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Jean-Luc Matte

Les chroniques CD écrites pour Trad. Magazine
(8/20 Espagne divers)

De 1991 à 2009, j'ai rédigé diverses chroniques dans le revue Trad. Magazine que cette revue m'a autorisé à vous mettre en ligne. Les date de parution sont citées, mais ces textes ont été écrits au minimum deux mois auparavant et parfois jusqu'à plus d'un an...

Tout ceci était indépendant des chroniques que j'ai rédigé pour mes infosmumuses, mais pour cette mise en ligne, je ne me prive pas de mettre des renvois des unes vers les autres .... 


Llares
"Por los caminos de la trashumancia"

Ed. Several Records http://www.severalrecords.com
Durée : 40'

La photo de pochette et le titre pourraient laisser penser qu'il s'agit d'un disque de collectage : il n'en est rien, l'interprétation de ces chants de la transhumance est davantage dans le style folklorique espagnol (voix féminines et masculines "propres", accompagnements de guitares et laud). L'amateur de tradition brute trouvera cela trop aseptisé mais en dehors de cet aspect, l'interprétation est très bonne. Si j'ai employé le terme folklorique il ne faudrait pas le considérer comme péjoratif quant-à la qualité musicale : Llares sait parfaitement rendre la pulsation bien particulière du répertoire ibérique et si les voix n'ont pas le grain des voix traditionnelles, elles ne manquent toutefois pas de charme. Ajoutons enfin que les enregistrements consacrés aux musiques de la région d'Estremadura (région d'Espagne située au sud-ouest de Madrid, à ne pas confondre avec la région portugaise de même nom) ne sont pas légion et que cet éditeur en a d'autres à son catalogue, consultable sur http:\\www-trading.records.com (possibilité de commande directe sur ce site).

Jean-Luc Matte (paru dans le n°70 mars-avril 2000)

Rappel : voir ci-dessous le CD sur cette région réalisé à partir des collectages d'Alan Lomax


Juan Carlos Gomez
"En la madruga"

 

Ed. Several Records http://www.severalrecords.com
Durée : 37'

Juan Carlos Gomez est un jeune guitariste flamenco soliste qui en est déjà à sont troisième enregistrement. Une solide base technique qui flirte parfois avec celle de la guitare classique (dans les airs lents en particulier) et un bon sens rythmique lui permettent d'assurer la partie soliste de ce CD entièrement instrumental, très agréable à écouter mais peut-être un peu trop lisse : l'ambiance sent davantage le studio que la nuit andalouse comme en témoigne l'absence de toute exclamation vocale. Un CD à conseiller donc aux guitaristes et à ceux que la rudesse de certains enregistrements flamenco rebute.

Jean-Luc Matte (paru dans le n°70 mars-avril 2000)


Eduardo Tarilonte
"Atlantida"

Ed. Several Records http://www.severalrecords.com
Durée : 43'

Pochette fluo, titre mythologique, synthé, reverb., ambiances planantes, quelques références musicales celtiques, vagues, coups de vents et gongs de synthèse… c'est bien d'un CD de new-age qu'il s'agit. La présence d'instruments acoustiques (accordéon, flûtes, violon, luth, gaita) et une certaine qualité dans les compositions, le jeu et les arrangements rendent cet album plus agréable à nos oreilles trad. que la majorité des productions de ce type mais cela reste du new-age. Notons la présence de musiciens de La Bazanca et de Urbalia Rurana, ce qui explique en partie la qualité de l'exécution quoique la plage où l'on entend la gaita de Paco Diez est loin d'être son meilleur enregistrement…

Jean-Luc Matte (paru dans le n°70 mars-avril 2000)


L'Ham de Foc
"U"

Sonifolk http://www.sonifolk.com
Recommandé Trad. Magazine

Le court texte de présentation nous parle de musiques du monde, d'une musique aux arômes méditerranéens puis le CD débute avec des sonorités de didjeridu, serait-ce un disque de World ? Mais au bout de quelques secondes la voix de Mara Aranda, presque a cappella balaye tout cela, profondément hispanique, ronde et sincère. Une vielle à roue puis un sac de gemecs viennent doucement l'épauler, sonorités parfaitement maîtrisées, prise de son parfaite, arrangements soignés nous voici revenus de l'excellente musique d'entre Catalogne ou Valence même si, ensuite, le répertoire se ballade parfois : petits détours basques, influences du sud, courte escapade aux Indes… La voix de Mara Aranda mène tout cela de belle manière, soutenue par des arrangements soignés et l'on pense parfois à Madredeus en plus coloré.

Jean-Luc Matte (paru dans le n°75 janv-fev 2001)


Sinedie
"Al Punto de Amanecer"

Autoproduction http://sinedieaudio.blogspot.com/ ou http://www.sinedie.es/
Durée : 52'07

Paco et Juan Fernandez sont deux guitaristes de Marbella jouant (et enseignant), l'un de la guitare dite "classique", l'autre de la guitare dite "acoustique" (ou "folk"). N'allez pas croire qu'ils jouent flamenco ou classique : ils se réclament plutôt de Renbourn et Grossman (avec un petit accent espagnol tout de même, ce qui ne gâche rien). Ils ont déjà à leur actif un premier CD en duo mais se sont maintenant adjoint la chanteuse Annie Reifenrath, le flûtiste José Rivero et le contrebassiste Miguel Pedrosa, pour former ainsi un véritable groupe. Si deux plages de ce CD sont encore jouées en duo selon la formule initiale (intéressante par le mariage des cordes métalliques et nylon), les deux guitares brodent plutôt des accompagnements soignés sur les autres plages, chant et flûte prenant alors le premier rôle. Si les guitares se font alors plus discrètes, l'ambiance conserve une certaine retenue et le style musical fait parfois penser à celui de Madredeus. Les compositions, de style espagnol alternent avec quelques pièces irlandaises, voire bretonnes dont le traitement n'est pas inintéressant.

Jean-Luc Matte (paru dans le n°78 juillet-août 2001)

Rappels :
Viejas y Nuevas Músicas (1997)
Orillas del tiempo (2003)
Mientras llega el invierno ( 2006)


La Bazanca
"En directo - Veinte anos de Musica Tradicional"

Ed. Several Records http://www.severalrecords.com
Durée : 60'02

Est-il encore besoin de présenter Paco Diez ? Vous avez sans doute eu l'occasion d'entendre ce fameux castillan à Anost où il fut présent à plusieurs reprises, à St-Chartier ou lors de tournées diverses dans le sud principalement. Si tel n'est pas le cas vous pouvez encore vous reporter au numéro 47 de T.M. Bien qu'étant personnellement, comme vous le savez sans doute, grand amateur de cornemuses, je dois vous avouer que, pour moi, Paco Diez est d'abord une voix, au timbre rond et grave qui vous prend à la poitrine. C'est également un gaitero jouant dans le style castillan (Zamora), plus brut que ceux de Galice ou des Asturies. P. Diez est également un personnage, de ceux que je regrette de n'avoir pas eu encore l'occasion de faire vraiment connaissance. Mais la Bazanca, qui fête avec cet enregistrement en public ses vingt ans d'existence, c'est également l'inséparable multi-instrumentiste Salvador Cacho, Xavier Macaya au bon coup de poignet et le percussionniste Lucho Medina. En vingt ans la Bazanca a enregistré 9 disques (sans compter de multiples interventions de P. Diez sur d'autres enregistrements) qui ne représentent que la partie émergée de l'iceberg des recherches de Paco Diez sur les traditions de Castille et Léon, la musique sépharade etc… Je n'hésite donc pas à lui décerner les Bravos, autant pour ce CD particulièrement agréable que pour l'ensemble de son œuvre comme on dit dans certaines cérémonies annuelles télévisées…

Jean-Luc Matte (paru dans le n°79 sept-oct 2001)


La Brujagatta
"Baile de libelulas"

Ed. Resistencia http://www.resistencia.es
Durée : 52'32
Recommandé Trad. Magazine

Sous ce joli titre, se cache un groupe espagnol dont le livret ne précise par l'origine exacte et dont la musique ne permet guère de le deviner. On y retrouve toutefois le vielleux Rafa Martin, auteur d'un CD soliste que je vous ai présenté en son temps. Six musiciens forment le groupe, trois assurent les accompagnements (guitares, batterie et basse), trois ont un rôle plus mélodique (accordéon, clarinette et vielle électro-acoustique) mais le plus souvent à tour de rôle, assurant également le reste du temps des parties harmoniques et rythmiques. Sur un répertoire quasi-exclusivement de compositions, ils fignolent donc une musique très arrangée où chaque morceau se déroule sur un arrangement préétabli, dans un style qui emprunte autant à un rock soft (l'électrification n'est pas très marquée), à un certain jazz (dans la construction des arrangements ou par un batteur qui soigne sa sonorité), voire à la variété ou au classique qu'au traditionnel (présent par quelques instruments et, surtout, par certaines lignes mélodiques). Deux plages donnent la place au chant et c'est peu car la première donne envie d'en entendre davantage dans ce style intimiste. Pour la petite histoire, c'est le premier Cd à ma connaissance qui utilise un xaphoon. Visiblement le groupe s'entend bien et aucun des musiciens ne cherche vraiment à se mettre en avant, tous étant au service du son du groupe mais c'est parfois dommage car on aimerait que l'un ou l'autre sorte de temps à autre de sa réserve pour nous offrir un vrai chorus de vielle, de clarinette ou d'accordéon avec une part de virtuosité et d'improvisation. En concert peut-être ?

Jean-Luc Matte (paru dans le n°100 mars-avril 2005)


Manuel Luna
"Papeleria Rocio"

Ed. Resistencia http://www.resistencia.es
Durée :51'01
Recommandé Trad. Magazine

Que les violes (en réalité un " rabel ") représentées sur la pochette ne vous induisent pas en erreur : il ne s'agit pas vraiment d'un CD de musique ancienne instrumentale mais, avant tout, du CD d'un chanteur de Cantabrie (Espagne du nord, entre Asturies et Pays Basque) et les accompagnements, soignés, font appel aussi bien à l'accordéon chromatique qu'à la gaita (n'oublions pas que la Cantabrie marque la limite est de la zone d'usage de cette cornemuse), le violon, la batterie ou la contrebasse et bien d'autres, y compris un séquenceur. Si le livret indique que M. Lua se tient à l'écart de toute influence celtique ou anglo-saxonne, il y a toutefois un début de plage qui fait franchement " bombarde et orgue " comme quoi rien n'est simple…Mais on appréciera en premier lieu la voix de Manuel Luna qui, sur ces airs traditionnels (sauf rares exceptions), fait entendre un timbre très espagnol et une ornementation tout aussi typée. Pour la petite histoire, précisons que ce CD reprend le vinyl " Los gallos de Londres ", remixé (avec instruments additionnels) plus quatre nouvelles plages enregistrées en 2000.

Jean-Luc Matte (paru dans le n°100 mars-avril 2005)


Candeal
"Por el Camino de Santiago"

Ed. Several Records http://www.severalrecords.com
Durée : 48'59

" Pour le chemin de St-Jacques " indique le titre de ce CD castillan, mais il ne s'agit pas pour autant de chants traditionnels de pélerins, ni vraiment de chants pour la marche : José Antonio Ortega et Felix Perez sont les auteurs-compositeurs de l'ensemble de ces chansons qui évoquent le célèbre pèlerinage. Il s'agit d'ailleurs du 3ème CD sur ce thème pour ce groupe à la discographie déjà fournie (14 albums en 20 ans d'existence…) et qui allie à deux voix masculines très espagnoles, les cordes de divers instruments dans un style qui se laisse bien écouter : certaines plages restent dans l'oreille après la fin du CD…

Jean-Luc Matte (paru dans le n°100 mars-avril 2005)


Candeal
"30 anos de Coplas"

Livret 16 pages couleur
16 titres
Durée : 64'17
Ed. Several Records http://www.severalrecords.com
SRD 369
TT
Genre : amis de trente ans

J'ai déjà eu l'occasion de vous parler de Candeal à propos d'un de leurs CDs sur le thème du chemin de Compostelle. Je suis donc passé à côté des 18 autres albums précédents de ce groupe espagnol qui fête ses 30 ans avec celui-ci. Précisons d'ailleurs bien qu'il s'agit d'un enregistrement actuel original et non une compilation comme cela se pratique souvent à l'occasion des anniversaires. Le duo des débuts, formé de Juan Antonio Ortega et Felix Perez s'est étoffé avec le temps (Candeal est actuellement un quintet et dix musiciens interviennent sur le présent CD), mais les deux compères assurent toujours les collectages, adaptations et arrangements de l'ensemble du répertoire interprété (entièrement traditionnel, de Castille et régions environnantes). Je suis surtout sensible aux timbres des voix : voix masculines typiquement espagnoles d'un beau grain et d'une belle résonance. L'accompagnement, par des instruments relativement communs (guitare, violon, accordéon, hautbois, piano…) met bien en valeur ces parties chantées. Les quelques parties jouées sur des instruments plus ruraux (sur lesquels les deux complices ont également effectué des recherches) sont, par contre, un peu plus laborieuses, dommage, mais cela ne suffit pas à gâcher l'ensemble.

Jean-Luc Matte (paru dans le n°127 sept-oct.2009)


Nemo
"Folk-Gore"

Ed. Several Records http://www.severalrecords.com
Durée : 44'10
Recommandé Trad. Magazine

Voici un groupe espagnol qui ne semble se réclamer d'aucune région particulière et qui, sur le papier, situe sa musique entre pays nordiques, de l'est, celtes et sépharades. De quoi s'attendre à quelque chose d'un peu décousu partant dans tous les sens mais si, aux premières écoutes, on a du mal à vraiment cerner la personnalité de ce groupe, leur musique est, finalement, plus homogène qu'il n'y paraît. A l'analyse, elle emprunte beaucoup à la musique irlandaise actuelle et pourtant elle sonne finalement toujours un peu hispanique, davantage qu'ils ne veulent bien le dire. Et s'ils parviennent à ce résultat c'est tout simplement que leur niveau technique est excellent : Javier Martin a un jeu de gaita d'une propreté qui lui permet d'être omniprésent sans lasser, le violon et la flûte traversière assurent, les guitaristes ont une qualité "made in Spain" etc., tous les morceaux semblent des compositions du groupe, bien inspirées pour la plupart et arrangées avec goût : que demander de plus…

Jean-Luc Matte (paru dans le n°90 juillet-août 2003)


Nemo
"Dos"

Ed. Several Records http://www.severalrecords.com
Durée : 49'50

Troisième CD pour ce groupe espagnol bâti autour du duo de Marino Parrilas Martin guitariste et compositeur de toutes les pièces et de Mariano Vallejo Fernan flûtiste et co-arrangeur. Ils sont ici accompagnés de huit autres musiciens (violons, contrebasses, gaita, accordéon, nickelharpa, basse, batterie et autres perucssions …) et de la chanteuse Felicidad Santamaria (très belle plage chantée sur simple fond de guitare). Entièrement composée, la musique de Nemo se nourrit de multiples influences que l'auditeur peut jouer à reconnaître, de l'Orient à la Scandinavie en passant par des ambiances sans doute "celtiques". Celles-ci s'adaptent d'ailleurs aux instruments utilisés et doivent certainement également aux musiciens présents, même si les noms trahissent leur nationalité espagnole. Plutôt dans l'air du temps, souvent sur fond de basse et de batterie pas trop envahissantes, ce CD plutôt patchwork est sauvé par une interprétation irréprochable (même si loin des modèles traditionnels) et des arrangements de qualité.

Jean-Luc Matte (paru dans le n°100 mars-avril 2005)


Calicanto
"Calicanto"

 

Map MAP 014
Dist JPS Productions - Durée : 35'30
Recommandé Trad. Magazine

Si cette chronique doit servir à quelque chose, ce sera en premier lieu à vous avertir que ce Calicanto n'est pas le groupe nord-italien connu de longue date mais un projet monté par la chanteuse Cristina Delume autour du romancero espagnol tel qu'il vit encore tant en Espagne qu'en Amérique du Sud (C. Delume a débuté avec le répertoire paraguayen). Elle s'est entourée de deux guitaristes : le paragayen Virgilio Rojas (un ancien des Guaranis, également compositeur de certaines pièces de ce CD) et le Français Laurent Cardoso, ainsi que du flûtiste de formation classique, mais au parcours plus éclectique, Bernard Wystraete. Si je prends la peine de vous détailler les interprètes, c'est que le livret du CD a oublié de le faire, omission injuste au vu de la qualité de leur travail : les arrangements sont de bon goût, relativement sobres mais tenant un bon équilibre entre classicisme et tonalités plus traditionnelles. Cela permet de mettre en avant tout à la fois l'unité de ce répertoire hispanisant et d'évoquer en demi-teinte les couleurs plus spécifiques de pièces d'origine sud-américaines, castillanes ou judéo-espagnoles. Mais, par-dessus tout, c'est la sincérité de la voix de C. Delume qui donne son principal intérêt à cet enregistrement profondément attachant.

Jean-Luc Matte (paru dans le n° 83 mai-juin 2002)


Brandania
"El primero viaje"

http://www.brandania.com
Durée : 41'20

Le nom du groupe laisse penser à une formation irlandaise. Au vu du titre de l'album on corrige sa première opinion et l'on opte pour la Galice ; encore raté : Brandania nous vient des Canaries. Mais rassurez-vous, ce cheminement géographico-intellectuel est également (à rebours) leur cheminement musical : un zeste de Canaries, un bon coup d'œil sur les voisins de Galice et la même forte dose d'irlandais que chez ces derniers, appuyée par un alibi mythico-historico-culturel faisant intervenir St-Brendan et dont je vous passe les détails. A rapprocher, par exemple, de Luar Na Lubre dont deux membres interviennent sur un titre de ce CD et dont la démarche musicale est proche. Si vous vous intéressez à la musique traditionnelle des Canaries, ce Cd ne vous apportera pas grand-chose (mis à part l'introduction de la plage 7). Il n'en demeure pas moins que tout cela est fait avec professionnalisme, dans un registre moderne plus que traditionnel : guitare, basse et batterie appuyant le jeu des flûtes, accordéon, violon et mandoline, voire d'un uillean pipe invité, mais prenant également quelques beaux chorus.

Jean-Luc Matte (paru dans le n° 83 mai-juin 2002)


Alboka
"Lorrius"

scan de pochette à venir...

Durée : 65'30
Dist : Resistencia
Recommandé Trad. Magazine

Un groupe basque, utilisant violon, accordéon et alboka (instrument basque à anches simples, cf. T.M n° 78 qui a donné son nom au groupe) : une pochette sympa, des titres de plages, en basque, auxquels on ne comprend pas grand-chose mais au sein desquels on reconnaît des noms connus de danses : avant d'avoir mis le Cd dans le lecteur je m'étais déjà fait une petite idée de ce que je pensais entendre, et bien non : pas grand chose à voir avec les disques basques (plutôt trad.) que je connaissais jusqu'à présent. Une première plage dont la sonorité violon-mandole évoque plutôt la musique irlandaise actuelle, la seconde, à la troisième la couleur sonore est plutôt hongroise, Marta Sebestyen étant l'invitée du groupe à notre grand plaisir ; il faut attendre la 4ème plage pour se sentir davantage en région pyrénéenne. Je vous avoue que j'en suis tout d'abord resté sur ma faim : faut-il, pour être original dans sa région, se plier à la sonorité folk internationale ambiante (on y trouve également de la musette du centre) ? Mais, ceci étant dit, le répertoire puise largement dans la tradition basque et en démontre la richesse et la variété (avec quelques morceaux aux structures et au rythmes complexes). Notre trio et ses nombreux invités sont toujours d'un très bon niveau et ce CD aux sonorités variées offre de beaux moments.

Jean-Luc Matte (paru dans le n°84 juillet-août 2002)


Extremadura
The Alan Lomax collection

Durée : 77'26
Recommandé Trad. Magazine

La province espagnole d'Estrémadure (adossée au Portugal, à mi hauteur, mais à ne pas confondre avec la région portugaise de même nom, située, elle, au nord de Lisbonne) ne fait pas partie des provinces connues pour leurs traditions musicales comme la Galice, la Catalogne ou l'Andalousie, certainement parce qu'elle ne possède pas de tradition instrumentale emblématique, mais l'écoute de ces enregistrements d'Alan Lomax(cf TM. 76) réalisés en 1952 devraient vous convaincre qu'il est dommage de ne pas chercher à découvrir les traditions des régions autres que les régions phares. Ces collectages réalisés en plein franquisme nous présentent en effet des chanteurs et musiciens populaires de tous âges, le plus souvent d'excellent niveau, dans un répertoire et une interprétation tout à fait intéressants, en particulier, comme souvent en Espagne, au niveau de la pulsation rythmique. Si la plus grande partie des interprètes sont des chanteurs (seuls ou en groupes), plusieurs plages laissent entendre flûte à trois trous et tambour.

J'ai souvent l'occasion de chroniquer des CD espagnols disponibles uniquement par correspondance auprès de leur éditeur, celui-ci n'est pas davantage produit en France (le livret, très détaillé, est en anglais) mais il est importé, raison de plus pour ne pas bouder son plaisir.

Jean-Luc Matte (paru dans le n°84 juillet-août 2002)


Los Stompers
"Belmondo Cafe"

 

Ed. Ventiladormusic http://www.ventilador-music.com
Durée : 35'40

Bien malin qui, à l'écoute, décèlera que ce groupe est espagnol : cela commence comme du folk-song puis la rythmique se fait plus appuyée, plus rock. Violon et bouzouki viennent ensuite donner des couleurs plus irlandaises à la musique de ce groupe. Certains vocaux sonnent également pub avec des r bien roulés et des intonations de chansons à boire ou à répondre, tandis que d'autres font davantage dans le registre rock (on pense parfois à la période rock de certains groupes irlandais tel New Celeste ). Un CD pour le moins original sous une pochette qui l'est également dans un registre encore différent (plutôt dandy années 30) et qui prouve que ces stompers ne se prennent pas trop au sérieux.

Jean-Luc Matte (paru dans le n°87 Janv-fev. 2003)

Rappel : "Pub Friction", Ventilador music, 2000, Durée : 38' 57''


Amurada
"Joglars e Senglars"

Ventiladormusic http://www.ventilador-music.com
Durée : 43'28

Décidément la musique celtique a toujours autant d'adeptes outre-Pyrénées et voici encore un groupe espagnol qui manie whistles, bodhran, uillean pipes sur ses compositions et des traditionnels irlandais ou écossais. Cela ne les empêche pas d'avoir leur personnalité : un goût assez marqué non pour les rythmes à danser ou les mélodies mais plutôt pour les musiques à ambiance dans un style plus jazzy : une bossa nova qui serait plus celtique que latine… et dont on oublie le côté trad. lorsque les instruments cités ci-dessus ou la gaita se taisent pour laisser la place aux guitares, à la batterie et aux claviers. A noter la présence du vielleux Rafa Martin en invité… à la basse.

Jean-Luc Matte (paru dans le n°87 Janv-fev. 2003)


Camàlics
"Sin prisa, pero con pausa"

Ventiladormusic http://www.ventilador-music.com
Durée : 37'07

Sous une pochette néostalinienne se cache un groupe espagnol mais dont les couleurs musicales rappellent plutôt les vieux vinyls de Gwendal : du folk jazzy, à la rythmique un peu appuyée mais jamais bestiale. Sur des thèmes d'inspiration plus souvent "celtiques" qu'espagnoles (un air flamenco tout de même), violon et flûte assurent mélodies et envolées en impro, intelligemment soutenus par guitares, basse et batterie. Du bon travail qui manque peut-être encore un peu de personnalité.


(le verso du livret)

Jean-Luc Matte (paru dans le n°87 Janv-fev. 2003)


"Pireneos Perines Pireneus Pyrénées - Musicas de Aragon y Occitania"
Coll. Chicoten n°V

Ed. Prames
Domenja Lekuona Maison Pista 64110 St-Faust
Durée : 51:25 et livret de 108 pages
Bravos Trad. Magazine

"Les Pyrénées, un monde sans frontière" cette affirmation, venant contredire le vieux principe des frontières naturelles chères à nos politiques et à nos livres de géographie est à la base de ce livre-CD. L'initiative semble aragonaise (l'éditeur est de Zaragoza) et a fait se rencontrer six musiciens aragonais réputés (du groupe Biella Nuei, locomotive actuelle de la musique traditionnelle aragonaise) et quatre de nos pointures musicales gasconnes : J.F. Tisner, C. Lanau, Christian Josuer et Equidad Bares (un choix évident pour un projet transpyrénéen…). Le résultat est à la hauteur de l'affiche : visiblement ces dix musiciens se sont parfaitement entendu et aucune trace de collage n'est perceptible dans leur musique. Si les traditions musicales aragonaises et occitanes présentent nombre de points communs (usage de la flûte à trois trous et du tun-tun par exemple, jusqu'à des morceaux communs), elles présentent aussi chacune leur personnalité et il est intéressant, à une époque où l'on "métisse" sans complexe (mais pas toujours de manière heureuse) les traditions les plus éloignées, d'observer cette rencontre, cet échange entre voisins qui crée une nouvelle couleur sonore propre à transfigurer certains standards ("Se Canto" par exemple). Mais rien n'est simple en matière de musique : si la très belle plage 5 voit se poser une rythmique plutôt espagnole sur un chant occitan, l'interprétation de la jota qui suit (6) se démarque sans doute plus des versions aragonaises que j'en connais par la personnalité de Christian Lanau qui la mène au violon que par une véritable influence occitane. Et que dire du trio de diatoniques de la plage 7 ? Trêve de vaines analyses, tout cela est très beau et sort du lot des productions tant occitanes qu'aragonaises. Il ne reste plus qu'à donner un coup de chapeau à l'éditeur pour le livret (en espagnol) qui est un véritable petit livre de 108 pages au format CD présentant tout d'abord les Pyrénées comme lieu d'échange et de circulation, puis les différents morceaux avec de superbes photos couleurs à l'appui.

Jean-Luc Matte (paru dans le n°88 mars-avril 2003)
Rappels : cliquez sur les liens dans le texte pour lire des chroniques et discographies des artistes cités


"La Gaita
Dance and festive music of la Rioja"

Durée : 73'00
Pan Records http://panrecords.nl dist France Abeille Musique http://www.abeillemusique.com
Recommandé Trad. Magazine

Commençons par préciser que la gaita en question n'est pas la cornemuse du nord-ouest de l'Espagne mais le hautbois tel qu'il est dénommé dans certaines régions du Nord de l'Espagne dont la Rioja où ont été réalisés ces enregistrements. Gaita est également le nom d'une danse rituelle dans l'un des 8 villages où nous promène ce CD. Ce sont, en effet, des musiques de fêtes, des musiques de rue principalement, que nous propose ce CD et ses concepteurs ont eu la bonne idée de ne pas se limiter aux danses proprement dites mais de nous offrir les autres moments musicaux de la fête : chants entonnés lors des passe-rue du matin, longue et envoûtante sonnerie de cloches d'église tintées avec brio, jota entonnées par des solistes lors du repas (les seuls plages enregistrées malheureusement un peu hors contexte), un ou deux chants de messe, tout cela vient s'intercaler entre les ensembles du hautbois et les percussions des danseurs. Le vrai point fort de ce CD, outre un remarquable livret (en anglais uniquement mais de lecture aisée), est de restituer l'ambiance sonore de ces fêtes, à mille lieues de la froideur d'une musique de studio. Tant pis si l'un ou l'autre hautbois plante parfois une note ou si l'on sent la fatigue de la langue du musicien dans les détachés : ces musiques dispensent une telle énergie (les percussions sont d'une remarquable efficacité) et l'on sent le retour de celle-ci de la part des danseurs et de la foule.

Jean-Luc Matte (paru dans le n°88 mars-avril 2003)


Bidaia
"Oihan"

 

Resistencia http://www.edires.com
Durée : 44'58
Recommandé Trad. Mag.

Ce nouveau groupe est formé de trois basques et d'une californienne de naissance, basque d'adoption. Ces quatre musiciens qui ont tous trempé dans le jazz ou le rock après une formation classique nous proposent une musique bien léchée dont la couleur est d'abord celle du trad. européen actuel avant que d'être celle de la musique traditionnelle basque : guitares, vielle à roue, sax soprano, percussion, voire certains vocaux sont d'un style que l'on retrouve actuellement aussi bien chez des groupes nordiques, italiens ou français. Il faudra donc chercher le Pays basque du côté de certains instruments (alboka, tambourin à corde, txirula), de certains vocaux, de la langue bien entendu et de certains airs traditionnels (l'essentiel du répertoire étant fait de compositions également moins typées). Cela étant dit, et si je trouve toujours un peu décevant que le trad. européen s'uniformise progressivement, paradoxalement en cherchant à se démarquer de la tradition, ce n'est pas une raison pour jeter la pierre à ce groupe qui conjugue qualité musicale (notamment à la vielle et aux voix), dynamisme et inspiration.

Jean-Luc Matte (paru dans le n°90 juillet-août 2003)


Luis Miguel Bajen Garcia - Mario Gros Herrero
"La tradicion oral en el Moncayo Aragones"

 

Livre 492 pages en espagnol et un CD de 74'40
Bravos Trad. Magazine
voir en rubrique livres


Contradanza
"Mar de Fondo"

Durée : 58'40
Recommandé Trad. Magazine

Est-ce un groupe ou est-ce un chanteur accompagné ? La voix de Ricardo de Castro, très légèrement forcée à la mode actuelle, son bel accent espagnol, une diction mettant en valeur les textes (traditionnels ou plus récents), tout cela constitue indéniablement le point focal du groupe mais, à l'image de la belle polyphonie flûte-violon qui ouvre le CD ou de certaines impros d'accordéon, les accompagnements sont souvent davantage qu'un simple soutien à la voix ou que de simples intermèdes entre les couplets. Il est juste dommage que certaines formules soient reprise à chaque couplet ce qui en enlève un peu de l'intérêt. On leur pardonnera également la reprise post-branduardienne d'une danse renaissance bien connue qui manque un peu de légèreté dans l'interprétation. Constatons plutôt au fil des écoutes successives, que chaque note, chaque sonorité est à sa place et que tout cela a finalement pas mal de souffle.

Jean-Luc Matte (paru dans le n°94 mars-avril 2004)


Esculea de Dulzainas Carbonero el Mayor
"Contradanza"

Ed. Several Records http://www.severalrecords.com
Durée : 47'33
Recommandé Trad. Magazine

Ne vous fiez pas au nom : s'il s'agit effectivement d'une école de musique, les musiciens qui interviennent sur ce CD ne sont pas des enfants ou des ados comme en témoigne la photo intérieure. Il faut dire que cette école fête ses 25 ans et que les premiers élèves ont eu le temps de grandir et les profs de vieillir un peu… La dulzaine est un des hautbois de cette grande famille très présente au nord de l'Espagne, sous diverses formes assez proches (conicité marquée) et diverses appellations selon les régions. Comme bien des hautbois, sa pratique s'inscrit dans le cadre d'événements festifs : processions, danses collectives (danses de bâtons) puis danses de couple etc…. Comme le rappelle le livret, sa pratique au cours du XXème siècle connut un premier quart de siècle florissant, puis un quart où elle subit le déclin au profit des instruments modernes, un quart de quasi-abandon puis un quart de revivalisme dans lequel s'inscrit l'histoire de cette école. Mais attention, ce revivalisme n'a, ici, rien de folkeux et l'esthétique des arrangements sonne plutôt milieu de siècle et doit sans doute pas mal au métissage forcé des années 30 avec saxo, clarinettes et autres, qui s'ils ne sont jamais directement présents ici, transparaissent dans le jeu des dulzainas. On remarquera d'ailleurs la parenté de certaines formules avec celles réinventées relativement récemment au sein des pupitres de bombardes des bagadou afin de dédoubler ceux-ci. C'est d'ailleurs un CD que je conseillerai à tout pratiquant ou amateur de hautbois populaire, qu'il soit breton, du Languedoc ou d'ailleurs…

Jean-Luc Matte (paru dans le n°101 mai-juin 2005)


Zicutan
"O son d'a Cullebra"

Autoproduction http://www.zicutan.com
Recommandé Trad. Magazine

Malgré leur proximité, les groupes aragonais demeurent peu connus en France. Le plus pro, Biella Nuei dont je vous ai déjà entretenu, l'est un peu plus depuis sa collaboration avec des musiciens gascons et Fagüeno, plus jeune, se fera entendre début juillet en Morvan. Mais la gaita de boto et les donzainas (hautbois) ne sonnent pas encore beaucoup par chez nous et c'est bien dommage comme le confirme l'écoute de ce CD. Premier constat : leur technique est tout aussi irréprochable que celle de Biella Nuei : rien d'étonnant, deux des quatre musiciens sont d'anciens de ce groupe et ont participé aux 3 CD de celui-ci. Les deux autres ont, de leur côté, participé au groupe " Orchestina del Fabirol ". Bref ce ne sont pas des débutants mais des musiciens bien au fait de la tradition aragonaise et dont la pratique instrumentale est affûtée. C'est d'ailleurs le seul reproche que je trouverai à faire à ce groupe : une sonorité presque trop propre ; mais peut-on reprocher à un musicien de maîtriser parfaitement son instrument ? Car pour le reste, l'interprétation de ces 12 traditionnels (danses ou airs de circonstances), dans un style proprement aragonais, parfois un peu musette est un régal, dans des arrangements ou rien n'est jamais superflu. Et si vous pensez que la gaita de boto est un instrument un peu rudimentaire de par son apparence, je vous donne rendez vous à sur la plage 2 pour en reparler après écoute…

Jean-Luc Matte (paru dans le n°101 mai-juin 2005)

Rappels :
Zicutan "Indiano"2008
et cliquez sur les liens dans le texte pour lire les chroniques correspondantes


José Ignacio H. Toquero
"El Camino es la meta..."

Ed. Several Records http://www.severalrecords.com
Durée : 63'56

Décidément le chemin de St-Jacques inspire pas mal de musiciens, de manière assez diverse il faut bien le reconnaître. Une des caractéristiques communes amusante semble d'ailleurs le fait de toujours trouver un artifice pour y faire un clin d'oeil à la l'Irlande (ici plage 5). C'est un guitariste de style plutôt classique qui nous entraîne cette fois sur son " camino ", accompagné par quelques percussions et, au fil des rencontres, un accordéon, un violon ou une mandoline qui viennent donner un couleur un peu plus trad. à ces pièces. Quelques plages sont également chantées mais ce CD sympathique reste avant tout un CD de guitare, avec les " scrouitchs " des doigts de la main gauche glissant sur le filage des cordes…

Jean-Luc Matte (paru dans le n°102 juillet-août 2005)


José Ignacio H. Toquero & Entre dos Mares
"El Camino des aqua - Musica para el Canal de Castilla"

 

Ed. Several Records http://www.severalrecords.com
Durée : 49'42
Recommandé Trad. Magazine

Un CD sponsorisé par le Canal de Castille parce qu'inspiré par cette voie d'eau ou bien est-ce plus prosaïquement l'inverse, c'est à dire une commande de cet organisme ? Notons que les régions traversées ont également financé le projet : un bon filon donc, à quand un CD occitan sur le Canal du midi et un carrément un coffret sur les canaux du Nord ?.

L'approche aurait pu être historique, retracer l'aventure du percement de ce long ouvrage entre 1753 et 1859 (sur les études initiales d'un ingénieur français). Le groupe a préféré une évocation actuelle, En 14 biefs, un voyage le long du canal, avec une musique aussi paisible que les eaux de celui-ci, composée par le guitariste José Ignacio H. Toquero et jouée sur l'instrumentarium des groupes actuels d'Espagne du Nord avec parfois une nette influence irlandaise. Quelques plages chantées également. Un CD très agréable qui donne envie de cheminer soi-même sur ces rives, d'autant que le livret nous offre quelques belles photos des paysages et ouvrages anciens. Ne manque que la carte…

Jean-Luc Matte (paru dans le n°116 nov. Dec. 2007)


Vino de la Casa
"Sigue la Ronda Majito"

Ed Jacovia
Dist Several Records http://www.severalrecords.com
Durée : 49'23
Recommandé Trad. Magazine

Chants, musiques et danses traditionnelles de Cantabrie et de Castille indique tout simplement le dos de la pochette et cette simplicité traverse avec bonheur tout l'enregistrement même si, naturellement, elle n'est parfois qu'apparente. Une simplicité qui met en valeur la beauté de ces mélodies et celle des voix. Une simplicité qui ne dénote pas, dans cette région à tradition de rabel, ce descendant du rebec qui assure un accompagnement sobre mais efficace au chant. Mais si le rabel se fait entendre ici, l'éventail instrumental utilisé par le groupe est, naturellement, plus large : guitares, flûtes (beau style), mandoline, gaita, percussions etc… et sachant se faire discret quand il le faut, derrière les voix. Un CD à prendre comme une bouffée d'air.

Jean-Luc Matte (paru dans le n°113 mai-juin 2007)


Hexacorde
"Perpetuum mobile"

Durée : 65'58
http://www.hexacorde.com
Recommandé Trad. Magazine

Hexacorde est un groupe espagnol (madrilène ?) dont le répertoire puise à diverses régions (Léon, Extremadura, Castille etc.) et également à leurs propres créations. Les vents y ont la part belle (clarinettes, dulzaines, flûtes, gaita) souvent en duo ou trio. L'accompagnement est assuré par diverses percussions pas spécialement espagnoles (du djembé à la batterie en passant par la derbouka) ainsi que par une guitare et une basse, cette dernière étant le seul instrument non acoustique du groupe, mais jouée dans un style plein de bonhomie…

Au travers des différents rythmes interprétés, de l'entradilla de début de procession à la jota bien plus dansante, il se dégage de l'ensemble une certaine tranquillité qui transparaît même lorsque le tempo se fait plus vif ou lorsque que la batterie swingue davantage…. Seule la fin du CD, à compter de la plage 10 (qui doit pouvoir se danser en vrai rock) échappe à cette tendance avec davantage de chorus et de pêche. Mais l'écoute de ce qui précède est plutôt agréable même si ces musiciens passent parfois légèrement à côté de ce qui, dans l'interprétation des mélodies même, doit inviter à danser.

Jean-Luc Matte (paru dans le n°102 juillet-août 2005)


Tactequete

voir à la page DVD

Raices
"La caza de amor"

Ed. Several Records http://www.severalrecords.com
Durée : 36'46
Recommandé Trad. Magazine

Raices est un groupe espagnol qui a déjà une longue histoire et quelques CD à son catalogue, il nous propose ici un répertoire entièrement traditionnel de courtes chansons plutôt à écouter (et à lire dans le livret). La voix de Maria Luisa Garcia déroule calmement les textes de cette " Lirica tradicional " sur un accompagnement très hispanique de guitares et d'instruments à plectres auquel une flûte traversière vient donner des couleurs que je pourrais qualifier de fin XXème plutôt que de moderne.

Jean-Luc Matte (paru dans le n°103 sept-oct 2005)


Finis Terrae
"El canto de la Mulata Rusa"

 

Durée : 56'50
Sonifolk http://www.sonifolk.com

Le métissage musical peut résulter d'une démarche intellectuelle, voire idéologique, où, comme c'est le cas ici, tout simplement des hasards de la vie qui ont conduit le multi-instrumentiste écossais Hamish Binns à vivre au Chili puis en Espagne. C'est de ce dernier pays, entouré de musiciens espagnols ou autres, qu'il nous envoie, dans un album entièrement composé, des ambiances de divers pays. Tout cela est très pro et chaque plage sonne parfaitement dans l'esprit de sa ou de ses culture(s) mais, sans le secours du livret, l'auditeur aura du mal à trouver un fil conducteur à ce Cd qui enchaîne une première mélodie plutôt écossaise, un morceau d'inspiration équatorienne, un rock un peu country très dansant, une chanson dans un style " Simon and Garfunkel etc..

Jean-Luc Matte (paru dans le n°108)


Oscar Herrero
"Abandos"

Durée : 59'11 + 49'19
http://www.oscarherrero.com
Dist. Resistencia

Si Oscar Herrero est reconnu comme guitariste flamenco, son style de jeu est à mi-chemin entre guitare classique et guitare flamenco et évoque davantage le concert que les fameux cercles de musiciens, chanteurs et autres officionadas au milieu desquels se relaient les couples de danseurs. Cela étant dit, c'est un guitariste et compositeur très intéressant et ce double album offre l'originalité de présenter sur le premier CD des versions accompagnées (violon, saxo, voix., percussions discrètes etc.) et, sur le second CD, les mêmes morceaux dans des versions solistes (guitare seule). A chacun de faire son choix, à l'usage : mais si l'on se passera, sans problème de certains accompagnements un peu convenus, il est des parties chantées par exemple qu'il serait dommage de délaisser…. Cerise sur le gâteau, la dernière plage est une certaine " Vals peruano " traditionnelle qui nous ramène à une l'époque un peu latine du groupe Rum… nostalgie…

Jean-Luc Matte (paru dans le n°108)


Acetre
"Dehesario"

Gallileo MC Ref :Nf009 http://www.galileo-mc.
Durée :61'58
Bravos Trad. Magazine

Carrion
"Sube al arbol"

 

Ref :SRD-357
Ed. Several Records http://www.severalrecords.com
Durée : 50'16
Recommandé Trad. Magazine

Je vous chronique souvent des CD espagnols dont l'écoute n'est pas forcément évidente : documents de collectages, enregistrements centrés sur un instrument type dulzaine etc. Voici deux CDs de qualité, bien plus faciles d'accès car d'une interprétation tout à fait actuelle, sans toutefois verser dans le modernisme à tout crin. Deux CD aux couleurs musicales bien locales, de musiciens qui contrairement à certains de leurs compatriotes, ne semblent pas nourrir de complexes par rapport à d'autres musiques traditionnelles européennes, ce qui ne les empêche pas d'emprunter un instrument ou un coup de doigt ici ou là. Acetre vient de Badajoz en province d'Extremadure, à la frontière portugaise et exploite tant le répertoire régional que celui des régions alentours (y compris portugaises). C'est un groupe que je découvre, qui ne s'est encore malheureusement jamais produit en France mais qui a déjà de la bouteille et 6 CDs au compteur depuis 1976. Carrion vient d'un peu plus au nord-est, de la province de Palencia en Castille-Leon. Les deux groupes donnent une bonne importance aux parties chantées par des voix féminines, sur fond instrumental, avec, en particulier, un violon qui mène la danse dans Carrion. J'ai choisi d'attribuer les bravos à Acetre car leur musique fait preuve d'un petit peu plus de maturité, tant dans les orchestrations que dans le jeu proprement dit et, surtout, dans les voix, qui tantôt me rappellent le chant très enlevé des "muyeres" galiciennes ou asturiennes qui me fait toujours craquer, surtout sur fond de percussions traditionnelles, et tantôt se font plus intimes, se répondant l'une à l'autre. Une mention enfin pour la recherche graphique du livret de ce CD...

En tout cas, l'un comme l'autre sont à conseiller à ceux qui croient encore que la musique traditionnelle espagnole se résume au flamenco et éventuellement à C. Nunez…

Jean-Luc Matte (paru dans le N°120, juillet-août. 2008)


Jesus Torres
"Viento del Norte"

Ref :FWM001CD
Durée : 41'57

Encarna Anillo
"Barcas de plata"

Ref :FWM002CD
Durée : 44'07

Flamenco World music : http://www.flamencoworldmusic.com
C/ Concepción Jerónima 35, 3ºA
28012 Madrid (Spain)
Phone: +34 91 366 84 32
Mobile: 638 05 46 03
Fax: +34 365 99 42

Recommandé Trad. Magazine tous les deux

Voici les deux premiers bébés d'un nouveau label espagnol dédié, comme son nom l'indique, au flamenco et, comme c'est souvent le cas pour le lancement d'un nouvel éditeur, ils ont dû bien réfléchir au choix de leurs premiers artistes, ou bien cela était peut-être une évidence pour eux, mais en tout cas, aussi bien la jeune chanteuse Encarna Anillo que le guitariste Jesus Torres méritaient de se voir confier un album soliste (et non solo…).

Jesus Torres est un guitariste au jeu très fin, avec une technique que ne renierait pas un guitariste classique et cette pulsation typiquement flamenco qu'il sait rendre, aussi bien dans les plages intimes qu'il semble affectionner particulièrement, que dans les mélodies plus nerveuses. L'album est essentiellement instrumental mais quelques plages chantées nous le présentent également en accompagnateur. La photo de la pochette du CD d'Encarna Anillo nous laisse entrevoir une jeune chanteuse aux traits doux, mais l'écoute du CD nous met face à une chanteuse à la voix énergique et passionnée comme il se doit pour du flamenco véritable. Ce qui n'empêche pas une belle sensibilité, sur la plage 6 notamment, soutenue, comme sur le reste de l'album, par un bel accompagnement jamais surabondant qui met en valeur ce timbre de voix un peu voilé typique du flamenco. Deux albums à recommander à ceux qui recherchent un flamenco qui ne soit ni édulcoré, ni trop âpre, de celui qui vous attrape au creux du ventre, même si vous n'êtes pas un réel officionados.

Jean-Luc Matte (paru dans le n°123 janv-fev..2009)


Jorge Pardo
"Vientos flamencos"

 

Flamenco World music : http://www.flamencoworldmusic.com
Ref : 1005001
Durée : 52'20
Site du musicien : http://www.jorgepardo.com

Ne vous laissez pas influencer par la pochette kitsch qui pourrait faire croire à de la musique pour ascenseur, il ne s'agit nullement ici de flamenco commercial mais d'un enregistrement plutôt original de flamenco interprété à la flûte traversière métallique. La première plage est, à mon sens, la plus intéressante dans sa démarche car Jorge Pardo colle au plus près au style flamenco, parvenant, pour se faire, à sortir de la gamme tempérée de son instrument. Une belle prouesse qui reste cependant malheureusement cantonnée à cette plage d'ouverture. La suite du CD est dans un style de jeu plus habituel sur l'instrument, davantage dans le style jazz où J. Pardo a fait ses premières armes, et ce même lorsque l'accompagnement des guitares et des " palmas " nous ramène indubitablement dans les environs de Jerez. Le style jazz est encore plus affirmé lorsque Jorge Pardo troque la flûte pour le saxo. J. Pardo n'est pas un débutant et il a participé à des enregistrements de Camaron, Paco de Lucia, Tomatito et… Chick Corea et signe une moitié environ des titres de ce cinquième album à son nom.

Jean-Luc Matte (paru dans le n°123 janv-fev..2009)

Rappel : son CD suivant "Vientos Flamencos 2" 2009, chez le même éditeur, dans la même veine, avec une interprétation pour le moins originale du thème de l'Amour sorcier de De Falla....


Ottmar Liebert
"One guitar"

 

SSRI 902008
Durée : 49'55
Recommandé Trad. Magazine

 

"La Semana"

#902006
Durée : 59'37

 

Up Close

SSRI 902011
Durée : 51'11

Tous trois : Label - Spiral Subware Records Int'I http://www.ssri.biz/label/
Spirale DG Diffusion ZI de Bogues - 31750 Escalquens
Site de l'artiste : http://www.ottmarliebert.com

Voici un guitariste qui a produit plus d'une vingtaine d'albums, dont l'un a tiré à plus de 2 millions d'exemplaires aux USA mais qui est quasiment inconnu en France (trois lignes sur Wikipédia France ce qui est assez révélateur). Sans doute parce qu'il est allemand, installé aux USA et pratiquant une musique cataloguée en nuevo-flamenco new age. Lorsqu'il se produit ou enregistre entouré d'autres musiciens, ceux-ci sont présentés sous le nom de groupe " Luna Negra " mais il ne semble pas s'agir d'un véritable ensemble stable… Trois CDs nous permettent de découvrir sa personnalité musicale actuelle et de relativiser les étiquettes citées ci-dessus, le qualificatif new-age faisant sans doute référence à des expériences antérieures avec utilisation de synthés et autres :

- One Guitar est un pur solo de guitare acoustique, d'inspiration très flamenco, entièrement composé par Ottmar Liebert, mais au sein duquel on reconnaîtra quelques citations. Si l'ambiance relève souvent d'une certaine intimité qui sied si bien à cet instrument, nous sommes tout de même loin des atmosphères planantes du new-age et si son jeu est rarement violent, il est, par contre, toujours bien senti.

- La Semana demeure dans le même esprit, Ottmar Liebert y utilisant uniquement une guitare flamenco mais accompagné d'un bassiste (Jon Gagan), d'un cajon et des claquements des " palmas " (il y a bien un peu de retraitement du son mais cela reste marginal)

- le livret d'Up Close, autocollant spécial à l'appui en couverture, insiste surtout sur la technique d'enregistrement dit " binaural " utilisant une fausse tête humaine dotée de microphones dans les oreilles afin de viser un rendu optimal lors d'une écoute au casque. Un principe qui, si j'en crois mes souvenirs, ne doit d'ailleurs pas être vraiment une nouveauté… Mais il n'en demeure pas moins que l'important reste la musique et non les micros et je trouve cet album légèrement moins inspiré que les deux autres, un peu plus planant, même si l'instrumentation demeure sobre : deux guitares flamencos, une basse et les percussions flamencos…

Jean-Luc Matte (paru dans le n°125 mai-juin.2009)


Roberto Diego
"Gatu Malu"

 

14 titres
Livret couleur 16 pages
Durée : 50'15
Artimana Records http://www.artimanarecords.com
contact groupe http://www.robertodiego.com et http://www.gatumalu.com
TTT

La Cantabrie est une région côtière du Nord de l'Espagne, à priori peu connue des amateurs de musique traditionnelle car prise en sandwich entre les poids lourds que constituent les Asturies puis la Galice à l'ouest et le Pays basque à l'Est. Elle se rattache davantage à ses voisines de l'ouest et constitue la limite orientale de la zone traditionnelle d'usage de la gaita qui, comme chacun le sait, déborde de la Galice et des Asturies vers le sud (Portugal, Zamora) et vers l'ouest (Cantabrie). D'autres régions du nord de l'Espagne ont également des cornemuses mais il s'agit alors de types différents. La Cantabrie est également réputée pour sa tradition de rabel (une sorte de rebec populaire) et de clarinette. Si cette dernière n'est pas présente sur le présent CD, on y entend un peu de rabel et il apparaît également en filigrane dans le jeu de violon de Roberto Diego qui, contrairement à ce que pourrait laisser croire la pochette, n'est pas un pur gaitero mais manie également l'archet, la flûte traversière, la flûte à trois trous etc… De plus, ce CD n'est pas un CD solo et Roberto est entouré de la chanteuse Maite Blanco, de Mimi à la vielle et au rabel (Mimi rabel ça ne s'invente pas…), de deux joueuses de panderetas et il est parfois discrètement soutenu par une basse et un clavier. L'album présente donc davantage un son de groupe, également favorisé par le multipiste qui permet à Roberto d'assurer par exemple un duo de gaitas soutenu par la flûte traversière. Tout cela est bien enlevé et assez varié et il ne lui manque que la petite étincelle en plus pour décrocher les Bravos…

Jean-Luc Matte (paru dans le n°127 sept-oct.2009)


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