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Jean-Luc Matte

Les chroniques CD écrites pour Trad. Magazine
(19/20 Grande-Bretagne)

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De 1991 à 2009, j'ai rédigé diverses chroniques dans le revue Trad. Magazine que cette revue m'a autorisé à vous mettre en ligne. Les date de parution sont citées, mais ces textes ont été écrits au minimum deux mois auparavant et parfois jusqu'à plus d'un an...

Tout ceci était indépendant des chroniques que j'ai rédigé pour mes infosmumuses, mais pour cette mise en ligne, je ne me prive pas de mettre des renvois des unes vers les autres .... 


Mike Katz
"A Month of sundays"

Durée : 57'04
Temple Records http://www.templerecords.co.uk
Bravos Trad. Magazine

Si vous en êtes encore à penser que pour bien jouer du bagpipe il faut porter le kilt et la chemise blanche, écoutez ce CD et jetez un œil à la pochette : cet excellent piper californien cultive une barbe modèle ZZ-Top plutôt que le look highlander de carte postale. N'en déduisez pas non plus qu'il nous la joue trad-rock électrique car si vous pensez également que seule une section basse-batterie ronflante peut donner de la pêche à un morceau, écoutez la première plage qui est, à mon sens, un modèle du genre en matière d'efficacité rythmique toute en sobriété : une guitare (Kevin Mackenzie) qui joue très habilement sur les contretemps plutôt que de faire le moulin à vent, un bagpipe très carré et un concertina qui vient doubler celui-ci à l'unisson au moment opportun pour faire monter la sauce et qui place de temps à autre une petite harmonie qui n'en prend que plus d'éclat. Bien entendu, il ne faut jamais fonder son avis sur CD à la seule écoute de la première plage mais le reste est du même acabit, avec de très beaux passages de violon, scottish small pipe ou whistle, le tout très bien servi par une prise de son qui préserve la sonorité de chaque instrument : on entend le roseau dans celle du bagpipe ainsi que la couleur bien particulière de cette octave qui grésille. J'oubliais de vous préciser que Mike Katz, de même que le violoniste Alasdair White sont deux des quatre membres actuels de Battlefield Band…

Jean-Luc Matte (paru dans le n°103 sept-oct 2005)

 


Gordon Duncan
"Thunderstruck"

Durée : 62'00
Greentrax Rec. http://www.greentrax.com
Recommandé Trad. Magazine

Lorsqu'un bagpiper écossais se permet de sortir un CD, vu l'émulation qu'il y a dans ce petit monde, c'est que sa technique est irréprochable, Gordon Duncan, qui n'en est pas à son premier enregistrement (précédemment "Just for Seumas" et "The circular breath") ne fait pas exception à la règle (une petite photo, à l'intérieur du livret, le montre, plus jeune, posant devant une forêt de trophées). Est-ce à dire que tous les CD de grande cornemuse écossaise se ressemblent dans leur froide perfection et que, sauf à être spécialiste il suffit d'en avoir un dans sa discothèque ? Et bien non, et celui-ci prouve que sans tomber dans l'originalité ou le modernisme à tout prix, simplement en agençant bien son programme, en alternant traditionnels et compositions, en faisant appel à quelques accompagnateurs très discrets intervenant sur l'une ou l'autre plage (seule la caisse claire a droit à un solo, curieusement placé en entrée de morceau) et, surtout, en jouant avec une musicalité indéniable, il est possible d'enregistrer un CD de bagpipe qui s'écoute quasiment comme celui d'un groupe à l'instrumentation plus variée. Celtisme oblige, G. Duncan nous gratifie d'une danse pourlet et d'une suite galicienne et si celle-ci n'a pas vraiment la pulsation que l'on trouve en Galice, ses passages en mineurs, inhabituels au bagpipe sont bien agréable à entendre.

Jean-Luc Matte (paru dans le n°90 juillet-août 2003)Rappel :

Gordon Duncan "Just for Seumas" Greentrax Rec. http://www.greentrax.com


Gordon Duncan
"Just for Gordon"

Durée : 76'53
Greentrax http://www.greentrax.com
Bravos Trad. Magazine

En décembre 2005, le monde de la cornemuse apprenait, sans pouvoir l'accepter vraiment, le décès de l'un de ses plus prestigieux représentant : Gordon Duncan, un bagpiper écossais qui vécut si vite les bons et les moins bons côtés de la vie, que la mort lui donna rendez-vous à 41 ans seulement. Il avait enregistré trois CD solistes chez Greentrax et participé à trois autres (1), aussi cet éditeur a-t-il eu à cœur de lui offrir un dernier hommage, non pas par une simple compilation de quelques titres de ces six albums mais, de façon beaucoup plus intéressante, en recherchant des inédits (en particulier auprès de la BBC) ou des enregistrements aujourd'hui introuvables (par exemple ceux édités sur cassette) et quelques enregistrements de concours (dont deux à Lorient). Non il ne s'agit pas de fonds de tiroirs : ces enregistrements sont d'excellente qualité au niveau de la prise de son (et très homogènes entre eux, il n'y a que vers la fin que quelques plages sont à peine plus " lointaines "). Et, cela va sans dire, l'intérêt musical est à la hauteur du talent de ce musicien hors pair : inutile de parler de sa technique, elle est irréprochable et toujours au service de l'expression musicale. Les tempos sont raisonnables (pas de délire à la Fred Morrison…quoique je ne déteste pas…) et les mélodies s'enchaînent le plus souvent en suite (jusqu'à onze airs dans la seconde suite !) de façon à toujours relancer l'attention de l'auditeur, attention d'ailleurs constamment sollicitée par les multiples variations qu'il réalise. Le répertoire laisse naturellement une bonne place à ses propres compositions. Gordon Duncan fait partie de ces musiciens que j'écoute avec cette impression si plaisante qu'aucune note n'aurait du être interprétée différemment de ce qu'il fait… Que dire de plus….

Tout comme pour le livre de répertoire qui vient également d'être édité, les bénéfices de ce CD vont au Gordon Duncan Memorial Trust

(1) " The Grand concert of Piping ", " The Piper and the maker ", The Vale of Atholl P.B " Live'n well "

Jean-Luc Matte (paru dans le n°117 janv-fev.2088)


Collectif :
"A celebration of the music of Gordon Duncan
Live Concert 2007"

 

Durée : 67'19
Greentrax records http://www.greentrax.com
Ref :CDTRAX327
Recommandé Trad. Magazine

Greentrax a déjà rendu hommage à ce piper d'exception disparu bien trop jeune, au travers d'un CD d'enregistrements inédits auquel j'avais décerné les Bravos dans le n° 117. Il s'agit avec ce nouveau CD et le concert dont il est issu, non seulement de prolonger cet hommage, mais, surtout, de faire perdurer la motivation que Gordon avait su transmettre à toute une génération de jeunes musiciens (1). Si l'enregistrement commence de façon assez convenue par un pipe band, un solo de uilleann pipe interprété avec beaucoup d'émotion par Jarlath Henderson nous prouve rapidement qu'il n'est pas question de rester dans les sentiers battus ou de s'en tenir au seul bagpipe. Suit une plage chantée dans un style très original par le père de Gordon et le CD continue ainsi, alternant la rigueur du bagpipe (version pipe band, solo ou couple breton avec Sylvain Hamon et Steven Bodénès) et des plages beaucoup plus variées. Citons l'asturien X. M. Tejedor dans un superbe solo de gaita très senti, le groupe A9 dans un style très S. Shannon band, la harpiste et chanteuse Maggie MacInnes et bien d'autres musiciens, souvent jeunes et encore peu connus, à découvrir, à commencer par Gordon Duncan junior.

(1) sur le plan financier également puisque les bénéfices vont alimenter le Gordon Duncan Memorial Trust

Jean-Luc Matte (paru dans le N°121, sept-oct. 2008)


Jack Lee
"The world's gratest pipers Vol.15"

Durée : 63'03
Lismor LCOM5289

 

Michael Grey
"Shambolica !"

Durée : 53'43
Dunaber music
Dist. Lismor http: //www.lismor.co.uk/

Lorsque l'on est un excellent bagpiper, le problème est que l'on n'est pas le seul… Plusieurs possibilités : faire ses preuves dans les concours pour monter au sommet de la hiérarchie officielle et s'offrir un pur album solo dans la série des meilleurs pipers mondiaux comme l'a fait Jack Lee ou bien, au contraire, jouer la carte de la modernité, quitte à tomber dans la variété comme le propose Michael Grey. Deux albums de "great highland bagpipe" totalement opposés donc, que j'ai toutefois choisi de chroniquer en commun. Ne vous fiez pas au n°15 du titre du CD, Jack Lee est dans le trio de tête des pipers actuels, cumulant les prix en soliste et comme chef des pipes du Simon Fraser pipe band, actuel leader mondial. Son CD ravira les officionados avec ses 40 morceaux, tous traditionnels, regroupés en 9 suites et une prise de son permettant de saisir les ornements du jeune maître. Le public moins spécialisé ne restera pas insensible à la plupart des plages, car la technique de jeu est d'une belle efficacité rythmique, mais il risque de décrocher avant la fin des 17mn de piobaireachd (un art qu'il vaut mieux découvrir en concert qu'en CD). A l'inverse, l'album du piper/compositeur canadien Michael Grey vise un public beaucoup plus large, quitte à tomber dans la variété. Cela dit il prend le mot au sens premier du terme et conjugue celle-ci sous différentes couleurs : un peu chanson anglo-saxonne, un peu rock, parfois plus trad, pour finir tendance dance et techno. Mais tout cela reste toujours "easy listening" tant côté bagpipe (jamais mixé en franc premier plan) que pour le reste de l'instrumentation et des voix (rythmes programmés, basses, ensemble à cordes et violons solos, guitares…). Tout cela est suffisamment bien fait pour que l'album ait été élu album de l'année par une revue de piping canadien mais je dois avouer que personnellement cela ne m'a pas donné de grands frissons... Entre ces deux extrêmes, à vous de choisir… de chercher une voix médiane…. ou d'apprécier les deux !

Jean-Luc Matte (paru dans le n° 83 mai-juin 2002)


Shotts & Dykehead Caledonia Pipe-Band - Bagad Brieg
"La Boum Ecosse"

Durée : 64'02
Arcane SDCD 001
Dist. Lismor http: //www.lismor.co.uk/ -
Recommandé Trad. Magazine

Lorsqu'un bagad de première catégorie rencontre le pipe band classé second au niveau mondial à l'occasion d'un concert, il serait dommage de ne pas en garder trace, d'autant que les deux ensembles ne se contentent pas de jouer chacun de leur côté mais interprètent 6 plages en commun. Il n'est pas étonnant que ces deux ensembles aient pu sympathiser car tous deux n'hésitent pas à faire quelques entorses à la tradition (je vous renvoie aux deux CD disponibles du bagad Brieg) et cet enregistrement renferme davantage de compositions que de traditionnels. Petite ombre au tableau : il n'est pas facile de capter correctement de tels ensembles en live et certaines plages en pâtissent un peu notamment celle des bombardes seules, au sein de laquelle la première voix se retrouve parfois à l'arrière plan. Mais cela nous donne, en contrepartie des interprétations d'une pêche incroyable, loin de la froideur des studios et de la raideur des concours. Et, pour la petite histoire, entre ces deux poids lourds de la musique de cornemuse, on retrouve avec étonnement (1), à la plage 7, la "Bourrée du Val d'amour" interprétée par les frères Meunier qui ne sont d'ailleurs gratifiés sur la pochette ni de l'interprétation ni de la composition mais que de l'arrangement… (et le morceau en a perdu son titre…).

Jean-Luc Matte (paru dans le n° 83 mai-juin 2002)

(1) cela s'explique en fait par le passage de l'un des deux frères franc-comtois au bagad de Lann Bihoué…


Skyedance
" Live in Spain "

 

Durée : 69'41
Recommandé T.Magazine

Encore peu connu en France, ce groupe écossais dont ce live est le troisième CD (chez le même éditeur) est composé de 6 musiciens dont le violoniste Alastaire Fraser et le piper Eric Rigler, tous deux connus pour leurs diverses interventions cinématographiques. Citons également Chris Norman à la flûte traversière bois. Comme l'indique le titre, ce CD a été enregistré lors d'une tournée en Espagne et fait intervenir tour à tour de nombreux invités locaux (J.M. Tejedor, M.A.Hevia, Kepa Junkera Joxan Goikoetxea et les joueurs de txalparta Oreka TX….) sur des morceaux écossais (principalement des compositions du groupe). Compte tenu de leur inclination pour les musiques dites celtiques, la plupart des musiciens invités sont parfaitement à l'aise dans ce répertoire. Les groupes qui se produisent à l'étranger ajoutent généralement à leur répertoire un ou deux standard locaux, Skydance a opté pour une voie plus originale et accompagnent Mercedes Peon (Bravo in TM n° 81, l'arrangement de la plage reprise ici est sensiblement identique) d'une part et le chanteur basque Mikel Laboa d'autre part, sur des chansons composés par ceux-ci.

Visiblement tout ce monde est à l'aise sur scène, au grand bonheur d'un public qui se laisse mener entre rythmes enlevés (mais Skydance a l'intelligence de ne jamais forcer le tempo), plages plus méditatives (on retrouve quelques ambiances ciné…), démonstrations solistes, pour finir " all together ".

Jean-Luc Matte (paru dans le n°84 juillet-août 2002)


Prego
"Avarella"

Durée : 49'55

Second CD pour ces sept anglais qui ont choisi d'interpréter à leur façon des musiques inspirées des répertoires trad. d'un peu tous les coins d'Europe avec une certaine prédilection pour le Centre-France et la Galice. On ne peut s'empêcher de songer à Blowzabella ou Scarp lorsque sax, basse et percussions viennent relayer ou appuyer violon, vielle et cornemuse. Même si ce n'est pas forcément mon style préféré, je dois tout de même reconnaître que c'est avec ce gros son qu'ils sont les plus convaincants, sans doute parce que les parties de cornemuse en solo ou duo sont un peu en dessous du reste.

Jean-Luc Matte (paru dans le n°86 de nov-dec 2002, T. Laplaud l'avait déjà chroniqué dans le n°56)


Birkin Tree
"3(Three)"

Durée : 50'47
Felmay dist L'Autre Distribution
Bravos Trad. Magazine

Il faut se rendre à l'évidence, il n'est plus nécessaire d'être né dans un pays ou d'y vivre pour interpréter sa musique avec un talent à l'égal des natifs de celui-ci. Ceci est particulièrement vrai pour la musique irlandaise dont la présence au travers toute l'Europe et au delà ne se limite pas à une pratique de l'émigration ou à une simple diffusion mais bien à une véritable appropriation par des musiciens tombés sous le charme de celle-ci. Lorsque ceux-ci ont du talent, pourquoi resteraient-ils forcément en retrait par rapport à leurs modèles ? Cela va sans doute, à l'avenir, bousculer pas mal de choses dans le lien entre identités, musiques traditionnelles etc. et il est étonnant que ce phénomène ne soit pas encore vraiment pris en compte (sans doute parce que ses racines, assimilées à une simple pratique de loisir, paraissent moins nobles que celles des pratiques musicales liées à l'immigration par exemple.). Ces musiciens ont, par ailleurs, encore souvent des problèmes de reconnaissance, surtout lorsqu'ils souhaitent jouer en dehors de leur région d'origine. Quel organisateur français mettra à l'affiche ces trois musiciens italiens jouant de la musique irlandaise plutôt que de s'adresser à un groupe irlandais ? Et bien, disons le tout net, c'est franchement dommage car ce trio est plein de talent et, de même que certains très bons crémants valent mieux que bien des champagnes quelconques, nos trois italiens de souche (il ne semble y avoir aucun doute là dessus à la lecture de leurs noms) jouent des traditionnels irlandais et quelques compositions à eux avec technique mais surtout, avec sensibilité, intelligence et de l'idée dans les arrangements. Leur son est acoustique, plutôt traditionnel, sobre mais rehaussé avec goût de piano ou de saxophone. Et comme le plus difficile est d'aborder les parties vocales sans accent, ils ont fait appel aux voix de Cyril O'donoghue et Niamh Parsons sur deux plages.

Jean-Luc Matte (paru dans le n°91 sept-oct 2003T. Laplaud avait chroniqué un CD précédent de ce groupe dans le n°62, puis C.H. Lestelle le suivant dans le n°68)


The Occasionals
"Reel of four"

Durée : 58'46
Greentrax Recording Ltd http://www.greentrax.com
Recommandé Trad. Magazine

Voici typiquement le type d'enregistrement que je n'aurai pas apprécié d'entendre en achetant un CD de musique écossaise il y a une vingtaine d'années : j'aurai eu l'impression de m'être fait refiler traîtreusement un enregistrement d'orchestre musette. Mais, le temps apprend à être un peu plus ouvert et il serait dommage de négliger ce type de musique de danse, un peu pompier au premier abord mais jouée avec beaucoup plus de finesse qu'il n'y paraît. Traitée en arrière plan au mixage, la batterie est discrète mais l'ensemble est d'une efficacité dansante (difficile de rester assis…) que peu de groupe de folk rock sauraient atteindre. C'est d'ailleurs un style musical que l'on accepte tout à fait de la part des canadiens, alors pourquoi faire la fine bouche avec sa version écossaise. Pour ce quatrième enregistrement, Freeland Barbour à l'accordéon, doublé le plus souvent à l'unisson par Ian Hardie au violon nous troussent des two steps qui ne dépareraient pas comme marches dans nos bals musette, des valses et diverses contredanses, soutenus efficacement et sans la moindre lourdeur par Gus Miller à la batterie et Kevin Macleod au banjo ou autres cordes pincées. A découvrir si vous avez les oreilles un peu ouvertes…

Jean-Luc Matte (paru dans le n°95 mai-juin 2005)


David Faulkner et Steve Turner
"English and border music for pipes"

Durée : 58'47
Greentrax Recording Ltd http://www.greentrax.com
Recommandé Trad. Magazine

Collectif
"Third Grand concert of piping"

Durée : 55'48
Greentrax Recording Ltd http://www.greentrax.com
Recommandé Trad. Magazine

Si vous faites partie des nombreuses personnes qui ne savent pas exactement (voire pas du tout) ce qu'est un " border pipes ", rassurez-vous, cette cornemuse à soufflet et bourdons montés sur une souche commune ne semble actuellement pas définie de manière univoque et l'écoute de ces deux CD vous prouvera que sous la même dénomination peuvent se cacher deux instruments à la réalité musicale toute différente. En effet, David Faulkner utilise un " border pipes " de J. Swayne, dont le hautbois est quasiment identique à celui de nos musettes du Centre. En écoute aveugle, j'ai d'ailleurs piégé quelques cobayes qui ont d'abord cru qu'il s'agissait d'un cornemuseux français. Son style de jeu emprunte, en effet, au style Centre-France, mais également, dans les ornements d'attaque, au jeu écossais. Soutenu par Steve Turner au chromatique piano, il joue essentiellement des traditionnels et quelques compositions personnelles. J'apprécie son style de jeu mais je regrette quelque peu l'absence de sens mélodique général de la plupart des plages (est-ce du au répertoire où à l'interprétation ?). Le " border pipes " est également présent sous les doigts de Finlay Mac Donald sur le second CD, troisième en date d'une série aux pochettes quasi-identiques, rassemblant chacun quelques " fines anches " enregistrées en live. Finlay Mac Donald joue du " border pipes " et du Great highland bagpipes et il est bien difficile de différencier ces deux instruments au sein des trois plages sur lesquels il joue, en de très impressionnants duos (à l'unisson avec juste ce qu'il faut d'harmonies par ci par là) avec Fraser Fifield au border pipes également et au sax. On retrouve, par contre le border pipes à la mode J. Swayne sous les doigts d'Anne-Marie Summers, accompagnée par Stephen Tyler à la vielle à roue dans quelques pièces plutôt connues du XIVème : de belles interprétations, même si je trouve la première plage un peu précipitée. Xuan Muniz poursuit à la gaita asturienne jouée avec une technique de bagpipes, accompagné au violon par Simon Bradley. Puis Rory Campbell conclut le concert avec une impressionnante maîtrise, sur son bagpipes… et sur un border pipes, à la sonorité à nouveau plutôt proche de l'écossaise (un peu moins agressive tout de même)… Notons que l'on retrouve de manière inattendue, dans une des suites qu'il interprète.. le thème bien connu de Cochinchine joué dans un pur style écossais… Alors finalement le border pipes est-il proche de nos 16 pouces ou du bagpipes ? Lorsque vous aurez la réponse vous pourrez alors vous interroger pour savoir s'il s'agit du même instrument que le Lowland pipes….

Jean-Luc Matte (paru dans le n°95 mai-juin 2005)

Rappel : Grand Concert of Piping (Gordon Mooney, Angus D. mac Coll, Martyn Bennet, Gordon Duncan, Ian Mac Innes et Allan MacDonald) 1996

Entre ce premier volume et le troisième chroniqué ci-dessus il y a naturellement eu un volume 2 mais je ne l'ai pas sous la main...


Scottisch tradition 21
"Orkney
Land, See & Community"

Durée 64'06
Greentrax http://www.greentrax.com
Recommandé Trad. Magazine

Les îles Orkney forment un archipel de 70 îles situé à l'extrême nord de l'Ecosse, juste en dessous des îles Shetland. Le présent CD, nous en propose un échantillon d'enregistrements de collectage chantés, joués et parlés. Je ne suis personnellement pas tellement porté sur l'intégration de bouts de conversation dans les Cd de musique : cela s'avère souvent lassant au fil des écoutes successives. Si j'ajoute que je ne suis pas vraiment anglophone, vous comprendrez qu'à priori ce CD qui intercale de courts témoignages entre les morceaux n'aurait pas du me passionner, et bien, pourtant, je l'écoute sans me lasser tant l'accent, la sonorité de ces voix sont déjà musicaux. Et puis, faute d'avoir l'image, ces voix laissent imaginer la personnalité des chanteurs et des musiciens qui jouent flûte, violon sur les autres plages. Bien entendu il s'agit de collectage et non de morceaux bien arrangés à la sauce moderne, mais quelle leçon que d'entendre ces mélodies bien posées, mises en valeur par cette simple intelligence musicale et non par de quelconques artifices. Cela s'apprécie comme de croquer dans un radis : parfois un peu amer mais un goût vrai !

Jean-Luc Matte (paru dans le n°97 sept-oct 2005)


Joanne Mciver, Christophe Saunière
"The Dwarfie Stone"

Durée :45'15
http://www.mciver.fr.st
Recommandé Trad. Magazine

Je n'ai pas encore eu le temps de trouver l'opus 1 que nous a chroniqué J.P. Assailly il y a deux numéros de cela que voici l'opus 2 de ce duo franco-écossais installé en France : Joanne MacIver aux cornemuses flûtes et chant et Christophe Saunière à la harpe principalement. Visiblement Joanne MacIver fait partie de ces gens qui peuvent toucher à tout avec un égal bonheur et son jeu s'adapte à chaque instrument, elle joue d'ailleurs non seulement du bagpipe mais également du scottish small pipe, un instrument moins courant dont on retrouve pourtant toujours la sonorité avec plaisir (attention, ne pas confondre avec le northumbrian pipe). Non contente d'être bonne interprète, c'est Joanne MacIver qui a composé les diverses mélodies de ce CD, autour d'une légende des îles Orkney (voir le CD sur ces îles chroniqué dans ces colonnes) et la chose mérite d'être soulignée car le fait de composer n'est pas si fréquent dans ce type de répertoire et ses morceaux sont assez inspirés et ne versent jamais dans le côté un peu mécanique de certains airs de la tradition écossaise, à moins que ce ne soit son interprétation qui fasse mouche. J'en oublie de parler de Christophe Saunière mais c'est sans doute bon signe : signe qu'il assure parfaitement son rôle d'accompagnateur, au point de se faire presque oublier ; et pourtant ses accompagnements valent la peine d'être écoutés. Je crois que si j'étais organisateur, je n'hésiterais pas longtemps à faire venir ce duo qui a l'avantage de résider du même côté de la Manche que nous…

Jean-Luc Matte (paru dans le n°97 sept-oct 2005, le précédent avait été chroniqué par J-P. Assailly dans le n° 95, et le suivant a été chroniqué par C-H. Lestelle dans le n°106 de mars-avril 2006 et par moi-même dans les infosmumuses)

Rappels : Voir la chronique de celui-ci et les rappels qui y figurent :
Joanne McIver et Christophe Saunière


Collectif autour d'Hamish Moore
"The Piper & the Maker"

Durée : 56'40
Greentrax http://www.greentrax.com
http://www.hamishmoore.com
Recommandé Trad. Magazine

Il manque indéniablement des pluriels au titre de ce CD (1) : s'il est bien question d'un facteur de cornemuse et non des moindre puisqu'il s'agit d'Hamish Moore, celui-ci, après avoir débuté avec son père, est maintenant associé à son fils Fin. Et il manque surtout un pluriel au premier terme de ce titre puisque ce ne sont pas moins de 12 pipers qui font sonner chacun à tour de rôle leur instrument fabriqué par Hamish et Fin Moore. Rappelons que, ne dédaignant pas pour autant le bagpipe, Hamish Moore a beaucoup œuvré pour le renouveau des "autres cornemuses écossaises" (border piper, scottish small-pipe etc…), en tant que facteur et en tant que musicien (on se souvient en particulier de ses deux excellents CD avec le clarinettiste Dick Lee au début des années 90). Le concept original de cet album bâti autour d'un facteur est une très bonne pub pour celui-ci car il y a d'excellentes choses au sein de ces enregistrements : s'il est des CD que l'on met sur la platine et que l'on oublie d'écouter, celui-ci m'a fait souvent lever l'oreille et courir au livret pour y chercher le nom du musicien de la plage en cours. Mais si les noms de Martyn Bennett (un jeu toujours impressionnant, surtout lorsqu'il joue sans artifices comme ici) ou de Gordon Duncan sont connus, ce CD permet de découvrir pas mal d'autres vrais talents moins connus chez nous et, faute de place, je ne citerai qu'Anna Murray qui chante superbement en gaëlique tout en s'accompagnant au small-pipe, ce qui en plus d'être très beau, montre bien l'analogie de style entre le chant et le jeu de l'instrument. Qu'ils jouent en virtuose ou plus en sensibilité, tous les pipers présents sur cet enregistrement tirent fort bien leur épingle du jeu et rendent un excellent hommage à leur facteur sans qui, bien entendu, rien de tout cela ne serait possible.

(1) Il s'agit du titre du dernier morceau, une chanson hommage à Hamish Moore écrite par D. Francis et interprétée par Mairi Campbell

Jean-Luc Matte (paru dans le n°99 janv-fevrier 2005)

Rappels Hamish-Moore, en commençant par deux vinyls dont j'ignore s'ils ont été réédités en CD :

"Cauld Wind Pipes" Dunkeld records 1987

"Open-Ended" Dunkeld records Juillet 1987

Puis deux CDs en duo avec Dick Lee (qui apparaissait déjà sur Open-Ended)

"Lee Farewell to decorum" Greentrax 1993

"The Bees Knees" Green Linnet 1991

Puis 1 CD à son seul nom (ou intervient encore un peu Dick Lee, parmi d'autres musiciens)

"Stepping on the bridge - Dannsa'air an drochaid" Greentrax 1994


Drohne
"Hurdy-Gurdy Mandrohne"

Durée : 54'14
http://www.drohne.co.uk

Troisième CD (sans compter une K7) de Philip G. Martin, vielleux-cornemuseux anglais qui ne cache pas son goût pour les musiques traditionnelles du centre-France, comme on pourra le constater dès la première plage, une suite de bourrées où deux traditionnels encadrent une de ses compositions où dans la reprise, moins heureuse toutefois, de "Adieu les filles de mon pays". Il partage cet intérêt avec celui de la musique renaissance présente sur trois autres plages. Quelques plages plus folk-song rappellent enfin son origine anglaise. Ces diverses influences donnent de la diversité à l'enregistrement et tout cela ne manque, heureusement, pas de personnalité. Phikpe G. Martin est avant tout un vielleux et son jeu de cornemuse est moins intéressant que son jeu de vielle. C'est donc à juste titre que la vielle est davantage présent sur ce CD dont on retiendra également de belles parties de flûtes à bec et certains arrangements assez soignés façon classique.

Jean-Luc Matte (paru dans le n°99 de janv-fevrier 2005)


Simon Fraser University Pipe-Band
"On Home Ground"

Durée : 67'49
Greentrax http://www.greentrax.com
Recommandé Trad. Magazine

A l'instar de celui des bagadous breton, le petit monde des pipes bands commencerait-il à prendre un peu de liberté par rapport au carcan de la tradition ? C'est ce que semble bien montrer le Simon Fraser University Pipe Band, dont le CD déroge sur divers plans à l'orthodoxie bagpipesque : présence d'invités (diatonique, violon, basse, border pipe etc…), compositions se mêlant aux traditionnels, transcriptions de classiques (le canon de Pachelbel que l'on croirait presque avoir été écrit pour orgue en l'entendant ainsi joué par ces pipes…), harmonies, chromatismes dans la plage solo etc… Dommage que l'inévitable solo des batteurs demeure assez classique (à quand un passage en polyrythmie ?). Il ne s'agit pourtant pas de simples originaux puisqu'ils ont décroché à quatre reprises le titre de champion du monde des pipes bands et l'écoute de ces enregistrements montre bien leur maîtrise technique et leur sens musical. D'ailleurs je ne sais pas si vous avez remarqué, mais lorsque l'on compare un enregistrement des années 70 ou 80 avec un enregistrement actuel, l'accord des instruments s'est tellement affiné qu'à effectif égal les bagadous et pipes bands paraissent beaucoup moins nombreux…

Jean-Luc Matte (paru dans le n°105 Janv-fev. 2006)


David Power
"Cuaichin Ghleann Neifin - The little Cuckoo of Glen Nephin"

Durée : 40'36
Phaeton Records, dist Claddagh Records
Bravos Trad. Magazine

Il y a fort longtemps que je n'avais pas eu l'occasion d'écouter un CD de pur solo de uillean pipe et, l'écoute de celui-ci, me rappelle que cette cornemuse irlandaise fait vraiment partie de ces instruments tout à fait adaptés au jeu soliste, le chanter s'appuyant sur les bourdons et s'offrant, de temps à autre, un complément harmonique, voire rythmique issu des régulateurs. Naturellement, pour qu'une telle impression de jeu à trois se dégage, il faut que le musicien soit à la hauteur et les deux premières plages suffisent à le démontrer ici : une première suite de deux reels nous démontre que David Power a les doigts suffisamment déliés pour les passages rapides et les ornements (qu'il sait choisir de manière pertinente), qu'il ne craint pas l'usage des régulateurs et qu'il ne confond pas tempo enlevé et précipitation. Puis une mélodie lente nous montre qu'il sait également travailler les notes longues, et dégager l'émotion, même s'il ne nous tire pas encore les larmes des yeux. Mais ce que j'apprécie particulièrement sur ce CD c'est, outre un répertoire qui évite les thèmes trop rabâchés, cette sonorité de uillean pipe qui a vraiment du caractère, des harmoniques, à mille lieues de certaines sonorités actuelles si lisses qu'on les croiraient sorties d'un synthé. Cela est du à la conjonction de la sonorité d'un bon instrument, d'un style de jeu nerveux et d'une bonne prise de son et mixage alors merci au luthier, au musicien et à l'ingénieur du son !

Jean-Luc Matte (paru dans le n°116 nov. Dec. 2007, J.P. Assailly en avait chroniqué un précédent CD " My love is in America " dans le n°103)


O' Carolan
"El Reloj Secreto"

Durée : 47'10
Tecnosaga http://www.tecnosaga.com
Bravos Trad. Magazine

Depuis une trentaine d'années, la musique irlandaise a fortement influencé les groupes du nord de l'Espagne, notamment en Galice et aux Asturies et également un peu au delà. Si de nombreux groupes utilisent l'alibi celtique pour arranger à l'irlando-écossais le répertoire local (en le reconnaissant plus ou moins dans leur discours), quelques autres ont carrément fait le choix de la musique d'Irlande et, comme son nom l'indique, O'Carolan fait partie de ceux-ci. Ce groupe doit être aragonais et, sur ce troisième CD comme sur les deux précédents, une bonne place est laissée aux oeuvres du fameux musicien dont ils portent le nom. La plupart des autres plages sont des traditionnels irlandais et quelques compositions viennent compléter le répertoire interprété sur les instruments ad-hoc (harpe, bodhran, uillean pipe, violon, whistle, bouzouki…) avec justes quelques interventions exogènes de nickelharpa et d'autres cornemuses.

J'avoue que je sature un peu des groupes " reels and jigs " aux tempos stressants et j'ai beaucoup apprécié ces interprétations paisibles, toutes en expression, en sensibilité, avec de ci de là le charme d'une pointe d'accent (instrumental) ibérique…

Jean-Luc Matte (paru dans le N°119, mai-juin 2008)


The Royal Scots Dragoons Guards
"Spirit of the Glen"

Durée : 58'11
UCJ Music - Universal music
Ref : 1747159

Pochette carte-postale, titre à l'avenant, répertoire compilant les standards à commencer par Amazing-Grace (qualifié de traditionnel), jusqu'au… Canon de Pachelbel en passant par Flower of Scotland, distribution par une major : tout indique un produit grand public et si manifestement bien de cela qu'il s'agit, reconnaissons à l'écoute qu'au moins, tout cela est bien fait : pipe band de qualité soutenu par un orchestre (Czech film Orchestra…) et divers invités, sur des arrangements bien élaborés. Pour ceux qui aiment la cornemuse à condition qu'elle soit édulcorée…

Jean-Luc Matte Jean-Luc Matte (paru dans le N°121, sept-oct. 2008)


Metheglin
"Raining in Paradise"

 

Durée : 65'03
Ref : PDM 002
Bravos Trad. Magazine

Ni le titre ni la pochette ne m'avaient vraiment accroché l'oeil et le CD est resté quelques temps sur mon bureau avant que je ne me décide à le mettre distraitement sur ma platine. Mais mon oreille a été rapidement attirée par une belle sonorité de vielle électro-acoustique vite rejointe par une musette du centre (en fait, un " border pipe " de J. Swayne de hautbois similaire) fort bien jouée. Un coup d'oeil au livret : ce groupe est essentiellement le duo de la vielleuse Clara Hines et du cornemuseux Pete Coleman, soutenus par Mike Gulston aux cordes et quelques invités dont J. Swayne himself à la cornemuse. Si je vous cite en particulier celui-ci, c'est que nous sommes bien dans cette mouvance trad. actuelle d'outre-Manche dont il constitue l'une des figures de proue. Mouvance influencée par le trad. français et aujourd'hui caractérisée par une belle rigueur technique mise au service d'une certaine musicalité et de ce que l'on pourrait qualifier de beau jeu. Il en va de même pour les compositions du duo (un seul trad sur le CD), toujours bien tournées, qui ne m'ont peut-être pas vraiment donné le grand frisson à la première écoute mais que je retrouve avec davantage de plaisir à chaque audition.

Jean-Luc Matte (paru dans le N°122, nov-dec 2008)


Chroniques Trad. Mag.

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