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Jean-Luc Matte

Les chroniques CD écrites pour Trad. Magazine
(5/20 Bénélux)

De 1991 à 2009, j'ai rédigé diverses chroniques dans le revue Trad. Magazine que cette revue m'a autorisé à vous mettre en ligne. Les date de parution sont citées, mais ces textes ont été écrits au minimum deux mois auparavant et parfois jusqu'à plus d'un an...

Tout ceci était indépendant des chroniques que j'ai rédigé pour mes infosmumuses, mais pour cette mise en ligne, je ne me prive pas de mettre des renvois des unes vers les autres .... 

Attention, les coordonnées et liens mentionnés sont généralement celles à la date de la chronique et ont pu évoluer depuis, n'hésitez pas à me signaler les mises à jour...


Panta Rhei,
" Hopa ! "

Contact : D. Windmeulen, Bouxhmont, 115 4651 Battice Belgique
Voir également le site de Luc Pilartz : http://lucpilartz.com

Les groupes belges nous réservent souvent des bonnes surprises, pour peu que l'on prenne la peine de les découvrir derrière un anonymat qu'ils semblent prendre plaisir à cultiver. Si l'on excepte Steve Houben connu par ailleurs comme jazzman et Luc Pilartz ex violoniste-cornemuseux de Verviers Central, les cinq autres membres de ce groupe (guitare, violon, violoncelle, contrebasse, diatonique, percussions) sont inconnus en France. Et pourtant tous sont d'exceptionnels instrumentistes capables d'un jeu à la fois strict dans l'enchaînement des arrangements, virtuose parfois, sensible souvent et décontracté par dessus le marché. Leur répertoire est un joyeux fourre-tout de morceaux issus de toute l'Europe, de l'Est à l'Ouest, du Nord au Sud. Cet éclectisme est certainement l'aspect le moins enthousiasmant du disque : en concert cela permet de faire un petit voyage sympathique, en disque cela donne l'impression d'un catalogue style " voyez tout ce qu'on arrive à faire... ", surtout dans les morceaux virtuoses. A l'écoute, on se rend compte par exemple que jigs et reels ne sonnent pas vraiment irlandais ou que l'une des bourrées est indansable (paradoxalement la seconde qui est une composition est plus satisfaisante), on se dit qu'il doit en être de même pour les morceaux roumains, hongrois et bulgares et l'on préfère se référer à des enregistrements plus spécifiques. L'interprétation des morceaux lents est par contre magnifique et fait vite oublier cette petite critique : l'arrangement sur la " valse chinoise " de Colombo est une petit merveille à la hauteur de la composition (pourquoi celle-ci, dans sa version d'origine, ne figure-t-elle d'ailleurs pas sur le CD consacré à Colombo par Frémaux et Ass. ?) et surtout la reprise de la valse suédoise " Astriden valse " que l'on connaissait déjà sous les doigts de Marc Perrone (qui a d'ailleurs également enregistré la " valse chinoise " précédemment citée sur l'un des disques " Paris-Musette "), jouée ici sur un tempo très lent vous attrape aux tripes durant plus de 7 minutes, l'entrée de chaque instrument renouvelant le thème avec un égal bonheur. A la dixième écoute la magie opère d'ailleurs toujours. Le C.D. comporte quelques autres plages de cet acabit (la 4 un peu plus langoureuse, ou la 6 très réussie) et leur écoute fait malheureusement prendre conscience de l'incapacité de beaucoup de groupes de musique trad. actuel à faire preuve d'autant de sensibilité dans l'interprétation : combien de marathoniens du reel sont-ils capables de faire vibrer un slow-air, combien de forcenés de la bourrée sont-ils capable de faire pleurer un regret sans tomber dans la guimauve (ceux qui étaient à St-Chartier cette année là se souviennent sans aucun doute d'ailleurs de celui magnifiquement interprété par Luc Pilartz au sein de Vervier Central). La mode actuelle du jeu en polyphonie n'a fait qu'accentuer cet état de fait et je ne peux que conseiller l'écoute de ces " petits belges " qui prouvent que les arrangements soignés peuvent ne pas tuer l'émotion.

J.L. Matte (paru dans le n°50 nov-dec 1996)


Panta Rhei
" European Music Today "

Biz-Arts asbl 115, Bouxhmont 4651 Battice, Belgique
Voir également le site de Luc Pilartz : http://lucpilartz.com

Après l'expérience commémorative originale que constituait sa " Suite Passchendaele " le groupe belge Panta Rhei, nous offre un nouveau CD dans un esprit relativement proche de sa première production " Hopa ". (Signalons d'ailleurs en passant que quatre musiciens du groupe ont, entre temps, également servi de doublure-son au groupe folklorique le Réveil Ardennais de Stavelot pour un très traditionnel CD de musique wallonne). Cet enregistrement forme à nouveau une mosaïque d'airs traditionnels des pays d'Europe qui ont la cote en matière de musique traditionnelle (Bulgarie, Roumanie, Hongrie, Norvège, Suède, Irlande, Ecosse, France, Belgique et... Turquie) agrémenté de compositions du même esprit et d'un très beau prélude de César Franck. Les opinions sont partagées (et parfois même très tranchées) sur ce type de production : on peut apprécier la diversité et/ou la prouesse technique ou regretter que les styles déteignent les uns sur les autres sous les doigts des musiciens comme dans l'oreille de l'auditeur. Comme je l'avais déjà exprimé pour " Hopa ", si je penche plutôt vers la seconde option je ne peux toutefois rester insensible à des interprétations de cette qualité : dans le domaine artistique il faut parfois savoir laisser l'émotif l'emporter sur l'intellect... Les arrangements sont toujours aussi soignés et l'ont sent même, dans les premières plages surtout, un désir d'aller plus loin, de s'écarter un peu plus des modèles traditionnels quitte à emprunter au jazz ou au classique. Il y a fort à parier qu'ils risquent à l'avenir de creuser ces voies, espérons qu'ils ne tomberont pas alors dans le piège d'une musique plus réfléchie que sentie; Pour l'instant il n'en est rien et, malgré un changement de guitariste (F Degryse était jusqu'à présent en effet pour beaucoup dans le rendu des ambiances) Panta Rhei excelle toujours dans les tempos lents qu'ils savent rendre avec une émotion toute particulière sans jamais tomber dans l'emphase.

J.L. Matte (paru dans le n°57 Janv-fev 98)


Panta Rhei
"Strides"

Durée : 54'48
Wild Boar Music coll. Aléa http://www.wildboarmusic.com/
Voir également le site de Luc Pilartz : http://lucpilartz.com
Recommandé Trad. Magazine

Voilà un groupe que je croyais disparu après trois très bon CD et qui réapparaît aujourd'hui avec un effectif modifié suite au départ de deux piliers de l'ancienne formation : Luc Pilartz et Aurélie Dorzée. Il reste tout de même cinq des excellents protagonistes du précédent Cd et un seul nouveau venu : le contrebassiste Arne Van Dongen qui remplace Jo Vanhoutte. Malgré ces changements, on retrouve immédiatement le son, la pulsation bien particuliers à ce groupe, dans un répertoire piochant, outre les compositions, en Scandinavie, en Roumanie (sur trois titres), en Sardaigne ou en Irlande mais toujours dans une lecture particulière qui donne cette couleur Panta Rhei. Notons que si le saxophoniste Steve Houben vient du jazz, il a le bon goût de toujours laisser un instrument assurer la ligne mélodique ce qui préserve les repères pour les auditeurs plus habitués à la musique trad. qu'aux grilles harmoniques du jazz. Pour le reste les arrangements sont toujours aussi soignés et du violoncelle de Kathy Adam au diatonique de Didier Laloy, des guitares de Pascal Chardome aux percussions de Stephan Pougin, la moindre note, la moindre frappe est parfaitement sentie, interprétée.

Jean-Luc Matte (paru dans le n°90 juillet-août 2003)

Rappel : Pantha Rei joue également sur le CD du groupe Le Réveil Ardennais - "Folklore Wallon"

et sur la Suite Passchendaele avec Cope et Boyles

Voir également la nombreuses discographie de Luc Pilartz, Aurélie Dorzée, Didier Laloy, Stephan Pougin etc...


Trivelin
"Passerelles - Musique des parvis et des ruelles"

Durée : 61'32
Autoprod. http://trivelin.citeweb.net

Les musiques du moyen-âge, longtemps interprétées uniquement par quelques spécialistes, souvent dans le cadre de concerts de même type que ceux de musique classique, s'émancipent depuis quelques temps et des musiciens souvent issus de la vague folk, tentent de leur redonner les fonctions qui furent souvent les leurs : animation de fêtes, marchés, danses populaires etc…, domaines où les spécialistes eux-mêmes ne savent pas grand chose faute d'écrits suffisants. Cela peut parfois virer à la caricature (certains forçant la dose sur l'aspect parfois brutal de cette époque), ce n'est pas le cas de la compagnie belge Trivelin qui, sans chercher le modernisme gratuit, revendique clairement dans le texte du livret le jeu non sur des instruments médiévaux reconstitués mais sur des instruments issus de la tradition, dans leur forme contemporaine (vielle bateau ou cornemuses de Rémy Dubois par exemple), bien entendu le style de jeu est à l'avenant. Le CD s'ouvre et s'achève sur des danses plutôt connues mais les pièces les plus intéressantes se cachent dans le milieu du programme : des compositions de Marc Hérouet dans un esprit médiéval imaginaire. Le duo vielle-nickelharpa du même compositeur est d'ailleurs, à mon avis, la meilleure pièce du CD. Pour le reste le jeu des musiciens de la Compagnie Trivelin est d'un niveau très honnête; seule l'une des cornemuses sonne parfois un tout petit peu brut mais certainement moins que celles que l'on devait entendre sur les foires de l'époque…

Jean-Luc Matte (paru dans le n°80 nov-dec 2001)


Vredesconcerten Passendale
"Le grand troupeau"

Durée : 70' 52
Le site http://peaceconcerts.passendale.go.to donné comme contact lors de la publication de cette chronique ne fonctionne plus, je n'ai pas retrouvé de site
tel : 0032 51 77 04 41
Bravos Trad. Magazine

Les concerts de la Paix à Passendale (Flandre) ont déjà été l'occasion pour de nombreux musiciens de jouer dans des créations-rencontres originales sur le thème du premier conflit mondial. Ce Cd est le septième produit dans ce cadre (un huitième doit sortir en ce moment) et il est dommage que leur distribution en France ne soit pas vraiment assurée : celui-ci n'est que le deuxième que j'ai pu me procurer (auprès du centre Languedoc Roussillon de danses et musiques traditionnelles) et, comme le précédent (avec Pantha Rhei et Coope, Boyes et Simpson) il me donne fortement envie de les découvrir tous. "Le grand troupeau" est, bien entendu, le titre d'un roman de Jean Giono et le concert s'articule autour de ce texte, sans jamais en utiliser de citations toutefois, pour évoquer la guerre de 14-18 : la fête avant la tempête, la mobilisation, la guerre, l'impossible oubli et le retour à la vie. Morceaux traditionnels provençaux et belges, chansons de Brel, Montéhus, Bruant, Brassens, L. Llach, sans oublier la chanson de Craonne, sont utilisés pour construire cette fresque socio-historique et, malgré la diversité des sources, l'ensemble est d'une étonnante cohérence. Il faut dire que les musiciens n'ont pas été choisis au hasard : Alain Charrié, Laurent Audémard et les musiciens d'"Une anche passe" (Giono oblige), Jean-Pierre Van Hess, Koen de Cauter, un trio à cordes flamand et, enfin, le chanteur Patrick Riguelle qui parvient à interpréter Brel, dans un style plutôt imitatif mais poignant. Presque tous ont mis la main à la pâte pour les arrangements qui nous réservent maintes bonnes surprises à l'image de la justement célèbre sarabande d'Haendel à laquelle les hautbois du Languedoc viennent donner une intensité nouvelle.

Jean-Luc Matte (paru dans le n°80 nov-dec 2001)

Rappels :

Voir à partir de Les Souffleurs de Rêves " Es sus la talvera qu'es la libertat".


Madlot
"Rozen aan mijn hoed"

Durée : 48'40
Pan Records http://panrecords.nl distribution et VPC : Abeille Musique http://www.abeillemusique.com

Je connaissais l'éditeur néerlandais Pan Records pour ses audacieuses éditions de collectages de Sibérie et autres traditions confidentielles mais oh combien intéressantes, je découvre depuis quelques temps ce même éditeur pour une politique d'édition de groupes néerlandais (voir quelques chroniques dans ce numéro et le précédent) également intéressante car ces groupes sont peu connus chez nous et leur répertoire non plus. Cette collection ne semble d'ailleurs pas récente mais sans doute peu exportée en France. Il faut dire toutefois qu'un groupe tel Madlot est un peu inégal et que si ce CD renferme pas mal de belles pièces et de beaux moments (danses enlevées, duos de cornemuses, chants en polyphonie etc…), quelques imperfections et l'absence de coups de cœur par-ci par là m'empêchent de manifester davantage d'enthousiasme. Dommage car il ne manque sans doute pas grand chose à ce groupe pour sortir du lot.

Jean-Luc Matte (paru dans le n°88 mars-avril 2003)

Rappel : "Ik hoorde dees dagen" Pan Records 2005


The Foo Foo Band

Durée : 55'05
Pan Records http://panrecords.nl distribution et VPC : Abeille Musique http://www.abeillemusique.com
Recommandé Trad. Magazine

Le joli nom de ce groupe néerlandais est celui qui, paraît-il, était donné aux éphémères orchestres de marins au sein desquels était accepté tout instrument susceptible de faire du bruit et qui réunissait des musiciens de toutes nationalités (la photo de pochette en étant une belle illustration quoique les instruments y semblent des vrais). Un certain nombre des 7 membres du groupe ont précédemment traîné leur guêtres dans d'autre groupes de chant de marins : Crackerhash puis Windcracker Acht et ils continuent au sein du Foo Foo Band à interpréter ce type de répertoire. Ils affichent visiblement une préférence pour les morceaux chantés, tous en anglais, avec un accent et des timbres de voix qui ne laissent pas deviner qu'ils sont néerlandais. Accordéon, violon, tin-whistle, cordes et percussions achèvent de donner une couleur d'outre-Manche à leur musique (mis à part sur un morceau grec…). Cela dit, ne vous fiez toutefois pas trop à la référence aux orchestre des navires évoquée ci-dessus : leur interprétation soignée évoque davantage l'ambiance d'une veillée autour d'une cheminée (et de quelques bières) que celle d'un pont lors de manœuvres ou d'une fête à bord ce qui ne manque pas de charme non plus…

Jean-Luc Matte (paru dans le n°88 mars-avril 2003)


Dames Dubbel met Kat yn't Seil
"Jaaringen"

Durée : 49'26
Pan Records http://panrecords.nl distribution et VPC : Abeille Musique http://www.abeillemusique.com

Commençons par décrypter le nom du groupe puis le titre de l'album : Dames Dubbel est le duo de Marita Kruijswijk et Marian Nesse : toutes deux chantent en premier lieu et s'accompagnent de divers instruments : accordéon, flûtes et pas mal d'autres. Elles sont accompagnées ici ("met" veut dire "avec" en néerlandais) par le groupe Kat Yn't seil composé… des deux mêmes… mais également de Nanne Kalma et Ankie van der Meer au chant et guitares. Le titre de l'album "Jarringen" indique tout simplement, que comme l'ont fait quelques-uns avant-elles, elles ont construit le répertoire de ce CD autour du cycle annuel des fêtes, un cycle un peu déséquilibré d'ailleurs puisque 9 des 18 titres se placent entre St-Nicolas et les rois… Une partie de ce répertoire a été reconstruit à partir de textes anciens et le livret nous apprend que nos deux chanteuses ont fait l'effort de transcrire certains textes en néerlandais moderne : je doute que vous compreniez davantage… Mais un germanophone y retrouve quelques repères et puis, depuis Laïs, la langue flamande nous semble plus mélodieuse… Si la facture de cet enregistrement reste assez classique (Thierry Laplaud y retrouverait certainement un peu des années 70), les voix sont agréables et bien en place, le jeu des flûtes d'un très bon niveau et il y a pas mal de petites choses bien trouvées qui maintiennent l'ambiance. Le dessin de la pochette représente une sympathique joueuse de cornemuse mais il faut prévenir les amateurs de l'instrument que ses interventions sont rares et un peu en dessous du reste.

Jean-Luc Matte (paru dans le n°87 Janv-fev. 2003 et dans le n°88 de mars-avril 2003)


Les Muchards
"Violette et Cerise"

Durée : 57'07
Arsis World
Bravos Trad. Magazine

Je ne connais pas son histoire, mais ce groupe wallon de quatre musiciens est, avant tout, un duo de cornemuses, celui de Michel Massinon et Jean-Pierre Wilmotte. Rien d'étonnant donc à ce que leur nom fasse référence aux anciens joueurs de Muchosa du Hainaut. Leur jeu est à l'image des cornemuses de Remy Dubois qu'ils utilisent : propre, net et de bon goût, avec ce qu'il faut d'ornement pour plaire à l'œil ou à l'oreille, tout en conservant une sobriété de bon aloi. Sur leurs 14, 16,20 et 23 pouces, ils nous troussent des duos à écouter ou à danser : traditionnels wallons, adaptations ou compositions. Et les deux autres musiciens me direz-vous ! C. d'Huyvetter au diatonique et J.P. Lombet aux guitares assurent, lorsque cela est approprié, accompagnement ou renfort mélodique, sans jamais passer devant le duo de cornemuses. Christian assure également quelques parties chantées qui rompent agréablement le côté instrumental du CD. En cherchant bien on pourrait bien leur faire quelque petit reproche de ci de là, des bourdons un peu faibles par exemple. On pourrait leur reprocher également de ne pas réinventer le monde, je préfère déguster leur musique en leur disant bravo !

Jean-Luc Matte (paru dans le n°95 mai-juin 2005)


Griff

Durée : 48'03
Appel rekords http://www.tsmiske.be
Contact groupe : http://www.griff.tk
Bravos Trad. Magazine

 

J'avais rédigé cette chronique en expliquant que même s'il est sans doute supérieur à bien d'autres qui ont reçu les Bravos de la revue, je n'attribuais pas la distinction à ce CD, d'une part parce que notre rédacteur en chef nous a récemment rappelé que nous en distribuons un peu trop, au risque de les banaliser et surtout, parce que je suis certain que ces musiciens belges sont encore capables de mieux à l'avenir. Et puis j'ai réécouté le CD une dernière fois avant d'envoyer ma chronique et il m'est apparu que ce serait tout de même injuste et qu'il fallait que je réécrive ce papier…

Ce CD n'est pas tout à fait une surprise et cela fait quelques temps que l'on attendait un enregistrement du cornemuseux prodige Rémi Decker qui manie son instrument avec une facilité qui donnera envie à plus d'un de remiser ses tuyaux à jamais dans leur boîte (j'espère qu'ils résisteront tout de même, ce serait dommage…). Du coup il fait un peu d'ombre à sa complice Birgit Bornauw également très douée sur ses cornemuses. Plutôt inattendu, à ce duo de musettes vient se marier de temps à autre le uillean pipe de Raphaël de Cock (également chanteur du groupe) et cela fonctionne plutôt bien. Pascal Ruben à l'accordéon, Maarten Decombel à la guitare et Pieter Leanerts à la contrebasse viennent avec bonheur et talent compléter l'ensemble. Les arrangements sont très construits, sans cesse renouvelés et tous ces musiciens prouvent ici leur parfaite maîtrise instrumentale, leur imagination musicale, leur originalité, leur capacité à renouveler des standards, quitte à en détourner l'usage en danse, et bien d'autres choses. Un CD foisonnant donc, sur un répertoire très varié et, justement, si je pense qu'il peuvent faire encore mieux c'est sans doute en gagnant encore en maturité et en se dispersant peut-être un peu moins pour gagner en personnalité. Mais ne faisons pas la fine bouche et souhaitons que ce CD soit rapidement distribué en France (allez les belges, on vous laisse Johnny mais envoyez nous vos bonnes galettes trads !…)

Jean-Luc Matte (paru dans le n°106 de mars-avril 2006)

Rappels:

Griff Trio "Yoraré" (2014)

Remi Decker dans Sourdine (avec Wim Baeck et Filip Lambrechts) : lire la chronique

Remi Decker et Martin Decombel "Fil d'Air" 2007

Remi Decker et Marc Malempré "Codicille 2013" 

Decker-MalempréS "Chansons pour oreilles averties" (2016)

2017 : participation à l'album de Ialma "Camino - de Bruxelles à Santiago"

Birgit Bornauw : voir à partir de la chronique Duo Macke - Bornauw
"It's baroque to my Ears"


La Roza Enflorese
"Sekretos de mi alma"

Durée : 58'27
Pavane Records 2006 http://www.pavane.com
Recommandé Trad. Magazine

Wouter Vandenebeele
"Chansons sans paroles"

Durée : 47'23
Homerecords http://www.homerecords.be
Bravos Trad. Magazine

Si je rassemble ces deux CD venus de Belgique au sein d'une même chronique, c'est juste pour profiter de la présence de l'accordéoniste Anne Niepold sur chacun d'eux pour revenir sur le CD que celle-ci a publié l'an passé avec sa collègue Aline Pohl sous le titre " Gardadvergur ", dont la chronique est passée relativement inaperçue dans ses colonnes (le CD a eu la malchance d'atterrir chez un chroniqueur dont ce n'est pas le style préféré…) mais que je considère personnellement comme une des plus belles productions 2006 et je ne dois pas être le seul puisqu'elles viennent de décrocher le prix Gus Viseur en catégorie diato.(1). Encore inconnue en France, Anne est, à mon avis, promise à rejoindre rapidement les rangs des grands du diato…

Mais revenons aux deux CD qui nous occupent aujourd'hui : le premier est consacré aux chants sépharades, ici magnifiquement interprétés, avec un style de voix très musique ancienne qui sied bien à ce répertoire par Edith Saint-Mard. Elle est accompagnée avec une discrétion de bon aloi par un quatuor dont l'instrumentation est dans le même esprit : flûte à bec, violes et vièles, luth, percussions. Les chants sont souvent suivis de parties instrumentales propres à prolonger la méditation induite par le thème chanté, dans un style renaissance un peu orientalisant. Anne Niepold réussi le challenge d'adjoindre, sur quelques-un de ces passages instrumentaux (voire derrière la voix sur une plage), les anches de son diato sans pour autant troubler l'homogéneïté de l'ensemble, tout juste en soulignant des couleurs aux accents de l'est. Un enregistrement tout en délicatesse, jamais mièvre.

Une qualité que l'on retrouve sur le CD du violoniste et compositeur Wouter Vandenabeele dont je ne saurai décrire le contenu mieux que ne le fait l'introduction de son livret : " Les voyages de Wouter Vandenabeele ont engendrés des récits qui ne peuvent se conter avec des mots : des chansons sans paroles… " Autour de lui, pour dessiner les croquis musicaux de ces carnets de voyage, pour tracer des esquisses plutôt que de chercher à reproduire en fac-simile quelque musique locale, cinq musiciens dont les instruments sont autant de nuances différentes au service du peintre et une discrète chanteuse dont la voix, sans paroles, se fait elle aussi instrument. Un CD qui partage avec le précédent (et avec " Gardadvergur "), une même inspiration omniprésente, au sein de la moindre note, du moindre timbre…Je ne peux que vous souhaiter de partager le plaisir de se laisser toucher ainsi directement au cœur, sans répit, mesure après mesure, notamment sur ces tempos lents sur lesquels vient inexorablement se caler votre respiration.

Jean-Luc Matte (paru dans le n°112 de mars-avril. 2007)

(1) Deux Accords Diront " Gardadvergur " ed. Homerecords. Lire la Chronique ici

Rappel : Wouter Vandenabeele est, bien entendu, le violoniste d'Ambrozijn (voir la discographie du groupe à partir de cette chronique)

Krakalin

2013 : Ghent Folk Violin Project "Tatoeage"

2008 : Wouter Vandenabeele dans Olla Vogala voir la chronique

2011 : Chansons pour la fin d'un jour avec Emre Gütelkin, Joris Vanvinckenroye et Ertan Tekin

Transpiradansa "Granuba" (2009 Appel Rekords)

Transpiradansa "Transpiradansa" (2007 Appel rekords)

1999 Wouter Vandenabeele dans " Le grand troupeau " un CD avec rencontre de musiciens occitans (Une anche passe) et belges, que j'avais eu le plaisir de chroniquer pour Trad. Mag. (avec attribution des "Bravos !") Vredesconcerten Passendale

On le retrouve également (entre autres) en 2008, sur le CD de la chanteuse turc Melike Tarhan "Macar"

Wouter Vandenabeele à collaboré à l'album d'Issa Sow "Doumale" (CD)

On le retrouve en 2014 sur l'album de Mamy Kanouté -"Mousso Lou "

en 2015 avec ses "Friends" pour "Chansons pour le temps qui reste"

 


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