, comme l'indique le livret, elles sont " additionnelles " et n'ont jamais pour rôle d'assurer la rythmique…). C'est un bon point pour moi car si le monde des percussions me passionne, j'apprécie particulièrement que le rythme d'un morceau ressorte de l'interprétation de sa mélodie plutôt que d'un accompagnement préétabli sur lequel la mélodie ne vient plus faire que de la décoration. Précisons enfin que même si certains instruments sont électrifiés (ou électroacoustiques), et que même si Daniel Gourdon se paye un solo de violon électrique sur la plage 9, le son général reste relativement acoustique.

Dist. L'Autre Distribution


Ceili Moss

"On the shore"

J'ai d'abord cru à un CD démo puisque j'ai reçu un exemplaire gravé sur ordi avec le nom écrit au feutre et la pochette minimaliste photocopiée, mais un tour sur leur site m'a permis de constater que ce CD doit bien exister en format commercial. C'est la première fois qu'un groupe m'envoie une copie de CD et c'est la dernière que j'en chronique un de la sorte (sauf les démos qui n'existent que sous cette forme et que je classe dans la rubrique ad-hoc : je ne suis déjà pas très pro-gravure à titre privé, ce n'est pas pour en recevoir des groupes eux-mêmes.

Comme son nom ne l'indique pas, Ceili Moss est un groupe belge. Leur nom et leur instrumentation (violon, flûtes, accordéon (diato ou chroma), guitares, clavier, percus, batterie…) laisserait penser que reels et jigs entrecoupés de quelques hornpipes constituent le gros de leur répertoire, mais non : si la musique irlandaise occupe une bonne place dans leur répertoire, c'est en grande partie au travers de chansons et je trouve même que, paradoxalement, la voix de Laurent Leemans a davantage la couleur irlandaise que le style instrumental du groupe qui sonne souvent folk-rock de chez nous (un style moins fluide à la flûte, des percussions à la couleur plus folk, voire une batterie qui cogne carrément sur certaines plages, encore soutenue sur les temps forts par d'autres instrumentistes dont, naturellement le bassiste…). Mais il ne s'affichent pas comme un groupe de musique irlandaise et leur répertoire, qui mêle, comme pour la plupart des groupes actuels, trads et compositions, comporte des mélodies dans d'autres styles (l'un sonne nettement à l'est par exemple, certaines chansons sont en français…). Leur texte de présentation fait référence à divers groupes dont Ambrozijn est il est vrai qu'ils ont, sur certains titres, quelques points communs avec ce groupe flamand… et une petite marge de progression pour atteindre leur niveau quoiqu'une bonne partie du chemin soit déjà parcourue, notamment dans tout ce qui est des mélodies lentes et des chansons, domaine où je les préfère nettement. La voix de Sophie Toth est très particulière, elle surprend à la première écoute, puis elle démontre un certain charme, une personnalité, un beau potentiel qui gagnerait à être encore muri…

http://www.ceilimoss.be

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Funk Sunatra

" Onze histoires aux fins plus ou moins étranges selon les cas" et " The mysterious Walk "

Funk Sinatra

Voici un double CD qui n'a vraiment rien à faire dans cette lettre d'info dédiée aux musiques trads. Même en cherchant bien je n'ai pas trouvé de références aux musiques qui nous intéressent directement ici mais ce petit mot vous permettra au moins de le savoir si vous consultez le catalogue de l'éditeur Homerecords dont je vous entretiens régulièrement d'excellents CD plus dans nos cordes…

Mais la pochette et la présentation étaient si peu explicites que j'ai voulu vérifier sur pièces : présentation très contemporaine, plutôt esthétique et agréable mais totalement illisible sans loupe si vous avez passé 45 ans et qui me rappelle la doc que m'envoie régulièrement le centre régional d'art contemporain de mon coin avec une charte graphique bien identifiable mais qui décourage toute lecture… Cela dit, si ce trio fait dans le jazz-rock-contemporain tout à fait inclassable avec changement total d'ambiance entre chaque plage, ils ont indéniablement un solide bagage technique, une riche imagination, un beau sens des sonorités, une sensibilité de musiciens acoustiques qui transparaît même lorsque les instruments sont électrifiés, un sens de la mesure qui nous épargne certains excès… et un certain humour comme le traduit le nom du groupe. Très intéressant pour ceux qui souhaitent ouvrir leurs horizons…

http://www.funksinatra.be

http://www.homerecords.be

En 2008, j'ai reçu leur album suivant "Season 5 - Chic et poli" (toujours chez Homerecords), de la même qualité que le premier, mais qui reste trop éloigné du thème de ce site pour que je fasse à nouveau une exception en vous en rédigeant la chronique.... (dommage...)


 

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