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Jean-Luc Matte
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A la mémoire de Hans Werner Dietl (? - 2012)

 

 

Hans Werner Dietl nous a quitté à la fin du printemps 2012. J'avais fait sa connaissance par courrier à la fin des années 80, à l'occasion d'un article sur les cornemuses de sa région natale : l'Egerland, article qu'il avait bien voulu me rédiger et dont je m'étais chargé de la traduction pour publication dans Trad. Magazine. Nous avons attendu quelques années (1990) pour nous rencontrer de visu, lors d'un symposium cornemuse à Strakonice où nous nous croisâmes ensuite régulièrement. Il vint me rendre visite à moto vers 1992 et poursuivit d'ailleurs jusqu'à St-Chartier. Nous n'avions plus eu l'occasion de nous rencontrer durant les années 2000, mais avions continué à correspondre épisodiquement. Après le décès de son épouse Ruth et afaibli par des problèmes de santé, il nous avait écrit qu'il attendait désormais de la rejoindre.

En juillet 2011, alors que je traversais l'Allemagne avec Catherine pour aller déménager un de mes fils en Saxe, je me rendis compte que notre route ne passait pas très loin de chez lui et que c'était l'occasion d'enfin savoir ce qui se cachait derrière cette adresse postale que je connaissais par coeur... Nous sommes donc passés sans prévenir dans ce coin de campagne du Land de Hesse et avons trouvé porte close. les voisins nous ayant indiqué qu'il ne pouvait être loin nous avons attendu deux heures, ne pouvant nous résoudre à manquer cette rencontre et bien nous en a pris car à notre dernier coup de sonnette avant de repartir, nous le vîmes sortir de chez lui, émergeant d'une sieste qui, appareil auditif débranché, le coupait totalement du monde extérieur. Nous n'avions pas l'intention de nous arrêter longtemps, mais nous ne sommes repartis que le lendemain tant ce vieillard de plus de 90 ans avait envie de nous montrer tout un tas de choses et, surtout, de nous raconter sa vie, sa région natale, ses traditions etc... Bien que très diminué physiquement (importants problèmes de déplacement, de vue et d'ouie) cet ancien colosse ne continuait pas moins à vivre seul chez lui et à continuer à poursuivre ses recherches, à s'intéresser à la philosophie etc... Malgré les craintes que nous avions qu'il se fatigue trop, il nous parla pour ainsi dire sans interruption autre qu'une courte nuit, durant ces 24h et nous avons très fortement regretté que notre connaissance de la langue allemande ne nous permette de saisir qu'une partie de ses récits. Nous avons encore échangé des courriers durant l'automne, puis nos voeux en janvier 2012 n'ont pas reçu de réponse et en janvier 2013, ils nous sont revenus avec la mention "Parti sans laisser d'adresse". Renseignement pris auprès d'un ami allemand, il serait décédé en mai ou juin 2012.

Avant d'avoir cette information, j'avais cherché sur internet et constaté que, malgré toutes ses activités, les moteurs de recherches ne me fournissaient que deux témoignages de son passage sur terre : une photo de classe où il figure comme enseignant et un fichier pdf où il est indiqué qu'il est à l'origine du retour des cloches dans une église. Il m'a donc semblé pertinent de réparer cette injustice en rédigeant cette page biographique avec les éléments bien incomplets dont je dispose.

Hans Werner Dietl (on le trouve parfois sous Hans Diel, le plus souvent sous Hans W. Dietl, parfois également sous Werner Dietl) est né dans les années 30 en Egerland, cette région de culture germanique alors incluse dans la république tchèque et faisant partie de ce que nos livres d'histoire désignent sous le nom de Sudètes. Il habitait à Bad Königswart (aujourd'hui Lázne Kyn×vart), pas loin de Marienbad (aujourd'hui Mariánské Lázne) et ses parents devaient y tenir une auberge (sur l'un des ses courriers, il avait fait figurer cet ancien tampon : )

Comme on le sait, cette région a été annexée par Hitler en préambule à la seconde guerre mondiale et Hans W. fut incorporé dans l'armée allemande et envoyé en France. A la libération il fut fait prisonnier (au sein de tout un groupe de soldats) par les résistants dans la vallée du Rhône puis conduit à Vienne où les insultes de la foule lui sont restées en mémoire. Il y passa une nuit d'angoisse, convaincu qu'il allait être exécuté le lendemain matin, mais, entre temps, le Général de Gaulle avait accédé au pouvoir et les résistants alors libres de leurs actes, étaient placés sous un statut militaire et durent traiter leurs prisonniers selon les règles militaires (1). Il échappa ainsi à l'exécution et voua toute sa vie une grande admiration au Général de Gaulle comme je pus le constater le jour où je lui envoyai par hasard une lettre affranchie avec un timbre où figurait le général avec Adenhauer.

(1) les historiens trouveront peut-être à redire à cette version des faits que je n'ai pas vérifiée mais qui est celle que j'ai comprise du récit de Hans Werner.

Prisonnier de guerre, il fut envoyé dans une ferme à Saint-Symphorien d'Ozon (Rhône) où il noua de bonnes relations avec les habitants, gardant le contact avec eux sa vie durant et leur rendant visite par la suite à plusieurs occasions.

Puis il fut libéré et autorisé à rentrer chez lui, mais ce qu'il considérait comme sa patrie, l'Egerland, avait entre temps disparu, les populations germaniques ayant été expulsées par les tchèques à la fin du conflit. Il s'installa donc en Allemagne (RFA), où il se sentit en exil sa vie durant, perpétuant, seul avec son épouse, mais également en relation avec d'autres expulsés, la mémoire de sa région natale et de sa culture particulière, notamment musicale (et en particulier la pratique locale de cornemuse, mais plus généralement tout ce qui a trait au répertoire instrumental ou chanté, naturellement à la langue particulière de cette région et bien d'autres choses encore).

Il fut instituteur à Grebenhain (Land de Hesse), de même que son épouse Ruth qui lui donna plusieurs enfants.

Après la chute du mur fin 1989, il put enfin retourner facilement sur les lieux de sa jeunesse et , contrairement à d'autres expulsés qui cherchèrent surtout à faire valoir d'anciens titres de propriété, Hans et Ruth donnèrent de leur temps et de leur argent pour remettre en état d'anciennes croix de chemin, chapelles, voire églises et, le cas échéant, leur payer de nouvelles cloches.

Hans Werner Dielt était bien davantage un littéraire qu'un scientifique et j'en eu la preuve lorsque je m'attaquai à la traduction de l'article que je lui avais demandé pour Trad. magazine, celui-ci étant écrit dans un allemand très littéraire qui donna du fil à retordre à mon prof de terminale que je sollicitai pour venir à ma rescousse... Mais cela se ressentait également dans ses recherches qui n'étaient pas toujours d'une extrême rigueur scientifique et fonctionnaient souvent par convictions pas forcément étayées. Mais ce type de démarche, si elle froisse souvent les scientifiques purs et durs (et je le sais pour être plutôt de cette seconde catégorie, quoique....) n'en est pas moins nécessaire aux progrès de la recherche par la dynamique qu'elle engendre, les idées qu'elle suggère etc...

Il était surtout un grand compilateur d'informations et il avait remplit de très nombreux classeurs thématiques de documents (il en avait consacré un entier à une de ses institutrices...).

Ses publications, réalisées artisanalement à la photocopie, présentait ce même principes de compilation de documents (réutilisant parfois les mêmes), agrémenté de ses textes qui, tapés dans des polices de caractères anciennes se fondaient dans le reste...


Hans statufié (comme les deux autres portraits ci-dessus, j'avais pris cette oeuvre en photo chez Hans W. en 2011). Avec sa grande barbe, Hans avait un physique qui inspirait les artistes et fut donc représenté par peintres, graveurs, scultpeurs)

Il était également un motard invétéré comme en témoigne cette couronne de l'avent pour le moins originale qui lui avait été offerte par ses collègues motards :

 

Bibliographie très certainement non exhaustive :

"La cornemuse, emblème sonore de l'Egerland" Trad Magazine n°13 nov-dec.1990 : je vous ai retapé cet article dont j'avais réalisé la traduction ainsi que celui de Karl Tillich sur les cornemuses Sorabes qui lui servit de pendant. Lire ces deux articles en cliquant sur l'image ci-dessus...

 


Dietls Duldelsack-Kalender 1999 : 29p. dont la couverture, reproduction d'une gravure de Edi Pfisterer, représente H. W. Diel jouant de la Ziegh d'Egerland.

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Der Duldesack im Spiegel des Egerländer Liedes : La cornemuse dans le miroir des chants de l'Egerland. ed. 1991 et 1995. En couverture une linogravure signée FLEU

 


"Der Duldelsack im Egerländere Lied" (titre surmonté du même titre en Egerlander que les précédents, cet ouvrage moins conséquent, est le texte et les documents annexes d'une conférence de 30mn.) 1998


"Eghalanda Liedla - Susammengestellt und in Druck gesesst von Dielt Hans aus Königswart am Raiserwald in Jahre 1988


"Derbsinnliches zum Dudelsack "Brouda Liedale" Ein Buch zum Singen Spielen und Schauen" 244p. 1987

"Im Egerland zur Weihnachtszeit" 1989. cet ouvrage comporte une bibliographie que je vous reproduit ci-dessous

"Glockenweihe Bad Königswart 1993" 100p.

J'ai écrit en introduction que je n'avais trouvé que deux référence à Hans W. Dietl sur internet, en continuant à fouiller via les moteurs de recherche j'ai fini par trouver quelques exemplaires des ouvrages ci-dessus sur des sites de bouquinistes et un article en tchèque de Hans "K dejinám zrícenin hradu..." dans un ouvrage collectif du musée de Cheb (anciennement Eger) à l'adresse http://www.muzeumcheb.cz/books/antolog/sbor97/movie.swf?pageNumber=

 
Hans W. Dietl et deux musiciens sorabes dont Thomas Nawka à droite lors de notre première rencontre en 1990 à Strakonice

 

Bibliographie figurant dans "Im Egerland zur Weihnachtszeit"

Die Reihe "Königswarter Blätter", herausgegeben von Hans W. Dietl ummfasst zur Zeit folgenede Bündchen :

Bürger, Bauern und Feudalherren" 121 Seiten, 1986.
Aus dem Inhalt : Geschichte der Burg Kônigswart - Aus alten Kirchenbücheern - Feudalherrschaft - Baugeschichte der Synagoge - Alt Königswart - Haus - und Hofnahmen u.a.

"Aufbrucht in die neue Zeit" - 123 Seiten - 1986
Aus dem Inhalt : Kantor Habermann - Die grossen Brände - Ursprung der freiherrlichen Familie Königswarter - Zur geschichte der Pfarrkirche - Johann Emmanuel Heidl u.a.

"Um Krieg un Frieden" - 123 Seiten 1986
Aus dem Inhalt : Vorkrigegsgeschischten - Der erste Weltkrieg - Elend un d Hungersnot - Glockenweihe - Die Könisgwarter Feuerwehr - Am Josefimarkt - Kleine Chronik u.a.

"Der Freiheit entgegen" 125 Seiten, 1986
Aus dem Inhalt : Unverfälsche Deutsche Worte - Erringerungen an Bismarck - Passeiver Wideerstand - Jungturner - Der Befreiungkampf um unsere Heimat - Segelflieger u.a.

"Unsere Heimat stirb" 82 Seiten, 1986
Aus dem Inhalt : Die Zerstörung des Judentempels - Bürgerrevolte - Nachruft auf Dechant Mayerl - Seine Ehre hiess Treue - Ich klage an - Für uns in des Tod gegangen u.a.

"Von Rockendorf bis Maiersgrün" 121 Seiten, 1986
Aus dem Inhalt : Mein Kaiserwald - Da Wegh af Kinswart - Ma schänsts Platzl -Auf der Glatzen - Das Geheimnis der Sandauer Dosen - Tillensagen - Die Totne mahnen u.a.

"Geschichte der Städte Königswart und Sandau" 230 Seiten, Ein Beitrag zur deutschen Geschichte Böhmens - Nach Urkunden und anderen historischen Quellen - bearbeit von med. univ. Dr Michael Urban, Plan 1894 - Nachdruck 1987

"700 Jahr Königswart" - Zur Geschichte einer kleine Stadt 14 Seiten, 1987.

"Egerländer Volkslieder", Heft 1 und 2, Herausgegeben von Verein für Egerländer Volkskunde in Eger, Einleitung von Alois John, Tonnschrift von Josef Czerny, Eger 1898/1901 108 Seiten, 78 alte Lieder, Nachdruck 1987

"Egerländer Volkslieder", Heft 1 und 2, Klavierausgabe 1901, Nachdruck 1987

Brouda Liedale (voir ci-dessus) Derbsinnlichez zum Dudelsack - 242 Seiten 1987
Aus dem Inhalt : Von den Egerländer une ihrem Dudelsack - Derbsinnlicha Gsangla - Alladahand laus Vöiazaligh - Lobser Dudelsacklieder - Zahlreiche Bilder u.a.

"Eghalanda Liedla" (voir ci-dessus) - 30 Seite, 1988 50 alte Liedtexte in Egerländere Mundart - Zum Mitsingen bei Zusammenkünften, Ortstreffen, Trachtenfesten une Heimattagen.

"Eghalanda Liedla" Notenausgabe 1988

"Aus Wurzeln und Quellen" - etwa 150 Seiten, in Vorbereitung.
Aus dem Inhalt : Eine Volksabstimmung - 700 Jahre Gäuselmühle - Huss im Schlosse Königswart - Zunftfahnen - Aus einer alten Heimatkunde - Walwunder -Johann König u.a.


Une des cornemuses de Hans Werner Dielt, probablement fabriquée par Tibor Ehlers, l'un des tous premiers artisan du renouveau de la cornemuse en Allemagne

 

Je terminerai cette partie bibliographique par la copie d'un petit article de 4 pages qu'il avait produit en 1992 sur l'un de ses monuments fétiches : la fontaine au joueur de cornemuse de la rue Rothkirchstrasse à Eger (1923 par Johann Adolf Mayerl) (ouvrez les pages dans de nouvelles fenêtres en cliquant sur les boutons ci-dessous)

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