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Jean-Luc Matte

Jean-Luc Matte
Infos mumuses

Chroniques CD
(2/15)

De temps à autre, l'un ou l'autre d'entre vous me fait parvenir son CD (y compris des démos) afin que j'en parle plus en détail dans mes infos, voici les chroniques ainsi rédigées depuis début 2004 (Tout ceci est indépendant des chroniques que je rédige pour Trad. Magazine).... 


Philippe Randonneix

" Un tot pitit Bocin "

 CD Randonneix Un tot pitit Bocin

Philippe Randonneix fait partie de ces musiciens qui cultivent avant tout leur petit jardin musical en privilégiant le jeu soliste à la pratique de groupe . Si son expérience de professeur de chabrette au Conservatoire de Limoges l'avait forcément amené à pratiquer et à faire pratiquer la musique en ensemble (cf les CD du CNR "Marion quand t'aimava " ou " Couleur Chabrette "), on sent bien que c'est ce type de projet plus personnel qu'il préfère. Cela ne traduit pas pour autant un caractère irréductiblement solitaire puisque pas moins de 12 musiciens et chanteurs l'accompagnent tour à tour au fil des morceaux. Certaines plages sont, tout de même, assurées en pur solo (si l'on peut dire puisqu'il y a toujours ses deux pieds qui accompagnent la chabrette…). Ces invités qui interviennent sur une ou deux plages sont ses amis, mais également d'excellents musiciens et l'on retrouve avec plaisir Françoise Etay sur une chanson dans l'esprit de " Rue de la Mauvandière ", Alexandra Lacouchie et Magali Urroz de " Lo solelh de las lebres ", Olivier et Nathalie Daviau à l'harmonium (ce qui nous rappelle quelque ancienne cassette…), Hervé Capel au style aisément reconnaissable etc… Pas d'invité chabretaire annoncé mais une plage est tout de même jouée à trois chabrettes…

Le style de jeu de Philippe est simple mais efficace, avec une technique bien présente mais jamais mise en avant. Il recherche avant tout à assurer sonorité et cadence et se montre sobre dans ses variations qui demeurent au niveau de l'ornementation, jamais de la mélodie, ce qui n'est pas forcément pour déplaire aux danseurs. Quant aux simples auditeurs il devraient avoir rapidement les pieds qui les démangent…

Car, ce CD est essentiellement à danser, sur un répertoire bien limousin (du répertoire jadis interprété par des chabrettaires naturellement , mais, surtout, de celui des violonneux corréziens…). Pas mal de morceaux sont tirés du recueil de Françoise Etay " Ai vist lo lop, etc. ". Viennent s'y intercaler discrètement deux compositions de Jan de Melhau et deux de Gwénaël Finkel dont une mazurka comme je les aime tant dans la mélodie que dans la cadence qu'y met Philippe.

 

Edité par Jacques Lanfranchi et J.M. Péru AEPEM suivi de @laposte.net

ou voir sur le site de Philippe http://untotpititbocin.free.fr. Voir les photos de l'apéro à Saint-Chartier 2006

Rappels :


" Faï dardar ! " K7 courte durée AMTA coll Esquisses http://www.amta.com.fr


" Chabretaires à Ligoure - Une rencontre de cornemuses en Limousin " CRMT Limousin


" Marion quand t'aimava " Département de musique traditionnelle du CNR de Limoges (http://mu.trad.club.fr/Mutrad.html ). CRMT Limousin


" Couleur Chabrette " CNR Limoges (id)


Recueil et CD " Ay vist lo lop etc. ". CNR de Limoges (id)

Voir également les fiches chabrette dans Trad. Mag 103 et 104 avec le portrait de Philippe dans le dossier Limousin du n° 103 et l'explication de son doigté dans le n°104

Vidéo de FR3 visible sur http://untotpititbocin.free.fr/fr3.mpg ou accessible à partir de la page Presse à : http://untotpititbocin.free.fr/presse.html


Christophe Toussaint 

" Marijke"

Marijke de Christophe Toussaint 

Christophe Toussaint, facteur d'épinettes bien connu, a résolument pris place parmi les trop rares défricheurs de ces répertoires collectés à la fin du XIXème siècle ou au début du XXème et retranscrit dans des recueils. Sur son site http://epinette.free.fr, il a notamment pris la peine de retranscrire sous forme de fichiers midi (sans la moindre interprétation), les partitions contenues dans plusieurs de ces recueils de l'Est (Jouve, Sadoul, Garneret, Westpahlen, Puymaigre…), voire du Nord de la France (De Coussemaker) ou de Savoie (Jean Ritz), offrant à ceux que la lecture rebute, la possibilité d'écouter toutes ces trames mélodiques. Ce travail de fourmi et de patience permet à tout un chacun d'écouter pas moins de 2572 mélodies lorraines, franc-comtoise ou flamandes.

Mais ces déchiffrages, bruts de partitions ne sont qu'un matériau inerte auquel il convient de redonner vie ce qui nécessite tout à la fois, une bonne connaissance des musiques traditionnelles, pas mal d'imagination et un bon sens artistique. Dans ce CD entièrement conçu de la sorte, Christophe nous livre 23 interprétations de chansons ainsi remises en vie.

Christophe Toussaint accompagne naturellement sa voix à la tessiture assez haute (parfois même en voix de tête) avec ses épinettes, instruments qu'il utilise avec une technique au plectre, à la fois moderne et inventive (avec par exemple un goût prononcé pour les contretemps) mais respectueuse de la personnalité de l'instrument et de ses bourdons.

Fidèle à la tradition, Christophe, comme le faisaient nos grand-mères, grave chaque CD à la main, duplique de même chaque livret, poche une couverture sur une fine lame de bois et vend le tout dans sa ferme des Hautes-Vosges ou par correspondance. Mais que cela ne vous laisse pas croîre qu'il s'agit d'un travail d'amateur, musicalement c'est très abouti.

 

Parallèlement au CD ci-dessus, Christophe Toussaint sort un second CD (que je n'ai pas écouté) intitutlé " Des Brimbelles " et consacré à un répertoire vosgien plus spécifique à l'épinette avec de grands classiques (la valse à Dorothée ou la polka de la Haie griselle) et des choses plus rares. Un CD plus instrumental puisque seules 5 plages sont chantées.

 

Rappel : Christophe Toussaint a déjà édité plusieurs cassettes, CD, recueils de partition pour épinette.
.

Il a coordonné le catalogue de l'exposition de Socourt sur les épinettes des Vosges.

On peut également l'entendre sur le CD Ocora consacré à cet instrument.
Epinette des Vosges chez Ocora

Voir le suivant : "Epilobe"


Pêcheurs de perles  

" Wahed "

Pêcheurs de Perles 

Un quintet d'une composition pour le moins originale : un irakien, un iranien, un français d'origine judéo-argentine, un percussioniste provençal élève des Chemirani et une accordéoniste de formation pianistique nancéenne et classique. A voir leurs noms, les quatre invités sont d'origine et de profil tout aussi variés. Ce pourrait être juste un concert de rencontre occasionnel, juste un défi aux règles de la politique internationale mais non, le groupe existe depuis 1997 et l'écoute du CD montre, en premier lieu une remarquable entente (avez vous déjà relevé l'étymologie de ce terme ?) entre les différents musiciens : chacun trouve la place, les moments pour s'exprimer et l'ensemble est toujours limpide, jamais chargé. De plus la prise de son, remarquable, met bien en valeur la sonorité des différents instruments ou plutôt des différents instrumentistes car on sent bien que ce ne sont pas tant les instruments qui sonnent bien mais la manière dont ils sont frappés, pincés, frottés ou soufflés qui créé la magie…

Le répertoire est essentiellement composé en s'inspirant des musiques, que l'on devine situées entre Maghreb et Iran, Israël inclus, ce qui donne une petite touche Europe de l'Est. Si, comme moi, vous n'êtes pas encore vraiment accroché par cet univers musical arabisant, le présent CD en constitue une bonne approche car, il faut bien le dire, on sent que tout cela est un peu occidentalisé et les spécialistes es musiques proche-orientales trouveront peut-être à y redire. Mais, rassurez-vous, pas d'artifice facile, que de l'acoustique (il doit bien y avoir de temps en temps un peu de basse en relai de la contrebasse mais jouée de manière tout à fait convenable…), de vraies techniques instrumentales et puis les parties chantées le sont bien en arabe (ne me demandez pas plus de précision…)

http://www.pecheursdeperles.com

http://www.budamusique.com


Joanne McIver et Christophe Saunière  

" Ecosse : De Glenfinnan to Glasgow "

Joanne McIver et Christophe Saunière 

Après avoir écouté ce nouveau CD du duo scotto-breton, j'ai relu la chronique que j'avais rédigée pour Trad. Magazine (n°97) à l'occasion de la sortie de leur opus précédent (" The Dwarfie stone " avec Bravos) et j'ai constaté que je pourrai réécrire exactement la même chose.

N'en déduisez pas que ce CD n'apporte rien par rapport au précédent (1) mais tout simplement qu'il est tout aussi réussi et que le couple travaille toujours dans la même direction, dans un répertoire entièrement composé par Joanne dans un style tout à fait traditionnel (bien malin qui pourrait le deviner…). Chaque morceau est inspiré par un aspect de la culture, de l'histoire ou des paysages écossais et le livret, joliment illustré de photos couleurs, détaille chacun de ses thème et se transforme en un véritable petit reportage sur l'Ecosse qui vous expliquera qui étaient McAdam ou Watt dont les noms figurent maintenant dans les dictionnaires tant à la rubrique des noms propres que des noms communs, ce que cachent certaines églises de Glasgow ou quelles ont été les conséquences des " clearences ".
Joanne met en avant sur ce CD le scottisch small-pipe, cet instrument, au doigté similaire à celui du bagpipe mais à la sonorité plus proche de celle de la musette baroque ou du Northumbrian pipe du fait de la perce très peu ouverte de son chanter. Ceci n'est pas pour me déplaire car les bons enregistrements sur cet instrument ne sont pas légion et pas toujours disponibles en France. Elle en joue avec une technique très aboutie et une plage jouée au bagpipe confirmera à ceux qui ont raté les épisodes précédents sa parfaite maîtrise de l'instrument, dans les règles de l'art qui, comme on le sait, sont très strictes en Ecosse… Elle utilise également diverses flûtes et chante d'une belle voix typiquement écossaise, ménageant, dans les paroles en anglais de ses chansons, des parties en gaélique à la couleur tout à fait particulière.
Pendant ce temps Christophe Saunière réalise d'ingénieux accompagnements à la harpe et parfois au piano, utilisant toute une palette de techniques afin de varier les ambiances et de ne pas se répéter tout du long d'un morceau.
Comme un CD à deux pourrait être un peu trop dépouillé, ils ont, comme c'est souvent le cas dans cette situation, fait appel à des invités et, comme on n'est jamais mieux servi que par soi-même, ils renforcent eux-même leur effectif grâce aux possibilités du multipiste. Joanne chante ainsi quelques passages en accompagnement derrière elle même et s'accompagne parfois au small pipe où à la flûte, tandis que Christophe ajoute quelques discrètes percussions en sus de sa harpe. Tout cela est réalisé avec mesure et bon goût et une ou deux plages vers la fin du CD montrent qu'ils ne se privent pas d'expérimenter quelques sonorités un peu plus modernes.

Je n'attends qu'une chose : de pouvoir les écouter en concert… (2)

http://www.budamusique.com

http://www.mciver.fr.st

(1) Celui-ci est le troisième du duo, puisqu'il succède à "Leaving Arran"

(2) c'est fait depuis la publication de cette chronique : Voir les photos de leur concert à Socourt 2006

 


et à " The Dwarfie stone "

Mais ne cherchez pas ces deux CD, ils sont épuisés et Buda a eu la bonne idée de les rassembler intégralement en un seul intitulé "Ecosse musique des îles"

Il y a également un titre inédit téléchargeable sur http://www.jamlabel.com/jamlabel/Artiste.do?idArt=640&typeOn=c&idView=0 site de téléchargement légal (donc payant, environ 1 euro par titre) de musiques celtiques sur lequel vous pourrez trouver les numéros 1 et 2…

Voir la chronique de leur CD suivant : (début 2008)

En 2011 "The cannie hour"
et en 2013 "Train 221 - The jazz album" 

Voir la chronique du CD du duo Billy-Saunière (fin 2008)

Et la présentation du recueil de compositions pour cornemuse de Joanne
"The Ginger Revolution and other tunes"


Bivoac

" Koa aya Koa "

Bivoac Koa Ya Koa 

Pour une fois voilà un CD qui n'est pas tout frais sorti puisqu'il a du paraître durant l'été 2005 et il a déjà été salué par un Bravo dans Trad. Mag. n°104. Mais il n'est pas inutile d'en parler encore car ce n'est pas sa pochette kitsch (à prendre au second degré naturellement…) qui vous incitera à le prendre en main pour en savoir plus si vous le croisez dans les bacs, sauf si justement vous avez l'esprit curieux et un peu de temps… Dans ce dernier cas vous découvrirez au verso qu'il s'agit de musique bretonne, comme les idéogrammes asiatiques de la pochette ne vous l'indiquaient pas. En lisant les petits caractères, vous verrez même qu'un certain nombre de noms de danses sont précisés en face des morceaux et que cela doit donc se danser (je n'ai pas essayé…). Vous découvrirez également que deux au moins des musiciens ne sont pas des inconnus : Ronan Robert d'une part, entre autres ancien accordéoniste de Carré Manchot et leader de " Ronan Robert Réunion ", Ronan le Gouriérec d'autre part, incontournable et infatigable pinceur d'anches de toutes les nouvelles expériences jazzo-trado-xxx-bretonnes (remplacez, selon les cas le xxx par " gascono " pour l'Occidentale de fanfare, par " africano " pour la collaboration au sein de bagad Men-ha-tan avec Doudou N'Diaye Rose, par " burlesquo " pour les Trompettes du Mozambique etc…). Ne me dites pas que ce nom ne vous dit rien, je vous en ai déjà parlé au sujet du CD des Niou-bardophones dont il fait partie… D'ailleurs, comme dans ce dernier groupe, il favorise ici l'usage du sax baryton au détriment de sa bombarde originelle, celle-ci attaquant tout de même quelques plages avant d'être relayée par le baryton. Le troisième larron est un peu moins connu puisqu'il vient du monde du jazz (ce n'est toutefois pas ses débuts en trad…) mais c'est lui qui tient le plus le devant de la scène ici, son violon se prêtant davantage aux parties mélodiques et aux chorus qu'aux accompagnements. Mais rien n'est figé et si le sax baryton assure principalement le rôle habituellement dévolu à une guitare basse (mais pas une basse molle, non, une qui slappe comme il le fait sur son anche, histoire d'assurer autant un accompagnement rythmique qu'harmonique), le diato alterne jeu mélodique et très dynamiques accords main droite. Ne vous fiez pas à quelques débuts de plages de facture plutôt habituelle en trad. (ce départ de de Kost ar C'haot par exemple ou la petite valse qui suit à l'intro très musette…), cela ne dure jamais bien longtemps et les harmonies font vite preuve d'originalité, les lignes mélodiques s'échappent de leur mode etc.... Cela surprend parfois à la première écoute mais la logique de la mélodie ne disparaît que rarement et, comme les bons crus, le CD se bonifie au fil des écoutes (je vous conseille de l'écouter au casque pour en apprécier toutes les subtilités.). En contrecoup, les parties chantées (en français) par Ronan Robert paraissent un peu classiques (quoiqu'une chanson sur le thème du " capitaine de soirée " qui ne boit pas pour ramener les autres en voiture, ce soit plutôt original en fest-noz…). A conseiller donc particulièrement à tous ceux qui déplorent l'uniformisation du son des groupes de fest-noz…

Dist Coop Breizh

http://www.bivoac.com

Voir la chronique de leur CD suivant :


"Mistèri de Nadau - Pastorale gasconne de Noël "

Misteri de Nadau

En décembre 1994, avait été enregistré en la cathédrale de Lescars (près de Pau) puis éditée en cassette audio, une première version de cette pastorale (titrée " béarnaise " à l'époque… s'ils la réenregistrent en DVD dans 10 ans elle sera sans doute " occitane "). Les amateurs de cornemuses s'en souviennent, sans doute, comme étant le premier enregistrement de la samponha de Jacques Baudoin.

Malgré la similitude du titre et du graphisme de couverture, ce double CD n'est en rien une réédition, mais bien un nouvel enregistrement, avec un effectif quasiment 10 fois moins nombreux que les 200 acteurs de 1994 (faites le compte…) entièrement issu, toutefois, de l'équipe de départ et ayant chanté ce répertoire chaque année depuis. Cet enregistrement se situe donc à mi-chemin entre la version live et plutôt spontannée de 1994 et un travail de studio peaufiné comme sait l'offrir, par exemple le Corrou de Berra. Un compromis pas forcément facile à tenir dans un répertoire qui gagne indéniablement à être joué, entendu, vécu, en période de Noël et dans son cadre parareligieux habituel mais la famille Baudoin et ses comparses s'en tirent plutôt bien et même en enregistrant fin septembre il ont su recréer l'ambiance des jours de la nativité (à coups de Jurançon m'a-t-on dit…). La réduction de l'effectif vise à éviter l'effet choral et à mieux mettre en valeur les différentes voix.

Si cette pastorale est tirée d'une description de 1868 et d'un recueil de 1914, on y reconnaitra pas mal de timbres connus. Que ceux qui sont allergiques aux parties parlées se rassurent : les parties musicales (instrumentales et/ou chantées) sont largement majoritaires (90% du temps) : rien à voir avec certaines pastorales plus récentes, essentiellement récitées où la musique ne sert que d'illustration. Alternant polyphonies vocales dans le style traditionnel pyrénéen soit masculines soit féminines, flûtes à trois trous soutenues naturellement par leurs tambourins à cordes mais également par la samponha, duo de bohas en polyphonie, violon, étrange plage jouées aux carameras etc… les différentes plages nous font avancer dans la chronologie des événements, de l'avent à l'adoration des rois et la lecture du livret aidera les non-occitanophones à suivre, à moins qu'ils ne préfèrent se laisser charmer uniquement par la musique et l'esprit de Noël.

Plus de 80mn de spectacle ainsi enregistré ne remplaceront certes jamais l'ambiance d'une cérémonie de Noël mais, entre nous, certaines parties du corps apprécieront de les écouter assis dans son fauteuil plutôt que sur un banc de bois….

http://www.institutoccitan.com

Voir ma discographie de Noël


Carré de deux

"Les transformations"

" Musique traditionnelle du Nivernais, du Berry et autres lieux du Centre "

Carré de deux : Les Transformations

Décidemment Jacques Lanfranchi et Jean-Michel Péru sont très productifs depuis l'an passé et leur " label " AEPEM (plus exactement une association) que l'on aurait pu croire créé uniquement pour produire leur CD sur J.B. Bouillet l'an passé en est déjà, sauf erreur de ma part, à sa quatrième production puisqu'avaient suivis " Cornemuses en Ile de France " et celui de La Machine (" Les rôdeurs "). Avec " Les transformations ", et malgré la présence de Julien Barbance qui nous avait pas mal surpris au sein de La Machine, on est davantage proche de l'esprit du CD autour de Bouillet : interprétations relativement sages, axées sur le plaisir de la danse, tant dans les tempos, la simplicité des arrangements que le respect des cadences mais également recherche de répertoire original dans ces inépuisables sources que sont, pour qui veut bien se donner la peine d'y chercher, les collectages d'Achille Milien (grande majorité des morceaux de ce CD), Barbillat Touraine, Canteloube, Plantadis et même George Sand (tout est, nturellement, détaillé dans le livret)…. Le jeu consistait cette fois, à choisir au sein de chansons pas forcément destinées à être dansées, celles dont le rythme et la découpe se plient à l'interprétation en bourrées, valses, mazurka, polka ou scottisch. Quelques mélodies viennent s'intercaler comme autant de respirations nécessaires et si tout n'est pas inconnu dans le répertoire sélectionné, vous n'aurez vraiment pas l'impression d'entendre beaucoup de déjà écouté…

J'allais presque omettre de vous préciser que Carré de deux est, comme son nom l'indique un pseudo quatuor dont le principe (non intangible rassurez-vous…) est d'offrir à l'écoute, les différentes combinaisons de duos permises par la présence de Jacques Lanfranchi (cornemuses 20 et 30 pouces), Jean-Michel Péru (vielle), Julien Barbance (cornemuse et violon) et Gilles Poutoux (accordéon diatonique). C'est d'ailleurs de ce dernier que vient la surprise car son jeu garde ici un style typiquement québécois comme on peut le constater dès les premières secondes du CD et qu'il est finalement moins facile qu'il n'y parait de s'habituer à l'utilisation de ce style sur du répertoire Centre-France.

En résumé, voici un CD qui ne bousculera pas notre paysage sonore comme l'a fait cet été celui de La Machine, mais qui réjouira tant les danseurs allergiques aux tempos aléatoires, aux impros labyrinthes et aux arrangements trop chargés que les musiciens en recherche de répertoire traditionnel (donc libre de droits) mais nouveau…

AEPEM
24, rue de Villiers de l'Isle d'Adam
75020 Paris
AEPEM suivi de @laposte.net

Leur CD suivant est sorti en 2009 (juste après l'arrêt de mes chroniques), toujours chez AEPEM, lire la présentation


Le troisième fin 2012-début2013

Un CD solo de Gilles Poutoux en 2012


Lucilla Galeazzi

"Stagioni"

Lucilla Galeazzi Stagione

Lucilla Galeazzi est une chanteuse italienne dont le parcours, rappelé dans le livret du CD, est encore plus conséquent que ce que j'en connaissais c'est à dire membre du quatuor de Giovanna Marini de 1977 à 94, l'une des " Mammas " de Philippe Eidel dans un CD éponyme bien connu, complice de Carlo Rizzo et Ambrogio Sparagna dans Il Trillo. Elle a également collaboré avec des musiciens de jazz, des joueurs de tangos, des musiciens contemporains ernegistré des musique de film etc… Non contente d'être interprète elle est également auteur-compositeur et c'est elle qui a signé la plupart des chansons de ce CD qui est, en fait, une compilation de trois trois de ses productions précédentes les plus personnelles : " Cuore di terra " (1997, 6 plages reprises ici), Lunario (2001, 8 plages) et Mammas (1996, 4 plages ici, correspondant à deux sur le CD initial).

Ce CD se situe résolument dans l'esprit de la chanson traditionnelle italienne et plus particulièrement sarde sur quelques plages, impression que vient d'ailleurs renforcer la présence des launeddas de Carlo Mariani mais qui aurait été sensible également sans cet apport. Difficile à la seule écoute de repérer les quelques traditionnels, sinon par l'écoute des paroles pour les italophones…

Un excellent CD… sauf pour ceux qui possèdent déjà les CD desquels il est tiré et qui ne le sauront qu'une fois arrivé à la maison et le CD écouté. Quand Buda (et il n'est pas le seul…) mentionnera-t-il clairement et extérieurement de quoi il ressort sur ses CD de compilation afin de ne pas abuser les acheteurs ? (il a déjà du m'arriver au moins par trois fois d'acheter des CD dont je me suis rendu compte en arrivant chez moi qu'il s'agissait d'une compil et que j'avais déjà les CD originaux de 80 voire 100% des plages !)

http://www.budamusique.com

Rappel très partiel :

Au sein du Trio Rouge, Lucilla Galeazzi est accompagnée par Vincent Courtois au violoncelle et Michel Godard au tuba (CD ci-dessus : 2004, ed Intuition mais distribué en France en 2009 seulement semble-t-il)


Michel Esbelin

" La valse des ombres "
La cabrette, cornemuse d'Auvergne

CD Michel Esbelin cabrette

Voici un enregistrement soliste digne de la collection Cinq Planètes mais c'est chez Buda qu'il sort, dans la même collection que son trio " Les Costauds de la Lune " ou que ses collectages " Accordéonistes en Aubrac ". Cela peut d'ailleurs sembler une gageure que de sortir un enregistrement de cabrette soliste aujourd'hui, dans un domaine attaché au répertoire traditionnel et où les compositions ne sont pas de mise (il faut attendre la plage 19 pour entendre l'unique composition de Michel sur ce CD) et sur un instrument, pour lequel on dispose de nombreux enregistrements anciens de référence (notamment ceux réédités par les soins de Michel Esbelin) et sur lequel Dominique Paris nous a déjà offert un superbe album solo.

Sur la question du répertoire, le présent CD laisse entendre, naturellement, quelque standards : ce doit être au moins la dixième version de la Tricotada de ma discothèque et pour la Moralhada je n'ose pas compter… Mais il comporte également des mélodies bien moins connues, voire un peu étranges comme cette bourrée de Bouscatel dont les passages à contre-temps ne doivent pas forcément plaire aux danseurs. Quelques emprunts au répertoire de violon de l'Artense ou du Cézallier diversifient également le paysage sonore.

Sur la question du style, ce qui saute immédiatement aux oreilles c'est ce son de cabrette, très proche de celui de certains enregistrements anciens. Michel Esbelin n'a pas tout à fait la précision et la netteté de jeu de Dominique Paris mais il a une sonorité vraiment intéressante et très bien rendue par cet enregistrement. Bien entendu, lorsque l'on parle de sonorité pour un cabrettaire, il ne s'agit pas uniquement du timbre de son instrument (quoique l'utilisation de pieds anciens ne soit pas anodine) mais du tempérament utilisé, des attaques de notes, des vibratos etc…Pour ce qui est de varier son interprétation d'une reprise à l'autre, Michel Esbelin n'est pas en reste non plus, ici également dans un style un peu différent de D. Paris, ce qui n'en est que plus intéressant.

Ce CD est, naturellement contre-indiqué à ceux qui font une allergie à la cabrette (j'en connais et cela se soigne apparemment difficilement) mais que les autres ne se laissent pas rebuter par le côté soliste : en variant les tonalités (donc les sonorités), en jouant de temps à autre avec chanterelle et, sur quelques plages, avec ses amis accordéonistes Claude Quintard et Didier Pauvert, voire en s'auto-accompagnant au violon, Michel Esbelin nous offre un enregistrement où l'on n'a guère le temps de s'ennuyer…et si jamais c'était le cas, profitez-en pour lire le livret très détaillé…

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 Rappels : Michel Esbelin cabrettaire

Michel Esbelin et Didier Pauvert (AMTA) 1996.

.Les Costauds de la Lune (Buda)

Michel Esbelin et Claude Quintard "La Bourrée à Régis" (2015)

"Flor de Zinc" (2013 ?) chez Buda Records

Participation à : Duo Roche-Breugnot " Finissez d'entrer " Studio Blatin 1997

 

Michel Esbelin producteur de CD de collectages et enregistrements anciens :

L'accordéon en Auvergne  enregistrements historiques 1906-1980 (Silex-Auvidis, probablement épuisé)..Accordéonistes en Aubrac (Buda) Enregistrements récents d'anciens et moins anciens..Les musiciens aveyronnais à Paris Enregistrements historiques (Conservatoire Occitan) double CD..Musiques traditionnelles d'Auvergne et du Rouergue - Enregistrements historiques (Marianne Mélodie) 2003 (vol.1 et 2)


Flavio Esposito

"Chansons napolitaines" vol.2

Flavio Esposito chansons napolitaines

Je dois avouer qu'avant d'écouter ce CD, le nom de Flavio Esposito m'était connu mais que finalement, je ne connaissais pas vraiment ce qu'il faisait. Le titre de l'album faisant référence à la chanson napolitaine, cela ne pouvait que m'intéresser mais les premières écoutes m'ont un peu laissé froid car cela ne correspond pas vraiment à ce que j'ai entendu pour le moment en matière de musique et même de chanson napolitaine : l'interprétation tient bien davantage de la chanson style années 70, accompagnée par une guitare acoustique en broderie, ainsi que de temps à autre par une flûte traversière ou un discret tambourin (pas vraiment de la tammuriata…) qu'à la musique traditionnelle italienne ou à certaines autres formes d'interprétations, plus théâtrales, de la chanson napolitaine. Flavio Esposito chante pour le concert intime (ou bien sonorisé), avec une voix qui cadrerait parfaitement pour la Bossa Nova par exemple. Il a fallu que je l'écoute au baladeur, en allant au boulot un matin, pour commencer à apprécier, les écoutes précédentes, plutôt distraites, m'ayant déjà mis les mélodies dans l'oreille, du moins celles qui ne m'étaient pas connues car ce CD reprend et revisite quelques standards. Encore un CD, donc, qui prouve que sur un même répertoire il y a matière à styles et interprétations très différentes et que la valeur tient au résultat auquel on parvient et non à la direction que l'on choisit….

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Aksak

"L'Oreille du voyageur"

CD Aksak L'oreille du voyageur

Si les musiques des Balkans sont à la mode depuis quelques temps chez pas mal de musiciens français, Aksak figure parmi les précurseurs (plus de 15 ans déjà et 4 autres CD) et cette toute relative ancienneté leur donne une petite longueur d'avance, notamment en matière de création, à l'image de la pochette : loin de se contenter de nous jouer les standards de la musique de là-bas, ils s'osent à un certain nombre de compositions dans le style et ils font bien d'oser car le résultat est concluant. Il faut d'ailleurs attendre la plage 5 pour reconnaître un thème de danse qui n'est pas inconnu à ceux qui écoutent ce type de musique. Ils s'osent également à quelques parties chantées, à plusieurs voix. Ils s'osent surtout à des arrangements à mi-chemin entre tradition et modernisme et si cela implique parfois une écoute plus attentive (un CD plus à écouter qu'à entendre), cela ne tombe jamais dans l'intellectualisme musical… Flûte, clarinette, saxo et trompette pour ce qui est des vents, violon, contrebasse, oud, guitare, tambura et mandole pour ce qui est des cordes, accordéon et percussion sont au menu : pas de cornemuse et pourtant une plage s'intitule " Le cornemuseux captif " et la clarinette s'y offre une belle imitation de l'instrument. J'oubliais de vous dire que, tout comme celui de Serge Bouzouki dont je vous entretenu il y a quelques temps, ce CD est construit autour de l'ouvrage de Nicolas Bouvier dans les années 50 " L'oeil du voyageur " qui décidemment semble devoir être lu….

Rappels :

CD Aksak Noël des Balkans Koleda Colinda Kolinda Kalenda

Aksak à précédemment enregistré un CD sur le thème de Noël dans les Balkans: " Koleda ", également chez Buda (c'est d'ailleurs, je l'avoue, le seul que je connaissais avant celui-ci).

Lire la chronique de leur CD "Portraits" (début 2009 Buda musique)

http://www.aksak.org et http://www.budamusique.com

Voir également le site de la flûtiste d'Aksak Isabelle Courroy http://www.kaval.org/ qui traite du kaval bulgare (flûte dite oblique) et du caval roumain (flûte à conduit), mais curieusement, seul le premier y est vraiment décrit.


Teca Calazans & Heraldo do Monte

Teca Calazans et Heraldo do Monte

Pas de titre pour ce CD de deux artistes nordestins (Brésil) : une chanteuse et un guitariste. Difficile d'admettre qu'il s'agit d'une rencontre récente tant le duo fonctionne bien, avec une écoute réciproque évidente : la plupart des plages sont des mélodies ( toutes des compositions plus ou moins anciennes, parfois, des années 30 nous dit le livret) et Teca laisse le temps à Heraldo de broder entre les couplets lorsqu'il ne ponctue pas les phrases de la chanteuse. On est loin ici des clichés sur la musique brésilienne et l'ambiance n'est pas très éloignée de celle du fado portugais : même langue naturellement, même complicité entre la chanteuse et les cordes pincées qui l'accompagnent, même ambiance un peu mélancolique (l'une des chansons a pour titre " Minha saudade " ce qui nous rapproche d'une autre tradition lusophone…). Même sonorité métallique des cordes également car Helaldo do Monte joue de la viola qui est une guitare paysane à 12 cordes d'après le livret… et à 10 d'après les photos… Quelques plages sont plus dansantes mais ce ne sont finalement pas celles que je préfère…

L'année du Brésil nous a abreuvé de pas mal de lieux communs, voici une production qui s'en démarque heureusement…

http://www.budamusique.com

CD 860125 Buda Musique, distribution France: Socadisc


Lulendo
" Angola "

Lulendo Angola

Lulendo est un chanteur angolais (vous l'auriez deviné…) et, comme nous l'avait annoncé la présentation de ce CD, également un joueur de sanzas (likembés préfère-t-il dire..). Mais si c'est ce dernier instrument qui vous attire, annonçons tout de suite qu'il est bien discret au sein de ce CD dans lequel s'entendent bien davantage guitares (dont il joue également), basse, batterie, piano, percussions électroniques etc.. Tout les titres, par contre, sont chantés, en kikongo ou en ligala mais également en portugais et, de ci de là, en français (personnellement ce ne sont pas ces dernières parties que je préfère…) et le livret donne toutes les paroles dans leur langue et indique en une phrase le thème de chaque morceau (évocation de son pays, la joie d'un père à la naissance de sa fille, tristesse d'un mariage forcé ou chanson d'amour). Lulendo chante avec une voix assez haut placée, qu'il monte parfois même en voix de tête, ces balades africaines dont il est l'auteur-compositeur, dans un style tout à la fois africain et très occidentalisé (si l'on peut dire puisque l'Afrique n'est géographiquement pas moins occidentale que l'Europe…). Pas grand chose à voir donc avec ce que peuvent nous livrer des enregistrements plus ethnologiques mais certainement plus proche de ce qui se pratique et s'écoute réellement actuellement en Afrique mais est-il besoin de de le dire, vu l'importance de ce courant musical actuel ?

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CD 30172638 Buda Musique, distribution France: Universal


Stefano Valla et Daniele Scurati

"Italie, musique de l'Appenin" vol. 2

Piffero et fisharmonica en Appenin

Si le piffero d'Italie du Nord fait partie de la famille des hautbois, sa sonorité est particulière, son anche de relativement grande taille lui donne une rondeur qui, sans atteindre celle d'un duduk (1), n'a pas grand-chose à voir avec celles, bien plus perçantes, d'une bombarde ou d'une ghaita… C'est un instrument dont nous avons la chance de connaître le style de jeu ancien, en particulier au travers des enregistrements d'Ernesto Sala (je me souviens encore du jour où j'ai enfin trouvé ce vinyle de la collection Albatros qu'Eric Montbel m'avait fait découvrir…). Ces enregistrements ont marqué le renouveau de l'instrument avec un côté parfois un peu trop imitatif d'ailleurs, mais aujourd'hui, des musiciens comme Stefano Valla montrent qu'ils ont su intégrer cet héritage (Stefano a également côtoyé d'autres anciens) et pratiquent l'instrument en tirant partie de la richesse du style ancien sans se brider pour autant. Outre d'autres CD en duo comme celui-ci, Stefano Valla a également joint son anche à celles d' Une Anche Passe et, je l'ai découvert en lisant le livret,… sa voix à la Squadra, le groupe bien connu de Tralalero Genovese qui intervient d'ailleurs ici sur une plage.

Comme pour le CD précédent, c'est Daniele Scurati qui l'accompagne à l'accordéon piano, instrument ayant pris la place de la traditionnelle musa (cornemuse de cette région) au sein du couple musical et pour cette dernière, malheureusement, nous ne disposons pas de la connaissance du style ancien et c'est bien dommage, une plage interprétée avec Fabrice Lenormand à la musette du Centre (16 puis 20 pouces) nous y fait rêver… Le jeu d'accordéon de Daniele Scurati n'a rien de quelconque. Nourri de la tradition locale, il est parfaitement adapté au jeu en duo avec le piffero pour la danse : il ne remplit jamais inutilement l'espace et soutient le hautbois tant rythmiquement qu'harmoniquement.

J'apprécierai vraiment de les voir et entendre en concert, mais, finalement, sur place ce doit être encore mieux…

* * *

(1) ce dernier, qu'il soit arménien ou géorgien, ayant, de plus une perce presque cylindrique

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Rappels : celui-ci, avec Franco Guglielmetti, est introuvable comme tous les autres CD de chez Silex de cette époque
Sterfano Valla et Franco Guglielmetti

Le volume 1 de ce duo était déjà paru chez Buda.
Stefano Valla et Daniele Scurati

Le n°3 est paru en 2009, avec la participation de B. Blanc (Chez Buda encore)

Stefano au sein de la Squadra (il n'a pas participé à tous les enregistrements de cet ensemble)

Squdra di canto populare


Bernard Loffet

" Moteur "

Bernard Loffet Moteur

En lançant l'enregistrement comme on lance le tournage d'une scène au cinéma : " Moteur ! ", l'ingénieur du son a trouvé fortuitement le titre de ce CD. Et c'est vrai que l'enregistrement d'un CD et le tournage d'un film ont un certain nombre de points communs : depuis les multiples prises parmi lesquelles se dégagera la bonne, jusqu'au travail ultérieur de montage pour les uns, de mixage pour les autres. Mais est-ce finalement un si bon titre ? D'accord, en soulevant le Cd de son logement vous découvrirez une image de synthèse dont je vous laisse la surprise et qui justifie également le titre mais en y réflechssant un peu, un moteur cela ronronne, cela tourne éternellement à deux ou quatre temps alors que la musique de Bernard Loffet et de ses diatos sait faire swinguer en binaire ou ternaire, avec maintes subtilités rythmiques même les standards les plus éculés mais toujours réclamés par les danseurs (" Chanj tu " ici chanté en Breton, " La p'tite lingère ", un Kost er hoed bien connu etc…) et lorsqu'il s'attaque à des morceaux un peu plus relevés comme la suite de scottisch qui ouvre le bal, avec plein de petites variations, c'est du grand art. Il commence d'ailleurs un peu trop fort avec cette première plage que rien n'égalera dans la suite du CD (et en plus elle doit être trop longue pour en faire un single, coco ! ).

Non content de manier ses accordéons (pour ceux qui l'ignoreraient Bernard Loffet est facteur de diatoniques), il chante également sur une bonne partie des plages, en français et en breton. Il manie également le hautbois et le biniou koz.

Toutes les plages sont des airs à danser (et dansables) mais l'ambiance est souvent davantage studio que fest-noz : cela permet de varier les ambiances avec des plages plus intimistes mais comme il ne fait pas de doute que toute cette technique de jeu est adaptée aux exigences de la danse, on en vient parfois à regretter de ne pas écouter une version live.

Mis à part un compère à la bombarde pour le laridé sonné en couple, l'accompagnement se limite à une basse discrète mais Bernard sait user de la variation et, de temps à autre, des changements de registre qui donnent l'impression qu'il s'offre lui-même un chorus.

Pas une minute d'ennui donc à l'écoute de ce CD.

Contact : 02-97-05-68-92 loffet suivi de @diato.org http://www.diato.org

Rappel : le CD suivant de B. Loffet, enregistré en live à Gennetines, s'appelle "Action" et est sorti en 2009


MaM

"Jazz in my musette"

S'il est un principe qui se vérifie encore une fois avec ce CD c'est qu'il ne faut surtout pas se fonder sur l'écoute de la seule première plage pour se faire une idée : celle-ci est une valse très musette, fort bien interprétée dans un style chromatique un peu baluche. Le reste du CD n'est pas tout à fait de la même trempe : souvent plus créative, plus jazzy, à commencer par la plage deux d'ailleurs. Mais j'oublie de vous présenter les trois musiciens et leurs trois instruments : un trio peu courant d'un violon et deux chromatique qui, si j'en crois la présentation, est en fait le duo d'un violoniste, François Michaud, et d'une accordéoniste, Viviane Arnoux, qui se sont offert pour l'occasion la collaboration de François Parisi, joueur de chromatique bien connu pour sa collaboration à la série de CD " Paris Musette ". En comptant les mains gauches des accordénoistes cela fait donc cinq parties à trois instrumentistes : nul besoin d'invités donc et notre trio assure d'un bout à l'autre avec même de temps à autre une partie chantée, dans un style parfois jazz où la voix a essentiellement un rôle quasi instrumental. Si trois plages s'abreuvent à des sources bien connues (Gershwin, Trenet et Django/Grapelli) mais dans des versions assez personnelles, les autres morceaux sont des compositions de l'un ou l'autre et en suivant sur la pochette on ne peut s'empêcher d'essayer de discerner les personnalités (l'un plus musette, l'autre plus jazz…) jusqu'à une polka qui vient brouiller tout ce que l'on avait pu échafauder…Bon d'accord, nous ne sommes pas vraiment dans le domaine de la musique trad. mais pas non plus dans le musette commercial ou dans la reconstitution à l'ancienne, ni vraiment dans le jazz intello, alors qui parlera d'eux si chacun s'attache à ses étiquettes ?

Buda musique Dist France Socadisc http://www.budamusique.com

Rappels :Viviane Arnoux et François Michaud 1995 "Cheval Rouge" (Buda)
Cheval rouge
Il doit y en avoir un qui s'appelle "Gouttes d'eau" paru en 2000 et un autre "Franche Contrée" en 2002 (tous deux chez Buda).

Ils accompagnent également la chanteuse Guénaëlle, Céline Caussimon, Stéphane Delicq, La Rasbaïa etc... http://www.mammusique.com

série "Paris musette" avec, entre autres, F. Parisi 1990, 1993 et 1997 (label La Lichère):
Paris Musette.Swing et manouche.Vent d'automne


Serge Bouzouki et Paddy Lemercier

"L'usage du luth"

  Voilà un CD que je n'aurai pas vraiment eu l'idée d'acheter au seul vu du titre : comme vous le savez, je suis davantage versé dans les instruments à vents que vers les cordes pincées et ce titre fait plutôt penser à un CD de musique ancienne. La vue de la pochette corrige un peu le tir : voûtes orientales et, au premier plan, instruments à longs manches et à archets, pas vraiment tenus à l'européenne, visiblement l'action se situe plus à l'Orient. Un passage sur la platine confirme cela bien vite : en, fait d'Orient, démarrage dans les Balkans : visiblement on ne va pas s'ennuyer…

Pendant ce temps, un coup d'oeil au livret, très bien réalisé, qui présente de belles photos des instruments utilisés. Et il y en a une tripotée : des luths, bien entendu, des saz au bouzouki en passant par l'oud ou la guitare portugaise et bien d'autres encore, mais également des instruments à archet, tout aussi variés, des percussions orientales à foison et même quelques instruments à vent : clarinette turque, hautbois, flûte marocaine et jusqu'à une gaïda, pas mal jouée d'ailleurs…

Tout cela est manipulé par Serge Bouzouki et Paddy Lemercier alias Serge Renard et Patrick Lemercier, vieux complices de Marc Robine à qui ils rendent, dans les remerciements du livret ce superbe hommage que je ne résiste pas à vous recopier : " Que soient aussi remerciés (…) et Marc Robine qui, au cours de sa vie trop brêve nous a bien fait rire : par exemple en préférant toujours une pizza, même médiocre, à un kébab par essence délicieux… ". D'ailleurs du côté des citations nous sommes gâtés car le livret puise à plusieurs reprise dans l'ouvrage de Nicolas Bouvier " L'usage du monde " pour nous offrir quelques petites perles (au sens noble du terme d'ailleurs) sur la musique dans ces régions. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard s'ils puisent à cette source littéraire puisque l'ouvrage en question conte un voyage en Orient où la musique est bien présente et c'est ce chemin que le CD illustre, dans un désordre tout artistique, sautant de Chypre aux Indes pour revenir aussitôt en Arménie etc…

Nos deux musiciens ne font pas le voyage seuls : Colombe Frézin tient les percussions sur quasiment toutes les plages et apporte parfois sa voix. D'autres musiciens interviennent plus ponctuellement, je ne citerai que la chaude voix de Ben et… l'accordéon d'Emmanuel Pariselle sur une plage.

Un CD de musique orientale composée et interprétée par des occidentaux : certainement moins profond que le répertoire traditionnel joué par de grands interprètes locaux mais peut-être plus abordable à nos oreilles : à l'écoute j'ai parfois fait le rapprochement avec Thierry Robin, c'est bon signe non ?

Buda musique Dist France Socadisc http://www.budamusique.com


Limbrant

On connaissait bien Het Brabant Folksorkester, il faut maintenant s'habituer au nom du nouvel ensemble de musique flamande d'Hubert Boone : " Limbrant ". Un ensemble au sein duquel on retrouve d'ailleurs son son fils Andries au violon et à la mandoline. Pour ceux qui les ont vu lors du festival Cornemuses d'Europe en Morvan en juillet 2005, précisons que l'effectif du groupe est plus important que la version trio entendue en Bourgogne.

Hubert Boone et ses amis jouent toujours une musique festive et dansante (contredanses et danses de couples) bien datée de la fin XIXème, début XXème et orchestrée pour les instruments des ensembles de musique populaire en vogue à l'époque : accordéon, cornet, violon, clarinette, flûte traversière... Spécialiste incontesté de la cornemuse et de son histoire tant en Flandres, qu'en Wallonie mais également sur de nombreuses régions d'Europe de l'est (un pionnier du revivalisme de l'instrument), Hubert Boone utilise également un doedelzak de temps à autre au sein de Limbrant. Il reste fidèle au style musical déjà développé au sein de Het Brabant Folksorkester: une musique pleine de bonne humeur, dont les arrangements sont parfois proche de ceux des harmonies (modulations sur un thème) mais sans les effets faciles et un peu stéréotypés trop utilisés par celles-ci (et par certains ensembles folkloriques de l'Est) et, surtout, avec un allant pour la danse toujours présent mais jamais pompier. Tout est question de mesure et Hubert Boone et son équipe savent maîtriser les dosages et offrent un style musical finalement original dans un paysage revivaliste qui explore de nombreuses voies mais (encore ?) peu celle-ci. Une petite mention enfin pour les quelques plages chantées par Herman de Winné, en flamand qui, décidemment, est une langue qui, malgré les apparences, se prête bien à cela….

http://www.limbrant.be

Lire la chronique d'un CD sur la musique des Maris (Russie) réalisé par Hubert Boone


 

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